TROISIÈME PARTIE
Tous les hommes, de quelque condition qu'ils soient, nous tiennent lieu de prochain ; et quand ce docteur de la loi, dont il est parlé dans l'Evangile, vint demander à Jésus-Christ qui il devait regarder comme son prochain : Et quis est meus proœimus (Luc. lÔ)? que lui répondit ce divin Maître? Il lui représenta le prochain sous l'idée d'un pauvre inconnu, d'un voyageur, d'un passant trouvé par hasard dans le chemin de Jéricho , d'un homme sans nom : Homo quidam [Ibid.)\ voulant par là nous apprendre, remarque saint Jérôme , que la charité ne faisait aucune distinction , et qu'il n'y avait point d'homme sur la terre à qui elle ne dût s'étendre , parce qu'il n'y en a point qui ne soit notre prochain. Mais il faut après tout convenir que, dans la profession religieuse, il y a deux sortes de personnes qui nous appartiennent et auxquelles nous appartenons plus particulièrement, vous et moi, en qualité de prochain ; savoir, nos frères ou nos sœurs qui vivent avec nous sous le même habit, et nos supérieurs , que Dieu a revêtus de son autorité pour nous conduire. Or, je prétends que , sans une fidélité parfaite et une sainte soumission â la règle, nous ne
pouvons bien conserver îa paix ni avec les uns, ni avec les autres; et que, dès l'instant que la rèj^le est négligée , la paix en doit être nécessairement altérée. Encore un moment d'aîtenlion.
Et d'abord, violer la règle et être en paix avec les supérieurs, n'est-ce pas une contradiction? car, qu'est-ce, dans une communauté religieuse, qu'un supérieur? c'est le protecteur et le tuteur de la règle, qui, par une obligation propre et spéciale, doit la soutenir, doit l'autoriser, doit la défendre et la venger : qui doit, dis-je, la défendre; et contre qui? contre ceux qui voudraient entreprendre sur elle et la transgresser; qui doit la venger, et de quoi? de ces transgressions et des transgresseurs. Voilà pourquoi Dieu l'a choisi; et, comme dit saint Paul, ce n'est pas sans cause qu'il a le pouvoir en main : Non sine causa gladium portât (Rom. 13). Il a droit de me commander, il a droit de me punir, et je dois obéir à ses ordres, je dois subir telle peine qu'il lui plaît sagement et utilement de m'imposer : tout cela fondé sur la commission qu'il a reçue de maintenir cette règle , qui lui a été conOée et dont il est responsable. Si donc je ne la garde pas, et surtout si je m'obstine à ne la pas garder, il doit s'élever contre moi; il doit s'opposer à l'injuste possession où je voudrais m'ètablir de l'enfreindre impunément; il doit me déclarer une espèce de guerre, m'avertir, me reprendre, et user d'une salutaire correction : car c'est à quoi l'engage indispensablement son ministère; et s'il manquait là-dessus de fermeté , il serait encore plus criminel que moi , parce qu'il nuirait pins à la règle par sa molle condescendance , que je ne lui puis nuire par ma désobéissance. Or, il ne peut me contredire de la sorte sans qu'il y ait de la division entre lui et moi ; ainsi je le mets dans la nécessité, ou de m'être contraire, ou de se rendre coupable; s'il me souffre dans mon irrégularité, et qu'il la tolère, le voilà prévaricateur; s'il parle, s'il agit, et qu'il veuille me réduire, le voilà mon adversaire et ma partie; et parce qu'il doit toujours préférer la règle, qui est l'ordre de Dieu , à toutes mes volontés et à tous mes intérêts, il se trouve obligé en mille rencontres de me traverser jusqu'au péril même de me voir moins uni que je ne l'éiais et moins attaché à sa personne : c'est ce que saint Bernard témoigne avoir éprouvé lui-même dans le gouvernement de ses religieux, et ce qui lui faisait déplorer la condition des supérieurs.
Ce n'est pas que leur exactitude et leur sévérité à tenir la règle dans sa première vigueur et à ne la pas laisser déchoir, dût jamais nous aliéner d'eux, et nous causer à leur égard la moindre altéralion. Je dis plus, et je prétends que c'est même par là qu'ils nous devraient être plus respectables et plus chers, puisqu'en cela ils ne travaillent que pour notre avancement et pour notre bien. Mais qu'arrive-il? ah! mes Sœurs, ce que nous n'avons peut-être reconnu et expérimenté que trop de fois : c'est que notre imperfection nous fait prendre, pour ainsi dire, ce zèle des supérieurs à contre-sens, et qu'au lieu de l'approuver et de l'aimer comme moyen de sanctification par rapport à nous, nous le condamnons et nous nous en choquons, parce que nous sommes mal disposés à y correspondre. De là tant de plaintes , tant de fausses idées et de malignes interprétations ; ce qui est zèle et ïèle le plus pur, nous le traitons de
SUR l'observation des règles. 91
caprice, de prévention, d'imprudence, d'excès; si, pour nous redresser, un supérieur nous fait une juste et sage réprimande, nous nous excusons , nous disputons avec lui ; s'il est forcé d'en venir â quelque punition qui nous humilie et qui nous mortifie , nous nous révoltons, non pas toujours d'effet et d'action , mais de cœur, mais de paroles, quoique ce soit une charité toute paternelle qui l'anime, nous nous mettons dans l'esprit que c'est une mauvaise volonté , et cette [jersuasion dont nous ne pouvons revenir, combien fait-elle naître de dépits, d'animosités , de desseins même et d'intrigues secrètes? Autrefois nous agissions simplement avec ce supérieur, et nous lui marquions de la confiance , mais maintenant ce n'est plus pour lui de notre part qu'indifférence et que froideur ; autrefois nous nous comportions avec lui comme avec un père ; mais maintenant nous ne l'envisageons plus que comme un censeur incommode ; nous nous retirons de lui , nous nous en défions , et si nous gardons quelques mesures pour ne le pas offenser ouvertement, ce ne sont que des dehors affectés et de trompeuses apparences. Lui, cependant, témoin de notre conduite, ne peut plus se confier en nous, et c'est, de part et d'autre, une défiance mutuelle : or, dans cet état , est-il possible qu'il y ait entre lui et nous de l'intelligence et de^^la concorde?
