PREMIÈRE PARTIE
Jésus-Christ mourant sur la croix comme victime de la justice de Dieu.
Après le péché de l'homme , il fallait que la justice de Dieu fût satisfaite.
Nul autre qu'un Dieu ne pouvait satisfaire à un Dieu. Jésus-Christ , vrai Dieu et vrai homme, est donc venu , et s'est oflert comme victime. Ce n'est pas pour ses péchés , mais pour les nôtres qu'il a satisfait. Car il s'en était chargé , et voilà pourquoi la justice divine le regarde au Calvaire comme un objet digne de ses vengeances.
C'est donc cette redoutable justice, qui préside au dernier supplice de ce Fils de Dieu couvert des péchés de tous les hommes. C'est elle qui veut qu'on le dépouille encore une fois de ses habits , qu'on l'étende sur la croix , qu'il obéisse à d'infâmes bourreaux , qu'il soit placé au milieu de deux voleurs , qu'on le comble de nouveaux opprobres , que dans sa soif on ne lui donne à boire que du vinaigre et du fiel , enfin qu'il meure comme abandonné même de son Père.
De là , apprenons combien il est terrible de tomber dans les mains du Dieu vivant et de sa justice. Car, s'il n'a pas épargné son propre Fils, que fera-t-il de nous et contre nous?
Nous devons ici reconnaître toute la
puissance de cette suprême justice , toute sa sainteté , toute sa sévérité , toute sa droiture et son inflexible équité.
Quelles vérités! et de quelle frayeur doivent-elles saisir un pécheur qui vit dans l'impénitence ! Mais surtout de quelle frayeur sera-t-il saisi à la mort , en considérant même le crucifix qu'on lui présentera pour sa consolation 1
SECONDE PARTIE
Jésus-Christ mourant sur la croii comme victime de la miséricorde de Dieu. Il est vrai qu'il devait souffrir et qu'il devait mourir, mais comment le devait-il ? dans cette supposition toute gratuite de sa part, savoir, qu'il voulût sauver le monde :
car il pouvait ne le pas vouloir et nous abandonner. C'est donc par un effet de sa miséricorde qu'il a pris sur lui nos dettes , et qu'il s'est engagé à les acquitter en souffrant et en mourant bolide théologie de l'apôtre saint Paul.
De là ne nous étonnons point des témoignages particuliers, ou plutôt des prodiges d'amour et de miséricorde qu'il fait paraître sur la croix.
Il prie , et c'est une prière de miséricorde ; il promet , et e'est une promesse de miséricorde; il donne, et c'est un don de miséricorde; il témoigne sa soif, et cette soif qu'il souffre, quelque pressante qu'elle puisse être, n'est que Fimage d'une soif mille fois encore plus ardente qui achève de le consumer, et qui est un sentiment de miséricorde.
Ainsi , nous devons regarder la croix comme le siège de la grâce et le trône de la miséricorde divine.
Ayons-y souvent recours. Solide dévotion dans le christianisme , que la dévotion au crucifix, où sera notra ressource à la mort , où sera notre consolation? dans le cruciâx.
ftstquhm venerunt in loeum qui vocatur Calvarlee, tU cruei/lrerunt am.
Quand ils furent arrivés au lieu appelé Calvaire , on y crncifia Jésus.
(S. Luc, ch. 23.)
QUEL souvenir, Chrétiens auditeurs, nous rappellent ces paroles de mon texte ! et si les historiens sacrés n'avaient pris soin de perpétuer dans le monde là mémoire d'un tel événement fsi la religion que nous professons ne nous l'enseignait d'une manière à ne permettre pas le moindre doute , qui jamais eût pu se persuader que le Messie, le Saint des saints, dût mourir sur le Calvaire, c'est-à-dire, dans un lieu destiné au supplice des criminels, et qu'un Homme-Dieu dût terminer sa vie mortelle par le tourment et l'opprobre de la croix? Voilà toutefois ce que l'Evangile nous représente; et sans m'arrêter à de stériles lamentations, si j'ose d'abord pénétrer dans ce profond mystère, il me semble que c'est là que se fait cette merveilleuse alliance dont avait parlé le prophète royal , quand il disait que la justice et la miséricorde s'étaient réunies, et que par un heureux accord, elles se trouvaient l'une et l'autre pleinement satisfaites : Justitia et paœ osculatx sunt (Ps. 84). Du moment que l'homme , en violant le commandement de Dieu, s'était rendu pécheur, il y avait entre cette justice et cette miséricorde divine une espèce de combat. L'une était armée contre nous, et se disposait, par notre perte éternelle, à venger les intérêts du Seigneur^ et à réparer sa gloire; mais l'autre, sans oublier ni la gloire, ni les intérêts du Dieu tout-puissant, sensible néanmoins à notre malheur, retenait le glaive suspendu sur nos têtes, et arrêtait le coup dont nous étions menacés. Le moyen de les concilier? ô secret inconnu à toute la prudence humaine 1 ô abîme de la sagesse et des conseils du Très-Haut! le voici, mes Frères, ce grand moyen, ce moyen prévu de toute éternité et accompli dans la plénitude des siècles : c'est que Jésus-Christ, Fils de Dieu et Fils de l'homme, vrai Dieu et vrai homme lui-même, verse son sang, donne sa vie ; qu'il meure , et que par sa mort il soit tftut ensemble sacrifié , et à la justice du Dieu des vengeances , et à la miséricorde du Dieu de la paix. En deux mots, Jésus-Christ mourant sur la croix comme victime de la justice de Dieu ; ce sera la première partie; comme victime de la rniséricorde de Dieu , ce sera la seconde. Je ne puis mieux finir le cours de ces exhortations que j'avais à vous Caire pendant ce saint temps. Puissiez-voas encore remporter de celle-ci tout le fruit que je m'en promets, avec le secours de la grâce, pour votre instruction et votre édiû» cation.
PBEMIÉRB PÂRTIK.
Oui, Chrétiens, c'était depuis la naissance du monde, où l'homme rebelle et criminel osa se révolter contre l'ordre de son Créateur et de son Dien; c'était, dis-je, depuis ce premier péché, que la justice du ciel attendait une victime capable de l'apaiser, et demandait un sacriDcc digne de la majesté du Seigneur violée et outragée. Ce n'est pas que dans le cour.- de tant de siècles écoulés depuis cette chute fatale à toute la nature humaine, les l:ommes n'eussent
offert à Dieu des hosties, et qu'ils ne lui eussent présenté cliver«» sacrifices pour reconnaître sa souveraine grandeur et pour l'honorer; mais ces hosties n'étaient, ou que des fruits de la terre, ou que de vils animaux; et de tels sacrifices ne pouvaient être proportionnés à la dignité du Maître dont il s'agissait de réparer l'honneur et de venger les intérêts. Il n'y avait donc qu'une personne divine, il n'y avait que le sang d'un Dieu qui pût effacer pleinement et laver l'otfense faite à un Dieu. Or, voilà ce qui s'accomplit au Calvaire, et c'est laque cette justice si rigoureuse et si inflexible dans la défense de ses droits, trouve enfm toute la satisfaction qu'elle avait si longtemps exigée sans la recevoir, et qui lui était due par tant de titres.
