SUR L’IMPURETÉ
Cum immundus spiritus exieril ab homine, ambulat per loca arida, quæreos requiem et non invenit. Tune dicit : Revertar in douium meam unde exivi. Et veniens invenit eam vacanlem, scopis mundatam, et ornntam. Tune vadit , et assumil septem alios spiritus secum nequiores se , et intrantes habitant ibi.
Lorsque l’esprit impur est sorti d’un homme, il va par des lieux arides cherchant du repos, et il n’en trouve point. Alors il dit : Je retournerai dans ma maison d’où je suis sorti ; et à son retour il la trouve vide, balayée et ornée. Il part aussitôt, et il va prendre avec lui sept autres esprits encore plus méchans que hii; ils rentrent dans cette maison, et ils y habitent. Saint Matth. , chap. ta.
Sire,
C’est une doctrine communément reçue et fondée sur l’Ecriture même , qu’il y a des démons de
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plusieurs espèces ; et cette différence , remarque saint Grégoire pape , vient des différentes espèces de péchés où ces esprits de ténèbres ont coutume de nous porter. Il y a des dénions d’orgueil , il y a des démons de vengeance, il y a des démons de jalousie et d’envie, il y a des démons de mensonge, d’illusion et d’erreur ; et tous ont leur caractère particulier , aussi-bien que leurs fonctions propres. Celui qui nous est aujourd’hui représenté dans l’Évangile, est le démon d’impureté ; cet esprit immonde dont l’exercice est de souiller les âmes purifiées par la grâce de Jésus-Christ, et , toutes spirituelles qu’elles sont, deles rendre toutescharnelles, en les infectant de la contagion de leurs corps : Cum immundus spiritus exierit ab homine. ' Or le Fils de Dieu veut, qu’entre tous les autres démons, nous ayons particulièrement horreur de celui-ci, et c’est pour cela qu’il entreprend lui-même de nous le faire connoître. C’est donc, mes chers Auditeurs, de cet esprit impur que je dois aujourd’hui vous parler; et il est important de vous en découvrir la malignité, puisque le même saint Grégoire nous assure que ce démon . ou plutùt que le vice qu’il êntretient dans nos cœurs, est la cause la plus générale de la damnation des hommes, et que c’est lui qui, tous les jours, fait périr tant de pécheurs : Hoc maxime vitio periclitatur genus hu-
* Matth. 12.
IMPURETÉ
manum. ' Je vous en donnerai une idée dont vous ne pourrez tirer d’autre conséquence, que de le détester et de vous en préserver. Car, en traitant cette matière , je me souviendrai toujours que la parole du Seigneur, dont je suis le ministre quoique indigne , doit être une parole chaste, plus épurée que l’argent qui passe parle feu et qu’on éprouve jusque» à sept fois : Eloquia Domini eloquia casta, argentum igné examinatum , probatum tenez, purgatum septuplum .’ Plaise à Dieu que vos cœurs, aussi purs que cette divine parole, soient disposés à en profiter : c’est la grâce que je vais demander d’abord au Saint-Esprit , par l’intercession de la Reine des vierges. Ave , Maria.
Saint Thomas parlant du caractère que nous impriment certains sacremens de la loi de grâce, lui donne deux qualités , en quoi il fait consister toute son essence. C’est, dit-il, et un signe spirituel, et une puissance spirituelle, signaculum et potestas. 3 Un signe spirituel , pour représenter dans nous les effets invisibles du sacrement; et une puissance spirituelle, pour nous rendre capables d’opérer les actions propres du sacrement : telle est la doctrine de cet ange de l’école. Or je dis, Chrétiens (permettez-moi de faire cette comparaison ), que l’impureté a pareillement son caractère, mais
* Greg. — * Ps. xi. — * S. Thom.
un caractère de réprobation, et qu’en cela, cet abominable péché est une parfaite image de l’enfer. C’est ce que j’entreprends de vous montrer dans ce discours ; et pour en faire d’abord le partage, je trouve que ce caractère de réprobation que nous découvrons dans l’impureté, quoique infiniment opposé au caractère des sacremens institués par Jésus-Christ, ne laisse pas de lui ressembler en deux manières; je veux dire, en ce qu’il a tout à la fois, et la vertu de représenter, et la vertu d’opérer ce qu’il représente. Car je prétends qu’il représente dans l’homme l’état de la réprobation future ; voilà sa première propriété : et j’ajoute, si je puis m’exprimer de la sorte, qu’il opère dans l’homme cette même réprobation , en le conduisant à 1’impénitence finale ; c’en est la seconde propriété. En deux mots, impureté, signe delà réprobation, et principe de la réprobation. Signe visible delà réprobation, parce que rien ne nous représente mieux dès cette vie, l’état des réprouves après la mort: vous le verrez dans la première partie. Principe efficace de la réprobation , parce que rien ne nous expose à un danger plus certain de tomber dans l’état des réprouvés après la mort : je vous le ferai voir dans la seconde partie. Ce sujet est d’une grande étendue, mais d’une extrême conséquence. Je ne dirai rien qui ne soit pour vous une leçon salutaire , et qui ne mérite toutes vos réflexions.
IMPURETÉ