TRIPOLI
Le tripoli est une terre brûlée par le feu dos >olcans, et cette terre est une argile très-line, mêlée de i)ar(icules de grès tout aussi fines, ce qui lui donne la i)ropriété de mordre assez sur les métaux pour les polir. Cette terre est très-sèche, et se présente en masses plus ou moins compactes, mais toujours friables et s’égrenant aussi facilement que le grès le plus tendre. Sa couleur jaune ou rougeâtre, ou brune et noiràire, démontre qu’elle est teinte et i)eut-étre mêlée de fer. (iette terre déjà cuite par les feux souterrains se recuit encore lorsqu’on lui fait subir l’action du feu; car elle y prend, comme toutes les autres argiles, plus de couleur et de dureté s’émaillant de même à la surface, et se vitrifiant à un feu très-violent.
Cette terre a tiré son nom de Tripoli en Barbarie, d’où elle nous était envoyée avant qu’on en eût découvert en Europe : mais il s’en est trouvé en Allemagne et en France (I). M. Gardeil nous a donné la description de la carrière de tripoli qui se trouve en Bretagne, à Poligny près de Rennes; mais cet observateur s’est trompé sur la nature de cette terre, qu’il a cru devoir attribuer à la déconqmsition des végétaux (2). D’autres
(t) On trouve le tripoli dans ces carrières, à Menai, en Auvergne, et en Basse-Navarre, en Allemagne, à Tripoli , en Afi ique, etc., par lits ou couches dont la position est indctcrininéc ; il est alors tendre; mais à mesure qu’il se sèche, il prend une espece de solidité qui est quelquefois susceptible du poli... Il y en a de différentes couleurs, de blanc, de gris, de jaunâtre, de rouge, de noirâtre, de veiné, etc. Le meilleur, au jugement des lapidaires, des orfèvres et des chaudronniers, est celui qui a une couleur jaunâtre isahelle; il polit et blanchit mieux leurs ouvrages. Minéralogie de Bomare, tome t, p. GO et suiv.
(2) La carrière de tripoli , du village de Poligny, sc trouve sur la route de Nantes, à cinq lieues de Rennes, c’est-à-dire à ti ois lieues au-delà de, Pompéan, où il y a une excellente mine de plomb submergée depuis 17110 : celle mine de plomb est dans un pays schisteux.
En entrant dans des especes de puits qu’on a creusés sur le coteau de la montagne, qui est d’environ cinq cents pieds de haut, M. Gardeil vit que le tripoli qu’on en tire n’est que du bois lossilequiusoullcrtdans l’intérieur delà terre une altération propre à le rendre tel; car eu
observateurs (I), et en particulier MM. Gucltard, Fougeioux de Bondaroy et Faujas de Saint-Fond, ont relevé cette erreur, et ont démontré
jetant les yeux sur le fond de ces puits, on ne voit que de grands troncs d’arbres [dacés à côte les uns des autres, et formant comme le plan d’un bûcher qui a la meme inclinaison i|uc le
penchant de la colline La colline qui renferme le bois fossile et le tripoli est loiite couverte
de grès, ce qui peut faire croire qu’elle doit sa formation aux eaux ; il sc trouve dans cc grès de grandes couches de rjuartz.
Au reste, il paraît que la longue colline où se trouve le tripoli est remuée depuis un grand nombre de siècles, pour en tirer cette matière : on y a creusé plusieurs puits (jui se bornent tous à une mcdioci'c profondeur, qui est sans doute la fin tlu bois fossile; il est même arrivé souvent qu’en creusant de nouveaux puits, on n’a trouve (pic des terres remuées et non du tripoli, et les ouvriers assurent que cette matière manque dans les deux tiers do la colline, ce qui prouve l'antiquité do ces travaux. Extrait d’une lettre sur le tripoli à M. de Jussieu, par M. Gardcil, dans les Mémoires des Savants etrangers, tome 111, pages I!) et suiv.
