‹ Œuvres complètes de Buffon avec des extraits de Daubenton, et la classification de Cuvier (volume 4)Chapitre 17 sur 525 · LE GRIFFON · texte numérisé non relu

LE GRIFFON

(le vactocb facve.)

Ordre des oiseaux de proie, famille des diurnes, genre vautour. (Cüvier.)

C’est le nom que MM. de l’Académie des sciences ont donné à cet oiseau pour le distinguer des autres vautours. D’autres naturalistes l'ont appelé le vautour rouge, le vautour jaune, le vautour fauve; et comme aucune de ces dénominations n’est univoque ni exacte, nous avons préféré le nom simple de grillon. Cet oiseau est encore plus grand que le perenoptère; il a huit pieds de vol ou d’envergure, le corps plus gros et plus long que le grand aigle, surtout en y comprenant les jambes, qu’il a longues de plus d’un pied, et le cou qui a sept pouces de longueur. Il a, comme le perenoptère, au bat du cou un collier de plumes blanches; sa tète est couverte de pareilles plumes qui font une petite aigrette par derrière, au bas de laquelle on voit à découvert les trous des oreilles ; le cou est presque entièrement dénué de plumes. Il a les yeux à fleur de tète avec de grandes paupières, toutes deux également mobiles et garnies de cils, et l'iris d'un bel orangé; le bec long et crochu, noirâtre à son extrémité ainsi qu à son origine, et bleuâtre dans son milieu. Il est encore remarquable par son jabot rentré, c'est-à-dire par un grand creux qui est au haut de l’estomac, et dont toute la cavité est garnie de poils qui tendent de la circonférence au centre; cc creux est la place du jabot, qui n'est ni proéminent ni pendant comme celui du perenoptère. La peau du corps, qui jiarait à nu sur le cou et autour des yeux, des oreil-

' Cuvier regiiide le griffuii cl le pcrcnoplcre de Buffon comme le même animal.

U mSTOlUE NATLKELLE

les, elc., est il un gris brun et bleuâtre; les plus grandes plumes de l’aile ont jusqu à deux pieds de longueur, et le tuyau plus d’un pouce de circonlerence; les ongles sont noirâtres, mais moins grands et moins courbés que ceux des aigles.

Je crois, comme 1 ont dit JMiVI. de l’Académie des sciences, que le griffon est en effet le grand vautour d’Aristote : mais comme ils ne donnent aucune raison de leur opinion à cet égard, et que d’abord il paraîtrait qu’Aristoie ne faisant que deux espèces ou plutôt deux genres de vautours, le petit plus blancbâtre (]ue le grand qui varie pour la lorme; il paraîtrait, dis-je, que ce genre du grand vautour est composé de plus d’une espèce, que l’on peut également y rapporter ;car il ny a que le percnopicre dont il ait indiqué I espece en particulier; et comme il ne décrit aucun des autres grands vautours, on pouriait douter avec raison que le griffon fût le même que son grand vautour. Le vautour commun, qui est tout aussi grand et peut-être moins rare que le griffon, pourrait être également pris pour ce grand vautoui ; en sorte quon doit penser que MM. de 1 Académie des sciences ont eu tort d affirmer, comme certaine, une cbo.‘-e aussi équivoque et aussi douteuse, sans avoir indiqué la raison ou le fondement de leur assertion, qui ne peut se trouver vraie que par hasard, et ne peut être prouvée que par des réflexions et des comparaisons qu’ils n’avaient pas faites. J’ai tâché d y suppléer, et voici les raisons qui m'ont déterminé à croire que notre griffon est en effet le grand vautour des anciens.

