‹ Œuvres complètes de Buffon avec des extraits de Daubenton, et la classification de Cuvier (volume 2)Chapitre 78 sur 133 · PIERRE MEULIÈRE · texte numérisé non relu

PIERRE MEULIÈRE

Les pierres que les anciens employaient pour moudre les grains étaient d’une nature toute différente de celle de la pierre meulière dont il est ici (jucstion. Aristote, qui embrassait par son génie les grands et les petits objets, avait reconnu (pie les pierres molaires dont se servait en Grèce étaient d’une matière fondue par le feu, et qu’elles différaient de toutes les autres pierres produites par l’intermède de l’eau. Ces pierres molaires étaient en effet des basaltes et autres laves solides de volcans, dont on choisissait les masses qui offraient le |)lus grand nombre de trous ou petites cavités, et qui avaient en même temps assez de dureté pour ne jias s’écraser ou s’égrener par le frottement continu de la meule supérieure contre l’inférieure : on tirait ces basaltes de quehiues des de l’Archipel, et particulièrement de celle de Nycaro; il s’en trouvait aussi en Ionie: les Toscans ont dans la suite employé au même usage le basalte de Folsinium, aujourd’hui Bolsena.

Mais la pierre meulière dont nous nous servons aujourd’hui est d’une origine et d’une nature toute différente de celle des basaltes ou des

IIISTOIKE JNATÜRELLE

laves : elle n’a point été lormée par le feu, mais produite par l’eau; et il me paraît qu’on doit la ineltre au nombre des concrétions ou agrégations vitreuses produites par l’intiltralion des eaux, et qu’elle n’est composée que de lames de pieries à fusil, incorporées dans un ciment mélangé de parties calcaires et vitreuses. Lorscpie ces deux matières, délayées par l’eau, se sont mêlées dans le même lieu, les parties vitreuses, les moins impures, se seront séparées des autres pour former les lames de ces pierres à fusil , et elles auront en même temps laissé de petits intervalles ou cavités entre elles, parce que la matière calcaire, faute d’alfinité, ne pouvait s’unir intimement avec ces corps vitreux; et en effet, les pierres meulières, dans lesquelles la matière calcaire est la plus abondante, sont les plus trouées, et celles au cotdraire où celle même matière ne s’est trouvée qu’en petite quantité, et dans lesquelles la substance vitreuse était juirc ou très-peu mélangée, n’ont aussi que peu ou point de trous, et ne forment pour ainsi dire qu’une grande pierre à fusil continue, et semblable aux agates imparfaites (pii se trouvent quelquefois disposées par lits horizontaux d’une assez grande étendue; et ces pierres dont la masse est pleine et sans trous ne peuvent être employées pour moudre les grains; parce qu’il faut des vides dans le plein de la masse pour que le frottement s’exerce avec force, et que le grain puisse être divisé et moulu, et non pas simplement écrasé ou écaché : aussi rejette-t-on, dans le choix de ces pierres, celles qui sont sans cavités, et l’on ne taille en meules que celles (pii présentent des trous ; plus ils sont multipliés, mieux la jiicrre convient à l’usage auquel on la destine.

Ces pierres meulières ne se trouvent pas en grandes couches, comme les bancs de pierres calcaires, ni même en lits aussi étendus que ceux des pierres à phâtre ; elles ne se présentent qu’en petits amas, et forment des masses de quelques toises de diamètre sur dix, ou tout au plus vingt pieds d’épaisseur (I); et l’on a observé dans tous les lieux où se trouvent CCS pierres meulières (pie leur amas où monceau porte immédiatement sur la glaise, et qu’il est surmonté de plusieurs couches d’un sable (pii

(I) « Les (leux priiiciiiaiix ciidi oits, clil Jl. Uiicllai-d, ([iii loui i.isscnt de la pierie meulière U propre à tHic employée pour les meules de moulins soûl les environs de Houlbec, près l>aei, « en Normandie, et ceux de la Ferlc-sous-Jouarro, en Brie.... Dans la carrière de Houlbec la « pierre meulière a coiiimuncmenl un pied et demi et incMiie trois pieds d’épaisseur - il arrive « rarement que les blocs aient sept à huit pieds de longueur; les moyens sont de quatre à cinq « pieds de longueur et de largeur. Ces pierres ont toutes une espèce de bousin qui recouvre » la surface inférieure des blocs, c’est-à-dire celle qui touche à la glaise sur laquelle la pierre « à meule poi'le toujours.