Quel remède? vous le savez, mes chères Sœurs : l'esprit de régularité. Soyons fidèles à nos règles , nous serons soumis à nos supérieurs, et nos supérieurs, touchés de notre soumission , s'uniront à nous et ne penseront qu'à nous contenter : voilà le nœud qui nous rapprochera d'eux et qui les rapprochera de nous ; toute autre liaison que nous aurions ensemble , ne pourrait être que l'effet d'une politique humaine, et de la prudence de la chair. Entrons dans leur cœur par la voie de la sainteté; quand ils nous verront aussi zélés pour la règle qu'ils le sont eux-mêmes, ils nous estimeront et ils honoreront notre vertu. Nous ne devons rechercher ni cette estime, ni ces éloges; mais, sans que nous les recherchions, ce sera nécessairement le fruit de notre assiduité et de notre vigilance. Je dis nécessairement, car, prenez-y garde, à peine verrez- vous jamais une fille régulière être mal avec sa supérieure; et à peine voit-on jamais une supérieure être bien avec une fille qui se dérange et qui ne vit pas selon sa règle : vous voyez néanmoins de Quelle conséquence cela nous doit être devant Dieu. Pour moi, nisait un saint religieux de notre compagnie, c'est le bienheureux Louis de Gonzague, j'aimerais mieux encourir la disgrâce de tous les hommes, et m'entretenir dans un parfait accord avec mon supérieur, que de m'en séparer, et de m'attacher par là tout ce qu'il y a d'hommes au monde : pourquoi? parce qu'un supérieur et Dieu, ajoutait-il , ne sont à mon égard qu'une même chose : or, pourvu gue je sois bien avec Dieu, que m'importe tout le reste? Ainsi en jugeait , dès la fleur de son âge , et ainsi parlait ce jeune serviteur de Dieu , encore plus illustre par sa rare piété que par la noblesse de son sang et l'éclat de sa naissance.
Mais moi, mes chères Sœurs, je vais même plus loin, et je soutiens que sans l'observation des règles, outre qu'on ne peut avoir la paix avec ses supérieurs, on ne peut non plus la faire subsister
entre les particuliers el les divers membres qui composent une maison religieuse. Ecoutez-en la preuve; car il n'est rien, dit rfaint Bernard, de plus efficace et de plus puissant pour lier les hommes ensemble, que la pratique d'une même règle. Aussi voyons-nous, dans l'état religieux, tant de personnes qui ne se connaissaient point, dès qu'elles ont embrassé le même institut et les mêmes observances, s'affectionner comme frères ou comme sœurs, et contracter une alliance spirituelle plus forte que toutes les alliances de la nature. Qui fait cela, demande saint Bernard? c'est l'engagement au même genre de vie et aux mêmes exercices. Nous combattons sous les mêmes étendards , et nous avons tous les mêmes intérêts. Chaque règle a son esprit propre, et cet esprit de la règle est le môme dans tous les sujets qu'elle dirige et qu'elle conduit. Tel est le principe de notre union. Mais que ce fondement soit renversé, que ce lien soit rompu par l'infraction de la règle; comme les contraires doivent avoir des conséquences toutes contraires, ce qui s'en suit infailliblement alors, c'est que les cœurs se divisent, et Gue le trouble bannit la tranquillité.
En effet, supposons une communauté semblable à la vôtre, mes très-chères Sœurs;, je veux dire une communauté où la règle se soit conservée jusqu'à présent dans toute sa force et dans toute son intégrité, est-il rien de plus paisible? N'est-ce pas une Jérusalem, n'est-ce pas sur la terre un paradis et un jardin de délices? Mais si c'était une maison où il n'y eût ni ordre , ni règle , permettez-moi de le dire , ne serait-ce pas bientôt une Babylone? ne serait-ce pas un lieu de confusion , plus exposé que le monde même aux schismes et aux partialités? Car ce que saint Chrysostome a remarqué de l'homme en général , nous peut bien être appliqué en particulier. Rien de plus sociable que l'homme , dit ce saint docteur, quand il use de sa raison ; mais dès qu'il l'oublie, rien de plus opposé à la paix , ni de plus sujet aux dissensions et aux discordes. Il en est de même .des personnes religieuses, et nous ne devons point craindre de le reconnaître ici pour notre instruction. Point de liaison plus étroite ni plus constante, que celle qui les attache les unes aux autres, tant qu'elles persévèrent dans la règle; mais qu'elles viennent à en sortir, rien de plus irréconciliable, de plus opiniâtre, de plus scandaleux que les factions qui se forment entre elles , et que produit la diversité des partis. Vérité qui n'est que trop connue; et plût au ciel que dans l'Église du Dieu de la paix, on n'en eût pas eu des témoignages si fréquents et si éclatants !
