‹ Œuvres complètes de Buffon avec des extraits de Daubenton, et la classification de Cuvier (volume 3)Chapitre 119 sur 255 · DE LA GENETTE · texte numérisé non relu

DE LA GENETTE

apparente. ‘La genctte a sous la queue et dans le même endroit que les civettes une ouverture ou sac dans lequel se liltre une espèce de parfum, niais faible et dont l’odeur ne se conserve pas. Elle est un peu plus grande que la fouine, qui lui ressemble beaucoup par la forme du corps aussi bien que par le naturel et par les habitudes; seulement il paraît qu on apprivoise la genette plus aisément : Belon dit en avoir vu dans les maisons à Constantinople, qui étaient aussi privées que des chats, et qu on laissait courir et aller partout, sans qu’elles fissent ni mal ni dégât. On les a appelées chats de Constantinople, chats d’Espagne, chats-geneltes; elles nont cependant rien de commun avec les chats, que l’art d épier et de prendre les souris : cest peut-être parce qu’on ne les trouve guère que dans le Levant et en Espagne qu'on leur a donné le surnom de leurs pays; car le nom même de genette ne vient point des langues anciennes, et n’est probablement qu'un nom nouveau pris de quelque lieu planté de genêt, qui, comme l’on sait, est fort commun en Espagne, où l’on appelle aussi genets des chevaux d’une certaine race. Les naturalistes prétendent que la genette n’habite que dans les endroits humides et le long des ruisseaux, et qu'on ne la trouve ni sur les montagnes, ni dans les terres arides. L’espèce n en est pas nombreuse, du moins elle n’est pas fort répandue; il n'y en a point en France ni dans aucune autre province de l'Europe, à l’exception de l'Espagne et de la Turquie. 11 lui faut donc un climat chaud pour subsister et se multiplier : néanmoins il ne paraît pas qu’elle se trouve dans les pays les plus chauds de l’Afrique et des Indes; car la fossane, qu’on appelle genette de Madagascar, est une espèce différente, de laquelle nous parlerons ailleurs.

La peau de cet animal fait une fourrure légère cl très-jolie : les manchons de genette étaient à la mode il y a quelques années, et se vendaient fort cher; mais comme on s’est avisé de les contrefaire, en peignant de taches noires des peaux de lapins gris, le prix en a baissé des trois quarts, et la mode en est passée.

ADDITION A I.’aRTICI.E DE LA GENETTE.

.l'ai dit, à l’article de la genette, que l'espèce n’en est pas fort répandue; qu’il n’y en a point en France ni dans aucune province de rEuro(ie, à l’exception de l'Espagne et de la Turquie. Je n étais pas alors informé qu il se trouve des genettes dans nos provinces méridionales, et qu elles sont assez communes en Poitou, où elles sont connues sous le nom de genettes même par les paysans, qui assurent qu elles n habitent que les endroits humides et le bord des ruisseaux.

•M. l'abbé Koubaud, auteur de la Gazette d Agriculture et de plusieurs

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autres ouvrages utiles, est le premier qui ait annoncé au public que cet animal existait en France dans son état de liberté; il m’en a meme envoyé une, cette année 1775, au mois d avril, qui avait été tuée à Civray en Poitou, et c’est bien le même animal que la genette d’Espagne, à quelques variétés près dans les couleurs du poil. Il sc trouve aussi des genettes dans les provinces voisines.

« Depuis trente ans que j’habite la province de Rouergue, m’écrit M. Delpech, j’ai toujours vu les paysans apporter des genettes mortes, surtout en hiver, chez un marchand, qui m’a dit qu’il y en avait peu, mais qu’elles habitaient aux environs de la ville de Villefranche, et qu’elles demeuraient pendant 1 hiver dans des terriers, à peu près comme les lapins. Je pourrais en envoyer de mortes s’il était nécessaire. »

NOUVELLE ADDITION A l’aUTICLE DE LA GENETTE.