'*■ Ou ne perce pas plus loin (|ue la j^laisc, on ne Pentame pasj les ouvriers paraissent per- « suades qu’il n’y a pas de pierre dans ectie glaise, et c’est pour eux une vérité que la pierre U à meule est toujours au-desSus de la glaise, et ijuc la pierre manque uù il ii’y a pas de glaise » .Mémoires de l’Académie des ticiciiecs, année 17j8, p. 203 cl suiv.

DES MINEKAUX.

permet à J'eau de s’infiltrer et de déposer sur la glaise les sucs vitreux et calcaires dont elle s’est chargée en les traversant. Ces pierres ne sont donc que de seconde, et même de troisième formation; car elles ne sont composées que des particules vitreuses et calcaires que l’eau détache des couches supérieures de sables et graviers, en les traversant par une longue et lente stillation dans toute leur épaisseur; ces sucs pierreux déposés sur la glaise qu'ils ne peuvent pénétrer se solidifient à mesure que l’eau s’écoule ou s’exliale, et ils forment une masse concrète en lits horizontaux sur la glaise : ces lits sont sé|)arés, comme dans les j)ierres calcaires de dernière formation, par une espèce de bousin ou pierre imparfaite, tendre et pulvérulente ; et les lils de bonne pierre meulière ont depuis un jusqu’à trois pieds d’épaisseur; souvent il n'y en a que quatre ou cin([ l)ancs les uns sur les autres, toujours séparés par un lit de bousin, et l’on ne connail en France que la carrière de la Ferté-sous-.Iouarre dans laquelle les lits de pierre meulière soient en plus grand nombre (1). Mais partout ces petites carrières sont circonscrites, isolées, sans ajipcndice ni continuité avec les pierres ou terres adjacentes; cc sont des amas particuliers qui ne se sont faits que dans certains endroits où des sables vitreux, mêlés de terres calcaires ou limoneuses, ont été accumulés et déposés immédiatement sur la glaise qui a retenu les stillations de l’eau chargée de ces molécules pierreuses ; aussi ces carrières de pierre meulière sont-elles assez rares et ne sont jamais fort étendues, quoiqu’on trouve en une infinité d’endroits des

(1) Les blocs (le pierre meulière sont si grands à la Ferl(j-sous-Jouarre ([u’oii peut tirer de la même roche trois, (juatre, cimi, et quelquefois même, mais rarement, six meules au-dessous l’une de l’autre; chacune de ces mcnlos a deux pieds d’épaisseur sur six pieds et demi de largeur; d’où il suit qu’il doit y avoir des roches de douze et même de quinze pieds d’épaisseur... Cependant, l’épai.sseur du plus grand nomhre des roches ne va guère qu'à six ou huit pieds... Les carriers de la Ferlé dédaigneraient la plupart des pierres meulièi cs qu'on lire à Iloulbee, mois les carriers de la Ferlé- sous-Jouarre veulent aussi, comme ceux de lloulhec, qua la pierre meulière iilenâtrc soit In meilleure; ils demnudeut encore qu’elle ait heauroup de cavités; la hianch*, la rousse ou la jaunâtre sont aussi fort bonnes lorsqu’elles ne sont pas trop pleines ou trop dure.s. .. La couleur est indifférente pour la bonté des meules, pourvu qu’elle.s aient beaucoup de cavités, et qu’elles ne soient pas trop dures, afin que les meuniers puissent les repiquer plus aisément.

Dans tout ce canton de la Fcrlé-sons-.Touarrc, il faut percer avant de trouver la pierre meulière : !• une couche de terre à blé ; 2° un banc fort épais de sable jaunâtre ; 3“ un banc de glaise très-sableuse, veinée de couleurs tirant sur le jaune et le rouge; i“ le massif des pierres à meules qui a qiicliiucfois vingt pieds d'épaisseur. Ces pierres ne forment pas des bancs continus.... cc .sont des rochers plus ou moins gros , isolés, qui peuvent avoir depuis six jusqu’à vingl-(|ualre pieds de diamètre et plus; ce massif est posé sur un lit de glaise que l’on ne perce pas... Les carrières de pierres à meules ne sont pas à la Ferté même, mais à Tarterai, aux Boudons, à Montmenard.Morcy, Fontaine-Breban, Fontaine-Cerise et Jlontmiraii, où l'on prétend qu’elles sont moins bonnes. Mémoires de l’Acadcmic des Sciences, année 17o8, p. 20li et suivantes.

