‹ Œuvres complètes de Buffon avec des extraits de Daubenton, et la classification de Cuvier (volume 3)Chapitre 102 sur 255 · LE LION. LA LIONNE · texte numérisé non relu

LE LION. LA LIONNE

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Di: LION. 221

climat, inlinimenl plus doux que ceux de l’Afrique; cl ce qui prouve évideminenl que l’excès de leur férocité vient de l’excès de la chaleur, c’est que, dans le même pays, ceux qui habitent les hautes montagnes, où l’air est plus tempéré, sont d’un naturel différent de ceux qui demeurent dans les plaines, où la chaleur est extrême. Les lions du mont Allas, dont la cime est quelquefois couverte de neige, n’ont ni la hardiesse, ni la force, ni la férocité des lions du Biledulgcrid ou du Zaara, dont les plaines sont couvertes de sables brûlants. C’est surtout dans ces déserts ardents que se trouvent ces lions terribles, qui sont l'effroi des voyageurs et le fléau des provinces voisines : heureusement l’espèce n’en est pas très-nombreuse; il parait même qu’elle diminue tous les jours, car, de l’aveu de ceux qui ont parcouru cette partie de l’Afrique, il ne s'y trouve pas actuellement autant de lions, à beaucoup près, qu’il y en avait autrefois. Les Romains, dit M. Shaw, tiraient de la Libye, pour l’usage des spectacles, cinquante fois plus de lions qu’on ne pourrait y en trouver aujourd’hui. On a remarqué de même qu’en Turquie, en Perse et dans l lnde, les lions sont maintenant beaucoup moins communs qu’ils ne l’étaient anciennement; et comme ce puissant et courageux animal fait sa proie de tous les autres animaux, et n’est lui-même la proie d’aucun, on ne peut attribuer la diminution de quantité dans son espèce, qu’à l’augmentation du nombre dans celle de I homme; car il faut avouer que la force de ce roi des animaux ne lient pas contre 1 adresse d un Ilottentol ou d’un Nègre, qui souvent osent l’attaquer tête à tète avec des armes assez légères. Le lion n’ayant d’autres ennemis que l’homme, et son espèce se trouvant aujourd'hui réduite à la cinquantième, ou, si l’on veut, à la dixième partie de ce qu’elle était autrefois, il en résulte que l’espèce humaine, au lieu d'avoir souffert une diminution considérable depuis le temps des Romains (comme bien des gens le prétendent), s’est au contraire augmentée, étendue cl plus nombreusement répandue, même dans les contrées, comme la Libye, où la puissance de l’homme parait avoir été plus grande dans ce temps, qui était à peu prés le siècle de Carthage, qu elle ne l’est dans le siècle présent de Tunis et d’Alger.

L’industrie de l'homme augmente avec le nombre; celle des animaux reste toujours la même : toutes les espèces nuisibles, comme celle du lion, paraissent être reléguées et réduites à un petit nombre, non-seulement parce que l’homme est partout devenu plus nombreux, mais aussi parce qu’il est devenu plus habile, et qu’il a su fabriquer des armes terribles auxquelles rien ne peut résister : heureux s’il n’eùt jamais combiné le fer et le feu que pour la destruction des'lions ou des tigres!

Cette supériorité de nombre et d'industrie dans l’homme, qui brise la.force du lion, en énerve aussi le courage; cette qualité, quoique naturelle, s’exalte ou se tempère dans l'animal, suivant l’usage heureux ou malheureux qu’il a fait de sa force. Dans les vastes déserts du Zaara, dans ceux qui semblent séparer deux races d'hommes très-différentes, les Njègrcs et les Maures

R» FFON, tome vu.

222 HISTOIHE INAÏL'RELLE

cnlre le Sénégal et les exlrémités de la Mauritanie, dans les terres iidiabitées qui sont au-dessus du pays des Hottentots, et, en général, dans toutes les parties méridionales de l’Afrique et de l’Asie, où I hoinme a dédaigné d’habiter, les lions sont encore en assez grand nombre, et sont tels que la nature les produit. Accoutumés à mesurer leurs forces avec tous les animaux qu’ils rencontrent, l’habitude de vaincre les rend intrépides et terribles; ne connaissant pas la puissance de l’homme, ils n’en ont nulle crainte; n’ayant pas éprouvé la force de ses armes, ils semblent les braver. Les blessures les irritent, mais sans les effrayer; ils ne sont pas même déconcertés à l’aspect du grand nombre ; un seul de ces lions du désert attaque souvent une caravane entière, et lorsqu’après un combat opiniâtre et violent il se sent affaibli, au lieu de fuir il continue de se battre en retraite, en faisant toujours face et sans jamais tourner le dos. Les lions, au contraire, qui habitent aux environs des villes et des bourgades de l’Inde et de la Barbarie, ayant connu l’homme et la force de ses armes, ont perdu leur courage au point d’obéir à sa voix menaçante, de n’oser l’attaquer, de ne se jeter que sur le menu bétail, et enlin de s’enfuir, en sc laissant poursuivre par des femmes ou par des enfants, qui leur font à coups de béton quitter prise et lâcher indignement leur proie.