Car quelle victime lui est immolée sur l'autel de la croix? un Homme-Dieu , le Fils éternel de Dieu , égal à son Pore , et possédant comme lui toute la plénitude de la divinité : In ipso inhabitat omnis plenitiido divinitatis (Colos. 2). Dès le moment de son incartion, il avait déjà commencé ce grand sacrifice, puisqu'il n'était descendu sur la terre qu'en qualité de victime, et qu'il ne s'était revêtu d'un corps mortel, que pour en faire hommage au Créateur de l'univers, et pour le lui offrir en holocauste. Dans le temple de Jérusalem. , il avait continué et comme perfectionné ce môme sacrifice, lorsqu'il voulut être porté solennellement entre les bras de Siméon , et présenté par les mains de Marie. Mais tout cela n'était encore que le sacrifice du matin , et nous voici présentement au sacrifice du soir; à ce sacrifice où la victime doit être consumée tout entière; à ce sacrifice où tendaient depuis trente-trois ans toutes les vues , toutes les démarches , toutes les actions du Rédempteur des hommes ; à ce sacrifice par où toute la gloire du Seigneur devait être réparée et tous les droits de sa justice rétablis.
Mais, que dis-je, et quelle dette le soumettait à cette inexorable justice, cet agneau de Dieu, cet agneau sans tache? de quelle offense pouvait-il être coupable, et qu'avait-il fait qui lui attiràlr la colère d'en-haut et qui l'exposât à un tel opprobre et à une telle mort? ahl Chrétiens auditeurs, c'est un mystère que vous ne pouvez ignorer, et c'est sur ce fondement qu'est établie et que roule toute la religion. Vous savez que de lui-même et de sa nature, ce Sauveur du monde est la sainteté par excellence; que dans le céleste séjour et dans les splendeurs éternelles, il reçoit les adorations de tous les esprits bienheureux, et en fait toute la félicité; que même dans cette terre d'exil où il a paru, et que dans cette vallée de larmes où il a voulu converser avec nous , il ne connut jamais le mal que pour le combattre et pour le détruire ; enfin , que c'est à lui que fut rendu plus d'une fois cet éclatant témoignage, qui retentit le long du Jourdain , et qui se fit entendre sur le Thabor : Voilà mon Fils bien-aimé, l'objet de mes complaisances : Hic est Filius meus dilectus in quo mihi benè complacui (Malth. 27). Vous en êtes instruits, et ce sont autant d'articles de votre créance. Mais ce que vous enseigne aussi la même foi que vous professez , c'est que pour l'expiation du péché , ce Sauveur si saint en luimême, a pris toutefois la forme de pécheur; c'est que n'ayant jamais commis de péché , et étant incapable d'en commettre , il f
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néanmoins voulu porter sur son corps tous nos péchés : Qui peccata nostra ipse pcriulit in corpore siw (i. Petr. 2) ; que son Père l'en a chargé, et qui! en a été tout couvert : Posuit in eo iniquitatem omnium nostrûm (Isaï. 53). Tellement que nous le pourrions comparer à cette nuée qui conduisait les Israélites dans le désert, et 3ui , toute lumineuse d'une part, était de l'autre toute ténébreuse. T, c'est justement sous cet aspect si ditforme et si affreux, que le ciel aujourd'hui le considère, et c'est sous celte lèpre du péché que la justice de Dieu l'envisage comme un objet digne de toutes ses vengeances. Voilà pourquoi elle s'arme contre lui , pourquoi elle le poursuit le glaive à la main , pourquoi elle prononce l'arrêt de sa mort.
Comment donc, afin de vous tracer encore de tout ceci une figure plus naturelle et plus propre, comment paraît-il au Calvaire? Représentez-vous, mes chers Auditeurs, cette malheureuse victime dont parlait saint Paul aux Hébreux , sur laquelle on mettait toutes les iniquités du peuple pour les expier, et qu'on jetait hors du camp pour la brùl! r. Ainsi Dieu l'avait ordonné dans l'ancienne loi; et qu'était-ce là, dit l'Apôtre , qu'une image sensible de ce qui devait s'accomplir dans la personne de Jésus-Christ? On le conduit hors de la ville, on le fait monter -au Calvaire : c'est le dernier théâtre où il va paraître , et c'est là que l'attend la divine justice à qui il s'est rendu responsable, et qu'elle vient ordonner de son supplice et l'exécuter par les mains des bourreaux qu'elle a choisis pour ses ministres. Car souffrez, mes Frères , que je vous fasse part d'une pensée qui me louche, et qui doit vous remplir comme moi d'une horreur toute religieuse. Quand Dieu chassa le premier homme du paradis terrestre où il avait péché, l'ange du Seigneur se fit voir armé de l'épée , et ferma pour jamais l'entrée de ce jardin de délices. Ce fut encore par le ministère de l'ange exterminateur que Dieu frappa l'armée de Sennachérib, et que pour le salut de son peuple il fit éclater contre ce prince orgueilleux toute sa puissance, Mais quand, pour le salut du monde entier, il est question de consommer le sacrifice de ce divin médiateur, sur qui sont tombés tous les péchés des hommes et qui les doit elFacer de son sang, je m'imagine que la suprême et souveraine justice descend elle-même, et que sans se montrer, elle préside à tout ce qui se passe dans cette sanglante et terrible exécution.
Non, Chrétiens, ne croyons pas que ce soit seulement ici la fureur des Juifs qui agisse, ni la cruauté des soldats : c'est la justice de Dieu. C'est elle, prenez garde, c'est elle qui veut que ce Dieu- Homme soit encore une fois dépouillé de ses habits , et qu'il ne lui reste pas même une robe qui le couvre : pourquoi ? afin que par ce dépouillement total et cette extrême pauvreté, il porte la peine de toules les injustices où nous a esigagés et où nous engage tous les jours une envie démesurée d'avoir un attachement excessif aux biens de la vie. C'est elle qui veut qu'on l'éten^ie sur la croix, et qu'en l'y étendant on lui disloque tous les membres ; que pour J'y attacher, on se serve, non de liens, mais de clous, qu'on lui en perce les pieds et les mains, et qu'on les y enfonce avec violence : pourquoi ? afin que dans sa chair il expie tous les dérèglements de
la nôtre, tant de sensualités , tant de commerces criminels, tant de sales plaisirs , tant d'excès et d'abominations. C'est elle qui veut qu'il obéisse à d'infâmes bourreaux ; que, sans résister un moment ni prononcer une parole, livré a leur pouvoir et soumis à leurs ordres, il se laisse remuer, traînrT, tourmenter selon qu'il ieir plaît : pourquoi? afin que par une telle soumission il répare cetîe fatale désobéissance de nos premiers parents cju; nous a tous perdus , et que ce soit encore le châtiment de tant Je traiisgressions de Ja loi du Seigneur, qui nous sont particulières et per?onnelles; de tant de résistances à ses adorables volontés, de tant de révoltes intérieures dans les afflictions qu'il nous envoie , et de tant de murmures et de plaintes. C'est elle qui veut qu'il soit placé au milieu de deux voleurs et crucifié avec eux ; que dans cet état on l'élève , on le fasse voir, on l'expose aux yeux ae Jérusalem , et que le ciel et la terre soient témoins de sa honte : pourquoi? afin que cette ignominie publique soit la juste punition de toutes les enflures de notre cœur, de toutes ses complaisances et ses vanités , de tous ses projets ambitieux , et de tout son orgueil.
