DU FAISAN
couleurs pins cclalantcs; mais il n'a pas comme le paon la faculté d'étaler son beau pluma^fc, ni de relever les longues plumes de sa queue; faculté qui suppose un ap|iareil particulier de muscles moteurs dont le paon est pourvu, qui manquent au faisan, et qui établissent une dilTérence assez considérable entre les deux espèces : d’ailleurs, ce dernier n’a ni raigreite du paon, ni sa double queue, dont Tune plus courte est composée des véritables pennes direeti iccs, et l'autre plus longue n’est formée que des couverlui'cs de celle-l.à : en général, le faisan paraît modelé sur des proportions moins légères et moins élégantes, ayant le corps plus ramassé, le cou plus raccourci, la léte plus grosse, etc.
Ce qu'il y a de plus remarquable dans sa physionomie, ce sont deux pièces de couleur écarlate au milieu desquelles sont placés les yeux, et deux bouquets de |»lumes d’un vert doré, qui, datis le temps des amours, s’élèvent do chaque côté au-dessus des oreilles; car dans les animaux il y a presque toujours, ainsi que je l’ai remarqué, une production nouvelle, plus ou moins sensible, qui est comme le signal d’une nouvelle génération : ces bouquets de plumes sont apparemment ce que Pline appelait tantôt des oreilles, tantôt de petites cornes; on sent à leur base une élévation formée par leur muscle releveur. Le faisan a, outre cela, à chaque oreille, des plumes dont il se sert pour en fermer à son gré l’ouverture, (|ui est fort grande.
Les plumes du cou et du croupion ont le bout échaneréen cœur, comme eerlaines plumes de la queue du paon.
Je n’entrerai point ici dans le détail des couleurs du plumage : je dirai seulement qu'elles ont beaucoup moins d'éclat dans la femelle que dans le mâle, et que, dans celui-ci même, les reflets en sont encore plus fugitifs que dans le paon, elqu’ils dépendent non -seulement de l'incidence de la lumière, mais encore de la réunion et de la position respective de ces filumcs; car, si l’on en prend une seule à part, les reflets verts s’évanouissent, et l'on ne voit à leur place que du brun ou du noir. Les tiges des plumes du cou et du dos sont d’un beau jaune doré, et font l’eiret d’autant de lames d’or. Les couvertures du dessus de la queue vont en diminuant, et linissent en espèces de filets : la queue est composée de dix-huit pennes, quoique Sehwcnekfeld n’en compte (pie seize; les deux du milieu sont les plus longues de toutes, et ensuite les plus voisines de celles-là. Cha(|uc pied est muni d'un éperon court et pointu, quia échappé à quelques descripteurs et même au dessinateur de nos planches enluminées, n" 121 : les doigts sont joints par une membrane plus large qu elle n'est ordinairement dans les oiseaux pnlvérateurs; cette membrane inlerdigitale, plus grande, semble être une première nuance par laquelle les oiseaux de ce genre se rapprochent des oiseaux de rivière : et en efl'ct, Aldrovande remarque que le faisan se plaît dans les lieux marécageux; et il ajoute qu’on en prend quelquefois dans les marais qui sont aux environs de llologne. Olina, autre Italien, et M. Leroy, lieutenant des chasses de Versailles, ont fait la même observation : ce dernier assure que c'est toujours dans les lieux les plus humides et le long des mares qui se trouvent dans les grands bois de la fîrie, que se tictmeni les faisans éidiappés des capitaineries voisines; qitoi(|uc accoutumés à la société de l’homme, quoique comblés de scs bienfaits, ces faisans s’éloignent le plus qu'il est possible de toute habitation humaine; car ce sont des oiseaux très-sauvages et qu’il est extrêmement dillicile d apprivoiser. On prétend néanmoins qu’on les accoutume à revenir au coup de sifllel, c’est-à-dire qu’ils s'accoutument à venir prendre la nourriture que ce coup de sifflet leur annonce toujours -• mais, dès que leur besoin est satisfait, ils reviennent à leur naturel et ne connaissent plus la main qui lésa nourris ; cp sont des esclaves indomptables
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i2üC IIISTOIliE NATURELLE
qui ne peuvent se plier à la servitude, qui ne connaissent aucun bien qui puisse entrer en comparaison avec la liberté, qui cbcrcbenl conlinucllernenl à la recouvrer, et qui n’en manquent jamais l’occasion. Les sauvages qui viennent de la perdre sont furieux; ils fondent h grands coups de bec sur les compagnons de leur captivité, et n’épargnent pas même le paon.