Ce changement, cet adoucissement dans le naturel du lion, indique assez qu’il est susceptible des impressions qu’on lui donne, et qu’il doit avoir assez de docilité pour s’apprivoiser jusqu’à un certain point, et pour recevoir une espèce d’éducation : aussi l'histoire nous parle de lions attelés à des chars de triomphe, de lions conduits à la guerre ou menés à la chasse, et qui, fidèles à leur maître, ne déployaient leur force et leur courage que contre ses ennemis. Ce qu'il y a de très-sùr, c’est que le lion, pris jeune et élevé parmi les animaux domestiques, s’accoutume aisément à vivre et même à jouer innocemment avec eux; qu'il est doux pour ses maîtres et même caressant, surtout dans le premier âge, et que, si sa férocité naturelle reparaît quelquefois, il la tourne rarement contre ceux qui lui ont fait du bien. Comme ses mouvements sont très-impétueux et ses appétits fort véhéments, on ne doit pas présumer que les impressions de l’éducation puissent toujours les balancer; aussi y aurait-il quelque danger à lui laisser souffrir trop longtemps la faim, ou à le contrarier en te tourmentant hors de propos : non-seulement il s’irrite des mauvais traitements, mais il en garde le souvenir et paraît en méditer la vengeance, comme il conserve aussi 1;. mémoire et la reconnaissance des bienfaits. Je pourrais citer ici un grand nombre de faits particuliers, dans lesquels j’avoue que j’ai trouvé quelque exagération, mais qui, cependant, sont assez fondés pour prouver au moins, par leur réunion, que sa colère est noble, son courage magnanime, son naturel sensible. On l’a souvent vu dédaigner de petits ennemis, mépriser leurs insultes, et leur pardonner des libertés offensantes ; on l'a vu, réduit en captivité, s’ennuyer sans s’aigrir, prendre au contraire des habitudes douces, obéir à son maître, flatter la main qui le nourrit, donner quelquefois

In vie à ceux qu’on avait dévoués à la mort en les lui jetant pour proie, et comme s’il se fût attaché par cet acte généreux, leur continuer ensuite la même protection, vivre tranquillement avec eux, leur faire part de sa subsistance, se la laisser même quelquefois enlever tout entière, et souffrir plutôt la faim que de perdre le fruit de son premier bienfait.

On pourrait dire aussi que le lion n’est pas cruel, puisqu’il ne l est que par nécessité, qu’il ne détruit qu’autant qu'il consomme, et que, dès qu’il est repu, il est en pleine paix; tandis que le tigre, le loup, et tant d’autres animaux d espèce inférieure, tels que le renard, la fouine, le putois, le furet, etc., donnent la mort pour le seul plaisir de la donner, et que, dans leurs massacres nombreux, ils semblent plutôt vouloir assouvir leur rage que leur faim.

L’extérieur du lion ne dément point ses grandes qualités intérieures : il a la figure imposante, le regard assuré, la démarche fière, la voix terrible; sa taille n’est point excessive comme celle de l’éléphant ou du rhinocéros; elle n’est ni lourde, comme celle de l’hippopotame ou du bœuf, ni trop ramassée, comme celle de l’hyène ou de l’ours, ni trop allongée, ni déformée par des inégalités, comme celle du chameau; mais elle est au contraire si bien prise et si bien proportionnée, que le corps du lion paraît être le modèle de la force jointe à l’agilité : aussi solide que nerveux, n’étant chargé ni de chair ni de graisse, et ne contenant rien de surabondant, il est tout nerfs et muscles. Cette grande force musculaire se marque au dehors par les sauts et les bonds prodigieux que le lion fait aisément; par le mouvement brusque de sa queue, qui est assez fort pour terrasser un homme; par la facilité avec laquelle il fait mouvoir la peau de sa face et surtout celle de son front, ce qui ajoute beaucoup à la physionomie ou plutôt à l'expression de la fureur; et enfin, par la faculté qu’il a de remuer .sa crinière, laquelle non-seulement se hérisse, mais se meut et s’agite en tous sens, lorsqu'il est en colère.

