‹ Œuvres complètes de Buffon avec des extraits de Daubenton, et la classification de Cuvier (volume 4)Chapitre 168 sur 525 · LA TOURTERELLE · texte numérisé non relu

LA TOURTERELLE

(l.A COLOMBE TOenTEBELLE.)

Ordre des gallinacés, genre pigeon. (Cuvieh.)

I.a tourterelle aime, peut-être plus qu’aucun autre oiseau, la fraîcheur en été et la chaleur en hiver ; elle arrive dans notre climat fort tard au printemps, et le quitte dès la fin du mois d’août; au lieu que les bisets et les ramiers arrivent un mois plus tôt, et ne partent qu’un mois plus tard; plusieurs meme restent pendant l’hiver. Toutes les tourterelles, sans en excepter une, se réunissent en troupes, partent, arrivent, et voyagent ensemble; elles ne séjournent ici que quatre ou cinq mois : pendant ce court espace de temps, elles s’apparient, nichent, pondent et élèvent leurs petits au point de pouvoir les emmener avec elles. Ce sont les bois les plus sombres et les plus frais qu’elles préfèrent pour s’y établir; elles placent leur nid, qui est presque tout plat, sur les plus hauts arbres, dans les lieux les plus éloignés de nos habitations. En Suède, en Allemagne, en France, en Italie, en Grèce, et peut-être encore dans des pays plus froids et plus chauds, elles ne séjournent que pendatit l’été et quittent également avant l’automne. Seulement Aristote nous apprend qu’il en reste quelques-unes en Grèce, dans les endroits les plus abrités; cola semble prouver qu’elles cherchent les climats •rès-chauds pour y passer l’Iiiver. On les trouve presque partout dans l’an-

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cicn eonliiiciit; on les retrouve dons le nouveau et jusque dans les îles de la mer du Sud. lîlles sont, comme les pigeons, sujettes à varier; et, quoique naturellement plus sauvages, on peut néanmoins les édever de meme, et les faire multiplier dans des volières. On unit aisément ensemble les differentes variétés : on peut même les unir au pigeon, et leur faire produire des métis ou des mulets, et former ainsi de nouvelles variétés individuelles.

« J’ai vu, m’écrit un témoin digne de foi, dans le Biigey, chez un chartreux, un oiseau né du mélange d'un pigeon avec une tourterelle : il était de la couleur d'une tourterelle de France; il tenait plus de la tourterelle que du pigeon : il était inquiet, et troublait la paix dans la volière. Le pigeon père était d'une très-petite espèce, d’un blanc parfait, avec les ailes noires. »

Cette observation, qui n'a pas été suivie jusqu'au point de savoir si le métis provenant du pigeon et de la tourterelle était fécotid, ou si ce n’était (]u’uti mulet stérile; celle observ.ilion , dis-je, prouve au moins la très-grande proximité de ces deux espèces. Il est donc fort possible, comme nous l'avons déjà insinué, que les bisets, les ramiers et les tourterelles, dont les espèces parai.ssent se .soutenir séparément et sans mélange dans l’état de nature, se soient néanmoins souvent unies dans celui de domcstieiié, et que de leur mélange soient issues la plupart des races de nos pigeons domestiques, dont quel(|ues-uns sont de la grandeur du ramier, et d'aulres ressemblent à la tourterelle par la peiile.sse, par la figure, etc., et dont plusieurs enfin tiennent du biset ou participent de tons trois.

Et ce qui semble conlirmer la vérité de notre opinion sur ces «nions qu'on peut regarder comme illégitimes, puisqu'elles ne sont pas dans le cours ordinaire de la nature, c’est l'ardeur excessive que ces oiseaux ressentent dans la saison de l'amour. La tourterelle est encore plus tendre, disons plus lascive, que le pigeon, et met aussi dans ses amours des préludes plus singuliers. Le pigeon mâle se contente de tourner en rond autour de sa femelle, en piaffant et se donnant des grâces. Le mâle tourterelle, soit dans les bois, soit dans une volière, eommence par saluer la sienne en se prosternant devant elle tlix-buit ou vingt fois de suite; il s’incline avec vivacité, et si bas que son bec touche à chaque fois la terre ou la branebe sur laquelle il e»l l'.osé; il se relève de même ; les gémissements les |)lus tendres accompagnent ces sululalions : d'abord la femelle y |)aratl insensible; mais bientôt rémotion intérieure se déclare par quelques sons doux, quelques accents plaintifs qu'elle laisse échapper ; et, lorst|u'une fois elle a senti le feu des premières approches, elle ne cesse de brûler, elle ne quitte plus son mâle; elle lui tmtltiplic les baisers, les caresses, l’excite à la jouissance et l'entraîne aux plaisirs jusqu’au temps de la ponte, où elle se trouve forcée de partager son temps, et de donner des soitis à sa fatnille. ,Ie ne citerai qu'un fuit qui prouve assez combien ces oiseaux sont ardents : c’est qu'en mettant ensemble dans une cage des tottrtorclles mâles, cl dans une autre des tourterelles femelles, 011 les wrra se joindre et s’accoupler comme s'ils étaient de sexe différetit; seulement cet excès arrive jilus protiiplement cl plus souvent aux mâles (lu'aux femelles. La eoiitrainte et la privation ne servent (lotie souvent (|u'à mettre la nature en désordre, et non pas à l'éteindre !

Nous connaissons, dans l’espèce de la lotirlerelle, deux races ou variétés constantes : la première est la tourterelle comtnunc; la seconde s'appelle la tourterelle à collcvr, [larce (pi’elle porte sur le cou une sorte de collier noir : toutes deux se trouvent dans notre climat; et, lorsqu’on les unit ensemble, elles produisent un métis. Eeliti que Selivvencivfeld décrit, et qu'il appelle turlur Viixtus, provenait d'un mâle de tourterelle commune et d'une femelle

DES OISEAUX ÉTllAiNGERS. 333

de tourlerelle à collier, et tenait plus de la mère que du père : je ne doute pas que ces métis ne soient féconds, et qu'ils ne remontent à la race de la mère dans la suite des générations. Au reste, la tourterelle à collier est un peu |)liis grosse que la tourterelle commune, et ne diffère en rien pour le naturel et les mœurs ; on peut môme dire qu’en général les pigeons, les ramiers et les tourterelles se ressemblent encore plus par l’instinct et les habitudes naturelles que par la figure; ils mangent et boivent de même sans relever la tète qu’après avoir avalé toute l’eau qui leur est nécessaire; ils volent de môme en troupes : dans tous, la voix est plutôt un gros murmure, ou un gémissement plaintif, qu’un chant articulé; tous ne produisent que deux œufs, quelquefois trois, et tous peuvent produire plusieurs fois l’année, dans des pays chauds ou dans des volières.

QUI OiNT RAPPORT A LA TOURTERELLE.

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