N'est-ce pas assez, justice de mon Dieu , et n'ôtes-vous pas enfin satisfaite? Sur quelle partie de ce corps sacré frapperez-vous encore, qui ne soit déjà toute couverte de plaies? Yoyez et considérez : voyez ces yeux tout éteints, cette bouche toute livide, ce visage tout meurtri , ce sein tout déchiré et tout ouvert par le nombre des blessures qu'il a reçues; voyez ces pieds, ces mains, changés en des sources de sang. Quels nouveaux opprobres a-t-il à essuyer? Le voilà comme abîmé, comme anéanti dans la confusion : il en est rassasié , selon l'expression de votre prophète, et si je l'ose dire , il eu est comme enivré. Il n'importe : cette implacable justice a néanmoins toujours le bras levé, et ne le retirera point que sa victime n'ait été détruite ; Scd adhùo manus ejus extenia (Isaï. 5).
C'est donc elle , suivez-moi, c'est elle qui veut qu'on s'assemble autour de ce Dieu souffrant, et que bien loin de le plaindre, on vienne insulter à ses souffrances; qu'on lui reproche qu'il ne peut se sauver lui-même, après avoir sauvé les autres; qu'on le traite de rrofanateur et de destructeur du temple; qu'on blasphème son saint nom, et qu'on profère contre lui mille anathèmes : pourquoi? parce que c'est à lui d'acquitter par là tant de discours injurieux, tant de railleries malignes et piquantes, tant de paroles outrageantes, de paroles licencieuses et dissolues, de paroles impies et scandaleuses que nous met dans la bouche, et contre le prochain, et contre Dieu même, ou la médisance, ou l'animosité et la colère, ou le libertinage et l'irréligion : Sed adhùc manus ejus extenta. C'est elle qui veut que dans la soif qui le presse , et que lui cause l'extrémité de sa faiblesse et le dernier épuisement où il est réduit, ûD ne lui présente à boire que du vinaigre et du fiel : pourquoi? parce que c'est dans l'aigreur et l'amertume de ce breuvage que doivent ôîre lavées, si je puis m'expriraer de la sorte , les grossières débauches et les intempérances de tant de mondains, leur avidité insatiable, leurs délicatesses inûnies à flatter leur goût et à contenter tous leurs appétits : Sed adhùc manus ejus extenta. C'est elle qui veut que dans un accablement si général toute res-
source lui manque, même de la part de son Père; qu'il en soit comme abandonné; qu'il n'en reçoive nul secours, nul appui sensible; que plus rigoureusement traité qu'il ne le fut au jardin, où le ciel au moins parut s'intéresser en sa faveur, et prit soin par le ministère d'un ange de le conforter, il soit désormais destitué de tout soutien ; c'est-à-dire, que son humanité soit délaissée de sa divinité, et que livrée à elle-même elle tombe dans la plus profonde et la plus mortelle désolation : pourquoi? parce qu'il ne peut mieux satisfaire que par cet abandonnement, pour toutes les fausses joies du monde dont nous sommes si enchantés, pour toutes les vaines consolations que nous cherchons dans les créatures, pour la confiance trompeuse que nous y avons, pour l'indigne préférence que nous leur donnons et le prodigieux oubli de Dieu où nous vivons. Que puis-je encore ajouter? Sed adhùc manus ejus extenta; c'est elle qui, sans se relâcher jusqu'au dernier souffle de vie qui lui reste, veut enfin qu'il expire entre les bras de la croix, et qu'avec ce grand cri qu'il pousse vers le ciel, il achève de rendre l'âme, et mette le sceau à l'œuvre de notre rédemption : pourquoi? parce que c'est par cette mort temporelle d'un Dieu, que nous devons être délivrés d'une mort éternelle : Jésus autem, emissâ voce magna, expiravit (Marc. 15).
Quelle terreur, Chrétiens, et quelle consternation l La seule frayeur de ce lugubre spectacle et d'un tel acte de justice sur une personne divine ne dut-elle pas suffire pour ébranler toute la nature et la déconcerter? aussi la terre en trembla, et le voile du temple se déchira, le soleil s'éclipsa, les pierres se fendirent , et les tombeaux en furent ouverts. Or, si cet effroi a pu se communiquer aux êtres même inanimés, et agir sur eux , comment doit-il se faire sentir à nous, et quels effets doit-il profiuire dans nos cœurs?
Car quoique le plus essentiel et le premier de tous les motifs qui doivent nous attacher à Dieu et à la pratique de nos obligations, soit la reconnaissance et l'amour, toutefois une crainte chrétienne de la justice de Dieu, des vengeances de Dieu et de ses redoutables châtiments, n'a rien que de louable , rien que de saint et de salutaire. Jésus-Christ lui-même , dans son Evangile, en a fait la matière de ses plus fortes instructions, et y a employé les expressions les plus vives et les menaces les plus effrayantes. Ce n'était pas seulement au peuple qu'il les faisait entendre , ni aux pécheurs engagés dans le monde , mais à ses disciples et à ses apôtres, parce que cette crainte des jugements du Seigneur convient à tous les états du christianisme et à tous les degrés de perfection.
Je ne puis donc rien faire de plus important pour votre salut, que de la réveiller dans vos âmes, et de vous apprendre à tirer de la croix du Sauveur et de sa mort que nous méditons et que nous
fdeurons, une des conséquences les plus naturelles et les plus soides , quoique la moins ordinaire et la moins connue , savoir, que c'est une chose souverainement à craindre , de tomber dans .les mains du Dieu vivant : Horrendum est incidere in manus Dei mventis (Hebr. 10). Je dis conséquence la moins ordinaire et la moins connue. En effet, nous sommes accoutumés à ne considérer le mystère d'un Dieu crucifié que par ce qu'il a de consolant pour nous, et
fflous n'en tirons presque jamais d'autre conclusion , que de nous confier en Dieu et dans l'efficace de ses mérites. Gonliance , mes chers Auditeurs, trop bien fondée, pour entreprendre de l'alfaiblir, -et espérance que je suis bien éloigné de condamner, puisque je prétends au contraire vous l'inspirer dans la suite de ce discours, et vous y affermir. Mais ce que je voudrais d'abord vous faire comprendre, et ce qui demande toute l'attention de vos esprits, c'est que ce mystère de grâce est en même temps un mystère de justice, et de la justice la plus formidable; c'est que s'il a de quoi nous encourager et nous rassurer, il n'y en a pas moins de quoi non;-' intimider et nous consterner: corhmcnt cela? faites-en avec moi la réflexion , et entrez dans ma pensée.