A toutes CCS nobles qualités individuelles le lion joint aussi la noblesse de l’espèce : j'entends par espèces nobles dans la nature, celles qui sont constantes, invariables, et qu’on ne peut soupçonner de s’ètre dégradées. Ces espèces sont ordinairement isolées et seules de leur genre; elles sont distinguées par des caractères si tranchés, qu’on ne peut ni les méconnaître, ni les confondre avec aucune des autres. A commencer par l'homme, qui est l’étre le plus noble de la création, l’espèce en est unique, puisque les hommes de toutes les races, de tous les climats, de toutes les couleurs, peuvent .se mêler et produire ensemble, et qu'en même temps l’on ne doit pas dire qu’aucun animal appartienne à l’homme, ni de près ni de loin, par une parenté naturelle. Dans le cheval, l’espèce n’est pas aussi noble que l’individu, parce qu'elle a pour voisine l'espèce de l àne, laquelle paraît même lui appartenir d’assez près, puisque ces deux animaux produisent ensemble des individus, qu'à la vérité la nature traite comme des bâtards indignes de faire race, incapables même de perpétuer l’une ou l'autre des deux espèces desquelles ils sont issus, mais qui, provenant du mélange des deux

224 lilSTOiUK naïurklll;

tie laisse pas de prouver leur grande affinité. Dans le chien, l’espèce est peut-être encore moins noble, parce (pi’elle parait tenir de près à celle du loup, du renard et du chacal, qu’on peut regarder comme des branches dcgénérée.s de la même famille. Et, en descendant par degrés aux espèces inférieures, comme à celles des lapins, des belettes, des rats, etc., on trouvera que chacune de ces espèces en particulier ayant un grand nombre de branches collatérales, l’on ne peut plus reconnaître la souche commune ni la tige directe de chacune de ces familles devenues trop nombreuses. Enfin, dans les insectes, qu’on doit regarder comme les espèces infimes de la nature, chacune est accompagnée de tant d’espèces voisines, qu’il n’est plus possible de les considérer une à une, et qu’on est forcé d’en faire un bloc, c'est-à-dire un genre, lorsqu’on veut les dénommer. C’est là la véritable origine des méthodes, qu’on ne doit employer en effet que pour les dénombrements difficiles des plus petits objets de la nature, et qui deviennent totalement inutiles et même ridicules lorsqu’il s’agit des êtres du premier rang : classer l’homme avec le singe, le lion avec léchât; dire que le lion est un chat à crinière et à queue longue, c’est dégrader, défigurer la nature, au lieu de la décrire ou de la dénommer.

L’espèce du lion est donc une des plus nobles, puisqu'elle est unique et qu’on ne peut la confondre avec celle du tigre, du léopard, de l’once, etc., et qu’au contraire ces espèces, qui semblent être les moins éloignées de celle du lion, sont assez peu distinctes entre elles pour avoir été confondues par les voyageurs, et prises les unes pour les autres par les nomenclateurs *.

Les lions de la plus grande taille ont environ huit ou neuf pieds de longueur, depuis le mufle jusqu’à l’origine de la queue, qui est cllc-mème longue d'environ quatre pieds. Ces grands lions ont quatre ou cinq pieds de hauteur. Les lions de petite taille ont environ cinq pieds et demi de longueur sur trois pieds et demi de hauteur, et la queue longue d'environ trois pieds. La lionne est dans toutes les dimensions d’environ un quart plus petite que le lion.

Aristote distingue deux espèces de lions, les uns grands, les autres plus petits : ceux-ci, dit-il, ont le corps plus court à proportion, le poil plus crépu, et ils sont moins courageux que les autres ; il ajoute qu’en général tous les lions sont de la même couleur, c’est-à-dire de couleur fauve. Le premier de ces faits me paraît douteux; car nous ne connaissons pas ces lions à poil crépu ; aucun voyageur n’en a fait mention : quelques relations, qurd'ailleurs ne me paraissent pas mériter une confianee entière, parlent seulement d’un tigre à poil frisé, qui se trouve au cap de Bonne-Espérance; mais presque tous les témoignages paraissent s’accorder sur l’uni té de la couleur du lion, qui est fauve sur le dos, et blanchâtre sur les côtés et sous le ventre. Cependant Ælien et Appicn ont dit qu en Ethiopie les lions étaient

■* Voypî! l'article (les Tigres, où il est parlé des animaux auxquels on a donné mal à propos ce nom.

noirs comme les hommes; qu’il y en avait aux Imles de tout blancs, et d’autres marqués ou rayés de différentes couleurs, rouges, noires et bleues : mais cela ne nous parait confirmé par aucun témoignage qu’on puisse regarder comme authentique; car Marc-Paul, Vénitien, ne parle pas de ces lions comme les ayant vus, et Gessner remarque avec raison qu’il n’en fait mention que d’après Ælien. Il parait au contraire qu’il y a très-peu ou point de variétés dans cette espèce, que les lions d’Afrique et les lions d’Asie se ressemblent en tout, et que si ceux des montagnes différent de ceux des plaines, c’est moins par les couleurs de la robe que par la grandeur de la taille.