Ces oiseaux se plaisent dans les bois en plaine, différant en cela des tétras ou coqs de bruyère, qui se plaisent dans les bois en montagne; pendant la nuit, ils se [»ercbent au haut des arbres, où ils dorhient la tête sous l’aile : leur cri, c'est-à-dire le cri du mâle, car la femelle n’en a pre.sque point, est entre celui du paon et celui de la pintade, mais plus prés de celui-ci, et par conséquent très-peu agréable.
Leur naturel est si farouche, que non-seulement ils évitent l'bomme, mais qu'ils s'évitent les uns les outres, si ce n'est au mois de mars ou d'avril, qui est le temps où le mâle rcciiercbe sa femelle; et il est facile alors de les trouver dans les bois, parce qu'ils se trahissent eux-mèmes par un battement d’ailes qui se fuit entendre de fort loin. Les coqs faisans sont moins ardents que les co(|s ordinaires : Friscb prétend (juc dans l'état de sauvages ils n ont ebacun qu une seule femelle ; mais riiomme, qui fait gloire de soumettre l'ordre de la nature à son intérêt ou à ses faittaisies. a cliangé, pour ainsi dire, le naturel de cet oiseau, en accoutumant chai|ue coq à avoir jusqu’à sept poules, et ces sept poules à se contenter d'un sciil mâle pour elles toutes ; car on a eu la patience de faire toutes les observations nécessaires pour déterminer cette combinaison, comme la plus avantageuse pour tirer parti de la fécondité, de cet oiseau. Cependant tpiel(|ues économistes ne donnent que deux femelles à chaque mâle ; et j’avoue que eêst la méthode qui a le mieux réussi dans la conduite d’une petite faisanderie que j’ai eue quelque temps sous les yeux. Mais ces différentes combinaisons peuvent être toutes bonnes selon les circonstances, la température du climat, la nanire du sol, la qualité et la quantité de la nourriture, l'étendue et l’exposition de la faisanderie, les soins du faisandier; comme serait celui de retirer chaque poule aussitôt après qu’elle est fécondée par le coq, de ne les lui présenter qu’une à une, en observant les intervalles convenables; de lui donner pendant ce temps du blé sarrasin et autres nourritures échaulfantes, comme on lui en donne sur la (in de l’iiiver, lorsqu’on veut avancer la saison de l’amour.
La faisane fait son nid à elle seule; elle choisit pour cela le recoin le plus obscur de son habitation , clic y emploie la paille, les feuilles et autres choses semblables; et, quoiqu'elle le fasse grossièrement en apparence, elle le préfère, ainsi fait, à tout autre mieux construit, mais qui ne le serait point par cllc-rnème : cela est au point que, si on lui en prépare un tout fait et bien fait, elle commence par le détruire et en éparpiller tous les matériaux, qu’elle arrange ensuite à sa manière. Elle ne fait qu’une ponte chaque année, du moins dans nos climats : cette ponte est de vingt œufs selon les uns, et de quarante à cinquante selon les autres, surtout quand on exempte la faisane du soin de couver; mais .celles «pic j ai eu occasion devoir n’ont jamais pondu plus de douze œufs, et quelquefois moins, quoiqu’on eût l’attention de faire couver leurs œufs par des poules communes. Elle pond ordinairement de deux ou trois jours l un ; scs œufs sont beaucoup moins gros que ceux de poules, et la coquille en est plus mince que ceux même de pigeons : leur couleur est un gris verdâtre, marqueté de petites taches brunes, comme le dit très-bien Aristote, arrangées en zones circulaires autour de l'œuf; chaque faisane en peut couver jusqu'à dix-huit.