Quand le prince des Apôtres, saint Pierre, écrivant aux premiers fidèles, voulait leur donner une idée de la justice de Dieu qui les retînt dans le devoir, ou qui les engageât promptement à s'y remettre, si le péché les en avait écartés, il leur proposait l'exemple des anges rebelles et leur condamnation. Craignez, mes Frères, disaitil, et n'oubliez jamais à quel Dieu vous avez affaire : on ne s'attaque point à lui impunément , et l'on n'échappe point au bras de sa justice et à ses coups. Il n'a pas même pardonné à ces esprits qu'il avait créés dans le ciel et enrichis des dons les plus excellents: mais dès qu'ils se sont révoltés , et dès le premier péché qu'ils ont commis, il les a liés avec les chaînes de l'enfer, il les a chassés de son royaume , et précipités dans l'abîme, pour y être éternellement tourmentés : Detis angelis peccantibus non pepercit , sed rudentihus inferni detractos in tartarum tradidit critciandos (ii. Petr. 2). Or, que devons-nous donc attendre de sa colère, si nous l'irritons contre nous? et puisque des anges bien supérieurs à nous et en force, et en puissance, ne peuvent néanmoins soutenir la rigueur du jugement qu'il a porté contre eux, et qui les a rendus autant de sujets d'exécration, gue deviendrons-nous, fragiles créatures , qui ne sommes devant lui que de faibles roseaux qu'il peut renverser et briser du moindre souffle? Angeli fortitudine et virtute cùm sint majores, non portant adversùm se execrabile judicium {Ibid.), Tel était le raisonnement du saint apôtre : mais sans oublier en aucune sorte le respect que je dois à une si grande autorité, je ne fais point difficulté de dire que nous avons dans la mort de notre divin Maître une preuve mille fois encore plus touchante et un exemple plus convaincant. Car ce ne sont plus seulement des anges que Dieu, comme souverain juge, n'a pas épargnés, mais son propre Fils : Proprio Filio suo non pepercit (Rom. 8). D'où nous aevons connaître toute la puissance de cette adorable justice, toute sa sainteté, toute sa sévérité, toute sa droiture et son inflexible équité. Remarquez, je vous prie , tous ces traits : il n'y en a pas un qui ne soit capable de nous faire trembler, pour peu que nous soyons susceptibles d'une crainte raisonnable, et sensibles à l'intérêt de notre salut.
Je dis toute la puissance de cette justice de Dieu , puisqu'elle a étendu son pouvoir jusque sur un Homme-Dieu. Après cela, qui pourra nous arracher d'entre ses mains? qui pourra lui faire violence et l'arrêter? que lui opposerons-nous, et qui sera en état de
prendre contre elle notre défense et de nous sauver? Je dis toute lasainteté de cette Justice de Dieu, puisqu'elle n'a pu voir le péché. sans ie poursuivre, même dans un Homme-Dieu. Ce n'étaient dans cet Homme-Dieu que les péchés d'autrui ; ce n'étaient que des péchés dont il avait contracté la dette sans être coupable de l'offense : comment en poursuivra-t-elle les auteurs , et à quel jugement doivent-ils être réservés? Je dis toute la sévérité de cette justice de- Dieu , puisqu'il a fallu , pour l'apaiser, le sang et la mort d'un Hon',rae-Dieu. Hommes vils et criminels, quoi qu'elle exerce sur vous -le vigoureux, sera-ce assez pour elle; et quand elle décharge sur le juste ses plus rudes fléaux, que prépare-t-elle aux pécheurs, et peuvent-il? se promettre d'être ménagés? Je dis toute la droiture de cette justice de Dieu et son inflexible équité, puisqu'elle n'a point eu même d'égard à la dignité d'un Homme-Dieu. Qui que nous soyons et quelque intercesseur que nous ayons auprès d'elle , en vain compterons-nous de la fléchir sans une satisfaction convenable, et espérerons-nous qu'elle se relâche jamais sur cela de ses prétentions.
Ah! mes Frères, quelles vérités, et quand un pécheur, j'entends un de ces pécheurs obstinés qui vieillissent dans leurs désordres, et que toute rarleur de notre zèle, que toutes nos remontrances et toutes nos sollicitations ne peuvent ramener de leurs voies corrompues; quand, dis-je, à la vue du cruciQx, un pécheur de ce caractère vient à se retracer toutes ses idées, de quel tremblement et de quelle épouvante doit-il être saisi? car il me semble que je puis bien lui appliquer ce que saint Léon pape a dit des Juifs, et que la comparaison n'est que trop juste. 11 nous invite à contempler Jésus-Christ sur la croix : mais du reste, mes frères, poursuit ce saint docteur, à Dieu ne plaise que nous le considérions comme les impies , figurés par ces anciens Juifs à qui Moïse disait dans le désert, et au sujet du serpent d'airain : Vous aurez sans ci^sse votre vie suspendue devant vos yeux ; vous la verrez , et bien loin que cet objet, si consolant pour les autres, anim.e votre confiance et dissipe vos craintes, vous serez toujours, en la voyant, dans le même trouble , parce que vous ne croirez pas y devoir trouver votre salut : Et erit vita tua quasi pendcns antè te : tirnthis die et nocte, et non credesvitx tuœ (Deut. 28). Voilà , continue le môme saint Léon , comment, dans la suite des siècles, les Juils incrédules et déicides ont dû encore envisager le Messie qu'ils avaient crucifié. Ils n'apercevaient en lui et dans sa croix que leur crime; et demeurant toujours dans leur infidélité, cette vue d'un Dieu livré à la mort, devait les remplir, non point de la crainte salutaire qui part d'une vraie foi, et qui sert à nous justifier par la foi, mais de la crainte servile et désespérante dont est agitée et cruellement tourmentée une mauvaise conscience : Isti enim nihil in crucifixo Domino prôcter facinus suum cogitare potuerunt ^ hahentes timorem, non quo fides vera justificatif, sed quo conscientia iniqua torquetU7\
Triste image du pécheur 1 Qu'est-ce à ses yeux que la croix de son Sauveur et de son Dieu? un monument visible, mais terrible, de la justice du ciel : c'est-à-dire, d'une justice dont il dépend
mille fois plus encore que ce Dieu-Homme, à qui néanmoins elle a fnit sentir son pouvoir d'une manière si éclatante et par un arrêt si absolu; d'une justice dont il aura en personne à subir lui-même le jugement , et à recevoir sa condamnation ; d'une justice qui n'oubliera rien , qui ne passera rien, qui ne lui pardonnera rien ; d'une justice qu'il se rend tous les jours plus ennemie, en accumulant péchés sur péchés, et négligeant tous les moyens de les effacer; d'une justice devant laquelle tout ce que Jésus-Christ a fait tout ce qu'il a souffert pour lui ne lui sera de nul profit , de nu! avantage , de nul usage, et ne doit même servir qu'à sa réprobation , puisqu'il ne s'en sert pas pour sa sanctification ; par conséquent, d'une justice dont il n'a rien de moins à craindre que la plus affreuse sentence et qu'un tourment éternel : Terribilis quœdam eœpectatio judicii (Heb, 10). Si toute la religion n'est pas encore éteinte dans son cœur, peut-il n'être pas eO'rayé de ces réflexions; et pour n'en être point ému, ne faut-il pas qu'il soit tombé dans le plus mortel endurcissement?
