‹ Œuvres complètes de Buffon avec des extraits de Daubenton, et la classification de Cuvier (volume 2)Chapitre 9 sur 133 · DES CRISTALLISATIONS · texte numérisé non relu

DES CRISTALLISATIONS

Lorsque les matières vitreuses, calcaires et limoneuses sont réduites à l’homogénéité par leur dissolution dans l’eau, les parties similaires se rapprochent par leur affinité, et forment un corps solide ordinairement transparent, lequel, en se solidifiant par le dessèchement, ressemble plus ou moins au cristal; et comme ces cristallisations prennent des formes anguleuses et quelquefois assez régulières , tous les minéralogistes ont cru qu’il était nécessaire de désigner ces formes différentes par des dénominations géométriques et des mesures précises; ils en ont même fait le caraclêre spécifique de chacune de ces substances. Nous croyons que pour juger de la justesse de ces dénominations , il est nécessaire de considérer d’abord les solides les plus simples , afin de se former ensuite une idée claire de ceux dont la figure est plus composée.

La manière la plus générale de concevoir la génération de toutes les formes différentes des solides est de commencer par la figure plane la plus simple , qui est le triangle. En établissant donc une base triangulaire équilatérale, et trois triangles pareils sur les trois côtés de cette base, on formera un tétraèdre régulier dont les quatre faces triangulaii'es sont égales; et en allongeant ou raccourcissant les trois triangles

(1) \'oy. dans le toiue 1, Théorie de ta Terre, l'art, de Talbâtre et celui de la terre végétale.

IllSTOIllE NATUIIELLE

qui porlent sur les Irois côlcs de celte Jjasc, on aui'a des tétraèdres aigus ou obtus, mais toujours à trois faces setublables sur une base ou quatrième face triangulaire équilatérale ; et si l’on rend cette base triangulaire inégale par ses côtés, on aui’a tous les tétraèdres possibles, c’està-dire tous les solides à quatre faces, réguliers et ii'réguliers.

En joignant ce tétraèdre base à base avec un autre tétraèdre semblable, on aura un hexaèdre à six faces triangulaires, et par conséquent tous les hexaèdres possibles à pointe triangulaire comme les tétraèdres.

Maintenant si nous établissons un carré pour base, et (|ue nous élevions sur chaque face un triangle, nous aurons un pentaèdre ou solide à cimi faces, en forme de j))'ramide, dont la base est carrée et les quatre autres faces triangulaires : deux penlaèdrcs de celle espèce, joints base à base, forment un octaèdre régulier.

Si la base n’est pas un carré, mais un losange, et qu’on élève de même des triangles sur les quatre côtés de celle base en losange, on aura aussi un pentaèdre, mais dont les faces seront inclinées sur la Ijasc; et en joignant base à base ces deux pentaèdres, l’on aura un oclaèdre à faces triangulaires et obliques relativement à la base.

Si la base est j)cntagone, et qu’on élève des triangles sui' chacun des côtés de celle base, il en résultera une pjramide à cinq faces à base pentagone, ce (|ui fait un hexaèdre qui, joint hase à base avec un ])areil hexaèdre, produit un décaèdre régulier dont les dix faces sont triangulaii’es, et selon <pie ces liâangles seront plus ou moins allongés ou i-accourcis, et selon aussi que la base pentagone sera composée de côtés plus ou moins inégaux, les pentaèdres et décaèdres qui en résulteront seront plus ou moins réguliers.

Si l’on i)rcnd une base hexagone, et qu’on élève sur les côtés de cette base six triangles, on formera un heptaèdre ou solide à sept faces, dont la base sera un hexagone , et les six autres faces formeront une pyramide plus ou moins allongée ou raccourcie, selon que les triangles seront plus ou moins aigus; et en joignant base à base ces deux heptaèdres, ils formeront un dodécaèdre ou solide à douze faces triangulaires.

En suivant ainsi toutes les ligures polygones de sept, de huit, de neuf, etc., côtés, et en établissant sur ces côtés de la base des triangles et les joignant ensuite base contre base, on aura des solides dont le nombre des faces sera loujours double de celui des triangles élevés sur cette base; et par ce progrès on aura la suite entière de Ions les solides possibles qui se terminent en pyramides simi)lcs ou doiddes.