Ah ! mes chères Sœurs, souvenons-nous de ce que nous sommes, souvenons-nous que nous avons succérlé à ces premiers chrétiens dont on nous raconte tant de merveilles, et que nous représentons dans la religion l'état ûorissant de l'Église naissante. A quoi reconnaissait-on ces fidèles des premiers siècles? à la charité. Ils n'avaient entre eux qu'un cœur et qu'une âme : Multitudinis credentium erat corunum et anima una (\ct. 4). Et sur quoi était fondée, leur charité? sur ce qu'ils observaient une même règle de vie. Car du moment qu'ils se relâchèrent là-dessus, on vil croître parmi ce bon grain la zizanie : et quels désordres suivirent la triste désunion qui se fit des cœurs? C'est par votre infinie miséricorde, ô
mon Dieu ! que la paix jusqu'à ce jour, depuis son établissement, a régné dans celle sainte maison, parce que la règle n'y a jamais reçu nulle atteinte. Soutenez, Seigneur, ce que vous avez si heureusement commencé; soutenez-le vous-mêmes, mes chères Sœurs, et ne laissez pas dépérir entre vos mains l'œuvre de Dieu. Secondez les pieuses intentions, et marchez sur les traces de tant de ferventes religieuses qui vous ont précédées, et dont on vous propose les exemples. Que lone-t-on en elles? la fidélité à la règle. Par où se sont-elles sanctifiées? par l'accomplissement de la règle. Quelle a été dès ce monde leur récompense? la paix avec Dieu , la paix avec elles-mêmes, la paix avec le prochain, fruits ordinaires delà règle. Et qu'ont-elles enfin trouvé après la mort? cette paix éternelle où nous conduisent, etc.
EXHORTATION Sur le Hen.oiivellexQ.erLt des V<»iix de Heligion.
ANALYSE
SUJET
Renouvelez-vous en esprit. — C'est Jésus-Glirisl même qui nous parle par la bouche de son Apôtre, et qui nous demande un parfait renouvellement d'esprit et de cœur,
DIVISION
Quatre choses à considérer, savoir : comment le renouvellement des \œux honore Dieu ; comment il nous sanctifie nous-mêmes ; comment Jésus-Christ surtout, présent aux yeux des personnes qui le font , a spécialement droit de l'exiger d'elles; et comment enfin elles n'ont jamais été mieux disposées à le faire dignement.
I. Le renouvellement des vœux honore Dieu. Car renouveler ses vœux , c'est ratifier le premier sacrifice qu'on a fait de soi-même à Dieu, et donner à connaître combien le joug du Seigneur est doux ; combien Dieu est un bon maître, un maître fidèle dans ses promesses et magnifique dans ses récompenses; un maître digne de nos services, puisqu'après une longue épreuve on veut bien tout de nouveau se dévouer àlui.
II. Le renouvellement des vœux nous sanctifie nous-mêmes. En effet, de la manière dont on le pratique, il entrelient dans les esprits et dans les cœurs un souvenir salutaire des obligations qu'on a contractées devant Dieu. Or, ce souvenir est le plus excellent moyen pour se maintenir toujours dans une sainte ferveur.
III. Jésus-Christ présent à ce renouvellement des vœux, a un droit spécial de l'exiger des personnes qui le font. C'est devant le sacrement de nos autels que se passe cette cérémonie. C'est donc en présence de Jésus-Christ sacrifié pour nous. Or, en cet état, n'a-t-il pas droit d'exiger de nous sacrifice pour sacrifice?
IV. Jamais les personnes qui font ce renouvellement de leurs vœux , ne furent mieux disposées à le faire d'une manière digne de Dieu. Elles s'y sont préparées par la retraite, par la revue de leurs fautes, par des œuvres de pénitence; et elles y sont encore animées par la solennité de la cérémonie , et par les exemple»
les unes des autres.
Renovamini spiritu mentis vtatng.
Renouvelez-vons en esprit (Âax EpHisimt , eb. 4.)
CE n'est pas moi qui vous le dis, mes chères Sœurs, c'est Jésus- Christ lui-même % c'est votre Dieu que je vous présente et qui se présente à vous, pour honorer en personne la sainte et édifiante cérémonie du renouvellement de vos vœux. C'est lui qui, spectateur aussi bien que juge et rémunérateur fidèle de l'action que vous allez faire, vous dit à toutes en général et à chacune en particulier : Renouvelez-vous en esprit et de cœur, Ne vous contentez pas d'accomplir en apparence ce qui vous est ordonné, et ce que vous avez coutume de pratiquer dans ce saint jour. Accomplissez-le en effet ; et par l'impression de ferveur que ce renouvellement produira en vous, rendez-le aussi solide et aussi complet qu'il le doit être : Renovamini spiritu mentis vestrœ. C'est, rlis-je, Jésus- Christ qui vous parle; c'est le Dieu que vous adorez, c'est l'unique époux à qui, en qualité de vierges, vous êtes dévouées, Ecoutez-]e non-seulement avec respect et comme ses humble? servantes, prêtes à lui obéir, mais avec un zèle alTeetueux, et comme ses chastes épouses, touchées du désir de lui plaire.
