‹ Œuvres complètes de Buffon avec des extraits de Daubenton, et la classification de Cuvier (volume 2)Chapitre 7 sur 133 · UE L’ARSENIC · texte numérisé non relu

UE L’ARSENIC

Dans l’ordre des minéraux c’est ici que linisseiit les substances melalliques, et que commencent les matières salines. La nature nous présente d’abord deux mclaiix, l’or et l’argent, (lu’on a nommés pco/mte, parce que leurs substances sont pures, ou toutes deux alliées 1 uneaA'ccl autre, cl que toutes deux sont également fixes, également inaltt;rables, indestructibles parl’actiondes éléments; ensuite elle nous olïre (pialrcautres métaux, le cuivre, le fer, l’élain et le plomb, qu’on a eu raison de regardei- comme métaux parce que leur substance ne résiste i)as a 1 action des

éléments, ((u’ellc sebrùlc par le feu, etcprelle s’altère clméme se dccomj)ose par riuqjression des acides et de l'eau. Après ces six métaux, tous plus ou moins durs et solides, on trouve tout à coup une matière Iluide, le mercure, qui, par sa densité et par quelques autres (jualilés, parait s’approcher de la nature des métaux parfaits, tandis que par sa volatilité et par sa liquidité il se rapproche encore plus de la nature de l’eau. Ensuite SC présentent trois matières métalliques, auxquelles on a donné le nom de demi-metavx, parce qu’à l’exception de la ductilité ils ressemblent aux métaux imparfaits : ces demi-métaux sont l’antimoine, le bismuth et le zinc, auxquels ou a voulu joindre le cobalt, le nickel et la manganèse; cl de même que dans les métaux il y a des diflércnces très-marquées entre les parfaits et les imparfaits, il se trouve aussi des différences très-sensibles entre les demi-métaux. Ce nom, ou plutôt cette dénomination, convient assez à ceux qui, comme ranlimoine, le bismuth et le zinc, ne sont point mixtes ou i)euvenl être rendus purs par notre art : mais il me semble que ceux qui, comme le cobalt, le nickel et la manganèse, ne sont Jamais purs, et sont toujours mêlés de fer ou d’autres substances différentes de la leur propre, ne doivent pas être mis au nombre des demi-métaux, si l’on veut que 1 ordre des dénoniinalious suive celui des qualités réelles ; car en appelant demi-métaux les matières qui ne sont que d’une seule substance, on doit imposer un autre nom à celles qui sont mêlées de i)lusieurs substances.

Dans celte suite de métaux, demi-mélaiix et autres matières métalliques, on ne voit que les degrés successifs que la nature met dans toutes les classes de ces productions : mais lai'senic, qui parait élie la dernière nuance de cette classe des matières métalliques, forme en meme temps un degré, une ligne de séparation (jui remplit le grand intervalle entre les substances mélalliques et les matières salines. Et de même qu’àprès les métaux on trouve la platine qui n’est point un métal pur, et (pii par son magnétisme constant parait être un alliage de fer, et d’une matière aussi pesante que l’or, on trouve aussi après les demi-métaux

le cobalt, le nickel et la manganèse qui, étant toujours attirables à l’aimant, sont par conséquent alliés de fer uni à leur propre substance : l’on doit donc en rigueur les séparer tous trois des demi-métaux, comme on doit de même séparer la platine des métaux, puisque ce ne ne sont pas des substances pures, mais mixtes et toutes alliées de fer, quoiqu’elles donnent leur régule sans aucun mélange que celui des parties métalliques qu’elles recèlent; et quoique l’arsenic donne de meme son régule, on doit encore le séparer de ces trois dernières matières, parce que son essence est autant saline que métallique.

En effet, l'arsenic qui, dans le sein de la terre, se présente en niasses pesantes et dures comme les autres substances mélalliques, offre en même temps toutes les propriétés des matières salines ; comme les sels, il se dissout dans l’eau; mêlé comme les salins avec les matières terreuses, il en facilite la vifritication ; il s’unit par le moyen du feu avec les autres sels qui ne s’unissent pas plus que lui avec les métaux; comme les sels, il décrépite et se volatilise au feu, et jette de même des étincelles dans l’obscurité; il fuse aussi comme les sels, et coule en liquide épais sans brillant métalliiiue : il a donc toutes les propriétés des sels; mais d’autre part son régule a les propriétés des matières métalliques.

