LA GELINOTTE
(la gelinotte ou COULE DES COUDIIIËliS.)
Ordre des gallinacés, genre tétras. (Cuvier.)
Nous avons vu ci-dessus que, dans toutes les espèces de tétras, la femelle différait du mâle par les couleurs du plumage, au point que plusieurs naturalistes n’ont |)U croire qu'ils fussent oiseaux de même espèce. Schwenckfcld, et d’après lui Uzaczynski, est tombédans un défaut tout opposé, en confondant dans une seule et même espèce la gelinotte ou poule des coudriers et le francolin; ce qu’il n’a pu faire que par une induction forcée et mal entendue, vu les nombreuses différences qui se trouvent entre ces deux espèces. Eriscli est tombé dons une méprise de même genre, en ne faisant qu’un seul oiseau de \'atla(jen et du liasel-liuhn, qui est la poule des coudriers ou gelinotte, et eu ne donnant, sous celte double dénomination, que riiistoire de la gelinotte, tirée presque mot à mol de Gessucr; erreur dont il aurait dù, ce me semble, cire préservé par une autre (jui lui avait fait confondre, d’apres Charlelon, le petit tétras avec la gelinotte, laquelle n’est autre que cette même poule des coudriers. A l’égard du francolin, nous verrons à son article à quelle autre espèce il pourrait se rapporter beaucoup plus naturellement.
Tout ce que dit Vai ron de sa poule rustique ou sauvage convient trèsbien à la gelinotte; et Delon ne doute pas que ce ne soit la même espèce. C'était, selon Vairon, un oiseau d'une très-grande rareté à Rome, qu’on ne pouvait élever que dans des cages, tant il était dillicile à apprivoiser, et qui ne pondait presque jamais dans l’étal de captivité, et c’est ce (|uc Delon et Schwcnckfcid disent de la gelinotte : le premier donne en deux mots une idée fort juste de cet oiseau, et plus complète qu'on ne pourrait faire par la description la plus détaillée. « Qui se feindra, dit-il, voir quelque “ espèce de perdrix mélive entre la rouge et la grise, et tenir je ne sais quoi « des plumes du faisan, aura la perspective de la gelinotte de bois.
Le mâle se distingue de la femelle par une tache noire très-marquée qu’il a sous la gorge, et par ses flammes ou sourcils, qui sont d’un rouge beaucoup plus vif. La grosseur de ces oiseaux est celle d’une bartavelle : ils ont environ vingt et un pouces d’envergure, les ailes courtes, et par conséquent
‘ Cuvier considère l’atlagas de Buffon et la gelinotte huppée de Brisson comme des individus jeunes ou femelles du tetrao bonasia. 11 ajoute que le tetrao albus de Gmciin (Syst. nat.^ n’est qu’une variété albine de la gelinotte.
BiifFov, tome viii.
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le vol pcsnni. et ce irest qu’avec benucoup ilcITort el i!e bruil. qu’ils prenueni leur volée; eu récompense ils courent très-vile. Il y a ilans ciiaque aile vingt-quatre pennes presque toutes égales, cl seize à la queue ; Schwcnekfcld dit (|uinzc; mais c'est une erreur d autant plus grossière, qu'il n’est peut-être pas un seul oiseau (|ui ail le nombre des pennes de la (pieue impair. Celle de la gelinotte est traversée vers son extrémité par une large bande noirâtre, interrompue seulement par les deux pennes du milieu, .le n’insiste sur cette circonstance que parce que, selon la remarque de Willugbby, dans la plupart des oiseaux, ces deux mêmes pennes du milieu ivobservent point réloignement des pennes latérales, en sortent un peu plus liant ou un peu plus bas; en sorte qu’ici la dilTércnte couleur de ces pennes semblerait dépendre de la différence de leur position. Les gelinottes ont, comme les tétras, les sourcils ronges, les doigts bordes de petites dentelures, mais plus courtes; l'ongle du doigt du milieu tranchant, et les pieds ifarnis de plumes par-devant, mais seulement jusqu'au milieu du tarse; le ventricule ou gésier musculeux; le tube intestinal long de trente et quelques pouces ; les appendices ou cæcum de treize â (pialorze, et sillonnés par des cannelures. Leur cbair est blanche lorsqu’elle est cuite, mais cependant plus au dedans qu’au dehors; el ceux qui l'ont examinée de plus près prétendent y avoir reconnu (|uatrc couleurs différentes, comme on a trouvé trois govils différents dans celle des outardes cl des tétras. Quoi qu’il en soit, celle des gelinolles est exquise; et c'est de là que lui vient, dit-on, son nom latin bonasa, cl son nom hongrois tschasarmndar, (|ui veut dire oiseau de César; comme si un si bon morceau devait être réservé exclusivement pour l’empereur. C’est en effet un morceau fort estimé; et Gessner remar(|ue que c’est le seul qu’on se permettait de faire reparaiire deux fois sur la table des princes.
