‹ Œuvres complètes de Buffon avec des extraits de Daubenton, et la classification de Cuvier (volume 3)Chapitre 77 sur 255 · DU SURMULOT · texte numérisé non relu

DU SURMULOT

de Paris. L’on ne sait d’où ces animaux sont venus, mais ils ont prodigieusement multiplie ; et l’on n’cn sera pas étonne, lorsqu’on saura qu’ils produisent ordinairement douze ou quinze petits, souvent seize, dix-sept, dixhuit, et même jusqu’à dix-neuf. Les endroits où ils ont paru pour la première fois, et où ils se sont bientôt fait remarquer parleurs dégâts, sont Chantilly, Marly-la-Ville et Versailles. M. Leroy, inspecteur du parc, a eu la bonté de nous en envoyer en grande quantité, vivants et morts ; il nous a même communiqué les remarques qu’il a faites sur celte nouvelle espèce. Les mâles sont plus gros, plus hardis et plus méchants que les femelles : lorsqu on les poursuit et qu’on veut les saisir, ils se retournent et mordent le bâton ou la main qui les frappe : leur morsure est non-seulement cruelle, mais dangereuse ; elle est promptement suivie d’une enflure assez considérable, et la plaie, quoique petite, est longtemps à se fermer. Ils produisent trois fois par an ; ainsi, deux individus de celte espèce en font, tout au moins, trois douzaines en un an. Les mères préparent un lit à leurs petits. Comme il y en avait quelques-unes de pleines dans le nombre de celles qu’on nous avait envoyées vivantes, et que nous les gardions dans des cages, nous avons vu les femelles, deux ou trois jours avant de mettre bas, ronger la planche de leur cage, en faire de petits copeaux en quantité, les disposer, les étendre, et ensuite les faire servir de lit à leurs petits.

Les surmulots ont quelques qualités naturelles qui semblent les rapprocher des rats d’eau : quoiqu’ils s’établissent partout, ils paraissent préférer le bord des eaux j les chiens les chassent comme ils chassent les rats d’eau, c’est-à-dire avec un acharnement qui tient de la fureur. Lorsqu’ils se sentent poursuivis, et qu'ils ont le choix de se jeter à l’eau ou de se fourrer dans un buisson d’épines, à égale distance, ils choisissent l’eau, y entrent sans crainte, et nagent avec une merveilleuse facilité. Cela arrive surtout lorsqu’ils ne peuvent regagner leurs terriers; car ils se creusent, comme les mulots, des retraites sous terre, on bien ils se gitent dans celles des lapins. On peut, avec les furets, prendre les surmulots dans leurs terriers; ils les poursuivent comme des lapins, et semblent même les ehercher avec plus d'ardeur.

Ces animaux passent l’été dans la campagne; et, quoiqu’ils se nourrissent principalement de fruits et de grains, ils ne laissent pas aussi d’être très-carnassiers : ils mangent les lapereaux, les perdreaux, la jeune volaille; et, quand ils entrent dans un poulailler, ils font comme le putois, ils en égorgent beaucoup plus qu'ils ne peuvent en manger. Vers le mois de novembre, les mères, les petits et tous les jeunes surmulots quittent la campagne et vont en troupe dans les granges, où ils font un dégât infini ; ils hachent la paille, consomment beaucoup de grains, et infectent le tout de leur ordure. Les vieux mâles restent à la campagne; chacun d’eux habite seul dans son trou : ils y font, comme les mulots, provision pendant l’automne de gland, de faine, etc. ; ils le remplissent jusqu’au bord, et demeurent eux-mêmes au fond du trou. Ils ne s’y engourdissent pas comme les loirs; ils en sortent

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en hiver, surtoul dans les beaux jours. Ceux qui vivent dans les granges en chassent les souris et les rats ; l’on a même remarqué, depuis que les surmulots se sont si fort multipliés aux environs de Paris, que les rats y sont beaucoup moins communs qu’ils ne l’étaient autrefois.

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