Car il s'agit de sa gloire aussi bien que du plus essentiel de vos intérêts; et prenez garde à quatre pensées, où je réduis tout le fond de cette courte exhortation. Je vous ferai voir comment et combien le renouvellement de vos vœux honore Dieu; comment il vous sanctifie vous-mêmes , et à quel degré de perfection il vous élève; comment Jésus-Christ, présenta vos yeux, a spécialement droit dans cet état de l'exiger de vous, et comment enfin vous n'avez jamais été mieux disposées à le faire d'une manière digne de lui. Pensées infiniment propres à vous inspirer aujourd'hui une dévotion aussi fervente que solide. Méditez-les; elles achèveront de vous mettre dans toute la préparation nécessaire pour l'important devoir dont vous avez à vous acquitter.
I. N'en doutez point, mes chères Sœurs, ce renouvellement de vos vœux honore Dieu : Comment cela? parce qu'en renouvelant vos vœux , vous allez ratifier le sacrifice que vous avez fait à Dieu de vos personnes, en entrant dans la religion. Vous allez lui témoigner que vous ne vous repentez point de vous être données à lui , que vous ne vous lassez point de le servir; au contraire, que plus vous éprouvez son joug, plus il vous paraît aimable; que vous ne le trouvez ni dur, ni pesant; que la suite des années ne sert qu'à vous l'afloucir et à vous le faire porter avec plus de joie ; que bien loin de vouloir le rejeter, vous seriez encore di posées à le prendre tout de nouveau, et à vous en charger; que bien loin de vous en plaindre, vous le regardez en cette vie comme votre bonheur; que toute votre gloire enfin, dans le saint état que vous avez embrassé, est de pouvoir dire comme le grand Apôtre : Ego vinctus in domino
' Le Père Bourdaloue, selon la coutume de la communauté où il parlait, prononça celte Exhortation le Saiat-Sacremeat à la main.
(Ephes. 4). je suis dans les liens , mais j'y suis en Jésus-Christ , pour Jésus-Christ , avec Jésus-Christ. Car voilà ce qui est renfermé dans cette protestation publique et solennelle , que vous venez ici renouveler en sa présence. D'où il vous est aisé de conclure combien elle lui doit être glorieuse.
En effet, c'est par là que vous justifiez pleinement ce qu'il a dit dans son Evangile, que son joug est doux, et que son fardeau est léger : Jugum meum suave est , et omis meum levé (Matih. 11); parla que vous lui servez dans le monde d'une preuve sensible, que c'est un Dieu sage et infaillible dans toutes ses paroles, puisque la parole de son Evangile la plus incroyable , selon les apparences, se vérifle parfaitement en vous : Jugum meum suave est. Car il n'y a point de servitude qui ne devienne , du moins avec le temps, onéreuse et fatigante. Il n'y a que celle de Jésus-Christ qui soit toujours également agréable , où l'on trouve toujours le même goût, dont on ressente toujours la douceur; et n'est-ce pas ce que vous donnez hautement à entendre, en vous y engageant plus que jamais, et serrant encore, pour ainsi dire, les nœuds qui vous y attachent?
C'est par là que vous faites connaître combien Dieu est un bon maître, et qu'il est même de tous les maîtres le meilleur et le plus digne d'être servi. Or, est-il rien pour lui de plus glorieux que d'être reconnu tel? Est-il rien pour lui de plus honorable que de voir des âmes qui renoncent sans cesse à elles-mêmes, afin de se consacrer tout entières à lui; qui se fassent une béatitude d'être à lui , et de n'être qu'à lui , de ne vivre que pour lui, de ne dépendre, que de lui? On sait assez combien, à l'égard des hommes , il est naturel de haïr la dépendance et de la fuir. Quels moyens n'imagine-l-on pas pour cela? de quelles violences n'use-t-on pas? à quelles révoltes et à quels excès n'en vient-on pas? Mais cette dépendance si odieuse et si peu supportable par rapport aux hommes, vous est plus chère à l'égard de votre Dieu, que toute la liberté où vous étiez nées, et dont vous auriez pu jouir dans le monde. Vous ne croyez pas devoir être jamais plus libres que lorsque vous serez plus étroitement liées à ses ordres, et plus constamment dévouées à son souverain empire.
C'est par là que vous reconnaissez combien il est fidèle dans ses promesses et magnifique dans ses récompenses; que ce centuple qu'il a promis à ceux qui le suivent, n'est point un bien imaginaire, puisque déjà vous le i30ssédez; que ce n'est point un bien de peu de valeur, et incapable de vous contenter, puisque dès maintenant vous y trouvez votre félicité; que dans l'attente des biens éternels où vous aspirez, et qu'il vous destine, vous vous estimez dès à présent heureuses et abondamment dédommagées de tout ce que vous avez quitté, et que vous ne voyez rien à quoi vous ne préfériez le saint engagement que vous avez contracté avec lui. Engagement qui vous tient lieu de toutes choses, et que vous mettez en ce monde au-dessus de toutes choses; engagement qui vous détache de toutes les grandeurs, de tous les établissements, de toutes les fortunes du siècle. Engagement au prix duquel vous ne considérez, aussi bien que le maître des Gentils, et selon son expression , tous
les trésors de la terre que comme de la boue, et en vertu duquel vous n'enviez rien aux mondains de toutes leurs prospérités ni de tous leurs plaisirs. Engagement donc, qui, dès cette vie, est pour vous le vrai centuple , et où vous fixez toutes vos prétentions. Or quel honneur doit revenir à Dieu de cette préférence que vous lui marquez, et du temps même où vous la lui marquez?
