LA PERD B IX GRISE
Ordre des gallinacés, famille des tétras, genre perdrix. (Cuvikb.)
Ouoique Aldrovande, jugeant des autres pays par celui qu il babitait, dise que les perdrix grises sont communes partout, il est certain neanmoins qu’il n’y en a point dans l'ile de Crête; et il est probable qu il ny en a jamais eu dans la Grèce, puisque Athénée marque de la surprtsc de ce que toutes les perdrix d'Italie n'avaient pas le bec rouge, comme elles I avaient en Grèce; elles ne sont pas même également communes dans toutes les parties de l'Europe ; et il parait en général qu’elles fuient la grande cbalcnr comme le grand froid, car on n’en voit point en Afrique ni en Laponie: et les provinces les plus tempérées de la France et de I Allemagne sont celles où elles abondent le plus. Il est vrai que Boterius a dit qu'il n’y avait point de perdrix en Irlande; mais cela doit s’entendre des perdrix rouges qui ne se trouvent pas même en Angleterre ( selon les meilleurs auteurs de cette nalionj. et qui ne se sont pas encore avancées de ce côtc-la au delà des i es de Jersey et de Guernesey. La perdrix grise est assez répandue en Suede, où M. Linnæus dit qu’elle passe riiiver sous la neige dans des especes de clapiers qui ont deux ouvertures. Cette manière d hiverner sous la neige ressemble fort à la perdrix blanche dont nous avons donne 1 histoire sous le nom de lagopède; et si ce fait n’était point atteste par un homme de la réputation de M. Linnæus, j’y soupçonnerais <iuelque méprisé, d aut-mt plus qu’en France les longs hivers, et surtout ceux ou il tombe beaucoup de neige, détruisent une grande quantité de perdrix. Enfin, comme cest un oiseau fort pesant, je doute qu’il ait passé en Amérique; et je soupçonne que les oiseaux du Nouveau-Monde, qu’on a voulu rapporter au genre des l'crdrix, en seront séparés dès qu'ils seront mieux connus. ^
La perdrix grise diffère à bien des égards de la rouge; mats, ccqui mau-
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lorise iJi’inripalonicnt à en laire deux espèces distinelcs, (;’est (|tic, selon la remarque du petit nombre des chasseurs qui savent observer, quoiqu’elles se tiennent quelquefois daits les mêmes endroits, elles ne se mêlent point l une avec 1 autre, et que si l’on a vu quelquefois un mâle vacant de l'une des deux especes s attacher à une paire de l’autre espèce, la suivre et donner des marques d empressement et même de jalousie, jamais on ne l’a vu s’accoupler avec la femelle, quoiqu il éprouvât tout ce qu’une privation forcée et le spectacle perpétuel d’un couple heureux pouvaient ajouter au penchant de la nature et aux iniluences du printemps.
La perdrix grise est aussi d’un naturel plus doux que la rouge, et n’est point dilTicile à apprivoiser ; lorsqu'elle n’est point tourmentée, elle se familiarise aisément avec riiomme : cependant on n’en a jamais formé de troiipcfiux qui sussent se laisser conduire comme font les perdrix rouges; car Olina nous avertit que c’est de cette dernière espèce qu'on doit entendre ce que les voyageurs nous disent en général de ces nombreux troupeaux de perdrix qu'on élève dans quelques îles de la IMéditerranée. Les perdrix grises ont aussi rinslinel plus social entre elles; car chaque famille vit toujours réunie en une seule bande, qu’on appelle volée ou compafinie, jusqu’au temps où l’amour qui l'avait formée la divise pour en unir les membres plus étroitement deux à deux; celles même dont, par quelque accident les (lontcs n’ont point réussi, sc rejoignant ensemble et aux débris des compagnies qui ont le plus souffert, forment sur la lin de l’été de nouvelles compagnies souvent plus nombreuses que les premières, et qui subsistent jusqu’à la pnriade de l’année suivante.
Ces oiseaux se plaisent dans les pays à blé et surtout dans ceux où les terres sont bien cultivées et marnées, sans doute parce qu’ils y trouvent une nourriture plus abondante, soit en grains, soit en insectes, ou peut-être aussi parce que les sols de la marne, qui contribuent si fort à la fécondité du sol. sont analogues à leur tempérament ou à leur goût. I.es perdrix gi Lses aiment la pleine campagne, et ne sc réfugient dans les taillis et les vignes que lorsqu’elles .sont poursuivies par le chasseur ou par l’oiseau de proie • mais jamais elles ne s'enfoncent dans les forêts, et l'on dit même assez communément qu elles ne passent jamais la nuit dans les buissons ni dans les vignes ; cependant on a trouvé un nid de penirix dans un buisson au pied d une viune. Elles eoramcnccul à s’apparier dès la lin de l’hiver aprè.s les grandes gelées, c'est-à-dire que chaque mâle cherche alors à s’assortir avec une femelle : mais ce nouvel arrangement ne se fait pas sans qu’il y ait entre les mâles, et (luelquefois entre les femelles, des combats fort vifs. Faire la guerre et l’arnour ne sont presque qu’une même chose pour la plupart des animaux, et surtout pour ceux en qui l’amour est un besoin aussi pressant qu il lest |iour la perdrix : aussi les femelles de cette espèce pondent-elles sans avoir eu de commerce avec le mâle, comme les poules ordinaires. Lorsque les perdrix sont une fois appariées, elles ne se quittent plus et vivent dans une union et une fidélité à toute épreuve. Quelquefois, lorsqu’après la p.iriade il survient des froids un peu vifs, toutes ces paires se réunissent et se reforment en compagnie.