L’arsenic dans son état naturel, peut donc être considéré comme un sel métallique ; et comme ce sel, par scs qualités diffère des acides et des alcalis, il me semble qu’on doit compter trois sels simples dans la nature, l’acide, l’alcali et l'arsenic, qui répondent aux trois idées que nous nous sommes formées de leurs effets, ctiin’on peut désigner par les dénominations de ad acide, sel caustiqne et sd corrosif; et il me parait encore ([uc ce dernier sel, l’arsenic, a tout autant et peut-être plus d’intluence que les deux autres sur les matières que la nature travaille. L’examen que nous allons faire des autres propriétés de ce minéral niétalliiiue et salin, loin de faire tomber cotte idée, la justifiera pleinement et même la confirmera dans toute son étendue.

On ne doit donc pas regarder l’arsenic naturel comme un métal ou demi-métal, quoiqu’on le trouve communément dans les mines métalliques, puisqu’il n’y existe qu’accidentellement et indépendamment des métaux ou demi-métaux avec lesquels il est mêlé : on ne doit pas regarder, de même, comme, une chaux purement métallique l’arsenic blanc qui se sublime dans la fonte de différents minéraux, puisqu’il n’a pas les propriétés de ces chaux, et qu’il en offre de contraires; car cet arsenic, ejui s’est volatilisé, reste constamment volatil, au lieu (pie les chaux des métaux et des demi-métaux, sont toutes constamment fixes : de plus, cette chaux, ou plutôt celte fleur d’arsenic, est soluble dans dans tous les acides, et même dans l’eau pure comme tous les sels, tandis qu’aucune chaux métallique ne se dissout dans l’eau, et n’est même guère attaquée par les acides. Cet arsenic, comme les sels, se dissout et se cristallise au moyen derélmlition en cristaux jaunes et transpa-

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rents : il répand, lorsqu’on le chauffe, une très-forte odeur d’ail ; mis sur la langue, sa saveur est très àere, il y fait une corrosion ; et pris intérieurement il donne la mort en corrodant l’estomac et les intestins. Toutes les chaux métalliques, au contraire, sont presque sans odeur et sans saveur. Cet arsenic blanc n’est donc pas une vraie chaux métallique, mais plutôt un sel particulier plus actif, plus âcre et plus corrosif que l’acide et l’alcali. Enfin cet arsenic est toujours très-fusible, au lieu que les chaux métalliques sont toutes plus difficiles à fondre que le métal même : elles ne contractent aucune union avec les matières terreuses, et l’arsenic, au contraii e, s’y réunit au point de soutenir avec elles le feu de la vitrification ; il entre, comme les autres sels, dans la composition des verres ; il leur donne une blancheur (jui se ternit bientôt à l’air, parce que l’humidité agit sur lui comme sur les autres sels. Toutes les chaux métalliques donnent au verre de la couleur; l’arsenic ne leur en donne aucune, et ressemble encore par cet effet aux salins ((u’on mêle avec le verre. Ces seuls faits sont, ce me semble, plus que suffisants pour démontrer que cet arsenic blanc n’est [loinl une chaux métallique ni demi-métallique, mais un vrai sel, dont la substance active est d’une nature particulière et différente de celle de l’acide et de l’alcali.