(1) Voici un passage de M. Grangierdc Verdière, conseiller au présidial de Uiom, rapporté par M. Guettard, nu sujet des carrières de tripoli de Menât.
Les carrières de tripoli, dit M. Grangier, sont près de Menât, village à sept lieues de
Riom, et à une lieue et demie de l’oiuol... A l’issue de quelques gorges, il sc présente une « colline où est situé le village de Menât; pour y monter il faut passer un ruisseau ajipelé « Itnisaeau de la mer, qui coule d’orient à l’occident... Les bords de ce ruisseau sont entiè- « remenl composés de ce tripoli; celui qui est rouge a des bancs qui oui à peu priYs dix-huit » pouces d’épaisseur, et qui sont divisés par feuillets ; ils forment en totalité une élévation « au-dessus de l’eau d’environ quinze ou seize pieds ; ils sont tous inclinés selon le courant « de l’eau, c’est-à-dire de l’orient à l’occident... Ges bancs ne paraissent séparés que i)ar des « teintes plus ou moins rouges ; au-dessus des plus élevés, il y a encore une douzaine de pieds Il de hauteur eu terrain cultivé et portant blé. Ce terrain participe à la couleur des bancs de « tripoli , mais moins foncée : ils parcourent une étendue d’environ cent jiicds de longueur Il en descendant le ruisseau , depuis l’endroit où ils commencent jusqu’à un pont où ils O finissent.
O Eu remontant le ruisseau, depuis l’endroit où commencent ces bancs, on trouve une autre »* sorte de tripoli, qui est noir, semblable au rouge, (|uant à l’épaisseur des bancs et à leur Il inclinaison. Les bancs d’une troisième sorte, de couleur grise, sont isolés, ou iilutôt ils « coupent quelquefois les bancs de tripoli noir, et forment ainsi dilfércnls intervalles dans la « masse totale de ce dernier tripoli. Cos deux dernières sortes sont, de même que les rouges,
O sous un terrain qui paraît avoir quinze pieds de haut, et séparé du tripoli par une bande Il de terre jaune épaisse de quatre à cinq poulies.
Il Ayant fait déchausser avec des pioches plusieurs bancs de tripoli, j’ai trouvé dans l’inté- « rieur une espèce de marcassite fort pesante, dure, brillante, et jetant une odeur de soufre...
« On trouve de ces memes inarcassiles dans les bancs sur lesquels le ruisseau coule.
O En continuant de fouiller dans le tripoli noir, à cinq ou six pieds de hauteur au-dessous « de l’eau, et ayant tiré de leur place plusieurs feuillets sans les renverser, j’y ai trouvé un « sel assez piquant qui en couvrait toute la superficie, et sur quelques autres une cristalli.sa- « tion en forme d’étoiles, enfin sur quelques autres une espèce de rouille de couleur jaune.
« L’étendue de tous ces bancs peut avoir en longueur trois cents pieds depuis l’endroit où Il ils commencent jusqu’à leur jonction avec les rouges. Sur le terrain qui couvre ces derniers,
« et parmi les morceaux qui en sont détachés, on trouve une espèce de mâchefer : les cailloux « qui s’y rencontrent sont de la mémo qualité que ceux des environs , dont on sc sert pour “ bâtir à JIcnat ; ils sont pour la plupart feuilletés cl remplis de paillettes brillantes; on n’y Il en trouve aucun oblong ni aplati par les côtés.
BL'FFux, tome IV.
HISTOIRE NATURELLE
que les végétaux n’ont aucune part à la formation du tripoli (1). Ils ont observé avec soin les carrières de tripoli à Menât en Auvergne. M. de Saint-Fond en a aussi reconnu des morceaux parmi les cailloux roulés par leRhünc,prèsdcMontélimart,donl les plus gros sont des masses de basalte entraînées, comme les morceaux de ti-ipoli, par le mouvement des eaux.