11 me parait que l’espèce du griffon est composée de deux variétés : la premièie, qui a été appelée vautour fauve, et la seconde, vautour doré par les naturalistes. Les différences entre ces deux oiseaux, dont le premier est le griffon, ne sont pas assez grandes pour en faire deux espèces distinctes et séparées . cai tous deux sont de la même grandeur, et en général à peu près de la même couleur; tous deux ont la queue courte relativement aux ailes, qui sont très longues ”, et par ce caractère, qui leur est commun, ils différent des «uires vautours. Les ressemblances ont même frappé d’autres naluialistes avant moi, au point qu iis 1 ont appelé le vautour fauve, congener du vautour doré : je suis même très-porté à croire que l’oiseau indiqué par lielon sous le nom de vautour noir est encore de la même espèce que le griffon et le vautour dore; car ce vautour noir est de la même grandeur, et a le dos et les ailes de la même couleur iiue le vautour doré. Or, en réunissant en une seule espèces ces trois variétés, le grillon sera le moins rare des grands yautouis, et celui par conséquent qu Aristote aura principalement indiqué; et ce qui rend celte présomptioji encore plus vraisemblable c est que, selon Melon, ce grand vautour noir se trouve fréquemment en Egypte, en Arabie et dans les îles de l’Archipel, et que dès lors il doit être assez commun en Grèce, Quoi qu’il en soit, il me semble qu’on peut réduire les grands vautours qui se trouvent en Europe à quatre especes, savoir : le percnoplèrc, le griffon, le vautour proprement dit, dont nous parlerons dans l’artiele suivant, et le vautour huppé, qui différent assez les uns des autres pour luire des espèces distinctes et séparées.

MM. de 1 Académie des sciences, qui ont disséqué deux griffons femelles ont très-bien observé que le bec est plus long à proportion qu’aux aigles et moins recourbé; qu’il n’est noir qu’au commencement et à la pointe, le milieu

H. Bnsson doiiiieà son vautour doré une (luenc de deux pieds trois pouces de loiipueur et trois pieds à la plus grande plume de l’aile, ce qui me ferait douter une ce Lit le meme oiseau que le vautour doré des autres auteurs, qui a la queue courte en comparaison des ailes.

DU VAUT0U15, OU (iRAND VAUTOUR. S5

élîinl il un gris bipuàire ; que la mandibule du bec supérieure a en dedans comme une rainure de chaque côté; que ees rainures retiennent les bords iranebants de la mandibule inférieure lorsque le bec est fermé; que vers le bout du bec, il y a une petite éminence ronde aux côtés de laquelle sont deux petits trous par où les canaux salivaires se déchargent; que dans la base du bec sont les trous des narines, longs de six lignes sur deux de large, en allant du haut en bas, ce qui donne une grande amplitude aux parties extérieures de l'organe de l’odorat dans cet oiseau ; (pie la langue est dure et cartilagineuse, faisant par le bout comme un demi-canal, et ses deux côtés étant relevés en haut ; ces côtés ayant un rebord encore plus dur que le reste de la langue, qui fait comme une scie composée de pointes tournées vers le gosier; que rœsophage se dilate vers le bas et forme une grosse bosse qui pend un peu au-dessous du rétrécissement de l'œsophage; que cette bosse n'est différente du jabot des poules qu en ce qu’elle est parsemée d'une grande quantité de vaisseaux fort visibles, à cause que la membrane de celte poche est fort blanche et fort transparente *; que le gésier n’est ni aussi dur, ni aussi épais qu'il l’est dans les gallinacés, et que sa partie charnue n’est pas rouge comme aux gésiers des autres oiseaux, mais blanche comme sont les autres ventricules ; que les intestins et les cæcum sont petits comme dans les autres oiseaux de proie; qu’enlin l’ovaire est à l’ordinaire, et \’oviduclu$ un peu anfractueux comme celui des poules, et qu’il ne forme pas un conduit droit et égal, ainsi qu’il l'est dans plusieurs autriîs oiseaux.

Si nous comparons ces observations sur les parties intérieures des vautours avec celles que les memes anatomistes de l’Académie ont faites sur les aigles, nous remarquerons aisément que, quoique les vautours se nourrissent de chair comme les aigles, ils n’ont pas néanmoins la même conformation dans les parties qui servent à la digestion, et qu'ils sont à cet égard beaucoup plus près des poules et des autres oiseaux qui se nourrissent de grain, puisqu'ils ont un jabot et un estomac qu’on peut regarder comme un demi-gésier, par son épaisseur à la partie du fond ; en sorte que les vautours paraissent être conformés non-seulement pour être carnivores, mais granivores et même omnivores.

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