Tout cela, dites- vous, ne l'inquiète guère , parce qu'il n'y pense point. Il est occupé de ses affaires, entêté de sa fortune, possédé de son plaisir. Il bannit tout le reste de son esprit, et il sait bien éloigner des pensées si sérieuses, et s'en délivrer. Oui, mes Frères, \\ le sait bien , et il ne le sait même que trop ; mais voilà justement ce que je déplore, et ce que je regarde comme le plus grand de tous les malheurs : car voilà ce qui l'entretient dans son impénitence, ce qui lui fait amasser contre lui un trésor de colère, ce qui le lui fait grossir chaque jour, jusqu'à ce qu'il en ait comblé la mesure, et que cette justice dont il ne tenait nul compte, et qui l'attendait au jour marqué, agisse enfin, ouvre elle-même le trésor de ses vengeances , et le fasse fondre sur lui pour l'accabler.
Je dis plus, Chrétiens, et s'il n'y pense point maintenant, il y pensera à la mort. Etrange renversement! A cette dernière heure où tout l'abandonnera, où tous les secours humains lui manqueront, du moins lui deviendront inutiles; où ces prétendues divinités qu'il adorait seront incapables de le soutenir, et où ces faux biens dont il jouissait sur la terre lui seront enlevés et lui échapperont , c'était la croix de Jésus-Christ , ou plutôt c'était Jésus-Christ lui-même attaché à la croix et y mourant , qui devait être sa ressource , son refuge, sa force, et ce sera le sujet de ses plus vives frayeurs et le comble de sa désolation. Le prêtre, pour le toucher, pour l'encourager, pour le consoler, et pour satisfaire au devoir de son ministère lui présentera le crucifix; il le fera souvenir que c'est son Dieu, l'auteur de son salut, qui lui tend les bras; il l'exhortera à se tourner vers lui , et à se confier en lui : mais tandis que la parole du ministre lui frappera au dehors l'oreille sans pénétrer jusqu'au cœur, que lui dictera intérieurement sa conscience? que lui reprochera-t-elle? sous quel aspect lui montrera- t-el le ce Rédempteur immolé à la même justice, qui le cite actuellement à son tribunal , et dont il ne peut se promettre d'être plus épargné que ne l'a été un Dieu? Quelle peinture lui trace-t-elle de ses désordres passés? et malgré toute la vertu et tout l'efficace du sang divin , quelle espérance lui donnera-t-elle pour l'avenir? Que fais-je après tout,
mes chers Auditeurs? est-ce que je prétends diminuer votre con« fiance dans la croix du Sauveur et dans sa grâce? à Dieu ne plaise; mais je voudrais que ce fût une confiance solide, une confiance soutenue de vos œuvres et de votre correspondance : car il n'y en a point d'autre que celle-là qui vous puisse sauver, ni sur laquelle il y ait quelque fond à faire. Aussi est-ce pour vous l'inspirer que je vais présentement vous proposer Jésus-Christ crucifié, comme victime, non plus de la justice , mais de la miséricorde de Dieu. Ce sera la seconde partie.
SECONDE PARTIE
C'est le caractère des œuvres de Dieu et de tous les desseins qu'il forme sur nous, d'être toujours accompagnés de sa miséricorde et de tendre au salut de l'homme et à son éternelle prédestination : Universœ viœ Domini misericordia (Psalm. 24). Tellement, remarque le prophète, qu'il n'oublie point cette infinie miséricorde jusque dans sa plus grande colère et dans les plus sévères châtiments de sa justice : Cùyn iratus fueris, misericordiœ recordaberis (Habac. 3). Il n'y a que l'enfer d'où cette bonté divine se tienne éloignée, et où elle ne fasse point couler ses grâces, parce qu'elle n'y trouverait point de sujet en état de les recevoir et d'en profiter. Mais partout ailleurs il lui est si naturel de se communiquer, que dans tous les ouvrages tlu Seigneur elle a toujours la meilleure part, et qu'à bien examiner même les plus rigoureux jugements de Dieu , ce sont moins des jugements de justice que de miséricorde : Siiperexaltat misericordia judicium (Jacob. 2). Or, si jamais elle a paru , cette miséricorde souveraine et sans bornes, et si jamais elle a répandu ses richesses avec abondance, il est évident et inconleslable que c'est dans ce mystère de Jésus-Christ crucifié et mort pour la rédemj)tion du mo'nde. Découvrons-en, mes Frères, autant que la faiblesse de nos esprits peut le permettre , et admirons-en l'ii effable et adorable conduite.
Il fallait une victime à la justice de Dieu, et une réparation authentique du péché de l'homme, je l'ai dit, et c'est ce que nous avons déjà médité, l/homme, de lui-môme et de son fonds, n'avait rien , ni n'était capable de rien qui pût en aucune sorte égaler l'injure faite à la majesté du Très-Haut, et par conséquent il ne pouvait , de .-on fonds ni de lui-môme, la réparer; c'est encore ce que j'ai lâché de vous faire comprendre. De là s'ensuivait, par une conséquence non moins nécessaire, que, sans les mérites d'un Homme- Dieu, l'homme était immanquablement perdu , et qu'il ne pouvait être sauvé que par les souffrances et par la croix de ce puissant Médiateur. Voilà pourquoi Jésus-Christ est venu , voilà quelle a été la fin de sa mission et le fruit de sa mort. Tout cela est vrai , Chrétiens; mais tout cela ne nous apprend point que Jésus-Christ, absolument et indispcnsablement, ait dû souiïrir, qu'il ait dû mourir. Parlons autrement, et mettons la chose dans un jour qui vous fajse mieux entendre ce point de religion.
Il devait venir ce Verbe de Dieu , et prendre une chair semblable à la notre. Dans cette chair passible et mortelle , il devait souffrir, il devçiit mourir : mais comment le devait-il? concevez-le. 11 de-
vait, di<-je, so offrir, et il devait mourir : mais dans cette suppoi?!tion toulé gratuite de sa part, et toute de son choix, savoir, iju'il voulût sauver le monde. Car c'est de quoi il était pleinement lo maître , et à quoi nulle obligation ne l'engageait. Il pouvait laisser l'homme dans l'abîme où il s'était précipité; il pouvait le livrer à son propre malheur, et par là s'épargner toutes les douleurs et toutes les ignominies de la croix. Oui, mes Frères, il le pouvait, selon toutes les lois de sa justice ; mais c'est ce que sa miséricorde n'a pu voir sans s'y opposer. Toutes ses entrailles en ont été émues, ces entrailles de charité et de compassion : \iscera misericordix (Luc. 1). Il en a suivi les mouvements, et il n'a pu, si je l'ose dire, résister à des sentiments si tendres et si affectueux. Ainsi, de deux partis qu'il avait à choisir, ou d'abandonner le salut de l'homme, ou de s'abandonner lui-même à toute l'infamie d'un supplice aussi cruel et aussi honteux que la croix , il a mieux aimé nous racheter à ce prix , au prix de son sang, au prix de sa vie, que de consentir à notre perte éternelle. Or de là même, n'ai-je pas droit de conclure , qu'il s'est donc sacrifié sur l'autel de la croix comme une victime de miséricorde?