Si l’on veut entreprendre en grand une éducation de faisans , il faut y
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destiner un parc d’une étendue proportionnée, qui soit en partie gazoïmé et en partie semé de buissons, où ces oiseaux puissent trouver un abri contre la pluie et la trop grande chaleur, et même contre l’oiseau de proie : une partie de ce parc sera divisée en plusieurs petits parquets de cinq ou six toises en carré, faits pour recevoir chacun un coq avec ses femelles; on les retient dans ces parquets, soit en les éjointant, cest-à-dirc en leur coupant le fouet de l'aile à l’endroit de la jointure, ou bien en couvrant les parquets avec un Illet.On se gardera bien de renfermer plusieurs mâles dans la môme enceinte, car ils se battraient certainement, et finiraient peut-être par se tuer. Il faut même faire en sorte qu’ils ne puissent ni se voir ni s entendre; autrement les mouvements d’inquiétude ou de jalousie que s’inspireraient les uns aux autres ces mâles si peu ardents pour leurs femelles, et cependant si ombrageux pour leurs rivaux, ne manqueraient pas d’étouffer ou d’affaiblir des mouvements plus doux, et sans lesquels il n’est point de génération. Ainsi, dans quelques animaux, comme dans l’Iiomme, le degré de la jalousie n’est pas toujours proportionné au besoin de jouir.
Palladius veut que les co(is soient de lannée précédente; cl tous les naturalistes s’accordent à dire qu’il ne faut pas que les poules aient plus de trois ans. Quelquefois, dans les endroits qui sont bien peuplés de faisans, on ne met que des femelles dans chaque parquet, et on laisse aux coqs sauvages le soin de les féconder.
Ucs oiseaux vivent de toutes sortes de grains et d herbages, et l’on conseille même de nieilre une partie du parc en jardin potager, et de cultiver dans ce jardin des fèves, des carottes, des pommes de terre, des oignons, des laitues et des panais, surtout des deux dernières, dont ils sont très-friands; on dit qu’ils aiment aussi beaucoup le gland, les baies d'aubépine et la graine d’absinthe : mais le froment est la meilleure nourriture qu’on puisse leur donner, en y joignant les œufs de fourmis. Quelques-uns recommandent de bien prendre garde qu’il n y ait des fourmis mêlées, de peur que les faisans ne se dégoûtent des œufs; mais Kdmond King veut qu’on leur donne des fourmis même, et prétend que c’est pour eux une nourriture très-salutaire, et seule capable de les rétablir lorsqu ils sont faibles et abattus : dans la disette on y substitue avec succès des sauterelles , des perceoreilles, des mille-pieds. L’auteur anglais que je viens de citer assure qu’il avait perdu beaucoup de faisans avant qu’il connût la propriété de ces insectes, et que depuis qu’il avait appris à en faire usage, il ne lui en était pas mort un seul de ceux qu’il avait élevés. Mais quelque nourriture (lu’on leur donne, il la faut leur mesurer avec prudence,ei ne point trop les engraisser; car les coqs trop gras sont moins chauds, et les poules trop gra.sses sont moins fécondes, et pondent des œufs à coquille molle et facile à écraser.
La durée de l’incubation est de vingt à vingt-cinq jours, suivant la plupart des auteurs et ma pro|)re observation. Palladius la fixe à trente ; mais c’est une erreur qui n’aurait pas dû reparaître dans la 3I(iisofi Tusti^uc, car le pays où Palladius écrivait étant plus chaud que le nôtre, les oeufs de faisans n'y devaient pas être plus de temps à éclore que dans le nôtre, où ils éclosent au bout d’environ trois semaines ; d où il suit que le mot trigenmus a été substitué par les copistes au mot vigesimus.
Il faut tenir la couveuse dans un endroit éloigne du bruit et un peu enterré, afin qu elle y soit plus à l’abri des inégalités de la température et des impressions du tonnerre.
Dès que les petits faisans sont éclos, ils commencent à courir comme font tous les gallinacés : on les laisse ordinairement vingt-quatre heures sans leur rien donner; au bout de ce temps, on met la mère et les petits dans
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une boîlc que l'on porte tous les jours aux champs, dans un lieu semé de blé, d orge, de gazon, et surtout abondant en oeufs de fourmis : celte boîte doit avoir pour couvercle une espèce de petit toit formé de planches légères qu on puisse ôter et remettre à volonté, selon les circonstances : elle doit aussi avoir à l’ime de ses extrémités un reirancbemenl où I on lient la mère renfermée pas des cloisons a clairc-voie, <|ui donnent passage aux faisandeaux : du reste, on leur laisse toute liberté de sortir de la boîte et d'y rentrer à leur gré; les gloussements de la mère prisonnière et le besoin de se récliatilTer de temps en temps sous scs ailes les rappcilcroiii sans cesse cl les empêcheront de s’écarter beaucoup. On a coutume <ie réunir trois ou quatre couvées à peu près de même âge, pour n'en former qu’une seule bande ca pable d'occuper la mère, et à bujuelle clic puisse sullirc.