Cet arsenic blanc qui s’élève par sublimation dans la fonte des mines n’était guère connu des anciens (1), et nous ne devons pas nous féliciter de cette découverte, car elle a fait plus de mal que de bien : on aurait même dù proscrire la recherche, l’usage et le commerce de cette matière funeste, dont les lâches scélérats n’ont que trop la facilité d’abuser. N’accusons pas la nature de nous avoir préparé des poisons et des moyens do destruction : c’est à nous-mêmes, c’est à notre art ingénieux pour le mal qu’on doit la poudre à canon, le sublimé corrosif, l’arsenic blanc tout aussi corrosif. Dans le sein de la terre on trouve du soufre et du salpêtre; mais la nature ne les avait pas combinés comme riiomme, pour en faire le plus puissant instrument de la mort ; elle n’a pas sublimé l’acide marin avec le mercure pour en faire un poison ; elle ne nous présente l’arsenic que dans un état où ses qualités funestes ne sont pas développées telle a rejeté, recélé ces combinaisons nuisibles en même temps qu’elle ne cesse de faire des rapprochements utiles et des unions prolifiques : elle garantit, elle défend, elle conserve, elle renouvelle, et tend toujours beaucoup plus à la vie qu’à la mort.

L’arsenic, dans son état de nature, n’est donc pas un poison comme notre arsenic factice (2). Il s’en trouve de plusieurs sortes et de

(1) La seule indicalion précise que l’on ait sur l’arsenic se trouve dans un passage d’Avicenne, qui vivaitdans le onzième siècle; M. Bergmann cite ce passage par lequel il paraît qu’on ne connaissait pas alors l’arsenic blanc sublimé.

(2) Hoirmann assure, d’après plusieurs expériences, que l’orpiment et le réalgar naturels ne

(lif'fci-enles formes, et de couleurs diverses clans les mines mélallicjues. Il s’en trouve aussi dans les terrains vulcanisés sous une forme différente de toutes les autres, et c|ui provient de sou union avec le soufre ; on a donné à cet arsenic le nom d’or/jMnenf lorsc|u’il est jaune, et celui de réaUjur (juand il est rouge. Au reste, la plupart des mines d’arsenic noires et grises sont des mines de cobalt mêlées d’arsenic; cependant M. Bergmann assure cju'il se trouve de l’arsenic vierge en Bohême, en Hongrie, en Saxe, etc., et que cet arsenic vierge contient toujours du fer (1). M. Monnet dit aussi qu’il s’en trouve eu France, à Sainte-Marieaux-Mincs, et que cet arsenic vierge est une substance dés plus pesantes et des plus dures que nous connaissions, qui ne se brise que difficilement, et (jui présente dans sa fracture fraîche un grain brillant semblable à celui de l’acier; qu’il prend le poli et le brillant métallique du fer; que son éclat se ternit bien vite à l’air, qu’il se dissout dans les acides, etc. (2). Si j’avais moins de confiance aux lumières de M. Monnet, je croirais, à cette description, que son arsenic vierge n’est qu’une espèce de marcassite ou |)yrite arsenicale : mais ne les ayant pas coin- ])arés, je ne dois tout au plus que douter, d’autant que le savant M. de Morveau dit aussi « qu’on trouve de l’arsenic vierge en masse informe, « grenue, en écailles, et friable; de l’arsenic noir mêlé de bitume, de « l’arsenic gris testacé, de l’arsenic blanc cristallisé en gros cube (.3). »

sont pus (les poisons comme rarscnic jaune et rarscnic rouge artificiels. Dictionnaire de Chimie, par iM. Macquer, article Arsenic.

(1) Opuscules cliimiques, tome 11, p. 278 et 28i.

(2) M. Monnet ajoute que l’arsenic vierge, dans des vaisseaux fcrm(’S, se sublime sans qu’il soit besoin d’y rien ajouter ; que combiné avec tons les autres métaux, il donne toujours un régule.... U Une propriété de l’arsenic vierge, dit-il, est de s’enflammer, soit qu’on le fasse « toucher à des charbons ou à la fiamme; il brûle paisiblement en répandant une épaisse fumée » qui SC condense contre les corps froids en un sublimé blanc... cl lorsque l’arsenic qui brûle « est entièrement consumé, il reste un peu de scorie terreuse et fcrrugiueu.se... »