Solide théologie que l'Apôtre nous a si bien exprimée en deux courtes paroles , dont il était vivement touché, et qui, dans leur simplicité et leur brièveté, sont pleines d'onction et de consolation : Dileœit me , et tradidit semctipsum pro me (Galat. 2). Il m'a aimé, ce Dieu essentiellement et souverainement miséricordieux, disait le maître des Gentils; et parce qu'il m'a aimé, il s'est donné pour moi. Prenez garde, s'il vous plaît, à l'ordre qu'observe le grand Apôtre, et à la liaison qu'il met entre ces deux choses. Il ne sépare point l'une de l'autre comme si l'une était indépendante de l'autre; mais il les unit ensemble comme la cause et l'efTet. Il m'a aimé, voilà le principe; et il s'est donné pour moi, voilà l'efTet et la suite. De sorte que c'est, avant tout et par-dessus tout, son amour, qui lui a fait accepter et boire le calice de sa passion : Dilexit me, et tradidit semetipsum- pro me.
Aussi demandez au môme saint Paul , ce que faisait Jésus-Christ sur le Calvaire, où ses bourreaux l'avaient conduit, et où ils accomplissaient contre lui avec tant de barbarie les ordres qu'ils avaient reçus. Cette peinture est admirable , mes chers Auditeurs, et voici sans doute des expressions dignes de l'Esprit de Dieu, dont le saint Apôtre était inspiré : écoutez-le. On l'attachait à la croix, ce Médiateur des hommes, on l'y clouait : mais lui cependant, d'une main invisible et par un excès de miséricorde , il y attachait l'acte qui avait été écrit contre nous , l'arrêt qui nous condamnait comme pécheurs; il l'effaçait de son sang, et il l'annullait : Delens quod advcrsùs nos erat chirographum dccreti , et ipsum tulit de medio^ afjigens illud cruci (Golos. 2). On lui donnait la mort; et lui , en mourant, il nous rendait la vie par la rémission et l'abolition de tous nos péchés : Et vos cùm mortui essetis in delictis, convivificavit, donans vobis omnia delicta (Ibid.). Il succombait à la violence des coups qu'il avait reçus, et à la rigueur des tourments qu'il avait endurés ; mais dans* cette défaillance même, où la nature ne DOuvait se soutenir et était obligée de céder, plus fort
néanmoins que toutes les principautés el toutes les puissances infernales , il défendait contre elles notre cause, il les combattait, il ïeyr arrachait les dépouilles que ces esprits de ténèbres avaient enlevées et dont ils se glorifiaient, il les confondait à la vue de tout l'univers, il les désarmait et il en triomphait; content de mourir dans ce combat, pourvu que sa victoire , qui lui coûtait si cher, fût auprès de son Père notre rançon et notre salut : Eœpolians principatus, et potestates, traduœit confidenter, palàm triumphans illog m se'inetipso {Ibid.).
De là, Chrétiens, nous ne devons point nous étonner des témoignages particuliers, ou plutôt des prodiges d'amour et de miséricorde qu'il fait paraître à cette dernière heure , qui doit terminer sa course et consommer sa charité pour nous. Plus il avance vers la fin de sa carrière , plus son cœur s'attendrit : il semble ne plus respirer que la miséricorde. Il prie, et c'est une prière de miséricorde; il promet, et c'est une promesse de miséricorde; il donne, c'est un don de miséricorde; il témoigne sa soif, et celte soif qu'il souffre , quelque pressante qu'elle puisse être , n'est après tout que l'image d'une soif mille fois encore plus ardente, qui achève de le consumer, et qui est un sentiment de miséricorde. Appliquez- vous.
Il prie , et c'est une prière de miséricorde , et de la plus grande miséricorde ; car il prie pour ses ennemis mêmes et ses propres persécuteurs. Il prie pour les prêtres et les docteurs de la Synagogue qui ont conspiré contre lui, pour les soldats qui l'ont arrêté, pour le peuple qui l'a insulté, pour les faux témoins qui l'ont calomnié, pour Pilate qui l'a condamné, pour les bourreaux qui l'ont crucifié. Encore s'ils reconnaissaient leur crime, et s'ils en marquaiei.t quelque repentirl mais les voilà tous au pied delà croix , qui le comblent de nouveaux outrages, qui secouent la tête en se moquant et le raillant, qui se le montrent les uns aux autres comme leur jouet et un objet de mépris, qui, par mille impiétés et par les paroles les plus piquantes, l'attaquent dans sa puissance, dans sa sainteté , dans sa royauté, dans sa divinité. C'est au milieu de ce bruit confus et de cette multitude animée, que tout-à-coup il rompt le silence qu'il avait jusque-là gardé, et qu'il élève la voix. Il porte le? yeux au ciel : que va-t-il lui demander? N'est-ce point pour en faire descendre la foudre? ce serait la juste vengeance de tant d'inhumanités et d'attentats; mais ne craignez point, Juifs sacrilèges et parricides, c'est la miséricorde qui le fait parler. Il ne prononcera pas une parole que ne lui ait dictée l'amour le plus généreux et le plus désintéressé. Mon Père , s'écrie-t-il, pardonnezleur, car ils ne savent ce qu'ils font. 11 ne dit pas : Mon Dieu, mais : Mon Père , parce que ce nom de père est plus favorable pour se faire écouler et pour fléchir la colère divine : Pater. Il ne dit pas en détail : Pardonnez à celui-ci et à celui-là moins coupables que les autres, et qui ont eu moins de part à cette conjuration formée contre moi; mais en général et sans distinction , il dit : Pardonnezleur; ne voulant exclure personne de ce pardon , les y comprenant tous, môme ceux qui l'ont accusé et jugé le plus injustement; même ceux qui l'ont frappé, meurtri, traité le plus violemment; même ceux qui lui ont enfoncé les épines dans la tête, les clouâ
dans les pieds et dans les mains. Sa miséricorde , qui remplit toute la terre est universelle. Pas un seul pour qui ses bras et ses pi(^ds ne soient ouverts; pas un dont i] ne .^oit l'avocat, et dont il ueZ déclare 1 Intercesseur et le Sauveur : Dimitte illis. Il ne s'en tient pas à une simple prière; mais il tâche, autantqu'il lui est possible de les jusliQer, et tout criminels qu'ils sont, sa charité lui fait trouver pour leur défense et en ' — - ' d'exctise. Pardonnez-"
connaissent pas toute lénormité de l'offense qu'us cuuimt; Fater, dimitte illis ; non enim sciunt quid faciunt (Luc ^3) Il promet, et c'est une promesse de miséricorde. En effet Ghré-
uo „\ ^. " ;-.>.^.. v>,v,.ai, uusLciuidi, peuL-circ cncore pire auei
ii^ nf 'P'h?^"-*''"^.',^^'''^^ ^^^^ ^"^"16 proposé à la fête solennelle pour obtenir sa délivrance. G elait un blasphémateur et un furieux, qui d abord s'était tourné lui-même contre Jésus-Christ puisque, selon l'Evangile de saint Matthieu et celui de saint arc les voleurs qui furent crucifiés avec lui, l'outrageaient de paroles
