‹ Œuvres complètes de Bourdaloue, de la Compagnie de JésusChapitre 53 sur 79 · SUJET. PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

SUJET. PREMIÈRE PARTIE

Alors ils prirent Jésus , et l'emme- Nécessité de porter la croix aprê$

fièrent; et Jésus chargé de sa croix , Jésus-Christ. — Il la porta depuis le

sortit pour aller au lieu appelé Cal- prétoire jusqu'au Calvaire, comme

vaire. — Apprenons de l'exemple de Isaac porta lui-même sur la mon-

Jésus-Christ comment nous devons tagne le bûcher où il devait être im-

nous-mêmes porter la croix , c'est-à- mole. Or, selon ce qu'il dit à ces

dire, toutes les souffrances dont nous femmes qui le suivaient : Si l'on

sommes affligés dans la vie. traite ainsi le bois vert , que fcra-

DivisiON. t-on du bois sec? concluons que si Jé-

Nécessité de porter la croix après sus-Christ notre modèle et notre mé-

Jésus-Christ, Ire partie. Facilité de diateur a porté la croix, il n'y a donc

porter la croix après Jésus-Christ , nul homme qui ait droit de s'en

âe partie. exempter, Jésus-Christ ne l'a portée

Bourdaloue. — ^ 17

que parce qu'il Ta voulu ; mais nous, soit que nous le voulions ou que nous De le voulions pas , nous sommes condamnés par l'arrêt de Dieu à la porter. Cependant , nous pouvons nous la rendre volontaire en l'acceptant, et nous sommes bien à plaindre si nous ne la sanctifions pas au moins par notre soumission.

Ce n'est point assez de porter la eroiî : il faut la porter après Jésus- Christ , et c'est pour nous le faire entendre qu'il voulut que Simon !e Cyrénéen Ta portât avec lui. Mais il y en a bien peu qui veuillent à ce priï suivre leur Sauveur. On verse assez de larmes en considérant sa

rission : mais il nous répond comme ces femmes de Jérusalem : Pleurez sur vous-mêmes. Pleurez toutes vos sensualités.

Trois sentiments là-dessus à prendre : 1* d'une vive douleur; 2° d'une humble reconnaissance ; 3" d'une âSTOoe résolution.

SBCONDB PARTIE.

Facilité de porter la croix après Jètus-Christ. — Car son exemple est si puissant qu'il doit nous aplanir

toutes les difficultés , comme l'exemple du chef fait oublier au soldat tous les périls. Sans cet exemple de Jésus-Christ souffrant, que n'ont pas souffert les justes de l'ancienne loi, et que n'ont-ils pas voulu souffrir?

il n'y a qu'à lire le détail qu'en É fait saint Paul. Quelle serait donc notre lâcheté , après un tel exemple, de fuir encore la croix ?

D'autant plus que c'est la croix de Jésus-Christ que nous avons à porter, et non point précisément la nôtre :

car il ne nous a pas dit , Prenez votre joug, mais mon joug. Si ce pauvre Cyrénéen qu'on força de porter la croix de cet Homme-Dieu , eût su que c'était la croix de son Sauveur, avec quelle ardeur et quelle joie l'eùtii embrassée?

Ajoutez que cette croix de Jésus- Christ, nous ne la portons pas tout entière, mais qu'il eu porte la plus grande partie , et que nous ne la portons pas seuls, mais qu'il la porte avec nous. Or, soutenus de son secours et de celui de sa grâce , que ne pouvons-nous pas , et qu'y a-t-il de si pesant qui ne nous devienne léger et doux?

Susceperunt autem Jeswn , et eduxerunt. Et bajulam sUn erueem, exitii ht am fw dieUur Culvcriœ tecum.

Alors ils prirent Jésus, et ils remmenèrent; et Jésus, chargé de sa croix, sortit pour aller au licu appelé Calvaire. (S. Juan, eh. 19).

VOUS voyez, Chrétiens, quel doit être aujourd'hui le sujet de noîre entrelien : Jésus-Christ sortant du prétoire de Pilate, et marché ûl vers le Calvaire chargé de sa croix. Voilà le triste objet que j'ai à vous représenter. Après tant de scènes différentes, et toutes également lugubres, nous approchons enfin de la funeste catastrophe d'une tragédie si sanglante. Il faut que le sacrifice soit consommé, et que la victime perde la vie. C'est pour cela qu'on le conduit au Calvaire, ce Juste, ce Saint des saints, cet Homme- Dieu coii damné à la mort, et qu'on lui donne même à porter la croix qui lui est destinée. Gonlemplons-le dans cette marche , mes chers Auditeurs, et snivons-le nous-mêmes pas à pas. Que veux-je dire? mon dessein est de vous apprendre comment nous devons nous-mêmes dans le christianisme porter la croix, et la porter après Jésus-Christ. Car il y a pour nous des croix en ce monde ; il y en a , vous le savez , de toutes les sortes , et nous avons chacun la nôtre. Or., il nous est d'une conséquence infinie de la bien porter, en la portant sur les traces de Jésus-Christ; et c'est de quoi je vais tout ensemble vous faire voir, et la nécessité, et la facilité.

Nécessité de porter la croix après Jésus-Christ, ce sera la première partie : facilité de porter la croix après Jésus-Christ, ce sera la seconde. Que ces deux points bien compris peuvent produir*» d'heureux effets , et qu'ils sont capables de nous rendre tant d» souffrances où nous sommes tous les jours exposés, et plus saiu taires qu'elles ce l'ont été jusqu'à présent, et plus supportablee I Appliquez-vous.

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