Le lion porte une crinière, ou plutôt un long poil, qui couvre toutes les parties antérieures de son corps et qui devient toujours plus longue à mesure qu’il avance en âge. La lionne n’a jamais ces longs poils, quelque vieille qu’elle soit. L’animal d’Amérique que les Européens ont appelé lion, et que les naturels du Pérou appellent puma, n’a point de crinière ; il est aussi beaucoup plus petit, plus faible et plus poltron que le vrai lion. Il ne serait pas impossible que la douceur du climat de cette partie de l’Amérique méridionale eût assez infiué sur la nature du lion, pour le dépouiller de sa crinière, lui ôter son courage et réduire sa taille; mais ce qui parait impossible, c’est que cet animal, qui n’habite que les climats situés entre les tropiques, et auquel la nature parait avoir fermé tous les chemins du Nord, ait passé des parties méridionales de l’Asie ou de l’Afrique en Amérique, puisque ces continents sont séparés vers le midi par des mers immenses : c’est ce qui nous porte à croire que le puma n’est point un lion tirant son origine des lions de l’ancien continent, et qui aurait ensuite dégénéré dans le climat du Nouveau-Monde, mais que c’est un animal particulier à l'Amérique, comme le sont aussi la plupart des animaux de ce nouveau continent. Lorsque les Européens en firent la découverte, ils trouvèrent en effet que tout y était nouveau; les animaux quadrupèiles, les oiseaux, les poissons, les insectes, les plantes, tout parut inconnu, tout se trouva différent de ce qu’on avait vu jusqu’alors. Il fallut cependant dénommer les principaux objets de cette nouvelle nature ; les noms du pays étaient pour la plupart barbares, très-difficiles à prononcer et encore plus à retenir ; on emprunta donc des noms de nos langues d'Europe, et surtout de l’espagnole et de la portugaise. Dans cette disette de dénominations, un petit ra|)port dans la forme extérieure, une légère ressemblance de taille et de figure, suffirent pour attribuer à ces objets inconnus les noms des choses connues; de là les incertitudes, l’équivoque, la confusion, qui s’est encore augmentée, parce qu’en même temps qu’on donnait aux productions du Nouveau-Monde les dénominations de celles de l’ancien continent, on y transportait continuellement, et dans le même temps, les espèces d animaux et de plantes

' Celle ci'ioirrc ii'esl pas du eriii, mais du poil assez doux cl lisse, comme celui du reste du corps. ^

226 HISTOIRE ÎNATERELLE

qu on n’y avait pas trouvées. Pour se tirer de cette obscurité et pour ne pas tomber à chaque instant dans l'erreur, il est donc nécessaire de distinguer soigneusement ce qui appartient en propre à l’un et à l aiitre continent, et de tâcher de ne s’en pas laisser imposer par les dénominations actuelles, lesquelles ont presque toutes été mal appliquées. Nous faisons sentir toute la nécessité de cette distinction dans un article de ce volume, et nous donnons en même temps une énumération raisonnée des animaux originaires de l’Amérique et de ceux qui y ont été transportés de l’ancien continent. M. de la Condarnine, dont le témoignage mérite toute confiance, dit expressément qu’il ne sait pas si l’animal que les Espagnols de l'Amérique appellent lion, et les naturels du pays de Quito puma, mérite le nom de lion : il ajoute qu’il est beaucoup plus petit que le lion d’Afrique, et que le mâle n’a point de crinière. Fresier dit aussi que les animaux qu’on appelle lions au Pérou sont bien différents des lions d’Afrique; qu’ils fuient les hommes, qu’ils ne sont à craindre que pour les troupeaux; cl il ajoute une chose très-remarquable : c’est que leur tête tient de celle du loup et de celle du tigre, et qu’ils ont la queue plus petite que Tun et l’autre. On trouve, dans des relations plus anciennes, que ces lions d’Amérique ne ressemblent point à ceux d’Afrique; qu’ils n’en ont ni la grandeur, ni la fierté, ni la couleur; qu’ils ne sont ni rouges, ni fauves, mais gris; qu’ils n’ont point de crinière, et qu’ils ont l’habitude de monter sur les arbres : ainsi ces animaux diffèrent du lion par la taille, par la couleur, par la forme de la tète, par la longueur de la queue, par le manque de crinière, et enfin par les habitudes naturelles, caractères assez nombreux et assez essentiels pour faire cesser l’équivoque du nom, et pour que, dans la suite, l’on ne confonde plus le puma d’Amérique avec le vrai lion, le lion de l’Afrique ou de l’Asie.

Quoique ce noble animal ne se trouve que dans les climats les plus chauds, il peut cependant subsister et vivre assez longtemps dans les pays tempérés; peut-être même avec beaucoup de soin pourrait-il y multiplier. Gessner rapporte qu’il naquit des lions dans la ménagerie de Florence ; Willugby dit qu’à Naples une lionne, enfermée avec un lion dans la même tanière, avait produit cinq petits d'une seule portée. Ces exemples sont rares, mais, s’ils sont vrais, ils suffisent pour prouver que les lions ne sont pas absolument étrangers au climat tempéré; cependant, il ne s’en trouve actuellement dans aucune des parties méridionâlesdel’Europe; et dès le temps d’Homère, il n’y en avait point dans le Péloponèse, quoiqu’il y en eût alors, et même encore du temps d’Aristote, dans la Thrace, la Macédoine et la Thessalie. Il parait donc que, dans tous les temps, ils ont constamment donné la préférence aux climats les plus chauds, qu’ils se sont rarement habitués dans les pays tempérés, et qu’ils n’ont jamais habité dans les terres du Nord. Les naturalistes que nous venons dcciter,et qui ont parlé de ces lions nés à Florence et à Naples, ne nous ont rien appris sur le temps de la gestation de la lionne, sur la grandeur des lionceaux lorsqu’ils viennent de naître, sur les degrés de leur accroissement. Ælien dit que la lionne porte deux mois;