Maintenant si nous élevons trois parallélogrammes sur les Irois côtés de la base triangulaire, et (pic nous supposions une pareille face triangulaire au-dessus *»ous aurons un solide pentaèdre composé de trois faces reelaiigulaii'es et de deux laces triangulaires.

Et de même, si sur les côtés d’une base carj ée nous établissons des

DES M[NÉRAIJX.

carrés an lieu de triangles, et que nous supposions une base carrée audessus égale et seiiibtable à celle du dessous , l’on aura un cube ou bexaèdre à six faces carrées et égales ; et si la base est en losange , on aura un bexaèdre i hoinbo’idal dont les quatre faces sont inclinées relativement à leurs bases.

Et si l'on joint plusieurs cubes ensemble, et de même plusieurs hexaèdres rbomboïdaux i)ar leurs bases , on formera des hexaèdres plus ou moins allongés, dont les quatre faces latérales seront plus ou moins longues, et les faces supérieures et inférieures toujours égales.

De même, si l’on élève des carrés sui' une base pentagone, et qu’on les couvre d’un pareil pentagone, on aura un heptaèdre dont les cinq faces latérales seront cai rées, et les faces supérieures et inférieures pentagones, Et si l’on allonge ou raccourcit les carrés, l’heplaédrc qui en résultera sera toujours composé de cinq faces rectangulaires plus ou moins hautes.

Sur une base hexagone, on fera de même un octaèdre , c’est-à-dire un solide à huit faces, dont les faces supérieures et inférieures seront hexagones, et les six faces lalérales seront des carrés ou des rectangles plus ou moins longs.

On peut continuer cette généi'alion de solides i)ar des carrés posés sur les côtés d’une base, d’un nombre quelconque de côtés, soit sur des ])olygoucs réguliers, soit sur des polygones irréguliers.

Et ces deux générations de solides, tant par des triangles que par des carrés posés sur des bases d’une ligure (pielconquc, donneront les formes de tous les solides possibles, l’éguliers ou irréguliers; à l’exception de ceux dont la superficie n’est i)as composée de faces planes et rectilignes, tels que les solides si)hériqucs, elliptiques, et autres dont la surface est convexe ou coiurn e , au lieu d’élre anguleuse ou à faces planes.

Or, pour composer tous ces solides anguleux, de quelque ligure (ju’ils puissent élrc, il ne faut qu’une agrégation de lames triangulaires, puisque avec des Iriangles on peut faire le carré, le pentagone, l’hexagone et loiiles les ligures rectilignes possibles; et l’on doit supposer que ces lames triangulaires, premiers éléments du solide cristallisé, sont trèsl)elites et presque infiniment minces. Les expériences nous démontrent que si l’on met sur l'eau des lames minces en forme d’aiguilles ou de Iriangles allongés, elles s’attirent et se joignent en faisant l’une contre l’autre des oscillations jusqu’à ce qu’elles se lixcnl et demeurent en repos au point du centre de gravité, (jui est le même que le centre d’attraction, en sorte que le second triangle ne s’atlacliera pas à la base du [ire- 1 ier, mais à un tiers de sa liauteur perpendiculaire, et ce point corle pond à celui du centre de gravité; jjar conséquent tous les solides l>ossiblcs peuvent être produits par la simple agrégation des lames triangulaires, dirigées par la seule force de leur attraction mutuelle et respective dès qu’elles sont ndses en liberté.

Comme ce mécanisme est le même et s’exécute par la même loi entre toutes les matières homogènes qui se trouvent en liberté dans un fluide, on ne doit pas être étonné de voir des matières très-différentes se cristalliser sous la même foi-me. On jugera de celte similitude de cristallisation dans des substances très-différentes par la table ci-jointe (1) ,

(1) Table de la forme

1. Tétraèdre régulier, et qui forme un solide qui n*a que quatre faces, toutes quatre triangulaires et équilatérales.

Spath calcaire.

Jnircassitc.

Mine d’argent grise.

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