Je dis du temps où vous la lui marquez, et observez bien ceci, mes chères Sœurs. Quand , pour la première fois , vous fîtes la profession de vos vœux, vous n'étiez pas encore en état de rendre à Dieu de si glorieux témoignages, parce que vous n'aviez presque nulle expérience de la vie religieuse. Vous suiviez la voix de Dieu qui vous appelait, vous vous abandonniez à lui avec une foi pleine de mérite, avec une confiance généreuse, avec un amour ardent; mais après tout vous ne pouviez encore, ni vous répondre à vousmêmes, ni servir aux autres de témoins des avantages inestimables de la religion, et des miséricordes infinies du Seigneur qui vous y appelait. On vous en faisait des peintures qui vous touchaient, on vous en disait des choses dont vous étiez édifiées, dont vous étiez pénétrées , dont vous étiez charmées. Tout cela était vrai , et vous vous en laissiez aisément persuader : Gloriosa dicta sunt de te , civitas Dei (Psal. 86). Mais aujourd'hui, que vous renouvelez la cérémonie de votre première consécration, vous n'y éles plus attirées par ce qu'on vous dit, mais par ce que vous avez vu, par ce que vous avez connu , par ce que vous avez vous-mêmes éprouvé et senti : Niinc cognovi (Exod. 18). Ab! Seigneur, ceux qui nous parlaient en votre nom ne nous ont point trompées, et vous ne nous avez point trompées vous-même. On ne nous a rien fait espérer que nous n'ayons trouvé, et l'effet répond pleinement à notre attente. Oui, mon Dieu, le plus doux repos d'une àme est en vous; son bonheur le plus solide est de s'attacher à vous. Or, il faut, pour votre gloire, que le monde en soit instruit; et c'est pour cela qu'à la vue du monde nous venons ici le publier. On peut bien nous en croire, Seigneur, puisque nous ne nous en expliquons qn'avec la plus parfaite connaissance; et notre témoignage aura dautant plus d'eflTicace, qu'il est fondé sur une expérience personnelle. Puissionsnous engager ainsi le monde à vous bénir comme nous, et puisset-'û apprendre de nous à vous connaître et à vous glorifier !
II. Ce n'est pas là, mes chères Sœurs, le seul avantage du renouvellement de vos vœux; et s'il honore Dieu, il n'est pas moins propre, ni ne contribue pas moins à vous sanctifier. En voici la preuve : c'est que par ce renouvellement, de la manière que vous le pratiquez, vous entretenez dans vous le salutaire et précieux souvenir de vos obligations. Au lieu que les chrétiens du siècle , dissipés et emportés par le torrent du monde , vivent dans un profond oubli de ce qu'ils doivent à Dieu comme chrétiens; au lieu qu'ils n'y pensent que très-rarement et que très-superficiellement, \otre occupation continuelle, surtout aux approches de ce saint jour, est de rappeler dans vos esprits ce que vous devez à votre Dieu comme religieuses, de le repasser, de l'étudier, de le considérer, de vous en rafraîchir la mémoire, afin d'eu remplir vo»
cœurs et de les affectionner. Ainsi , dans le renouvellement de vos vœux, vous gardez à la lettre ce que Dieu, dans l'ancienne loi, recommandait si expressément aux Israélites, lorsqu'après les avoir fait passer à la terre de promission , il leur disait par la bouche de Moïse : Mémento, Israël, et ne ohliviscaris (Deuter., 9) : Souvenez-vous-en , ô Israël! et ne l'oubliez jamais. Souvenez-vous ,que je vous ai choisi , parce que je veux être votre Dieu , et parce que je veux que vous soyez mon peuple et mon peuple particulier. Or c'est vous, mes chères Sœurs, qui accomplissez aujourd'huicette figure, et qui allez dire à Dieu : Oui , Seigneur, je m'en souviens, et malheur à moi si , dans le cours de ma vie , je venais à l'oublier. Car j'ai encore plus d'intérêt que David , et plus de sujet de m'écrier : Si oblitus fuero tut, ohlivioni detur dextera mea : adhœreat lingua mea faucihus meis , si non meminero tut (Psai. 136); Si je vous oublie jamais, ô mon Dieu! que ma main droite s'oublie ellemême ; que ma langue demeure attachée à mon palais, si je ne me souviens pas toujours du choix que vous avez fait de moi , et du choix que j'ai fait de vous. Mais tandis, Seigneur, que je renouvellerai ce sacrifice de la profession de mes vœux, je m'en souviendrai et je ne l'oublierai pas, puisque c'en est pour moi comme un monument sensible et perpétuel.