Philoslrate et Édouard Wuot disent, au contraire, qu’elle porte six mois : s'il fallait opter entre ces deux opinions, je serais de la dernièrej car le lion est un animal de grande taille, et nous savons qu en général, dans les gros animaux, la durée de la gestation est plus longue qu elle ne 1 est dans les petits. Il en est de même de l'accroissement du corps : les anciens et les modernes conviennent que les lions nouveau-nés sont fort petits, de la grandeur à peu prés d’une belette, c’est-à-dire de six ou sept pouces de longueur : il leur faut donc au moins quelques années pour grandir de huit ou neuf pieds : ils disent aussi que les lionceaux ne sont en état de marcher que deux mois après leur naissance. Sans donner une entière confiance au rappoit de ces faits, on peut présumer, avec assez de vraisemblance, que le lion, attendu la grandeur de sa taille, est au moins trois ou quatre ans à croître, et qu il doit vivre environ sept fois trois ou quatre ans, c est-à-dire à peu prés vingtcinq ans. Le sieur de Saint-Martin, maître du combat du taureau à Paris, qui a bien voulu me communiquer les remarques qu il avait laites sur h s lions qu’il a nourris, m’a fait assurer qu’il en avait gardé quelques-uns pendant seize ou dix-sepl ans; et il croit qu ils ne vivent guère que vingt ou vingt-deux ans : il en a gardé d’autres pendant douze ou quinze ans; et l’on sent bien que dans ces lions captifs le manque d'exercice, la contrainte et l'ennui, ne peuvent qu’affaiblir leur santé et abréger leur vie.

Aristote assure, en deux endroits différents de son ouvrage sur la génération, que la lionne produit cinq ou six petits de la première portée, quatreou cinq de la seconde, trois ou quatre de la troisième, deux ou trois de la quatrième, un ou deux de la cinquième, et qu’après cette dernière portée, qui est toujours la moins nombreuse de toutes, la lionne devient stérile. Je ne crois point cette assertion fondée; car, dans tous les animaux, les prcmieics et les dernières ' portées sont moins nombreuses (|ue les portées interntediaires. Ce philosophe s est encore trompe, et tous les natuialisles, tant anciens que modernes, se sont trompés d’après lui, lorsqu’ils ont dit que la lionne n’avait que deux mamelles; il est très-sùr qu’elle en a quatre, et il est aise de s'en assurer par la seule inspection. 11 dit aussi que les lions, les ours, les renards, naissent informes, presque inarticulés, et l’on sait, à n’en pas douter, qu’à leur naissance tous ces animaux sont aussi formés que les autres, et que tous leurs membres sont distincts et développés. Enfin, il assure que les lions s’accouplent à rebours, tandis qu’il est de même démontré par la seule inspection des parties du mâle, et de leur direction lorsqu’elles sont dans l’état propre à l'accouplement, qu’il sc fait à la manière ordinaire des autres quadrupèdes. J’ai cru devoir faire mention en détail de ces petites erreurs d’Aristote, parce que l’autorité de ce grand homme a entraîné presque tous ceux qui ont écrit après lui sur 1 histoire naturelle des animaux. Ce qu il dit encore au sujet du cou du lion, qu’il prétend ne contenir quun seul os, rigide, inflexible et sans division de vertèbres, a été démenti par 1 expérience, qui même nous a donné sur cela un lait très-général ; c est que, dans tous les quadrupèdes, sans en excepter auctm, et même dans 1 homme.

228 lIISTOlKli .NATÜKEIJ.E

le cou est composé île sept vci lèbres *, ni plus ni moins, et ees inénies sept vertèbres se trouvent dans le cou du lion, comme dans celui de tous les autres animaux quadrupèdes. Un autre fait encore, c’est qu’en général les animaux carnassiers ont le cou beaucoup plus court que les animaux frugivores, et surtout que les animaux ruminants j mais celte différence de longueur dans le cou des quadrupèdes ne dépend que de la grandeur de chaque vertèbre, et non pas de leur nombre, qui est toujours le même : on peut s’en assurer en j’elanl les yeux sur l’immense collection de squelettes qui se trouve maintenant au Cabinet du Roij on verra qu’à commencer par l'éléphant et à linir par la taupe, tous les animaux quadrupèdes ont sept vertèbres dans le cou, et qu’aucun n’en a ni plus ni moins. A l’égard de la solidité des os du lion, qu’Aristote dit être sans moelle et sans cavité, de leur dureté qu il compare à celle du caillou, de leur propriété de faire feu par le frottement, c’est une erreur (jui u'aurail pas dû être répétée par Kolbe, ni même parvenir jusqu à nous, puisque, dans le siècle même d’.Aristote, Épicure s'était moqué de cette assertion.