Le lieu où l’on trouve le plus d’arsenic » ierge est Sainltî-Jlaric-aux-.Miues; il est assez rare partout ailleurs ; dans les années 17îiîi et 1700 , il se trouva à Sainle-Mnrie-au.\-Mincs une si grande (juantilé d’arsenic vierge, que pendant plusieurs jours on eu tirait des quintaux entiers.... Dans les autres mines, comme dans celles de Freyberg, do Saint- .Vndreasberg-au- Ilartz et dan.s qucbpics-unes de Suède, ou en a trouvé par intervalles quelques morceaux.... M. Monnet conclut par dire querarscnic est une substance particulière, semi-raétalliquo, si on veut l’cmvisager par ses propriétés métalliques, ou semi-saline si on veut l’envisager par ses propriétés salines, (pii cuire comme partie contingente dans les mines, et qui est indifiérente à l’intérieur des métaux. Journal de l’bysicjue, septembre 1/75, p. 191 et suiw

(5) Klémeuts de Chimie, tome 1, p. 125. — » L’arsenic, dilM. Demestc, est une substance ** fort commune dans les mines ^ elle s’y montre tantôt a la surface d autres miuéi aux, où elle » s’est déposée, soit à l’étal de régule, soit à l’état (le chaux ; tantôt elle s’y trouve minérali- “ sée, et tantôt elle exerce clle-niéme les fonctions de ininéralisateur... » Outre le fer que con- •■ient la pyrite arsenicale, elle renferme aussi quelquefois du cobalt, du bismuth, même de

l’argent et de l’or Le régule d’arsenic natif est ordinairement noirâtre et terni par l’action

de l’air, quoique dans sa fracture récente il soit brillant comme de l’acier. Tantôt il forme des

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Mais toutes ces formes pourraicat être des décompositions d’arsenic, ou des mélanges avec du cobalt et du fer. D’ailleurs, la mine d’arsenic en écailles ni même le régule d’arsenic, qui doit être encore plus pur et plus dense que l’ai-senic vierge, ne sont pas aussi pesants que le suppose M. Monnet; car la j)esanteur spécili(iue de la mine écailleuse d’arsenic n’est que de 57249, etcelle du régule d’arsenic de 5763.'î, landis que la pesanteur spccitique du régule de cobalt estde 78119, et celle du régule de nickel de 78070. Il est donc certain que l’aivscnic vierge n’est pas, à beaucoup près, aussi pesant que ces régules de cobalt et de nickel.

Quoi qu’il en "soit, l’arsenic se rencontre dans presque toutes les mines métalliques, et surtout dans les mines d’étain; c’est même ce qui a fait donner à l’arsenic, comme au soufre, le nom de ■minéralisateur. Or, si l’on veut avoir une idée nette de ce (jue signifie le mot de minéralisation, on ne peut l’interpréter que par celui de l'altération que centaines substances actives produisent sur les minéraux métalliques; la pyrite, ou si l’on veut le soufre minéral, agit comme un sel par l’acide qu’il contient; le foie de soufre agit encore plus généralement par son alcali; et l’arsenic, qui est un autre sel souvent uni avec la matière du feu dans la pyrite, agit avec une double puissance ; et c’est de l’action de ces trois sels acides, alcalis et arsenicaux, que dépend l’altération ou minéralisation de toutes les substances métalliques, parce que tous les autres sels peuvent se l'éduire à ceux-ci.

L’arsenic a fait impression sur toutes les mines métalliques, dans lesquelles il s’est établi dès le temps de la première formation des sels , après la chute des eaux et des autres matières volatiles ; il semble avoir altéré les métaux à l’exception de l’or : il a produit, avec le soufre

masses écailleuses, soliries, assez compactes et sanslîguredcterraince; tantôt ce sont des masses granuleuses avec des |)rutHl)érances, composées de lames très-épaisses, posées en recouvrement les unes sur les autres, et dont les l'ragineuts ont par conséquent une partie concave et une partie convexe. Il porte alors le nom d'Arscnic testucK. Quand cet arsenic vierge est pur et sans mélange, il n’est point assez dur pour faire feu avec le briquet, mais il est quelquefois mêlé d’une petite quantité de fer ou de cobalt, et alors sa dureté est plus considérable.