Or, ce souvenir, mes chères Sœurs, conservé de la sorte et renouvelé, est le plus excellent moyen, le plus puissant et le plus sûr, pour ne pas tomber dans le désordre et le relâchement d'une vie tiède et languissante. Souvenez-vous, disait le Sage, de votre dernière heure, et vous ne pécherez plus. Mais moi , je me dis à moimême aussi bien qu'à vous : Souvenons-nous des promesses que nous avons faites à Dieu , et nous lui serons éternellement fidèles. Souvenons-nous-en dans toutes nos actions, et toutes nos actions seront parfaites. Souvenons-nous-en dans les occasions importantes, où il s'agit de remplir les devoirs les plus pénibles de notre état, et nous les remplirons sans peine. Souvenons-nous-en dans les épreuves où Dieu de temps en temps nous expose, et ces épreuves ne serviront qu'à nous rendre encore plus fervents. Car avec un tel souvenir, comment pourrions-nous une fois nous relâcher dans l'observance de nos règles, dans l'amour de la pauvreté, dans le détachement de nous-mêmes, dans l'esprit de mortification, dans la pratique de la plus soumise et de la plus aveugle obéissance ? J'en appelle à vous-mêmes , mes chères Sœurs , et à vos connaissances particulières. Ce souvenir retracé et fortement imprimé dans vos âmes par le renouvellement de vos vœux , ne vous at-il pas cent fois relevées après certaines chutes presque inévitables? et ne vous a-t-il pas fait, si je puis parler ainsi, redoubler le pas pour vous avancer dans les voies de sainteté?
Vous n'avez donc qu'à profiter d'un souvenir si utile et de la religieuse cérémonie qui vous l'inspire , pour être assurées de conserver l'esprit de régularité et de piété. Ces deux paroles : J'ai choisi le Seigneur, et le Seigneur m^a choisie, vous soutiendront et vous fortifieront. Avec cela , il n'y aura point de difficulté que vous ne surmontiez, point de tentation à quoi vous ne résistiez, point de chagrins ni de dégoûts au-dessus desquels yous ne vous
Bourdaloue. — 4 7
éleviez. J'ai choisi le Seigneur, et le Seigneur, en acceptant mes vœux, a mis le sceau au choix que j'ai fait de lui; le Seigneur m'a choisie, et par un libre consentement , j'ai agréé le choix qu'il a fait de moi : voilà, dis-je, ce qui vous fera goûter tout le bonheur de votre état , et travailler avec une constance infatigable à eu acquérir toute la perfection.
Oui, mes chères Sœurs, par le renouvellement de vos vœux, vous vous affermirez de plus en plus dans la volonté de satisfaire atout ce qu'il vous impose, et que vous vous êtes imposé vousmêmes ; c'est-à-dire , dans la volonté et l'inviolable résolution de vous dépouiller de tout ce qui pourrait avoir quelque apparence de propriété; de crucifier votre chair , qui ne peut être sans cela l'hostie vivante du Seigneur; d'être sans exception et sans réserve obéissantes jusqu'à la mort, et jusqu'à la mort de la croix : Usque ad mortem , inortem autem crucis (Philip. 2). Par le renouvellement de vos vœux, vous vous maintiendrez dans la disposition la plus sainte où puissent être sur la terre des créatures mortelles, puisque, sans vous comparer avec l'Apôtre, vous pourrez dire comme lui : Qui nous séparera de la charité de Jésus-Christ? ce ne sont ni les richesses du siècle, ni ses plaisirs : Quis nos separabit à charitate Christi (Rom. 8)? Par le -renouvellement de vos vœux, vous vous ferez dans la religion une heureuse habitude de persévérance ; vous donnerez chaque fois à ces vœux mêmes un degré nouveau de stabilité ; vous vous attacherez toujours plus étroitement à Dieu par ce triple lien dont il est dit : Funiculus triplex difficile rwwpifnr (Eccl. 4). Par le renouvellement de vos vœux, vous reprendrez des forces pour fournir toute la carrière où vous marchez; et ce sera à votre égard comme le renouvellement de l'aigle , qui , selon le texte sacré , semble renaître et rajeunir. Quel redoublement de ferveur ! quel feu , quelle émulation va-t-on apercevoir dans toute cette communauté ! Quelle éditication pour le pubhcl C'est la grâce visijble que Dieu dans tous les temps, depuis votre institution, a répandue sur l'Ordre de Sainte-Marie, et qu'il ne cessera point d'y répandre : Renovabitur ut aqidlœ juvcntus tua (Psalm. 102). Par le renouvellement de vos vœux, vous réparerez avec avantage jusqu'aux moindres brèches que l'ennemi peut avoir faites dans vos cœurs. Si le soin des commodités de la vie avait donné quelque atteinte à l'esprit de pauvreté, si le plus léger attachement à des objets créés avait terni tant soit peu l'éclat et le lustre d'une entière pureté; si l'abondance du propre sens, ou l'ennui de la dépendance, avait rendu le joug un peu plus incommode, et porté à quelques sentiments contre l'obéissance et son aveugle simplicité, vous allez tout régler et tout réformer, en réformant l'intérieur de vos âmes : tellement que vous sortirez de ce saint lieu comme des créatures toutes nouvelles en Jésus-Christ : In Christo nova creatura (ii. Cor. 5). Enfin , par le renouvellement de vos vœux , vous imiterez l'Eglise dans l'usage qu'elle observe de célébrer chaque année la dédicace des temples consacrés à Dieu. Car vous êtes, mes chères Sœurs, les vrais temples du Saint-Esprit; et la solennité de ce jour est la fête particulière de la dédicace ou de la consécration de vos personnes. Or, vous voyez combien tout cela doit contribuer à votre sanctification.