Les lions sont très-ardents en amour : lorsque la femelle est en chaleur, elle est quelquefois suivie de huit ou dix mâles, qui ne cessent de rugir autour d’elle et de se livrer des combats furieux, jusqu’à ce que l’un d’entre eux, vainqueur de tous lesautres, en demeure paisible possesseur et s’éloigne avec elle. La lionne met bas au printemps et ne produit qu’une fois tous les ans; ce qui indique encore qu’elle est occupée pendant plusieurs mois à soigner et allaiter scs petits, et que, [)ar conséquent, le temps de leur premier accroissement, pendant lequel ils ont besoin des secours de la mère, est au moins de quelques mois.

Dans ces animaux, toutes les passions, même les plus douces, sont excessives, et l’amour maternel est extrême. La lionne, naturellement moins forte, moins courageuse et plus tranquille que le lion, devient terrible dès qu’elle a des petits; elle se montre alors avec encore plus de hardiesse que le lion; elle ne connait point le danger; elle se jette indifféremment sur les hommes et sur les animaux qu’elle rencontre; elle les met à mort, se charge ensuite de sa proie, la porte et la partage à ses lionceaux, auxquels elle apprend de bonne heure à sucer le sang et à déchirer la chair. D’ordinaire , elle met bas dans des lieux très-écartésetde difficile accès; et lorsqu’elle craint d’étre découverte, elle cache ses traces en retournant plusieurs fois sur ses pas, ou bien elle les efface avec sa queue : quelquefois meme, lorsque l’inquiétude est grande, elle transporte ailleurs ses petits, et quand on veut les lut enlever, elle tlevieni furieuse et les défend jusqu’à la dernière extrémité.

On croit que le lion n’a pas l’odorat aussi parfait ni les yeux aussi bons que la plupart des autres animaux de proie : on a remarqué que la grande lumière du soleil paraît l’incommoder; qu’il marche rarement dans le milieu du jour; (|uc c'est pendant la nuit qu’il fait toutes ses courses; que,

* Lai, espèce de p;ii'csseiix, en a neuf.

ÜU LIOiN. «229

quand il voit des feux allumés autour des troupeaux, il n’en approche guère, etc. On a observé qu’il n’évenle pas de loin l’odeur des autres animaux, qu’il ne les chasse qu’à vue et non pas en les suivant à la piste, comme font les chiens et les loups, dont l’odorat est plus fin. On a même donné le nom de guide ou de 'pourvoyeur du Uon à une espèce de lynx auquel ou suppose la vue perçante et l’odorat exquis, et on prétend que ce lynx accompagne ou précède toujours le lion pour lui indiquer sa proie: nous connaissons cet animal, qui se trouve, comme le lion, en Arabie, en Libye, etc., qui, comme lui, vit de proie, et le suit peut-être quelquefois pour profiter de ses restes; car, étant faible et de petite taille, il doit fuir le lion plutôt que de le servir.

Le lion, lorsqu’il a faim, attaque de face tous les animaux qui se présentent; mais comme il est très-redouté, et que tous cherchent à éviter sa rencotitre, il est souvent obligé de se cacher et de les attendre au passage : il se tapit sur le ventre dans un endroit fourré, d’où il s’élance avec tant de force, qu'il les saisit souvent du premier bond. Dans les déserts et les forêts, sa nourriture la plus ordinaire, ce sont les gazelles et les singes, quoiqu’il ne prenne ceux-ci que lorsqu’ils sont à terre; car il ne grimpe pas sur les arbres comme le tigre ou le puma. Il mange beaucoup à la fois et se remplit pour deux ou trois jours; il a les dents si fortes qu'il brise aisément les os, et il les avale avec la chair. On prétend qu’il supporte longtemps la faim : comme son tempérament est excessivement chaud, il supporte moins patiemment la soif, et boit toutes les fois qu’il peut trouver de l’eau. Il prend l'eau en lapant comme un chien; mais au lieu que la langue du chien se courbe en dessus pour laper, celle du lion se courbe en dessous; ce (lui fait qu’il est longtemps à boire et qu’il perd beaucoup d'eau. Il lui faut environ quinze livres de chair crue chaque jour : il préfère la chair des animaux vivants, de ceux surtout qu'il vient dégorger; il ne se jette pas volontiers sur des cadavres infects, et il aime mieux chasser une nouvelle proie que de retourner chercher les restes de la première : mais, quoi(iue d'ordinaire il se nourrisse de chair fraîche, son haleine est très-forte, et sou urine a une odeur insupportable.