Dans le royaume de Bohême, on en mange beaucoup au temps de Pâques, comme on mange de l’agneau en France, cl l’on s’eu envoie en présent les uns aux autres.
Leur nourriture, soit en été, soit en hiver, est à peu près la même que celle des tétras. On trouve en clé dans leur ventricule des baies de sorbier, de myrtille et de bruyère, des nn'ires de ronces, des graines de sureau des Alpes, des sili(iues de sallarella, des chatons de bouleau cl de coudrier, etc.; cl en hiver des baies de genièvre, des boulons de bouleau, des sommités de bruyère, de sapin, de genévrier et de quelques autres plantes toujours vertes. On nourrit aussi les gelinottes qu’on lient captives dans les volières avec du blé, de l'orge, d’autres grains. Mais elles ont encore cela de commun avec les tétras, qu’elles ne survivent pas longtemps à la perte de leur liberté, soit qu’on les renferme dans des prisons trop étroites et peu convenables, soit que leur naturel sauvage, ou plutôt généreux, ne puisse s’accoutumer à aucune sorte de prison.
La chasse s’en fait en deux temps de l’année, au printemps cl en automne; mais clic réussit surtout dans cette dernière saison. Les oiseleurs et même les chasseurs les attirent avec des appeaux qui imitent leur cri, et ils ne manquent pas d'amener des chevaux avec eux, parce que c’est une opinion commune que les gelinottes aiment beaucoup ces sortes d'animaux. Autre remarque de chasseurs : si l’on prend d'abord un mâle, la femelle, qui le cherche constamment, revient plusieurs fois, amenant d'autres mâles à sa suite, au lieu que, si c’est la femelle qui-csi prise la première, le mâle s’attache tout de suite à une autre femelle et ne réparait plus. Ce qu’il y a de plus certain, c’est ipie si on surprend un de ces oiseaux, mâle ou femelle, et qu'on le fasse lever, c’est toujours avec grand bruit ipi'il part; et son
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instinct le pni te à se jetcf tliins un snpin touffu, où il reste immobile, avec une patience singulière, pétulant tout le temps que le chasseur le guette. Ordinairement ces oi.seaux ne se posent qu’au centre de l'arbre, c’est-à-dire dans l'endroit où les branches sortent du tronc.
Comme on a beaucoup parlé de la gelinotte, on a aussi débité beaucoup de fables à son sujet; et les plus absurdes sont celles qui ont rapport à la façon dont elle se perpétue. Encclius et quelques autres ont avancé que ces oiseaux s’accouplaient par le bec; que les coqs eux-memes pondaient, lorsqu’ils étaient vieux, des œufs qui, étant couvés par des crapauds, produisaient des basilies sauvages ; de môme que les œufs de nos coqs de bassecour. couvés aussi par des crapauds, produisent, selon les mêmes auteurs, des basilies domestiques : et de peur qu’on ne doutât de ces basilics, Encclius en décrit un qu'il avait vu; mais heureusement il ne dit pas qu’il l’eùt vu sortir d'un œuf de gelinotte, ni qu’il eût vu un mâle de cette espèce pondre cet œuf; et l’on sait à quoi s’en tenir sur ces prétendus œufs de coq. Mais, comme les contes les plus ridicules sont souvent fondés sur une vérité mal vue ou mal remlue, il pourrait se faire que des ignorants, toujours amis du merveilleux, ayant vu les gelinottes en amour faire de leur bec le mémo usage qu’en font d’autres oiseaux en pareil cas, et préluder au véritable accouplement par des baisers de tourterelles, aient cru de bonne foi les avoir vues s’accoupler par le bec. Il y a dans l'histoire naturelle beaucoup de faits de ce genre qui paraissent ridiculement absurdes, et qui cependant renferment une vérité cachée : il ne faut, pour la dégager, que savoir distinguer ce que l'homme a vu de ce qu'il a cru.