M. Sonnerai, correspondant du Cabinet, nous a envoyé le dessin d’un animal, sous la dénomination de chat musqué du cap de Bonne-Espérance, mais qui nous parait être du genre des genettes. Par la comparaison que nous en avons laite avec celle de la genette de France et avec la genette d’Espagne, elle nous paraît avoir plus de rapport avec celle-ci : cependant celte genette du Cap en diffère par la couleur dû poil, qu’elle a beaucoup plus blanc; elle n’a pas, comme l’autre, une taclie blanche au-dessous des yeux, parce que sa tête est entièrement blanche, tandis que la genette d'Esjiagne a les joues noires, ainsi que le dessus du museau. Les taches noires du corps, dans cette genette du Cap, sont aussi dilTércmmcnt distribuées; et comme les terres du cap de Bonne-Espérance sont fort éloignées de l’Espagne et de la France, où se trouvent ces deux premiers animaux, il nous parait que ce troisième animal que l’on a rencontré à l’extrémité de l’Afrique doit être regardé comme une espèce différente, plutôt que comme une variété de nos genettes d’Europe.

Ce qaatlt Uftcile a été considéré par M. Cuvier comme ne difFcranl p.is de la gencUe ordinaire.

DU BIZAAM.

DU BIZAAM'.

Ordre des carnassiers, famille des carnivores, tribu des digitigrades, genre civette. (Cuvieb.)

M. a donné la description d'un animal sous le nom de chai

bizaam, dans une feuille imprimée à Amsterdam, en 1771, dont voici l'extrait :

« Sa grandeur est h peu près celle d'un chat domestique. La couleur dominante « par tout le corps est le gris cendré clair, rehaussé de taches brunes. Au milieu du « dos règne une raie noire jusqu’à la queue, qui est à bandes noires et blanches, mais O la pointe en est noire ou d’un brun très-foncé. Les pattes de devant et de derrière « sontbrunesen dedans, et grises tachées de brun en dehors; le ventre et la poitrine sont a d’un gris cendré. Aux deux côtés de la tête et sur le nez, se voient des raies brunes « au bout du nez et sous les yeux, il y a des taches blanches. Les oreilles, rondes et « droites, sont couvertes de poils courts et gris ; le nez est noir, et de chaque côté sont » plusieurs longs poils bruns et blancs. Les pattes sont armées de petites griffes blan- « ches et crochues qui se retirent en dedans.

« Ce joli animal était d’un naturel un pou triste, sans cependant être méchant; on « le tenait à la chaîne. Il mangeait volontiers de la viande, mais surtout des oiseaux a vivants. On ne l’a pas entendu miauler ; mais, quand on le tourmentait, il grom- » mêlait et soufllait comme un chat. »

M. Wosmacr dit atissi qu’il a nourri ce cliat bizaam pendant trois ans, et qu’il n’a jamais senti qu’il eût la plus légère odeur de musc; ainsi ceux qui l’ont appelé chai musqué l’ont apparemment confondu avec la civette ou la geneltc du Cap; néanmoins ces deux animaux ne se ressemblent point du tout : car M. Wosmacr compare le bizaam au margay.

« De tous les animaux, dit-il, que M. de Buffon nous a fait connaître, le margay « de Cayenne est celui qui a le plus de ressemblance avec le chat bizaam, quoique, en « les comparant exactement, le margay ait le museau bien plus menu et plus pointu; « il diffère au.ssi beaucoup par la queue cl la figure des taches. »

Jbbserverai à ce sujet que ces premières différences ont été bien saisies par M. Wosmaer; mais ces animaux diffèrent encore par la grandeur, le margay étant de la taille du chat sauvage, et le bizaam de celle du chat domestique, c’est-à dire une fois plus petit. D’ailleurs, le margay n’a point -de raie noire sur le dos; sa queue est beaucoup moins longue et moins

’ Cuvi cr rapporte cct animal à l'espère de la genrttc.

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