BorroN, ton. iv.

286 HISTOIRE NATURELLE

morceaux et de petits blocs de ces mêmes pierres dispersés dans les sables qui portent sur la glaise (1).

Au reste, il n’y a dans la pierre meulière qu’une assez petite quantité de matière calcaire, car cette pierre ne fait point eflervesccnce avec les acides : ainsi la substance vitreuse recouvre et défend la matière calcaire, qui néanmoins existe dans cette pierre, et qu’on en peut tirer par le lavage, comme Ta fait M. deoffroy. Celte pierre n’est qu’un agrégat de pierres à fusil réunies par un ciment plus vitreux que calcaire; les petites cavités qui s’y trouvent proviennent non-seulement des intervalles qiie ce ciment laisse entre les pierres à fusil, mais aussi des trous dont ces pierres sont elles-mêmes percées. En général, la plupart des pierres à fusil présentent des cavités, tant à leur surface que dans l’intérieur de leur masse, cl ces cavités sont ordinairement remplies de craie ; et c’est de cette même craie mêlée avec le suc vitreux qu’est composé le ciment qui réunit les pierres à fusil daus la pierre meulière.

Ces pierres meulières ue se trouvent pas dans les montagnes et collines calcaires , clics ne portent point d’impressions de coquilles ; leui' structure ne présente qu’un amas de stalactites lamelleuses de pierres à fusil, ou de congélations fistuleuses des molécules de grès et d’autres sables vitreux; et Ton pourrait comparer leur formation à celle des tufs calcaires, auxquels cette pierre meulière ressemble assez par sa texture : mais elle en diffère essentiellement par sa substance. Ce n’est pas qu’il n’y ail aussi d'autres, pierres dont on se sert , faute de celle-ci , pour moudre les grains. « La pierre de la carrière de Saint-Julien, diocèse de « Saint-Pons en Languedoc, qui fournil les meules de moulin à la plus <c grande partie de celte province, consiste, dit M. de Gensanne, en un « banc de pierre calcaire parsemé d’un silex très-dur, de l’épaisseur de <t quinze ou vingt pouces, et tout au plus de deux pieds; il se trouve à « la profondeur de quinze pieds dans la terre, et est recouvert par un « autre banc de roche calcaire simple qui a toute celte épaisseur, en « sorte que, pour extraire les meules, on est obligé do couper et

(1) La pierre meulière n’est pas rare en France, le haut de presque toutes les montagnes de la banlieue de Paris en produit, mais eu petites masses. On en trouve de meme dans une inlinité d’autres endroits des provinces voisines, et dans d’autres lieux plus éloignés. Mémoires de l’Académie des Sciences, année 1788 , p. 228. — Il y a une circonstance qui est peutêtre nécessaire pour que ces pierres aient une certaine grosseur, c’est que sous les sables il se trouve un lit de glaise,qui puisse apparemment arrêter le fluide chargé de la matière pierreuse et l’obliger ainsi à déposer, en séjournant, cette matière qui doit s’y accumuler et former peu à peu des musses considérables; celte glaise manquant, la matière pierreuse doit s’extravaser eu quelque sorte, cl former des pierres dispersées çà et là dans la masse du sable. Ce dernier effet peut encore , à ce qu’il me parait, avoir pour cause la hauteur de cette masse sableuse . si le fluide qui porte cette matière a beaucoup d’étendus à traverser , il pourra déposer dans diflérents endroits la matière pierreuse dont il sera chargé, au lieu que s’il Uouve promptement un lit glaiseux qui le retienne, le dépôt de la matière sc fera plus abondamment. Idem, bidem, p. 228 et Suiv.