ciabantur et (Marc. 15 . Mais au bout de quelques moments et nar une secrète merveille de la grâce , voilà ce bllsphéSeur, ce voleur changé dans un humble pénitent, qui rend gloire à Dieu oui confe^se hautement ses péchés et se \?connail digne Lk mon qui publie 1 innocence de ce juste contre lequel il s^était élevé qui s adresse a lui comme à son Seigneur, comme à son Roi , qùi\e range au nombre de ses sujets, et lui demande une place d'ans son royaume ; enlin, qai reçoit de la bouche même du Fils de Dieu cette assurance si douce et si consolanle : Je vous dis , en vérité que dès ce jour vous serez av.-c moi dans le cid, pour y jouir de la'sSu- (Luris) ■■ ^'''''' ^'''' '''' ' ^'"^'' ^'^^"^ m^L paracîi^o
11 donne, et c'est un don de miséricorde. Cardans cette extrémité voulez-vous savoir quel est, si je puis m'exprimer de la sorte aueno'lT"' ^«. "^^^^'^f Sont-ce dei héritagLTmporels héÊ Kïe ' virn'? T ^' ''^'' '^^ ^^'^^ ^^'^''^^ ^"'' <^^°« tout te Su'e^t ce don. 9 A î'? P^' T^^ ^'^^ '^ ^^"^^'' "^ ««i ^'^P^ser sa tête? ?UP pfnn'nni "^^ 'iT' ^''^^'' '^'^ ^^"^ '^^ ^^ croix il baissc la, son disci^l ?vnl?i '^fr^ ses yeux? Marie, sa mère , et Jean., crdouhlel.nPPf ,f f i'^'°'' ^^^1^ '^ P^"^ P''^"e"se succession, l Srpli^i en P^^* ' ^^H^ ^P"^^^ ^" ^^ ^^^ ' '^ sent encore toute la ten-
men où il s? ^TJ'''f^''\'' '^'''^^''- ^^'^' ^'^tat d'accable- S^c Lo trouve, et que chaque moment augmente, il n'est
Su'il neTp'n."p Tv''' ''^'r''' ^^^"P^ '^' '^' ext^rèmes douleurs ?eu donnpr , HP i""-. ^^ ^ ^ ^"*''^- ^\ ^^ ^^^ ^'^"^ pas quitter sans eur donner une dernière preuve et leur laisser un gage authentKïue de son amour. Femme, dit-il à Marie, lui présentant son b en-
Mon Fllf^^ffilTiPr^'î ^^' ''/''^'''^ '''' fi''^' ^uu.(Joan 19). MonHils, dit-il a Jean ui présentant sa sainte mère, voici votre
?uflea5au'nrtHSp%^^^^"^-V*' -^^'^ ^^^'^' ^' P^"^ ^^^'^^ confi ? I une qu au plus fidèle de ses disciples ; et il sait qu'il ne peut mieux
disposer de l'autre qu'en le remettant dans les mains de la plus tenVire de toutes les mères. Que dis-je, mes chers Auditeurs? dans ce don mutuel, dans ce riche don, tout est mystérieux. Ce n'est précisément, ni sa mère, ni son disciple, que ce Dieu des miséricordes envisage. Ses vues s'étendent bien plus loin, et ses faveurs n'ont point de bornes. Il veut que Marie, dans la personne de Jean, adopte généralement tous les hommes pour ses enfants, qu'elle en soit la mère, la protectrice, la médiatrice; et il veut que tous les hommes en l'acceptant comme Jean, en l'honorant et s'y confiant, aient dans elle une source abondante de toutes les grâces du salut, un asile toujours ouvert, et des secours toujours assurés et présents : Et ex Ulâ Jiorâ accepit eam discipulus in suâ [Ibicl).
Enfin, il témoigne sa soif, et cette soif qu'il souffre, n'est que l'image d'une autre soif bien plus pressante, qui est le désir de notre salut et le sentiment de sa miséricorde. Quand autrefois ses apôtres, voyant qu'après une pénible marche et depuis un long espace de temps, il n'avait pris encore nulle nourriture, et qu'il devait ressentir la faim, l'invitèrent à se reposer et à manger : Il y a bien une autre viande, leur répondit-il, que celte viande matérielle, dont j'ai besoin , et dont je me nourris L'aliment que je désire, et que je cherche en tout, c'est d'accomplir la volonté du Père qui m'a envoyé, et de donner à l'ouvrage pour lequel je suis descendu, toute la perfection qu'il demande. Telle était alors sa faim, et telle est présentement sa soif. Cette soif, c'est son amour, que toutes les eaux de sa passion n'ont pu éteindre; cette soif, c'est le zèle des âmes, de ces âmes que l'enfer tenait captives, et qu"il est venu racheter; cette soif, c'est une sainte impatience de consommer le chef-d'œuvre de sa miséricorde en consommant le sacrifice de sa vie : Sitio (Joan. 19). Plus l'heure approche, plus le feu croît, ce feu sacré dont est di'^vorée cette divine hostie. Malgré tout l'opprobre et tout le tourment de la croix, il ne regrette point la vie qu'il va perdre, parce qu'il voit par avance le fruit de sa mort. Il ne peut se refuser le témoignage qu'il se rend à lui-môme, qu'il a exécuté de point en point tout ce qui lui était prescrit, et qu'il a rempli toute sa mission : Consummatum est {IbicL). Il ne lui reste plus que de porter son âme entre les bras de son Père, pour recevoir la récompense de tant de travaux : Pater, inmaiius tuascommendo spiritum meum (Luc. 23). Il ne lui faut pour cela qu'un soupir, et ce dernier soupir, en terminant sa carrière, couronne ses combats, et dans le sein de la mort même commence son triomphe ; Ethocc dlcens expiravit [Ibid,).
Sur cela, mes chers Auditeurs, qu'ai-je à vous dire, et quels sentiments doit vous inspirer cette mort d'un Dieu? Viens-je encore vous le représenter comme un objet de terreur? Il est vrai, toute la terre en fut cmme ensevelie dans les ténèbres, et ce fut un deuil universel. Mais après avoir payé d'abord à cet Homme-Dieu, mort pour nous, le juste tribut de notre reconnaissance et de nos larmes, il nous permet, jusque dans ce triste mystère, de reprendre le même cantique que nous avons chanté avec la milice céleste, dans le mystère de sa bienheureuse nativité, et de nous écrier : Gloria
in altissimis Deo , et in terra pax hominibus ; Gloire à Dieu au plus haut des deux, et paix aux hommes sur la terre. Et en effet , c'est sur la ùroix qu'est ratifiée cette nouvelle alliance que Dieu a voulu faire avec les hommes; c'est là que, du sang du Médiateur, notre réconciliation et notre paix est signée. Paix glorieuse au souverain Seigneur, puisqu'il y reçoit toute la satisfaction que pouvait exiger sa grandeur violée, et que la réparation môme est au-dessus de l'offense. Paix générale et commune à tous les hommes, puisque c'est la paix de tout le genre humain, et que sans distinction ni de juste, ni de pécheur, ni de juif, ni de gentil, ni de fidèle , ni d'idolâtre, il n'y a pas un seul homme qui n'y soit compris. Paix salutaire, où l'homme rentre dans tous ses droits auprès de Dieu; où, d'esclave qu'il était de l'enfer et du péché, il devient tout de nouveau enfant de Dieu et héritier du royaume de Dieu ; où toutes les grâces de Dieu recommencent â couler sur lui avec plus d'abondance que jamais, puisque la miséricorde du libérateur qui l'a sauvé est infinie, et que cette rédemption divine n'est pas seulement une rédemption abondante, mais surabondante : Quia apud Dominum misericordia, et copiosa apud eum redemptio (Ps. 129).