I.cs perdrix grises ne s’accouplent guère, du moins en France, que sur la hn de mars, plus d’un mois après qu’elles ont commencé de s’apparier, et elles ne .se mettent à pondre que dans le mois de mai et même de juin, lorsque I hiver a été long. En général, elles font leur nid sans beaucoup de .soins cl d apprêts; un peu d herbe et de [laille grossièrement arrangées dans e pas d un bœul ou d un cheval, quchpiefois même celle qui s'y trouve naurellcmcnt, d ne leur en faut jias davantage : cependant on a remarqué
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que les leniclles iiii peu à^ées et déjà instruites piir l'expéiienee des pontes précédentes, apporlaient plus de précautions que toutes les jeunes, soit pour garantir le nid des eaux (|ui pourraient le submerger, soit pour le mettre en sûreté contre leurs ennemis, en choisissant un endroit un peu élevé et défendu naturellement par des broussailles. Elles pondent ordinairement de quinze à vingt oeufs, et quelquefois jusqu’à vingt-cinq; mais les couvées des toutes jeunes et celles des vieilles sont beaucoup moins nombreuses, ainsi que les secondes couvées que des perdrix de bon âge recommencent lorsque la première n’a pas réussi, et qu’on appelle en certains pays des recoquées. Ces œufs sont à peu près de la couleur de ceux de pigeon; Pline dit qu’ils sont blancs. La duree de l'incubation est d’environ trois semaines, un peu |>lus, un peu moins, suivant les degrés de chaleur.
La femelle se charge seule de couver, et pendant ce temps elle éprouve une mue considérable, car presque toutes les plumes du ventre lui tombent: elle couve avec beaucoup d’assiduité, et on prétend qu’elle ne quitte jamais ses œufs sans les couvrir de feuilles. Le mâle se tient ordinairement à portée du uid, attentif à sa femelle, et toujours prêt à l’aceompagner lorsqu’elle se lève t)our aller ebereber de la nourriture; et son attachement est si liilèle et si pur, (lu’il préfère ces devoirs pénibles à des plaisirs faciles que lui aniionecnt les cris répétés des autres perdrix, auxquels il répond quelquefois, mais qui ne lui fout jamais abandonner sa femelle pour suivre l’étrangère. Au bout du temps marqué, lorsque la saison est favorable et que la couvée va bien, Icsficlits percent leur coque assezfacilement, courent au moment même qu’ils éclosent, et souvent emportent avec eux une partie de leur coquille; mais il arrive aussi quelquefois qu’ils ne peuvent forcer leur prison et qu’ils meurent à la peine : dans ce cas, on trouve les plumes du jeune oiseau collées contre les parois intérieures de l'œuf; et cela doit arriver nécessairement toutes les fois que l'œuf a é|)rouvé une chaleur trop forte. Pour remédier à cet inconvénient, on met les œufs dans l’eau pendant cinq ou six minutes: l'œuf pompe à travers sa coquille les |)arties les plus ténues de l’eau; et l’ell'et de cette humidité est de disposer les plumes qui sont bollées à la eoi|uille à s’en détacher plus facilement : peut-être aussi que cette espèce de bain rafraîchit le jeune oi-seau et lui donne assez de force pour briser sa coquille avec le bec. Il en est de même des pigeons, et probablement de plusieurs oiseaux utiles dont on pourra sauver un grand nombre par le procédé (pie je viens d indiquer, ou par quelque autre procédé analogue.