« déblayercebancsupéi ieiirqui esl très-dur, cc <pii coûte un travail fort « dispendieux (1). « On voit par cette indication que ces pierres calcaires parsemées de pierres à fusil , dont on se sert en Languedoc pour moudre les grains, ne sont pas aussi bonnes, et doivent s’égrener plus aisément que les vraies pierres meulières dans lesquelles il n’y a qu’une petite quantité de matière calcaire intimement mêlée avec le suc vitreux, et qui réunit les pierres à fusil dont la substance de cotte pierre est presque entièrement composée.

SPATHS FLUORS.

C’est le nom que M. Margraff a donné à ces spaths; et comme ils sont composés de malière calcaire et de parties sulfureuses ou pyriteuses, nous les mettons à la suite des matières qui sont composées de subsbinces calcaires mélangées avec d’autres substances : on aurait dû conserver à ces spaths le nom de fluom, pour é\ iler la confusion (|ui résulte de la multiplicité des dénominations; car on les a appelés spaths pesants, spaths vitreux , spaths phosphoriques , et l’on a souvent appliqué les propriétés des spaths pesants à ces spaths fluors, quoique leur origine et leur essence soient très-différentes. Margraff lui-même comprend sous la dénomination de spaths fusibles, ces spaths fluors qui ne sont point fusibles :

« Il y a, dit-il , des spaths fusibles composés de lames groupées en- <1 semble d’une manière singulière; ces lames n’ont aucune transpa- <1 rence, et leur couleur tire sur le blanc de lait : d’autres affectent une « figure cubique ; ils sont plus ou moins transparents, et diversement « colorés : on les connait sous les noms de fluors, de fausses améthystes, « àc fausses émeraudes, Aa fausses topazes, Ae fausses hyacinthes, etc... Ils « se trouvent ordinairement dans les filons des mines, et servent de « matrice aux minéraux qu’ils renferment; ils sont outre cela un peu « plus durs que les spaths phos[)horiques, c’est-à-dire que les spaths « d'un blanc de lait. — Les spaths fusibles vitreux, c’est-à-dire ceux qui « affectent une figure cubique, soumis au feu jus((u’à rincandcscence ,

« jettent des étincelles dans l’obscurité; mais leur lueur est fort faible ;

« après quoi ils se divisent par petits éclats. Les spaths fusibles phospho- « riques, soumis à la même chaleur, jettent une lumière très-vive et « très-foncée; ensuite ils se brisent en plusieurs morceaux (pUon a bcau-

(1} Histoire aulurelle du Languedoc, par M. de Geusanne, tome II, p. 2üâ.

IIISTOIKE NATUKELLE

« coup pins de peine à réduire en poudre que les éclats des spallis l'u- « sibles vitreux (1). » Les vrais spaths fluors sont donc désignés ici comme spaths fusibles et spaths vitreux, (pioiqu’ils ne soient ni fusibles ni vitreux ; et quoique cet habile chimiste semble les distinguer des spaths qu’il appelle phosphoriques, les différences ne sont pas assez marquées pour qu’on ne puisse les confondre, et il est à croire que ce qu’il appelle spath fusible vitreux et spath fusible phosphorique , se rap|)orte également aux spaths fluors qui ne diffèrent les uns des antres que par le plus ou moins de pnrclé : et en effet deux de nos plus savants chimistes, MM. Sage et üemeste, ont dit expressément que les spaths vitreux , fusibles ou phosphoriques ne sont qu’une seule et même chose (2); or ces. spaths fluors, loin d’être fusibles, sont très-réfractaires au feu : mais il est vrai qu’ils ont la propriété d’être, comme le boi'ax, des fondants trèsactifs; et c’est probablement à cause de cette propriété fondante qn’on leur a donné le nom de spaths fusibles (5) : mais on ne voit pas pour- (juoi ils sont dénommés spaths vitreux fusibles , puisque de tous les spaths, il n’}' a que le seul feld-spath qui soit en effet vitreux et fusible.

Quelques habiles chimistes ont confondu ces spaths fluors avec les spaths pesants, quoique ces deux substances soient ti ès-diffèrentes |)ar leur essence, et qu’elles ne se resscnd)lenl (|ue par de légères propriétés : les spaths fluors réduits en poudre prennent par le feu de la phosphorescence comme les spaths pesants (4); mais ce caractèi c est écpiivoque, puisque les coquilles et autres matières calcaires réduites en poudre prennent, comme les spalhs pesants et les spaths fluors, de la phosphorescence pai‘ l’action du feu : et si nous comparons toutes les autres propriétés des spaths pesants avec celles des spalhs fluors, nous verrons que leur essence n'est pas la même, et que leur origine est bien différente.