m. Ce renouvellement, il est vrai, mes chères Sœurs, vous coûtera , mais Dieu , dans l'état où je vous le présente , n'a-l-il pas droit d'exiger et d'attendre tout de vous? Le voilà sacrifié pour vous : le voilà, non pas en figure, mais véritablement et réellement immolé pour vous; le voilà sous ces adorables espèces , qui renouvelle actuellement tout ce qu'il a fait pour vous sur la croix. Que vous demande-t-il? sacrifice pour sacrifice, renouvellement pour renouvellement; c'est-à-dire, qu'il vous invite à renouveler pour lui le sacrifice de vos vœux, comme il renouvelle ici pour vous le sacrifice de son humanité sainte. Jamais vous demande- t-il rien de plus juste , et peut-il jamais vous rien demander qui lui soit de votre part plus légitimemetit dû?
Pour faire en esprit et en vérité ce renouvellement, il vous fallait un grand exemple qui vous animât; le voici : c'est Jésus-Christ, l'époux de vos âmes et votre Sauveur. Il a les yeux actuellement attachés sur vous, et il est témoin des plus secrets sentiments de vos cœurs. Disons plutôt qn'il se présente lui-même à vos yeux, et qu'il veut que je vous le montre dans l'état de victime où il s'est réduit sur son autel; dans cet état où il s'est offert, et où je viens moi-même de l'offrir en votre nom. Que vous dit-il, et qu'avezvous à lui dire? Car il vous parle, mes chères Sœurs, et sans les accents de la voix, par sa seule présmce, il se fait enter.dre. Il vous témoigne dans le secret de la conscience, combien votre sacrifice lui est agréable ; mais en même temps il vous donne à juger s'il ne le mérite pas bien de vous. Vous lui dévouez vos personnes, et lui , il se livre tout entier à vous. Ce qu'il reçoit de vous lui appartenait déjà par un droit inaliénable comme au souverain Etre; et ce que vous recevez de lui, son corps, son sang, son âme, sa divinité, contenus dans cette hostie, ce sont de purs dons de son amour. Vous consentez pour lui et vous vous engagez à demeurer jusqu'à la mort cachées dans la retraite et socs le voile; et lui pour vous s'engage à se tenir jusqu'à la consommation des siècies, renfermé ':^aus son tabernacle, et enseveli dans la pljs sombre obscurité. Vf)us vous faites pour lui pauvres et soumises; el lui, pour vous, il se dépouille en quelque sorle de tout récîcit de sa majesté; il se revêt des plus viles apparences, il se soumcH, si j'ose le dire, à ses ministres , à des hommes qu'il a formés de sa main. En quittant pour lui le monde, vous avez voulu vivre avec lui flans sa sainte maison , et auprès de lui : vous le voulez encore , et lui, sortant à cette heure même de son sanctiu:ire, il vient à vous, nonseulement pour vivre avec vous , mais dans vous. Ah ! mes chères Sœurs , je vous laisse porter vous-mêmes cette comparaison aussi loin que vous pouvez l'étendre : que penserez-vous sur cela, eL en quels termes vous espliqcerez-vous? Compterez-vous pour beaucoup ce que vous rendez , voyant ce que vous avez tant de fois reçu et ce que vous allez recevoir? Je ne vous ai sacrifié qu'un mondé, Seigneur, lui direz-vous chacune en pai ticuller ; et de ce monde, je ne vous ai sacrifié qu'une faible partie , où toutes mes espérances étaient bornées. Mais que n'ai-je, ô mon Dieu, tous les trésors et toutes les grandeurs du monde ! que n'ai-.ie mille mondes 5B mon pouvoir, non point pour m'y attacher, mais afin d'y reuon-
cer, et de vous faire , par ce renoncement, un sacrifice plus digne de vous! Que dis-je, Seigneur, quoi que je fasse, je ne vous ferai jamais un sacrifice tel que vous le méritez; mais ce serait au moins un sacrifice tel que je le pourrais faire et que je le voudrais faire. Car, dans le fond , mon Dieu , je ne désire que vous , je n'aspire qu'à vous, je ne soupire qu'après vous ; et si je souhaitais quelque chose hors de vous, ce n'est que pour avoir dans ce renouvellement de mes vœux une nouvelle offrande à vous présenter, et pour vous donner une preuve plus convaincante et plus éclatante que je ne veux rien que vous.