Qu'est-ce donc proprement que la croix de Jésus-Christ? le siège de la grâce et le trône de la miséricorde. Et quelle leçon plus importante ai-je là-dessus à vous faire, que celle de l'Apôtre, par où je conclus : Habentes ergà Pontificem magnum , Jesum Filium Dei, teneamus confessionem (Hebr. 4). Ainsi , mes Frères , ayant un aussi grand pontife que le Seigneur Jésus, Fils de Dieu, lequel s'est immolé pour nous, et qui, dans ce sacrifice , a voulu être tout ensemble et le prêtre et la victime, attachons-nous à cet article capital de notre foi ; et sans nous contenter de le croire, méditonsle sans cesse et rappelons-en le souvenir, pour nous instruire, pour nous exciter, et surtout pour nous animer d'une sainte confiance en la miséricorde de noire Dieu. Quelles que soient nos misères , ne craignons point d'être rejetés : pourquoi? en voici la raison sensible et naturelle : Non enim habemus po7itificem qui non possit compati infirmitatibus nostris; tentatum autem per omnia pro similitudine , absque peccato (Hebr. 4); c'est que nous n'avons pas un pontife qui soit incapable de compatir à nos infirmités , faute de les connaître, ou qui ne les connaisse qu'en spéculation , et par là soit moins en état d'en être touché. N'a-t-il pas lui-même passé par toutes les épreuves, et hors le péché, qu'y a-t-il en quoi il ne se soit rendu semblable à nous? Encore a-t-il voulu porter l'image du péché, et mourir sous la figure du pécheur. Adeamus ergô cum fiducià ad thronum gratise , ut misericordiam consequamur, et gratiam inveniamus in auxilio opportuno. Allons donc. Chrétiens, allons à la croix dans tous nos besoins, et comptons que nous y serons toujours secourus à propos et selon nos nécessités présentes.
Solide dévotion que je voudrais renouveler dans le christianisme, ou du moins parmi vous, mes chers Auditeurs : la dévotion au crucifix. C'est là que nous trouverons des grâces de toutes les sortes, puisque Dieu les y a toutes renfermées. Ce n'est pas sans mystère qu'un Dieu mourant, ou qu'un Dieu mort, y paraît les bras étendus et le côté percé d'une lance. Il veut, en nous tendant les bras, noua
embrasser tous; et dans la plaie de son sacré côlé, il veut, comme dans un asile certain, nous recueillir tous. Je dis tous, et c'est ce que je ne puis trop vous redire , afin que nul ne l'ignore : car malheur à moi, si, par une erreur insoutenable , et contre tous les témoignages des divines Ecritures, j'entreprenais de prescrire des bornes au mérite et à la miséricorde de mon Sauveur. Sommes-nous dans l'état du péché, séparés actuellement de Dieu et depuis longtemps par le péché? c'est au pied du cruciûx que nous recevrons des grâces de pénitence et de conversion, qui nous ouvriront les yeux de l'âme pour voir la grièveté de dos désordres, et qui nous amolliront le cœur pour les délester et les pleurer. Quelque éloignés que nous soyons du salut, nous ne pouvons l'être plus que les Juifs et que les bourreaux de Jésus-Christ : or, combien néanmoins de ces Juifs si endurcis et de ces bourreaux si intraitables et si barbares, conçurent auprès de la croix des sentiments de repentir, et ne se retirèrent qu'en se frappant la poitrine? Sommes-nous dans l'heureux état de la justice chrétienne, fidèles à la loi de Dieu et par là même amis de Diea? c'est au pied du crucifix que nous recevrons des grâces de persévérance et de sanctification , qui nous affermiront dans la pratique de nos devoirs, et qui nous élèveront aux plus sublimes vertus. Les saints nourrissaient là leur piété, y allumaient leur ferveur, y amortissaient le feu de leurs passions, y puisaient des forces contre toutes les attaques de leurs enntmis invisibles et contre toutes leurs tentations. Si raffliclion nous abat , et que les peines, soit intérieures, si»it extérieures, nous rendent îa vie amère, et nous plongent dans la tristesse et dans l'accablement, c'est au pied du crucifix que nous recevrons des grâces de soutien et de consolation , qui nous relèveront, qui nous mettront dans la tranquillité et la paix, qui nous adouciront les douleurs les plus vives et les maux les plus cuisants. Une âme est étonnée d'un changement quelquefois si prompt cl si subit. On avait apporté aux pieds de Jésus-Christ un cœur troublé, un cœur agiié, un cœur serré, un cœur flétri et désolé; mais dans un moment tout se calme, tout s'éclaircit : le cœur, à la présence de son Dieu crucifié, revient à lui-môme, se reconnaît, se reproche sa faiblesse, reprend une vigueur toute nouvelle et se .rétablit dans un repos inaltérable.
De vouloir ici parcourir tous les autres avantages que nous procure ce recours fréquent et dévot au crucifix , ce serait m'engager dans un trop long détail. Heureux qui fait de la croix , ou plutôt de Jésus attaché à la croix, son confident, son conseil , son maître, son docteur, son pasteur, son guide , son directeur, son médecin , son tout; car Jésus-Chri>t seul lui sera tout dans la vie, et tout à la mort. Pesez bien , Chrétiens, cette dernière parole, tout à la mort. Quand il sera venu , ce jour qui doit finir sur la terre toute la suite de vos jours; quand on vous aura fait entendre cet arrêt, dont tout homme, quelque saint qu'il soit, est effrayé : Vous mourrez; ou sans qu'on prenne soin de vous l'annoncer, quand une défaillance entière de la nature vous le fera malgré vous sentir ; quand, aux approches de ce terrible moment, le passé, le présent, l'avenir, mille objets s'offriront à votre pensée pour vous afiliger, pour vous
Bnquiéter, pour vous consterner, ah ! mon cher Frère, où sera votr« ressource alors, où sera votre reconfort? dans le crucifix. Où adresserez-vous vos regards, où porterez-vous vos soupirs? vers le cruciQx. Qu'exposera-t-on à votre vue , que vous mettra-t-on dans les mains, que vous appliquera-t-on sur les lèvres? le crucifix Quel noni vous fera-t-on prononcer ? le nom de Jésus, et de Jésus cruciflé. Ce sera la le fond de votre espérance , si dès maintenant vous en faites le sujet le plus orcUnaire de vos pieux exercices, de vos entretiens les plus intimes, et de vos plus affectueuses considérations. Plaise au ciel que vous vous disposiez de celte sorte, à passer des bras de Jésus-Christ mourant en croix, entre les bras de Jésus- Unst vjv^ût, et triomphant dans la gloire, où nous conduisent etr
Èri^^—