On les nourrit d'abord, comme on nourrit tous les jeunes poussins, avec un mélange d’œufs durs, de mie de ()ain et de feuilles de laitue, hachés ensemble, et avec des œufs de fourmis de prés. Mais il y a deux attentions esscnliellcs dans ces proniers temps : la première est de ne les point laisser boire du tout, et de ne les lâcher chaque jour que loi-sque la rosée est évaporée, vu qu’à cet âge toute humidité leur est contraire; et c'est, pour le dire en passant, une des raisons pourquoi les couvées des faisans .sauvages ne réussissent guère dans notre pays ; car ces faisans, comme je l’ai remariiué plus haut, se tenant par préférence dans les lieux les plus frais et les plus humides, il est diflieilc que les jeunes faisandeaux n’y périssent; la seconde attention qu’il faut avoir, c’est de leur donner peu et souvent, et dès le malin, en cntiemélant toujours les ceufs de fourmis av’ec les autres aliments.
Le second mois on peut déjà leur donner une nourriture plus substantielle, des œufs de fourmis de bois, du turquis, du blé, de l'orge, du millet des fèves moulues, en augmentant insensiblement la distance des repas. ’
Ce temps est celui où ils commencent à être sujets à la vermine : la plupart des modernes recommandent, pour les en délivrer, de nettoyer la boîte et même de la supfuimcr entièrement, à l’exception de son petit toit que I on conserve pour leur servir d’abri; mais Olina donne un conseil qui’avlait etc indique par Aristote, et qui me parait mieux rénéchi et plus conforme à la nature de ces oiseaux. Ils .sont du nombre des pulvérateurs, et ils périssent lorsqu ils ne se poudrent point : Olinâ veut donc qu'on mette à leur poi tée des petits (as de terre sèche ou de sablon très-lin, dans lesquels ils puissent se vautrer et se délivrer ainsi des piqûres incommodes des insectes
Il faut aussi être très-exact à leur donner de l’eau nette et à la leur re’ nouveler souvent; aiilremcnl ils courraient risque de la pépie, à laquelle il y aurait peu de remède selon les modernes, quoique Palladius ordonne tout uniment de la leur ôter comme on l'ôte aux poulets, et de leur frotter le bec avec de I ail broyé dans de la poix liijuidc.
Le troisième mois amène de nouveaux dangers ; les plumes de leur queue tombent alors, et il leur en pousse de nouvelles; c’est une espèce de crise jioiir eux comme pour les paons : mais les œufs de fourmis sont encore ici une re.ssource; car ils hâtent le moment critique, et en diminuent le danger jioiirvu qu’on ne leur en donne pas trop, car l'excès eu serait pernicieux ’
A mesure que les jeunes faisandeaux deviennent grands, leur ré-rime an proche davantage de celui des vieux, et dès la fin du troisième mois^u peut les lâcher dans l'endroit que l’on veut peupler : mais tel est l'efîct de la domesticité sur les animaux qui y ont vécu quelque temps, que ceux même qui, comme les faisans, ont le pcnchanl le plus invincible pour la liberté ne peuvent y être rendus tout d un coup et sans observer des gradations • de meme qu un bon estomac affaibli par des aliments trop légers ne peut s’ac-
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coiitunier que pou à peu à une nourriiiirc plus furie, il faul d'abord transporicr la boîlc qui contient la couvée dans l’endroit où I on veut les lâcheron aura soin de leur donner la nourriture qu'ils aiment le mieux, mais jamais dans le même endroit, et en diminuant la quantité chaque jour, afin de les obliger à chercher eux-mêmes ce qui leur convient, et à faire connaissance avec la campagne : lorsqu’ilsseront en état de trouver leur subsistance, ce sera le moment de leur donner la libcrié et de les rendre à la nature; ils deviendront bientôt aussi sauvages que ceux qui sont nés dans les bois, à cela prés qu’ils conserveront une sorte d’aflection pour les lieux où ils auront été bien traités dans leur premier âge.