La grande facilité avec laquelle rarseuic passe à l’état de ebau.x, et la grande volatilité de cette cbaux nous indiquent assez pourquoi l’on rencontre la chaux de ce demi-métal sous la forme d’une elïlorescenco blanche à la surface et dans les cavités de certaines mines; ou ne peut même pas douter (ju’elle ne puisse résulter de la décomposition, soit de la mine d’argent

rouge, soit des autres minéraux qui contiennent ce demi-métal Cette cllloresccncc blanche

est une chaux d’arsenic proprement dite...

Le verre natif d’arsenic est d’un blanc jaunâtre , de même que le verre factice do ce demimétal; mais le premier est moins sujet à s’altérer à l’air que le dernier, par la raison sans doute que la combinaison des deux substances qui composent le verre natif y est plus parfaite et plus intime qu’elle ne l’est dans le verre d’arsenic que nous préparons.

Quoi qu’il en soit, le verre natif d’arsenic se rencontre à la superficie de quelques mines de cobalt et sur quelques produits de volcans; il est quebpiefois cristallisé en prismes minces , triangulaires, ou en aiguilles blanches divergentes, etc. Lettres de M. Demeste , tome II, p. 121 etsuiv.

pyriteux et le foie de soufi-e, les mines d’argent ronges, lilanches et vitreuses ; il est entré dans la plupart des mines de cuivre (1), et il adhère très-fortement à ce métal (2); il a produit la cristallisation des mines d’étain et de celles de plomb qui se présentent en cristaux blancs et verts; entin il se trouve uni au fer dans plusieurs pyrites, et particulièrement dans la pyrite blanche que les Allemands appellent >nîsp*cAe/, (pii n’est qu’un composé de mine de fer et d'une grande quantité d’arsenic (5). Les mines d’antimoine, de bismulh, de zinc, et surtout celles de cobalt, contiennent aussi de l’arsenic; presejue toutes les matières minérales en sont imprégnées ; il y a même des terres qui sont sensiblement arsenicales: aucune matière n’est donc plus universellement répandue. La grande et constante volatilité de l’arsenic, jointe à la lliiidilé qu’il acquiert en se dissolvant dans l’eau , lui donne la faculté de se transporter en vapeurs et de se déposer partout, soit en liqueur, soit en masses concrètes; il s’attache à toutes les substances qu’il peut pénétrer, et les corrompt presque toutes par l’acide corrosif de son sel.

L’arsenic est donc l’une des substances les plus actives du règne minéral; les matières métalliques et terreuses ou pierreuses ne sont en elles-mêmes (pie des substances passives ; les sels seuls ont des qualités actives, et le soufre doit être considéré comme un sel, puisqu’il contient de l’acide, qui est l’un des premiers principes salins. Sous ce point de vue, les puissances actives sur les minéraux en général semblent être représentées par trois agents principaux, le soufre pyiâteux, le foie de soufi-e et l’arsenic, c’est-à-dire par les sels acides, alcalins et arsenicaux ; et le foie du soufre qui contient l’alcali uni aux principes du soufre, agit par une double jiiiissance et altère non-seulement les substances métalliques, mais aussi les matières terreuses.

Mais quelle cause peut produire cette puissance des sels, quel

(1) L.t preuve évidente que l’arsenic peut mincraliser le cuivre, c’est qu’il le dissout à froid et par la voie humide, lorsqu’on le lui présente très-divise, comme en feuilles de livret. Éléments de Chimie, par M. de Morvc.au, tome II, p. 52a.

(2) L’arsenic tient très-fortement avec le cuivre, et souvent il se montre dans la matte ou cuivre noir, après un grand nombre de fontes et de grillages pour lâcher de l’cn séparer, ce qui dans les mines d’argent tenant cuivre en rend la séparation très-dilhcile. M. Monnet , Journal de l’hysique, septenihrc 1775.