Les spaths pesants sont d’un tiers plus denses que les spaths fluors (5),

(t) Expériences de Jl. lUargraff, dans les Observations sur la l’iiysiquc, loiue 1, première partie, juillet 1772.

(2) l.cttres de M. le docteur Demeste, tome 1, p. 320.

(3) Quoiiiuo les spalbs fusibles soient Irès-rérracl aires au feu, lorsqu’on les expose seuls à l’action du feu, ils ont cependant la propriété d’accélérer la fusion des métaux, et meme ils so vitrifient liès-promptemcnt .si on les mêle avec des terres métalliques ou du qiiarlü , ou de la terre calcaire, nu enfin do l’alcali lixe, ce qui les a fait regarder avec raison comme d’excellents fondants. Lettres de M. le docteur Demeste, tome I, p. 52f.

{i} Lorsqu’on les réduit en poudre, et qu’on projette celte poudre sur une pelle roiigie au feu ou des charbons ardents, elle devient pbo.spliorescente, et cette propriété peut faire distinguer ces spalbs de toute autre substance |iicrreusc : cependant, celle pbospboresccnce n’arrivc ((lie dans les s|iatbs colorc.s, et cesse dans ceux-ci à l’instant où leur couleur est détruite par le feu. Crislallogra|diie de 51. Uomé do Lislc, tome II, |i. net suiv.

(3) a La pesanteur sjiécifiquc du spath |)esnnt,ditpicn’e itc Bologne, est de iffüO; celle du « spath pesant octaèdre, de ff7f2 ; tandis que celle du spath Iluor d’Auvergne n’est que do

cl C(‘llp spule proi)riélé essenliollc déinonfrc déjà (jiie leurs substances sont très-différentes : M. Ronié de Lislc fait mention de quatre principales sortes de spaliis fluors (l).dont les couleurs, la texture et la forme (Je cristallisation diffèrent l)caucoup ; mais tous sont à peu près d’un tiers plus légers que les spatbs pesants, qui d'ailleurs n’ont, comme les pierres précieuses , qu’une simple réfraction , et sont par conséquent homogènes, c’est-à-dire également denses dans toutes leurs parties ; tandis que les spaths fluors au contraire offrent , comme tous les autres cristaux vitreux ou calcaires, une double réfraction (2), et sont com-

« 501)43; colle du spiilh fluoc cubique violet, 517S7; celle du spath fluor cubuiuc blanc, 3155'». « Tables de M. Brisson.

(1) Le spath fusible (fluor) cubique, et c’est la forme qu’il alfecte le plus communément. Rien ii’est plus rare que de trouver ces cubes solitaires ; ils formentordiiiaircment des groupes plus ou moins considérables dans les mines de Bohème, de Saxe, d’Angleterre et des autres pays.

On les di.slinguc, à raison de leur couleur :

1° En spaths vitreux blancs, le plus souvent diaphanes, mais quelquefois opaques et d’un blanc mat ;

2“ En fausses aigues-marines, d’un vert ou d’un bleu ])àle;

oo En fausses ênwraudes, d’un vert plus ou moins foncé;

4» En fausses topazes, d’un jaune plus ou moins clair ;

5o En fausses améthystes, de couleur pourpre ou violetfe ;

0“ En faux rubis balais, ou d’un rouge pâle ;

7» En faux saphirs, ou de couleur bleue.

Toutes CCS variétés se Irouvent en cubes plus ou moins grands... Ces cristaux sont presque toujours incrustés ou mélangés de petits cristaux de (juariz, de blende, de pyrite, de galène, de spath calcaire et de mine de fer spathiepic.

La seconde espece est le spath fusible aluminiforiiie, c’csl-à-dirc de figure octaèdre rectangulaire : tels sont ces spaths vitreux octaèdres de Suède, l’un de couleur verte, cité par M. de Boni, et un autre clair et sans couleur, dont parle Cronstedt; tels sont encore les spaths fusibles d’un vert clair ou bleuâtre, qui se rencontrent dans le commerce sous le nom A'émeruudes morillon ou de Carthagène, les faux rubis de Suisse. Vhyacinthe de Compostelle est une variété de cette seconde espèce.