Solon l'opinion des chasseurs, les gelinottes entrent en amour et s’accouplent dès le mois d'octobre et de novembre; et il est vrai que dans ce temps l’on ne lue que les mâles qu'on appelle avec une espèce de sifflet qui imite le cri très-aigu de la femelle : les mâles arrivent à l'aitpeau en agitant les ailes d'une façon fort bruyante, et on les tire dès qu’ils se sont posés.
Les gelinottes femelles, en leur qualité d’oiseaux pesants, font leur nid à terre, et le cachent d’ordinaire sous des coudriers ou sous la grande fougère de montagne : elles pondent ordinairement douze ou quinze œufs, et même jusqu’à vingt, un peu plus gros que les œufs de pigeons; elles les couvent pendant trois semaines, et n’amènent guère à bien que sept ou huit petits, qui courent dès qu’ils sont éclos, comme font la i)lupart des oiseaux brachyptères ou à ailes courtes.
Dès que ces petits sont élevés, et qu’ils se trouvent en état de voler, les père et mère les éloignent du canton qu’ils se sont approprié; et ces petits, s’assortissant par paires, vont chercher, chacun de leur côté, un asile où ils puissent former leur établissement, pondre, couver, et élever aussi des petits qu’ils traiteront ensuite de la meme manière.
Les "elinottes se plaisent dans les forets, où elles trouvent une nourriture convenable et leur sûreté contre les oiseaux de proie qu’elles redoutent extrêmement, et dont elles se garantissent en se perchant sur les basses branches. Quelques-uns ont dit qu'elles préféraient les forêts en montagnes; mais elles habitent aussi les forêts en plaines, puisqu’on en voit beaucoup aux environs de Nuremberg : elles abondent aussi dans les bois qui sont aux pieds des Alpes, de rApennin et de la montagne des Géants en Silésie, en Pologne, etc. Autrefois elles étaient en si grande quantité, selon Varron, dans .une petite île de la mer Ligustique, aujourd'hni le golfe de Gènes, qu'on l’appelait, pour cette raison, Vile aux yelinoties.
lllSTOIlUi i\ATlJUIiLLE
LA GELINOTPE DÉCOSSE.
Ordre «les gallinacés, genre lélras. (Cuvier.)
Si rel oiseau est le même que le ffallm palustris de Gessiicr, comme le doit M. Brissori, on peut assurer que la figure qu’en donne Gessncr n’est rien moins (in exacte, puisqu’on n’y voit point de plumes sur les pieds, et (pi’oii y voit au contraire des barbillons rouges sous le bec ; mais aussi ne serait-il pas plus naturel de soupçonner que cette figure est celle d’un autre oiseau? Quoi qu’il en soit, ce gallus palustris, ou coq de marais, est un excellent manger; et tout ce qu’on sait de son bistoire, c’est qu il se plaît dans les lieux marécageux, comme son nom de coq de marais le fait assez ente ndre. Les auteurs de la Zooloqie brilannique prétendent que la gelinotte d'Ecosse de j\I. Brisson n’est autre que le ptarndÿon dans son babitdcté, et (|ue, son plumage devient presque tout blanc en biver : mais il faut donc (|u‘clle perde aussi en etc les plumes qui lui couvrent les doigts; car M. Brisson dit positivement qu’elle n’a de plumes que jusqu'il l'origine des doigts, et le ptarmigan de la Zooloqie britannique en a jusqu’aux ongles : d’ailleurs ces deux aniniaux, tclsqu’ilssontrepréscntcsdans la Zoologie et dans M. Brisson, ne se ressemblent ni |)ar le port, ni par la pbysionomie, ni par la conformation totale. Quoi qu’il en soit, la gelinotte d Ecosse de M. Brisson est un peu plus grosse (lue la nôtre, et a la queue plus courte ; clic tient de la gelinotte des Pyrénées par la longueur de ses ailes, par ses pieds garnis antérieurement de plumes jusqu'à l’origine des doigts, par la longueur du doigt du milieu, relativement aux deux latéraux, et par la brièveté du doigt de derrière; elle en difi'cre en ce que ses doigts sont sans dentelures, et sa queue sans ces deux plumes longues et étroites qui sont le caractère le plus frappant de la gelinotte des Pyrénées. Je ne dis rien des coidcurs du [iliimage; les figures les représenteront plus exactement aux yeux que ma description ne pourrait les peindre à l’esprit ; d’ailleurs, rien de plus incertain ici pour caractériser les espèces que les couleurs du plumage, puisque ces couleurs varient considérablement d’une saison à l’autre dans le même individu.