(3) Le raispickcl ou pyrite blanche peut être considéré comme une mine de fer arsenicale, ce métal y étant minéralisé par beaucoup d’arsonic et un peu de soufre; mais l’arsenic étant aussi une substance métallique particulière , et sa (piantile dans cette pyrite excéilant de beaucoup celle du fer, noms pouvons regarder le mispiekcl comme une mine d’arsenic proprement dite. On le rencontre en masses , tantôt informes et tantôt cristallisées de diverses manières... On trouve de fort beaux groupes de crisbaux de mispiekcl à Mumig en Saxe. Lettres de M. le docteur Ucmeste , tome II , p. 120. — Et on observe même assez généralement que le mispickel en masses confuses est composé de petites lames rbomboïdales. Idem, p. 150. — La mine d’arsenic grise (pyrite d’orpiment) diffère peu de la précédente; elle contient une plus grande quantité de soufre, ce qui fait qu’en la calcinant on en relire du réalgar. Idem , ihid.

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clcnienl peut les l■e.ll(l^e actifs, si ce n’est celui du feu qui est fixé dans ces sels? car toute actictn ([ui dans la nature ne tend qu’à rapproclier, à réunir les corps, dépend de la force générale de l’attraction, tandis que toute action contraire qui ne s’exerce que pour séparer, diviser et pénétrer les parties constituantes des corps, provient de cet élément qui, par sa force expansive, agit toujours en sens contraire de la puissance altracti\ e, et seul peut séparer ce qu’elle a réuni, résoudre ce qu’elle a combiné, liquéfier ce qu’elle a rendu solide, volatiliser ce qu’elle tenait fixe, rompre en un mot tous les liens par lesquels l’attraction universelle tiendrait la nature enchaînée et plus qu’engourdie, si l’élément de la chaleur et du feu qui pénètre jusque dans ses entrailles n’y entretenait le mouvement nécessaire à tout développement, toute production et toute génération.

Mais, pour ne parler ici que du règne minéral, le grand altérateur, le sel minéralisatcur primitif est donc le feu; le soufre, le foie de soufre, l’arsenic et tous les sels ne sont que scs instruments; toute minéralisation n’est qu’une altération par division, dissolution, volatilisation, précipitation, etc. Ainsi les minéraux ont pu être altérés de toutes manières, tant par le mélange des matières passives dont ils sont composés que par la combinaison de ces puissances animées par le feu, qui les ont plus ou moins travaillés, et quelquefois au point de les avoir ])resque dénaturés.

Mais pourquoi, me dira-t-on, cette minéralisation, qui, scion vous, n’est qu’une altération, se porte-t-elle plus généralement sur les matières niétalliques que sur les malières terreuses? De quelle cause, en un mot, ferez-vous dépendre ce rapport si marqué entre le minéralisatcur et le métal? Je répondrai que, comme le feu primitif a exercé toute sa puissance sur les matières qu’il a vitrifiées, il les a dès lors mises hors d’atteinte aux petites aclions parliculiércs que le feu peut exercer encore l)ar le moyen des sels sur les matières qui ne se sont pas trouvées assez fixes i)Our subir la vitrification; que toutes les substances métalli(iucs, sans meme en excepter celle de l’or, étant susceptibles d’être sublimées par l’action du fou, elles se sont séparées de la masse des matières fixes qui se vitrifiaient; que ces vapeurs métalliques reléguées dans l’atmosphère tant qu’a duré l’excessive chaleur du globe, en sont ensuite descendues cl ont rempli les feules du quartz et autres cavités de la roche vitreuse, et que par conséquent ces matières métalliques ayant évité, par leur fuite et leur sublimation, la grande action du feu, il n’est pas étonnant qu’elles ne puissent éprouver aucune altération par l’action secondaire de la petite portion particulière du feu contenue dans les sels; tandis que les substances calcaires n’ayant été produites que les dernières, et n’ayant pas subi l’action du feu primitif, sont par cette raison très-susceptibles d’altération par Faction de nos feux, et par le foie de soufre dans lequel la substance du feu est réunie avec l’alcali.

