‹ Œuvres complètes de Buffon avec des extraits de Daubenton, et la classification de Cuvier (volume 3)Chapitre 92 sur 255 · DLI CASTOR · texte numérisé non relu

DLI CASTOR

ordinairement le lien del établisseinenl, et eesltoujours au bot d des eaux. Si ce sont des eaux plates, et qui se soutiennent à la même hauteur comme dans un lac, ils se dispensent d’y construiie une digue : mais dans les eaux courantes, et qui sont sujettes à hausser ou baisser, comme sur les ruisseaux, les rivières, ils établissent une chaussée; et par cette retenue ils forment une espèce d’étang ou de pièce d’eau, qui se soutient toujouis à la même hauteur. La chaussée traverse la rivière comme une écluse, et va d un bord à l'autre; elle a souvent quatre-vingts ou cent pieds de longueur sur dix ou douze pieds d’épaisseur fi sa base. Cette construction parait énorme pour des animaux de celte taille, et suppose en effet un travail immense ,mais la solidité avec laquelle l’ouvrage est conslruilétonne encore plus que sa grandeur. L’endroit de la rivière où ils établissent celte digue est ordinairement peuprofond; s’il se trouve sur le bord un gros arbre qui puisse tombet dans l’cau, ils commencent par l’abattre, pour en faire la pièce principale de leur consti uclion.Cet arbre est .sotivent plus gros que le corps d un homme, ils le scient, ils le rongent au pied, et sans autre instrument que leurs quatre dents incisives, ils le coupent en assez peu de temps, et le font tomber du côté qu’il leur plaît, c’est-ô-dire en travers sur la rivière, ensuite ils coupent les branches de la cime de cet arbre tombé, pour le mettre de niveau et le faire porter partoutégalement. Ces opérations se fonten commun . plusieurs castors rongent ensemble le pied del arbre pour 1 abattre; plusieurs aussi vont ensemble pour en couper les branches lorsqu il est abattu; d autres parcourent en même temps les bords de la rivière, et coupent de moindres arbres; les uns gros comme la jambe, les autres comme la cuisse: ils les dépècent et les scient à une certaine hauteur pour en faire des pieux : ils amènent ces pièces de bois, d’abord par terre jusqu au bord de la rivière, et ensuite par eau jusqu’au lieu de leur construction; ils en font une espèce de pilotis serré, qu’ils enfoncent encore en entrelaçant des branches entre les pieux. Cette opération suppose bien des difficultés vaincues ; car, pour dresser ces pieux et les mettre dans une situation à peu près perpendiculaire il faut qu’avec les dents ils élèvent le gros bout contre le bord de la rivière, ou contre l’arbre qui la traverse, que d’autres plongent en même temps jusquesau fond del’eau pour y creuser avecles pieds de devant un trou, dans lequel ils font entrer la pointe du pieu, aün qu’il puisse se tenir debout. A mesure que les uns plantent ainsi leurs pieux, les autres vont chercher de la terre qu’ils gâchent avec leurs pieds et battent avec leur queue; ils la portent dans leur gueule et avec les pieds de devant, et ils en transportent une si grande quantité, qu’ils en remplissent tous les intervalles de leur pilotis. Ce pilotis est composé de plusieurs rangs de pieux, tous égaux en hauteur, et tous plantés les uns contre les autres; il s étend d un bord à 1 autre de la rivière, il est rempli et maçonné partotit. Les pieux sont plantés

* Les plus grands castors pèsent cinquante ou soixante livres, et n ont guère que trois pieds de longueur depuis le bout du museau jusqu’à l’origine de la queue.

1<3S HISTOlUE iNATl RELLE

verticalement du côté de la cliute de l'eau : tout l’ouvrage est au contraire en laïus du côté qui en soutient la charge, en sorte que la ehaiissée, qui a dix ou douze pieds de largeur à sa base, se réduit à deux ou trois pieds d’épaisseur au sommet; elle a donc non-seulement toute l'étendue, toute la solidité nécessaire, mais encore la forme la plus convenable pour retenir l’eau, I empêcher de passer, en soutenir le poids, et en rompre les efforts. Au bas de la chaussée, c’est-à-dire dans la partie où elle a moins d’épaisseur, iis pratiquent deux ou trois ouvertures en pente, qui sont autant de décharges de superficie qu'ils élargissent ou rétrécissent selon que la rivière vient à hausser ou baisser; et, lorsque par des inondations trop grandes ou trop subites il se fait quelques brèches à leur digue, ils savent les réparer, et travaillent de nouveau dès que les eaiiX sont baissées.

Il serait superflu, après cette exposition de Ictirs travaux pour un ouvrage public, de donner encore le détail de leurs constructions particulières, si dans une histoire l’on ne devait pas compte de tous les faits et si ce premier grand ouvrage n’était pas fait dans la vue <le rendre plus commodes leurs petites habitations ; ce sont des cabanes, ou plutôt des espèces de maisonnettes bâties dans l’eau sur un pilotis plein, tous près du bord de leur étang, avec deux issues, l’une pour aller à terre, raulre pour se jeter à l’eau. La forme de cet édifice est presque toujours ovale ou ronde. Il y en a de plus grands et de plus petits, depuis quatre ou cinq jusqu’à huit ou dix pieds de diamètre : il s’en trotive aussi quelquefois ([ui sont à deux ou trois étages; les murailles ont jusqu’à deux pieds d'épaisseur; elles sont élevées à plomb sur le pilotis plein, qui sert en même temps de fondement et de plancher à la maison. Lorsqu'elle n'a qii un étage, les murailles ne s'élèvent droites qu à quelques pieds de hauteur, au-dessus de laquelle elles prennent la courbure d’une voûte en anse de panier; cette voûte termine l'édifice et lui sert de couvert : il est maçonné avec solidité, et enduit avec propreté en dehors et en dedans; il est impénétrable à l’eau des pluies, et résiste aux vents les plus impétueux ; les parois en sont revêtues d’une •esi)èce de stuc si bien gâché et si proprement appliqué, qu’il semble que la main de l’homme y ait passé : aussi la queue leur sert-elle de truelle pour appliquer ce mortier qu’ils gâchent avec leurs pieds. Ils mettent en œuvre différentes espèces de matériaux, des bois, des pierres èt des terres sablonneuses qui ne sont point sujettes à se délayer |)ar I eau : les bois qu’ils emploient sont presque tous légers et tendres; ce sont des aulnes, des peupliers, dessaules, qui naturellement croissent au bord des eaux cl qui sont plus faciles à écorcer, à couper, à voilurer, que des arbres ilont le bois serait plus pesant et plus dur. Lorsqu ils attaquent un arbre, ils ne l’abandonnent pas qu'il ne soit abattu, dépecé, transporté; ils le coupent toujours à un pied ou un pied cl demi de hauteur de terre. Ils travaillent assis; et, outre l'avantage de cette situation commode, ils ont le plaisir de ronger continuellement de l’écorec et du hois dont le goût leur est fort agréable, car ils préfèrent l’écorce fraîche et le bois tendre à la plupart des aliments ordinaires; ils en font ample provision

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