la grande harpie d’amérique
L’oiseau de l'Amérique méridionale que Maregrave a décrit sous le nom urutaurana (ouroutaran), que lui donnent les Indiens du Brésil, et que Fernandès a indiqué par le nom ysquaulhli, qu’il porte au Mexique : c'est celui que nos voyageurs français ont appelé aiyle d'Orénoque. Les Anglais ont adopté cette dénomination, et l’appellent Orenoko-eagle. Il est un peu plus petit que l'aigle commun, et approche de l’aigle tacheté ou petit aigle par la variété de son plumage ; mais il a pour caractères propres et spécifiques les extrémités des ailes et de la queue bordées d’un jaune blanchâtre, deux
DES OISEAUX ÉTRAiXGEIlS.
plumes noires, longues de plus de deux pouces, er deux autres plumes plus petites, toutes quatre placées sur le sommet de la tète, et qu'il peut baisser ou relever à sa volonté; les jambes couvertes jusqu'aux pieds déplumés blanches et noires, posées comme des écailles ; Tiris de l’œil d’un jaune vif, la peau qui couvre la base du bec et les pieds jaunes comme les aigles, mais le bec plus noir et les ongles moins Tioirs. Ces différeFiees sont sullisantes pour séparer cet oiseau des aigles, et de tous les autres dont nous avons fait mention dans les articles précédents, mais il me paraît qu on doit rapporter à cette espèee l’oiseau que Garcilasso appelle aiyle du Pérou, qu il dit être plus petit que les aigles d Espagne.
Il en est de même de l'oiseau des côtes occidentales de l’Afrique, dont M. Edwards nous a donné une très-bonne figure enluminée, avec une excellente description sous le nom d’eafile-crowncd. aûjle huppé, qui me parait être de la même espèce, ou d'une espèce très-voisine de celui-ci. Je crois devoir rapporter en entier la description de M. Edwards i)our mettre le lecteur à portée d’en juger *.
La distance entre l’Afrique et le Brésil, qui n’est guère que de quatre cents lieues, n'est pas assez grande pour que des oiseaux de haut vol ne puissent la parcourir; et dès lors il est très-possible que celui-ci se trouve également aux côtes du Brésil et sur les côtes occidentales de l’Afrique ; et il suffit de comparer les caractères qui leur .sont particuliers, et par lesquels ils se ressemblent, pour être persuadé qu'ils sont de la même espèce; car tous deux ont des plumes en forme d'aigrette, qu’ils redressent à volonté ; tous deux sont ô peu près de la même grandeur; ils ont aussi tous ileux le plumage varié, et marqueté dans les mêmes endroits; l’iris des yeux d’un orangé vif, le bec noirâtre, les jambes, jusqu’aux pieds, également couvertes de plumes, marquetées de noir et de blanc; les doigts jaunes et les ongles bruns ou noirs, et il n'y a de différence que dans la distribution cl dans les teintes des couleurs du plumage, ce qui ne peut cire mis en comparaison avec toutes les ressemblances que nous venons d’indiquer. Ainsi, je crois être bien fondé à regarder cet oiseau des côtes d’Afrique comme étant de la même espèce que celui du Brésil ; en sorte que l’aigle huppé du
* Cet oiseau, dit M Edwards, est d'environ un tiers plus petit que les plus grands aigles qui se voient en Europe, et il parait fort et liardi comme les autres aigles ; le bec avec la peau qui couvre le haut du hcc, et où les ouvertures des narines sont placées, est d’un hrun obscur; les coins de l’ouverture du hcc sont fendus assez avant jusque sous les yeux, et sont jaunâtres ; l’iris des yeux est d’une couleur d'oiange rougeâtre; le devant de la tète, le tour des yeux et la gorge sont couverts de plumes blanches, parsemées de petites taches noires; le derrière du cou et de la têlc, le dos et les ailes, sont d’un brun foncé, tirant sur le noir, mais les bords extérieurs des plumes sont d’un brun clair. Les pennes sont plus foncées que les autres plumes des ailes ; les côtés des ailes vers le haut et les extrémités de quelques-unes des couvertures des ailes sont blancs ; la queue est d’un gris foncé, croisée de barres noires et le dessous en parait être d’un gris de cendre obscur et léger ; îa poitrine est d’iin brun rougeâtre avec de grandes taches noires transversales sur les côtés; le ventre est blanc, aussi bien que la queue qui est marquetée de taches noires; les cuisses et les jambes, jusqu’aux ongles, sont couvertes de plumes blanches joliment marquetées de taches rondes et noires. Les ongles sont noirs et très-forts, les doigts sont couverts d’écailles d’un jaune vif; il élève ses plumes du dessus de la tête en forme de crête ou de huppe, d'où il lire sou nom. J'ai dessiné cet oiseau vivant à Londres, en 17.58 ; son maître m'assura qu’il venait des côtes d’Afrique, et je le crois d’aulaiit plus volontiers, que j’en ai vu deux autres de celle même espece exaclemcnt chez une autre personne, cl qui venaient de la côte de Guinée ; Barbot a indiqué cet oiseau sous le nom d’aigle couronné, dans sa description de la Guinée; il en donne une mauvaise ligure, datis laquelle cependant on reconnaît les plumes relevées sur sa tète d'une manière très-peu diirérenle de celle dont elles sont représentées dans ma figure. Edwards, Glaiiures, part, t , pages 31 et 33, planche enluminée 34.
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Brésil, l’aigle d’Orénoque, l’aigle du Pérou, et l’aigle huppé de Guinée, ne sont qu’une seule et même espèce d'oiseau, qui approche plus de notre aigle taché ou petit aigle d'Europe, que de tout autre.