Mais c’est assez nous arrêter sur cet objet général de la minéralisation

qui s’ost présente avec l’arsenic, parce que ce sel âcre et corrosif est l’un des plus puissants minéralisateurs par l’action qu’il exerce sur les métaux : non-seulement il les altère et les minéralisé dans le sein de la terre, mais il en corrompt la substance; il s’insinue et se répand en poison destructeur dans les minéraux comme dans les corps organisés; allié avec l’or et l’argent en très-petite quantité, il leur enlève l’attribut essentiel à tout métal en leur ôtant toute ductilité, toute malléabilité; il produit le même effet sur le cuivre ; il blanchit le fer plus que le cuivre, sans cependant le rendre aussi cassant; il donne de même beaucoup d'aigreur à l’étain et au plomb, et il ne fait qu’augmenter celle de tous les demi-métaux ; il en divise donc encore les parties lorsqu’il n’a plus la puissance de les corroder ou détruire. Quelque épreuve qu’on lui fasse subir, en quelque état qu’on puisse le réduire, l’arsenic ne perd jamais scs qualités pernicieuses; en régule, en fleurs, en chaux, en verre, il est toujours poison ; sa vapeur seule, reçue dans les poumons, sullit pour donner la mort ; et l’on ne peut s’empêcher de gémir en voyant le nombre des victimes immolées, quoique volontairement, dans les travaux des mines qui contiennent de l’arsenic. Ces malheureux mineurs l)érisscnt presque tous au bout de quelques années, elles plus vigoureux sont bientôt languissants : la vapeur, l’odeur seule de l’arsenic leur altère la poitrine (1); et cependant ils ne |)rennent pas, pour éviter ce mal, toutes les précautions nécessaires. D’abord il s’élève assez souvent des vapeurs arsenicales dans les souterrains des mines dès qu’on y fait du feu; et de plus, c’est en faisant au marteau des tranchées dans la roche du minéral, pour le séparer et l’enlever en morceaux, qu’ils resj)irent cette poussière arsenicale qui les tue comme poison, elles incommode comme poussière ; car nos tailleurs de pierre de grès sont très-souvent malades du poumon, quoique celte poussière de grès n’ait pas d’autres mauvaises qualités que sa très-grande ténuité : mais dans tous les usages, dans toutes les circonstances où l’appât du gain commande, on voit avec plus de peine que de surprise la santé dos hommes comptée pour rien, et leur vie pour peu de chose.

l.’arsenic, qui malheureusement se trouve si souvent et si abondamment dans la plupart des mines métalliques, y est presque toujours en sel cristallin ou en poudre blanche : il ne se trouve guère que dans les ^ olcans agissants ou éteints, sous la forme d’orpiment ou de réalgar; on assure néanmoins qu’il y on a dans les mines de Hongrie, à Kremnitz,

(I) C’est h cette substance <Iangercuse (ju’est duc la phthisie et ces exulccrations des poumons qui font périr à la fleur de l’age les ouvriers qui travaillent aux mines... Parmi eux un homme de ti ente-ciiiq à quarante ans est déjà dans la décrépitude, ce qu’on doit surtout attribuer aux mines qu’ils détachent avec le ciseau et le maillot, et qu’ils respirent perpétuellement par la bouche et par le nez; il paraît que si, dans ces mines, on faisait usage de la poudre à canon pour délacher le minerai , les Jours de ces malheureux ouvriers ne seraient point si indignement prodigués. Encyclopédie, article Orpiment.

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à Ncwsol, etc. La suLstance de ccs arsenics mêlés do soid’rc csl disposée par lames minces ou feuillets, et par ce caractère on peut toujours distinguer l’orpiment naturel de l’artificiel dont le tissu est plus confus. Le réalgar est aussi disposé par feuillets, et ne diffère de l’oi-piment jaune que par sa couleur rouge; il est encore plus rare que l’orpiment ; et ces deux formes sous lesquelles se présente l’arsenic ne sont pas communes, parce qu’elles ne proviennent que de l’action du feu; et l’orpiment et le réalgar n’oid. été formés ((ue par celui des volcans ou par des incendies de forêts; au lieu que l’arsenic se trouve en grande quantité sous d’autres formes dans presque toutes les mines, et surtout dans celles de cobalt.