Le mâle, i|ui n’a point pris de part au soin de couver les œufs, partage avec la mère celui d’élever les petits; ds les mènent en commun, les appellent sans cesse, leur montrent la nourriture qui leur convient, cl leur apprennent à se la procurer en grattant la terre avec leurs ongles. Il n’cslpas rare de les trouver accroiqiis l’un à cfilé de l’autre, et couvrant de leurs ailes leurs petits poussins, dont les tètes sortent de tous côtés avec des yeux fort vifs ; dans ce cas. le père et la mère se déterminent didicilemenl à partir, et un chasseur qui aime la conservation du gibier se détermine encore plus dillicilement à les troubler dans une fonction si intéressante : mais enfin, si un chien s’emporte, et qu’il les approche de trop prés, c’est toujours le mâle •pii part le premier en poussant des cris particuliers, réservés pour cette seule circonstance : il ne manque guère de se poser à trente ou quarante [las : et on en a vu plusieurs fois revenir sur le chien en battant des ailes, tant l'amour paternel inspire de eourage aux animaux les plus timides! Mais ‘l'ichpiefois il inspire eiicorc à ceux-ci une sorte de prudence et des moyens combinés pour sauver leur couvée : on a vu le mâle, après s’étre présenté, l'ieiidre la fuite, mais fuir pesamment et en Iraiuant l’aile comme pour
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attirer 1 ennemi par l'espérance trime proie facile, et fuyant loiijours assez pour netre pas pris, mais pas assez pour décourager le chasseur - il I écarte de plus en plus de la couvée : tl aulre côté, la femelle, qui part un instant apres le mâle, s éloigne beaucoup plus et toujours dans une autre direction ; à peine s’est-elle abattue, qu’elle revietit su'r-lc-cbanip en courant le long des sillons, et s'approche de ses petits, qui se sont blottis, chacun de son côté, dans les herbes et dans les leuilles; elle les rassemble promptementet avant (|uc le chien, qui s’est emporté après le mâle, ait eu le temps de revenir, elles les a déjà emmenés fort loin, sans cpje le chasseur ait entendu Je moindre bruit, Cest une remarque assez généralement vraie parmi les animaux, que I ardeur qu’ils éprouvent pour l'acte de la génération est la mesure des soins qu’ils prennent pour le produit de cet acte ; tout est conséquent dans la nature, et la perdrix en est un exemple; car il y a peu d’oiseaux aussi lascifs, comme il en est peu qui soignent leurs petits avec une vigilance plus assidue et plus courageuse. Cet amour de la couvée dé^^énère quelquelois en fureur contre les couvées étrangères, que la mère poursuit souvent et maltraite a grands coups de bec.
Les perdreaux ont les pieds jaunes en naissant; cette couleur s’éclaircit ensuite et devient blanchâtre, puis elle brunit, et enfin devient tout à (ait noire dans les perdrix de trois ou quatre ans. C’est un moyen de connaître toujours leur âge : on le connaît encore à la forme ue la dernicre plume <Je l’aile, laquelle est pointue après la première mue, et (|ui, rannée suivante est entièrement arrondie. ’
La première nourriture des perdreaux , ce sont les œufs de fourmis, les petits insectes qu ils trouvent sur la terre et les herbes : ceux qn on nourrit dans les maisons relusent la graine assez longtemps, et il y a apparence que c’est leur dernière nourriture : à tout âge ils préicrent la laitue, la chicorée le mouron, le laiteron, le seneçon et même la pointe des blés verts; dès le mois de novembre on leur en trouve le jabot rempli, et pendant I hiver ils savent bien 1 aller chercher sous la neige; lorsqu’elle est endurcie par la gelée, ils sont réduits à aller auprès des fontaines eliaudes qui ne sont point glacées, et à vivre des herbes qui croissent sur leurs bords, et qui leur sont très-contraires : en été, on ne les voit pas boire.
Ce n est qu apres trois mois passés que les jeunes perdreaux poussent le rouge; car les perdrix grises ont aussi du rouge à côté des tempes entre 1 œil et 1 oreille, et le moment où ce rouge commence à paraître est un temps de crise pour ces oiseaux, comme pour tous les autres qui sont dans ce cas : celte crise annonce làge adulte. Avant ce temps ils sont délicats ont peu d’aile et craignent beaucoup riiumidité : mais après qu’il est passé ils deviennent I obustes, connnenceni à avoir de laile, à partir tous ensemble, à ne plus se quitter; et si on est parvenu à disperser la compagnie, ils savent se réunir uialgré toutes les précautions du cliasseur.
C est en se rappelant qu ils se réunissent, 'l'out le monde connait le chant des perdrix, qui est fort peu agréable : c est moins un chant ou un ramage qu’un cri aigre, imitant assez bien le bruit u’une scie, et ce n’esl pas sans intention que les mythologistes ont métamorphose en perdrix rinvenleurde cet instrument. Le chant du mâle ne diffère de celui de la femelle qu'en ce qu il est plus fort et plus irainant ; le mâle se disiingue encore de la femelle par un éperon obtus qu'il a à chaque pied, et par une marque noire en forme de fer à cheval qu’il a sous le ventre, et que la femelle n a pas.
Dans cette espèce, comme dans beaucoup d’autres, il naît plus de mâles que de femelles, et il importe, pour la réussite des couvées, de détruire les mâles suriuiméraires, (pii ne font que troubler les [laircs assorties et