La troisième espèce est le spflih fusible en stalactites ou par masses informes... Le tissu de ce spath est toujours lamelleux, mais quelquefois si serré, qu’a peine les lames y sont-elles apparentes... Ils sont, en général, mêlés de plusieurs substances hétérogènes qui souvent y forment des veines ou des zig-zag. On en trouve de blancs , de verts ou verdâtres qu on v end sous le faux nom de prime d’émeraude , des bleus auxquels on donne le nom déprime de saphir; de rougeâtres, de violets, de jaunes et de bruns; et souvent ces couleurs se tiouvcnt mélangées, et même par veines assez distinctes dans le meme morceau.

La quatrième espèce sont les sjiaths fusibles grenus, dont les grains ressemblent à des grains de sel, ce qui se trouve aussi dans certains marbres grenus : selon Waltérius, il y en a de blancs, de jaunâtres, de bleus et de violets. Gris tallographic, par M. Rome de Lisie, tome Yll, pages 7 et suiv.

(2) L’on trouve aux environs de Vignori, dans une recoupe que l’on a faite pour adoucir la pente du chemin, dos roches qui renferment des eristaux de spath fusible, lequel a la propriété du cristal d’Islande, de faire apercevoir les objets doubles. Mémoires de Physique, par M. de Grignon, page .338.

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posés de différentes substances ou du moins de couches alternatives de différente densité.

Les spaths fluors sont dissolubles par les acides, même à froid, quoique d’abord il n’y ait que peu ou point d’effervescence, au lieu que les spaths pesants résistent constamment à leur action, soit à froid, soit à chaud : ils ne contiennent donc point de matière calcaire, et les spaths fluors en contiennent en assez grande quantité, puisqu’ils se dissolvent en entier par l’action des acides.

Ces spaths fluors sont plus durs que les spaths calcaires, mais pas assez pour étinceler sous le briquet, si ce n’est dans certains points où ils sont mêlés de quartz, et c’est par là qu’on les distingue aisément du feld-spalh, qui de tous les spaths est le seul étincelant sous le choc de l’acier : mais ces spaths fluors diffèrent encore essentiellement du feldspath par leur densité qui est considérablement plus grande (1), et par leur résistance au feu auquel ils sont très-réfractaires, au lieu que le feld-spath y est très-fusible; et d’ailleurs, quoiqu’on les ait dénommés spaths vitreux, parce que leur cassure ressemble à celle du verre, il est certain que leur substance est différente de celle du feld-spath et de tous les autres verres primitifs; car l’un de nos plus habiles minéralogistes, M. Monnet, a reconnu par l’expérience que ces spaths fluors sont principalement composés de soufre et de terre calcaire. M. de Morveau a vérifié les expériences de M. Monnet (2), qui consistent à dépouiller ces spaths de leur soufre. Leur terre dessoufrée présente les propriétés essentielles de la matière calcaire ; car elle se réduit en chaux et fait effervescence avec les acides : il n’est donc pas nécessaire de supposer dans ces spaths fluors, comme l’ont fait M. Bergmann et plusieurs chimistes après lui, une terre de nature particulière, différente de toutes les terres connues, puisqu’ils ne sont réellement composés que de terre calcaire mêlée de soufre.

M. Scheele avait fait, avant M. Monnet, des expériences sur les spaths fluors blancs et colorés, et il remarque, avec raison, que ces spaths diffèrent essentiellement de la pierre de Bologne ou spath pesant, ainsi que de l’albàtre et des pierres séléniteuses qui sont phosphoriques , lorsqu’elles ont été calcinées sur les charbons (3) : cet habile chimiste avait en même temps cru reconnaître que ces spaths fluors sont composés d’une terre calcaire combinée, dit-il, avec un acide qui leur est propre

(t) La pesanteur spécifique des spaths fluors est, comme l’on vient de le voir, de 30 à 31000; et celle du feld-spath n’csl que de 23 à 26000.

(2) Je viens de vérifier une chose que M. Monnet avait avancée , et qui m'avait fort étonné, c’est que le spath fluor feuilleté, si commun dans les mines métalliques, est un composé de soufre et de terre calcaire. Lettre de M. Morveau à M. de Bulîon, datée de Dijon, b avril 1779.