Pour recueillir l’arsenic et en éviter en même temps les vapeurs funestes, on construit des clieminées inclinées et longues de vingt à trente toi.ses au-dessus des fourneaux où l’on travaille la mine de cobalt ; et l’on a obscrA'é que l’arsenic (pii s’élève le plus liant est aussi le plus pur et le plus corrosif. Pour ramasser sans danger cette poudre pernicieuse, il faut se couvrir la bouche et le nez, et ne respirer l’air qu’à travers une toile; et comme cette poudre arsenicale se dissout dans les graisses et les builcs aussi liien (pie dans l’eau , et qu’une très-petite quantité suffit pour causer les plus funestes effets, la fabrication devrait en être défendue et le commerce proscrit.

Les chimistes, malgré le danger, n’ont pas laisse que de soumettre celte poudre arsenicale à un grand nombre d’épreuves pour la purifier et la convertir en cristaux ; ils la mettent dans des vaisseaux de fer exactement fermés, où elle se sublime de nouveau sur le feu.

Les vapeurs s’attachent au haut du vaisseau en cristaux blancs et transparents comme du verre; et lorsqu’ils veulent faire de l’arsenic jaune ou rouge semblable au réalgar et à l’orpiment, ils mêlent cette poudre d'arsenic avec une certaine quantité de soufre pour les sublimer ensemble; la matière sublimée devient jaune comme l’orpiment, ou rouge comme le réalgar, selon la plus ou moins grande quantité de soufre qu’on y aura mêlée. Enfin, si l’on fond de nouveau ce réalgar artificiel, il deviendra transparent et d’un rouge de rubis : le réalgar naturel n’est qu’à demi-transparent : souvent même il est opaque et ressemble beaucoup au cinabre. Ces arsenics jaunes et rouges sont, comme l’on voit, d’une formation bien postérieure à celle des mines arsenicales, puisque le soufre est entré dans leur composition et qu’ils ont été sublimés ensemble par les feux souterrains. Ou assure qu’à la Chine l’orpiment et le nialgar se trouvent en si grandes masses qu’on en a fait des vases et des pagodes : ce fait démontre l’existence présente ou passée des volcans dans cette partie de l’Asie.

Pour réduire l’arsenic en régule, on en mêle la poudre blanche sublimée avec du savon noir et même avec de l’huile : on fait sécher cette pâte humide à petit feu dans un matras, et on augmente le degré de feu jusqu’à rougir le fond de ce vaisseau. M. Bergmann donne la pesanteur

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spéciiit[uc de ce régule dans le rapport de 8310 à 1000; ce (pii, à 72 livres le pied cube d’eau, donne 598 livres pour le poids d’un pied cube de régule d’arsenic. Ainsi la densité de ce régule est un peu plus grande que celle du fer, et à peu près égale à la densité de l’acier. Ce régule d’arsenic a, couinie nous l’avons dit, plusieurs propriétés coniiuuue avec les denii-inétaux; il ne s’unit point aux terres; il ne se dissout point dans l’eau ; il s’allie aux métaux sans leur ôter l’éclat métallique; et dans cet état de régule, l’arsenic est plutôt un demimélal qu’un sel.

On a donné le nom tle verre d’arsenic aux cristaux qui se forment par la poudre sublimée en vaisseaux clos : mais ces cristaux transparents ne sont pas du verre, puisqu’ils sont solubles dans l’eau ; et ce qui le dénionlrc encore, c’est (jue cette meme poudre blanche d’arsenic prend cet élal de prétendu verre par la voie humide et à la simple chaleur de l’eau bouillante (J).

Lorsqu’on veut purger les métaux de l’arsenic qu’ils contiennent, on commence par le volatiliser autant qu’il est possible; mais, comme il adhère ([uelqucfois très-fortement au métal et surtout au cuivre, et que par le feu de fusion on ne l’en dégage pas en entier, on ne vient à bout de le séparer de la matte que par rintermède du fer qui, ayant plus d’affinité que le cuivre avec l’arsenic, s’en saisit et eu débarrasse le cuivre. On doit faire la même opération et par le meme moyeu en raflinant l’argent qui se lire des mines arsenicales.

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