Le rugissement du lion est si fort ([uc quand il se fait entendre, par échos, la nuit, dans les déserts, il ressemble au bruit du tonnerre. Ce rugissement est sa voix ordinaire , car quand il est en colère il a un autre cri, qui est court et réitéré subitement; au lieu que le rugissement est un cri prolongé, une espèce de grondement d'un ton grave, mêlé d’un frémissement plus aigu. Il rugit cinq ou six fois par jour, et plus souvent lorsqu'il doit tomber de la pluie. Le cri qu’il fait lorsqu’il est en colère est encore plus terrible que le rugissement; alors il se'I)at les flancs de sa queue, il en bat la terre, il agile sa crinière, fait mouvoir la peau de sa face, remue ses gros sourcils , montre des dents menaçantes , et tire une langue année de pointes si dures, qu elle suifit seule pour écorcher la peau et entamer la cliair sans le secours des dents ni des ongles, qui sont, après les

dents, ses armes les plus cruelles. Il est beaucoup plus fort par la tête, les mâchoires et les jambes de devant, que par les parties postérieures du corps, H voit la nuit, comme les chats; il ne dort pas longtemps et s’éveille aisément; mais c’est mal à propos que l’on a prétendu qu’il dormait les yeux ouverts.

La démarche ordinaire du lion est ficre, grave et lente, quoique toujours oblique : sa course ne se fait pas par des mouvements égaux, mais parsauts et par bonds, et ses mouvements sont si brusques qu’il ne peut s’arrêter à l’instant et qu’il passe presque toujours son but. Lorsqu’il saute sur sa proie, il fait un bond de douze ou quinze pieds, tombe dessus, la saisit avec les pattes de devant, la déchire avec les ongles, et ensuite la dévore avec les dents. Tant qu’il est jeitnc et qu’il a de la légèi-eté, il vit du produit de sa chasse, et quitte i-arement ses déserts et ses forêts, où il trouve assez d animaux sauvages pour subsister aisément; mais loi-squ’il devient vieux, pesant et moins propre à l’exercice de la chasse, il s’approche des lieux fréquentés et devient plus dangereux pour l’homme et pour les animaux domestiques: seulement on a remarqué que, lorsqu'il voit des hommes et des animaux ensemble , c’est toujours sur les animaux qu’il se jette et jamais sur les hommes, à moins qu’ils ne le frappent; car alors il reconnaît à merveille celui qui vient de l’offenser, et il quitte sa proie pour se venger. On prétend qu’il préfère la chair du chameau à celle de tous les autres animaux ; il aime aussi beaucoup celle des jeunes éléphants; ils ne peuvent lui résister lorsque leurs défenses n’ont pas encore poussé, et il en vient aisément à bout, à moins que la mère n’arrive à leur secours. L’éléphant, le rhinocéros, le tigre et l’hippopotame, sont les seuls animaux qui puissent résister au lion.

Quelque terrible que soit cet animal, on ne laisse pas que de lui donner la chasse avec des chiens de grande taille et bien apjiuyés par des hommes à cheval ; on le déloge, on le fait retirer ; mais il faut que les chiens et même les chevaux soient aguerris auparavant, car presque tous les animaux frémissent et s enfuient à la seule odeur du lion. Sa peau, quoique d’un tissu fti me et serré, ne résisté point à la balle, ni même au javelot; néanmoins on ne le tue presque jamais d’un seul coup :on le prend souvent par adresse, comme nous prenons les loups, en le faisant tomber dans une fosse profonde qu on recouvre avec des matières légères, au-dessus desquelles on attache un animal vivant. Le lion devient doux dès qu’il est pris; et, si l’on profite des premiers moments de sa surprise ou de sa honte, on peut l’attacher, le museler et le conduire où l’on veut.

La chair du lion est d’un goût désagréable et fort; cependant les Nègres et les Indiens ne la trouvent pas mauvaise et en mangent souvent : la peau, qui faisait autrefois la tunique des héros, sert à ces peuples de manteau et de lit; ils en gardent aussi la graisse, qui est d une qualité fort pénétrante, et qui même est de quelque usage dans notre médecine.

IIISTOIIU': NATLiRELLK DU TIGRE.

LES TIGUES.

Ordre dei earnajsiers, famille des carnivores, tribu des digitigrades, genre ebat-

( CliVIEB. )