(3) Voyez les Observations sur la Physique, tome 11, partie 11, seconde année, octobre 1772, page 80.

DES MFNÉRAUX.

et qu’il ne désigne pas (1); il ajoute seulement que l’alun et le fer semblent n’élre qu’accidentels à leui’ composition. Ainsi, iVI. Monnet est le premier qui ait reconnu le soufre, c’est-à-dire l’acide vitriolique uhi à la substance du feu, dans ces spaths fluors.

M. le docteur Deineste, que nous avons souvent eu occasion de citer avec éloge, a recueilli avec discernement et avec son attention ordinaire les principaux faits qui ont rapport à ces spaths, et je ne peux mleuit terminer cet article qu’en les rapportant ici d'après lui.

« La nature, dit-il, nous olfrc les spaths phosphoriques en masseâ « plus ou moins considérables, tantôt informes et tantôt cristallisées ;

« ils sont plus ou moins transparents, pleins de fentes ou fêlures, et « leurs couleurs sont si variées, qu’on les désigne ordinairement par le M nom de \si pierre précieuse colorée dont ils imitent la nuance... J’ai vu <1 beaucoup de ces spatlis informes près des alunières , entre Civita- « Vecchia et la Tolfa; ils y servent de gangue à quelques filons de la « mine de plomb sulfureuse, connue sous le nom de galène : on les « trouve fréquemment mêlés avec le quartz en Auvergne et dans les « Vosges, et avec le spath calcaire dans les mines du comté de Derby <1 en Angleterre.

« Quoique ces spaths phosphoriques, et surtout ceux en masses « informes, soient ordinairement fendillés, cela n’empêche pas qu’ils ne <1 soient susceptibles d’un fort beau poli ; on en rencontre même des « pièces assez considérables pour en pouvoir faire de petites tables,

des urnes et autres vases désignés sous les noms de prime d’émeraude^ Il de prime d’améthyste, etc. M. llomé de Lisle a nommé albâtres vitreux « ceux de ces spaths qui, formés par dépôt comme les albâtres calcaires^ U sont aussi nuancés par zones ou rubans de différentes couleurs, ainsi « qu’on en voit dans l’albàtre oriental. Ces albâtres vitreux se trouvent Il en abondance dans certaines provinces d’Angleterre, et surtout dans « le comté de Derby : ils sont panachés ou rubanés des plus vives cou- « leurs, et surtout de différentes teintes d’améthyste sur un fond blanc; « mais ils sont toujours étonnés, et comme formés de pièces de rapport I! dont on voit les joints; ce qui est un effet de leur cristallisation rapide .1 et confuse. J’en ai vu, à Paris, de très-belles pièces qui y avaient été Il apportées par M. Jacob Forsler... On rencontre aussi quelquefois de U ce même spath en stalactites coniques, et même en stalagmites ondu- II lées ; mais il est beaucoup plus ordinaire de le trouver cristallisé en K groupes plus ou moins considérables, et dont les cubes ont quclque- II fois plus d’un pied de largeur sur huit à dix pouces de hauteur; ces Il cubes, tantôt entiers, tantôt tronqués aux angles ou dans leurs bords, « varient beaucoup moins dans leur forme que les rhombes du spath

(1) Voyei les Observations sur la Physique, tome II, partie II, seconde année, octobre 1772, page 85.

HISTOIRE NATURELLE

U calcaire : en récompense leur couleur est plus variée que celle des ■■ autres spaths; ils sont rarement d’un Liane mal, mais lorsqu’ils ne <1 sont pas diapiianes ou couleur d’aigue-marine, ils sont jaunes ou rou- « geâlres, ou violets, ou pourpres, ou roses, ou verts et quelquefois « du blus beau bleu (1). >.

Il me reste seulement à observer que la terre calcaire étant la base de ces spaths fluors, j’ai cru devoir les rapporter aux pierres mélangées de matière calcaire ; tandis que la pierre de Bologne et les autres spaths pesants, tirant leur oi-igine de la terre végétale et ne contenant point de matière calcaire, doivent être mis au nombre des produits de la tcri-e limoneuse, comme nous tâcherons de le prouver dans la suite de cet ouvrage.

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