IV. Il n'est pas besoin, mes chères Sœurs, que vous présentiez rien à Dieu de nouveau. C'est assez que vous renouveliez dignement le sacrifice que vous lui avez déjà fait. Or, pouvez-vous être mieux disposées que vous ne l'êtes à ce saint renouvellement? Dernière pensée par où je finis , et qui doit être pour vous d'une grande consolation. Car si vous venez ici renouveler votre premier dévouement à Dieu, c'est après vous y être préparées par la retraite, où vous vous êtes éprouvées vous-mêmes, où Dieu vous a parlé au cœur, où il vous a fait connaître ce qu'il voulait de vous, où vous avez pris avec lui toutes les mesures pour entrer dans une vie encore plus religieuse et plus exemplaire. Je ne vous dirai donc point ce que Samuel disait aux Israélites, quand il les exhortait à se mettre en état d'obéir au Seigneur et de ne servir que lui seul : Prœparate corda vestra Domino, et servite illi soli (i. Reg. 7); car il n'y en a pas une de vous qui ne soit déjà dans cette préparation, et qui ne puisse s'écrier comme David : Paratum cor meum, Deus , paratum cor meum (Psalm. 56); Mon cœur est prêt, Seigneur, mon cœur est prêt. Voilà à quoi vous vous êtes appliquées dans les exercices de la solitude. Mais je dis plus : Si vous venez ici renouveler votre premier dévouement à Dieu, c'est après vous être purifiées par une revue générale de toutes vos actions et de toute votre conduite, par une confession exacte, par une déclaration sincère et douloureuse des plus légères fautes qui ont pu échapper à votre fragilité; et cela dans le dessein que vous avez eu de ne vous offrir à Jésus-Christ que comme des hosties pures et sans tache. Je ne vous dirai donc point ce que Dieu , dans le Lévitique, disait à son peuple : Sanctificamini ^ et estote sancti (Levil, 20) ; Sanctifiez- vous, ne souffrez rien dans vos âmes qui en puisse flétrir la pureté. Car je vous trouve déjà toutes sanctifiées, et c'est à quoi vous avez pourvu par l'amertume de vos regrets, par l'abondance de vos larmes, par les austérités de la pénitence.
J'ajoute encore, mes chères Sœurs, que si vous renouvelez ici votre premier dévouement à Dieu, ce n'est point en secret, mais dans une cérémonie publique et aussi solennelle qu'elle le peut être parmi vous, mais à la face des autels du Dieu vivant, mais au milieu du plus redoutable mystère de notre religion. Or, toutes ces circonstances ont je ne sais'quoi d'auguste et de vénérable qui doit encore plus animer votre foi, recueillir vos esprits, toucher vos cœurs. Dans tous les autres jours de l'année, vous pouvez saintement et utilement renouveler vos vœux à Dieu, et par là vous
SUR l'obéissance religieuse. 101
renouveler vous-mêmes; car la maxime du grand Apôlre est universelle , et n'a point de temps limité : Renovamini spiritu mentis vestrœ (Ephes. 4). Mais aujourd'hui , c'est le temps favorable et privilégié; c'est le jour spécialement destiné à chercher le Seigneur etàle trouver : Ecce nunc tempvs acceptabile , ecce nunc dies salutis (il. Cor. 6). Vous voilà toutes assemblées et toutes réunies. L'exemple de l'une soutient l'autre, le zèle de l'une se communique à l'autre , la prière de l'une seconde la prière de l'autre : de tous les cœurs, il ne s'en fait qu'un; et que ne peut point auprès de Dieu ce concours unanime d'une communauté si nombreuse et si religieuse ?
Approchez donc, mes chères Sœurs, approche» du trône de la grâce de votre Dieu : Adeamus ergd ad thronum gratlœ (Hebr. 4). Car voici le trône de sa grâce : c'est l'adorable Eucharistie, où luimême, auteur de la grâce, et grâce substantielle et incarnée, réside personnellement. Approchez-en avec toute la confiance et tout l'amour qui convient à ses chastes épouses; puisqu'il n'est ici que pour se donner à vous, après que vous aurez renouvelé le sacrillce et l'hommage qu'il va recevoir de vous. Approchez, et vous serez éclairées , et vous serez de plus en plus sanctifiées. Ce Dieu do gloire vous remplira de ses lumières, et ce Saint des saints vous fera part de sasainteié. Approchez; mais ne venez pas les mains vides : Vovete et reddite Deo vestro , omnes qui in circuitu ejus affertis mimera (Ps. 75). Offrez-lui vos vœux , vous toutes qui êtes autour de lui, et qui environnez son sanctuaire pour y apporter vos présents. Il n'en veut point d'auti-es que vous-mêmes. Présentez-vous à lui dans le même esprit que Marie, la Reine des vierges, lorsqu'elle fit â Dieu la première oblation de sa personne. C'est votre mère : adressez-vous à celte mère si miséricordieuse et si tendre. Demandez-lui qu'elle vous présente elle-même , conime ses enfants et une des plus chères portions de son troupeau. Refuserat-elle de s'employer en votre faveur? et par combien de titres estelle engagée à vous accorder sa médiation? Son nom que vous portez, ce nom' qui vous honore et que vous honorez, l'importance du sujet pour quoi vous la réclamerez , tout l'intéressera à vous écouter. Elle agira , elle parlera pour vous , et selon le terme de l'Evangile, elle vous confessera hautement devant son Fils. Les trésors du ciel vous seront ouverts, et toute cette maison sera comblée des plus abondantes bénédictions. Ainsi soit-il.
EXHORTATION Sur l'ObéissaxLce religieuse.
ANALYSE
SUJET. religieux. L'obéissance est une des
Obéissez à vos supérieurs, et soyez, plus excellentes vertus de leur état.
leur soumis. — Cette règle générale division.
que l'Apôtre donnait à tous les fidè- Obéissance de l'aclion, Irejmrtie;
les, convient pariiculièrement aux obéissance de la voioalé, ^^ partie ;
obéissance du jugement, 3^ partie.