Comme le nom de tigre est un nom générique qu’on a donné à plusieurs animaux d'espèces différentes, il faut commencer par les distinguer les uns des autres. Les léopards et les panthères, que l'on a souvent confondus ensemble, ont tous deux été appelés tigres par la plupart des voyageurs; l’once ou l'onça, qui est une petite espèce de panthère qui s’apprivoise aisément et dont Tes Orientaux se servent pour la chasse, a été prise pour la panthère, et désignée, comme elle, par le nom de tigre. Le lynx ou loup-cervier, le pourvoyeur du lion, que les Turcs appellent carackoulah, et les Persans siyahgush, ont quelquefois aussi reçu le nom de 'panthère ou d’once. Tous ces animaux sont communs en Afrique et dans toutes les parties méridionales de l’Asie; mais le vrai tigre, le seul qui doit porter ce nom, est un animal rare, peu connu des anciens, et mal décrit par les modernes. Aristote, qui est en histoire naturelle le guide des uns et des autres, n en fait aucune mention. Pline dit seulement (jue le tigre est un animal d’une vitesse terrible, tremendœ velocilalis animal, et il donne à entendre que, de son temps, il était bien plus rare que la panthère, puisque Auguste fut le premier qui présenta un tigre aux Romains pour la dédicacé du théâtre de Marcellus, tandis que dès le temps de Scaurus, cet édile avait envoyé cent cinquante panthères, et qu’ensuite Pompée en avait fait venir quatre cent dix, et Auguste quatre cent vingt, pour les spectacles de Rome; mais Pline ne nous donne aucune description, ni même no nous indique aucun des caractères du tigre. Oppien et Solin, qui ont écrit après Pline, paraissent être les premiers qui aient dit que le tigre était marqué par des bandes longues, et la panthère par des taches rondes : c'est en effet l'un des caractères qui distingue le vrai tigre, non-seulement de la panthère, mais de plusieurs autres animaux qu’on a depuis appelés tigres. Strabon cite Mégasthène au sujet du vrai tigre, et il dit, d’après lui, qu’il y a des tigres aux Indes qui sont une fois plus gros que des lions. Le tigre est donc un animal féioce d’une vitesse terrible, dont le corps est marqué de bandes longues, et dont la taille surpasse celle du lion. Voilà les seules notions que les anciens nous aient données d’un animal aussi remarquable : les modernes, comme Gessner et les autres naturalistes qui ont parlé du tigre, n ont presque rien ajouté au peu qu’en ont dit les anciens.

Dans notre langue, on a ap[)elé peaux de tigres ou peaux tigrées toutes

les peaux à poil court, qui se sont trouvées variées par des taches arrondies et séparées : les voyageurs, partant de cette fausse dénomination, ont à leur tour appelé tigres tous les animaux de proie dont la peau était tigrée, cest-à-dire marquée de taches séparées. MM. de l’Académie des sciences ont suivi le torrent, et ont appelé tigres les animaux à peau tigrée qu’ils ont disséqués, et qui cependant sont très-dilTérents du vrai tigre.

La cause la plus générale des équivoques et des incertitudes qui se sont si fort multipliées en histoire naturelle, c’est, comme je l’ai indiqué dans l’article précédent, la nécessité où l’on s’est trouvé de donner des noms aux productions inconnues du Nouveau-Monde. Les animaux, quoique pour la plupart d’espèce et de nature très-différentes de ceux de l’ancien continent, ont reçu les mêmes noms dés qu’on leur a trouvé quelque rapport ou quelque ressemblance avec ceux-ci. On s’était d’abord trompé en Europe, en appelant tigres tous les animaux à peau tigrée d’Asie et d’Afrique : cette erreur transportée en Amérique y a doublé; car ayant trouvé dans cette terre nouvelle des animaux dont la peau était marquée de taches arrondies et séparées, on leur a donné le nom de tigres, quoiqu’ils ne fussent ni de l’espèce du vrai tigre, ni même d’aucune de celles des animaux à peau tigrée de l’Asie ou de l’Afrique auxquels on avait déjà mal à propos donné ce même nom; et comme ces animaux à peau tigrée, qui se sont trouvés en Amérique, sont en assez grand nombre, et qu’on n’a pas laissé de leur donner à tous le nom commun de tigre, quoiqu'ils fussent très-differents du tigre et différents entre eux, il se trouve qu’au lieu d une seule espèce qui doit porter ce nom, il y en a neuf ou dix, et que par conséquent l’Iiistoire de ces animaux est très-embarrassée, très-difficile à faire, parce que les noms ont confondu les choses, et qu’en faisant mention de ces animaux l'on a souvent dit des uns ce qui devait être dit des autres.

Pour prévenir la confusion qui résulte de ces dénominations mal appliquées à la plupart des animaux du Nouveau-Monde, et en particulier à ceux que l'on a faussement appelés tigres, j’ai pensé que le moyen le plus sûr était de faire une énumération comparée des animaux quadrupèdes, dans laquelle je distingue : I ceux qui sont naturels et propres à I ancien continent, cest-à-dire à I Europe, I Afrique et l’Asie, et qui ne se sont point trouvés en Amérique lorsqu’on en fit la découverte ; 2" ceux qui sont naturels et propres au nouveau continent, et qui n’étaient point connus dans 1 ancien; 3“ ceux qui, se trouvant également dans les deux continents, sans avoir été transportés par les hommes, doivent être regardés comme communs à l’un et à l’autre. Il a fallu pour cela recueillir et rassembler ce qui se trouve épars au sujet des animaux, dans les voyageurs et dans les premiers historiens du Nouveau-Monde : c’est le précis de ces recherches que nous donnons avec quelque conliance, parce que nous les croyons utiles pour rintelligence de toute l’Iiistoire naturelle, et en particulier de l'histoire des animaux.

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