L homme ayant réussi à forcer le naturel du faisan, en l’accoutumant à se joindre à plusieurs femelles, a tenté de lui faire encore une nouvelle violence, en l’obligeant de se mêler avec une espèce étrangère, et ses tentatives ont eu quelques succès; mais ce n’a pas été sans beaucoup de soins et de précautions. On a pris un jeune coq-faisan qui ne s’était encore accoiqtlé avec aucune faisane; on la renfermé dans un lieu étroit et faiblement éclairé par en haut; on lui a choisi de jeunes poules dont le plumage approchait de celui de la faisane; on a mis ces jeunes poules dans une case attenant à celle du coq-faisan, cl qui n’en était séparée que par une espèce de grille dont les mailles étaient assez grandes pour laisser passer la tète et le cou, mais non le corps de ces oiseaux; on a ainsi accoutumé le coq-faisan à voir cos poules et même à vivre avec elles, parce qu’on ne lui a donné de nourriture que dans leur case, joignant la grille de séparation; lorsque la connaissance a été faite et qu'on a vu la saison de l’amour approcher, on a nourri ce jeune coi] et ses poules de la manière la plus propre à les échauffer et à leur faire éprouver le besoin de se joindre; et, quand ce besoin a été bien marqué, on a ouvert la communication. Il est arrivé tiuelquefois que le faisan, fidèle à la nature, comme indigné de la mésalliance à laquelle on voulait le contraindre, a maltraité et même mis cà mort les premières poules qu’on lui avait données; s’il ne s’adoucissait point, on le domptait en lui touchant le bec avec un fer rouge d'une part, et de l’autre en excitant son tempérament par des fomentations appropriées : enfin, le besoin de s’unir augmentant tous les jours, et la nature travaillant sans cesse contre elle-inéme, le faisan s’est accouplé avec les poules ordinaires, et il en est résulté des œufs pointillés de noir comme ceux de la faisane, mais beaucoup plus gros, lesquels ont produit des bâtards qui participaient des deux espèces, et qui étaient même, selon quelques-uns, plus délicats et meilleurs au goût que les légitimes, mais incapables, à ce qu'on dit, de perpétuer leur race, quoique selon 1-ongolius les femelles de ces mulets, jointes avec leur père, donnent de véritables faisans. On a encore observé <le ne donner au coq-faisan que des poules qui n’avaient jamais été cochées, et même de les renouveler à chaque couvée, soit pour exciter davantage le faisan (car l’homme juge toujours des autres êtres par lui-mème), soit parce qu’on a prétendu remarquer que, lorsque les mêmes poules étaient fécondées une seconde fois par le même faisan, il en résultait une race dégénérée.
On dit que le faisan est un oiseau stupide, qui se croit bien en sûreté lorsque sa tète est cachée, comme on l’a dit de tant d’autres, et qui se laisse prendre ù tous les pièges. Lorsqu’on le chasse au chien courant, et qu’il a été rencontré, il regarde fixement le chien tant qu il est en arrêt, et donne tout le temps au chasseur de le tirer à son aise. Il suffit de lui présenter sa propre image, ou seulement un morceau d’étoffe rouge sur une toile blanche, pour l’attirer dans le piège ; on le prend encore en tendant des laeets ou des filets sur les chemins où il passe le soir et le malin pour aller boire; enfin,
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on le chasse à Toiseaii de proie, et l’on prétend que ceux qui sont pris do celte manière sont plus tendres et de meilleur goût. L’automne est le temps de l’année où ils sont le plus gras. On peut engraisser les jeunes dans l’épinette ou avec la pompe, comme toute autre volaille; mais il faut bien prendre garde, en leur introduisant la petite boulette dans le gosier, de ne leur pas renverser la langue, car ils mourraient sur-le-champ.
Un faisandeau bien gras est un morceau exquis, et en même temps une nourriture très-saine : aussi ce mets a-t-il été de tout temps réservé pour la table des riches; et l’on a regardé comme une prodigalité insensée la fantaisie qu’eut Iléliogabale d’en nourrir les lions de sa ménagerie.
Suivant Olina et M. Leroy, cet oiseau vit, comme les poules communes, environ six à sept ans; et c’est sans aucun fondement qu’on a prétendu connaître son âge par le nombre des bandes transversales de sa queue.