Parcel exposé, et d’après les faits observés par MM. Faujas de Saint- Fond et Fougeroux de Bondaroy , on ne peut guère douter que le tripoli ne doive son origine à la décomposition des pierres quartzeuses ou roches vitreuses, mêlées de fer, par l’action des éléments humides qui les auront divisées , sans ôter à ces parlic^iles vitreuses leur entière dureté.
» Les carrières qui bordcul lecô(,c gauche du ruisseau eu remontant sont beaucoup moins « abondantes que celles qui sont à droites
O En général, il y a parmi les pierres dont parle M. Grangicr, dit M. Gueltard, des pierre* O de volcan, des quartz, du granit, des pierres tahpicuscs et du scliistc. » Mémoires de l’Académie des Sciences, annee 1730, p. 177 et suivantes.
(1) On est assuré que le tripoli u’csl [loint un bois fossile altéré, et que les bois fossiles des tripolicrcs de l’oiigtiy en llretagnc se sont trouvés accidentellement dans une terre de tripoli qui les a pénétrés, tout comme ils auraient pu cire ensevelis sous des terres argileuses ou calcaires. 11 y a des carrières de tripoli à Menât, à sept lieues de Uioin en Auvergne, qui prouvent que celte matière est absolument étrangère au bois fossile. On trouve le trqroli oi'dinairemcnl disposé par lits : il est très-léger, sec et grenu au toucher, absorbant l’eau avec bruit, sans perdre de sa consistairce, durcissaitl lorsqu’on l’ex|)osc à un feu violent, et ne faisant point d’cITcrvcscencc avec les acides. Le trijroli est en général d’une couleur qui lire un peu sur le rouge ; il varie cependant par sa couleur et par sa dureté ; il y en a du noir, du gris, du blanc, du rougeâtre. On trouve, parmi les cailloux roulés de Montélimart, un très-beau tripoli rougeâtre, qui a été arrondi par les eaux; on trouve quelquefois dans ces cailloux de tripoli des corps marins. Ou voit dans le cabinet de M. le marquis de Grollier, au Pout-Din, non loin de Lyon, un bel oursin changé en tripoli, dans une pierre roulée de la meme matièré, que nous trouvâmes en examinant cnseiulde les cailloux roulés des environs de Montélimart, parmi lesquelles on voit des masses très-curienscs de basalte, qu’une irruption diluvienne a trans|H)rtécs du Vivarais, éloigné d’une lieue de là, de l’autre côté du Rhône. Recherches sur les volcans éteints , par JI. Kaujas de Saint-Fond , p. 262. — « Les pierres des environs de « Menât, dit M. de Bondaroy, celles de Poligné près des carrières où se trouve le tripoli, sont Il schisteuses cl plus ou moins rouges. Ces pierres, particulièrement dans la carrière de Po- « ligné, annoncent le feu qui y a passé ; elles sont réduites en écume plus ou moins légère, <i ce sont de vraies pierres brûlées : rien ne peut laisser d’incertitude sur le fou qui a été aux U environs de cette carrière; des pierres ont été fondues, et on ne trouve le tripoli qu’aux » environs de l’endroit où la présence du volcan est la plus apparente. A l’olignc , la partie a de la carrière qu’on a choisie de préférence pour l’usage semble à la vérité avoir été lavée » par les eaux, et s’être formée du dépôt des parties les plus légères et les plus fondues. C’est « aussi le sentiment de M. Guettard, mais c’est la meme pierre qui a souffert, comme les O voisines , la chaleur du feu souterrain. Outre les pierres brûlées qui dénotent l’effet des il feux souterrains, M. Grangier a rctiié , du tripoli de Menât en Auvergne, du soufre cl du « fer. J’ai obtenu, de celui de Poligné, du soufre et de l’alun, que l’on sait être des produits Il de volcans. » Sur la pierre appelée Tripoli, par SI. Fougeroux de Bondaroy, Académie des Sciences, année 1769, p. 272 et suiv.