‹ Œuvres complètes de Buffon avec des extraits de Daubenton, et la classification de Cuvier (volume 4)Chapitre 184 sur 525 · LES CHOUCAS · texte numérisé non relu

LES CHOUCAS

Famille des conirosires, genre corbeau. (Cuviek.)

Cos oiseaux ont, avec les corneilles, plus de traits de conformité t]ue de traits de dissemblance; et, comme ce sont des espèces fort voisines, il est bon d'en faire une comparaison suivie et détaillée, pour répandre plus de jour sur I bistoire des uns et des autres.

Je remar()ue d'abord un parallélisme assez singulier entre ces deux genres d’oiseaux; carde même t|uil y a trois espèces principales de corneilles, une noire ( la corbinc), une cendrée ( la rnanteléc ), et une cbauve ( le freux ou la Irayonne), je trouve aussi trois espèces ou races correspondantes de choucas, un noir ( le cboucas pro|)rcment dit ), un cendré ( le chouc ), et enfin un choucas chauve. La seule diirérencc est que ce dernier est d’Amérique, et qu il a peu de noirdans son plumage, au lieu que les trois espèces de corneilles appartiennent toutes îi 1 Europe, et sont toutes ou noires ou noirâtres.

En général, les choucas sont plus petits que les corneilles. Leur cri, du moins celui de nos deux cboucas d’Europe, les seuls dont l liistoire nous soit connue, est plus aigre, plus perçant, et il a visiblement influé sur la plupart <les noms qu on leur a donnés en différentes langues, tels que ceux-ci : choucas, fjraccus, kaw, hlas, etc.; mais ils n’ont [las une seule inflexion de voix; car on m assure qu'on les enlend quelquefois crier tian, lian, lian.

Ils vivent tous ileux d insectes, de grains, de fruits, et même de chair, quoique très-rarement ; mais ils ne touchent point aux voiries, et ils n’ont pas 1 habitude de se tenir sur les côtes pour sc rassasier de poissons morts et autres cadavres rejetés par la mer: en quoi ils rcsscndilent plus au freux, et meme à la manicléc, qu’à la corbine; mais ils sc rapprochent de celle-ci par I habitude qu’ils ont d’aller à la chasse aux œufs de perdrix, et d’en détruire une grande quantité.

Ils volent en grandes troupes, comme le freux; comme lui, ils forment des espèces de peuplades, et même des plus nombreuses, composées d’une multitude de nids, placés les uns |)rès des autres, et comme entassés, ou sur un grand arbi e, ou dans un clocher, ou dans le comble d’un vieux château abandonné. Le male et la femelle une fois appariés, ils restent longtemps fidèles, attachés lun à l’autre; et par une suite de cet attachement personnel, chaque lois que le retour de la belle saison donne aux êtres vivants le signal d une génération nouvelle, on les voit sc rechercher avec empressement et se parler sans cesse : car alors le cri des animaux est un véritable langage, toujours bien parlé, toujours bien compris : on les voit se caresser de mille manières, joindre leurs becs comme pour se baiser, essayer toutes les façons de s unir avant de se livrer à la dernière union, et se pré[)arer à remplir le but de la nature par tous les degrés du désir, par toutes les nuances de la tendresse. Ils ne manquent jamais à ces préliminaires, non pas même dans I état de captivité. La femelle étant fécondée par le mâle, pond cin<) ou six œufs marqués de quelques taches brunes sur un fond verdâtre; et lorsque ses petits sont éclos, elle les soigne, les nourrit, le.s élève avec une aflection que le mâle s’empresse de partager. Tout cela ressemble assez aux corneilles, et même, à bien des égards, au grand corbeau : mais Charleton et Schwenkfcid assurent que les choucas font deux couvées par an ; ce qui n’a jamais été dit du corbeau ni des corneilles, mais qui d’ailleurs s accorde très-bien avec l'ordre de la nature, selon lequel les esoèces les

plus petites sont aussi les plus fécondes.

568 llfSTOlHE NATURELLE

Les clioueas sont oiseaux de passage, non pas autant que le freux et la corneille mantclée, car il en reste toujours un assez bon nombre dans le pays pendant lété; les tours de V'^incennes eti sont peuplées en tout temps, ainsi que tous les vieux édifices qui leur offrent la même sûreté et les mêmes commodités ; mais on en voit toujours moins en France l’été que I hiver. Ceux qui voyagent se réunissent en grandes bandes, comme la frayonne et la manteléc; quelquefois même ils ne font qu’une seule bande avec elles, et ils ne cessent de crier en volant : mais ils n’observent pas les mêmes temps en France et en Allemagne; car ils quittent rAllemagne en automne avec leurs petits, et n'y reparaissent qu’au [jrintenips, après avoir passé I hiver chez nous; et Frisch a raison d'assurer qu’ils ne couvent point pendant leur absence, et qu à leur retour ils ne ramènent point de petits avec eux; car les choucas ont cela de commun avec tous les autres oiseaux, qu’ils ne font point leur ponte en hiver.

A l’égard des parties internes, je remarquerai seulement qu’ils ont le ventricule musculeux et près de son orilice supérieur une dilatation de 1 œsophage qui leur tient lieu de jabot, comme dans les corneilles, maisque la vésicule du fiel est plus allongée.

Du reste, on les prive facilement, on leur apprend à parler sans peine ; ils semblent se plaire dans l’état de domesticité : mais ce sont des domestiques infidèles, qui, cachant la nourriture superflue qu’ils ne peuvent consommer, et emportant des pièces de monnaie et des bijoux qui ne leur sont d aucun usage, appauvrissent le maître sans s’enrichir eux-mémes.

Pour achever 1 histoire des choucas, il nes’agit plus que de comparer ensemble les doux races du pays, et d’ajouter à la suite, selon notre usage, les variétés et les espèces étrangères.

Le choucas. Nous n avons en L rance que deux choucas. L’un, à qui je conserve le nom de choucas proprement dit, est de la grosseur d’un pigeon; il a I iris blanchâtre, quelques traits blancs sous la gorge, quelques points de même couleur autour des narines, du cendré sur la partie postérieure de la tète et du cou = tout le reste est noir; mais cette couleur est plus foncée sur les parties supérieures, avec des reflets tantôt violets et tantôt verts.

Le chouc. L’autre espèce du pays, à laquelle je donne, le nom de chouc d après son nom anglais, ne diffère du précédent qu’en ce qu’il est un peu plus petit, et peut-être moins commun, qu’il a l’iris bleuâtre comme le freux, que la couleur dominante de son plumage est le noir, sans aucun mélange de cendré, et qu’on lui remarque des points blancs autour des yeux. Du reste, ce sont les mêmes mœurs, les mêmes habitudes, même port, même conformation, même cri, mômes pieds, même bec; et l’on ne peut guère douter que ees deux races n’appartiennent à la même espèce, et qu’elles ne fussent en état de se mêler avec succès et de produire ensemble des individus féconds.

On sera peu surpris qu’une espèce qui a tant de rapports avec celles des corbeaux et des corneilles, présente à peu près les mêmes variétés. Aldrovande a vu en Italie un choucas qui avait un collier blanc; c’est apparemment celui qui se trouve dans quelques endroits de la Suisse, et (juc, par celte raison, les Anglais nomment choucas de Suisse.

Schwcnckfeld a eu occasion de voir un choucas blanc, qui avait le bec jaunâtre. Ces choucas blancs sont plus communs en Norwége et dans les pays froids ; quelquefois même dans des climats tempérés, tels que la Pologne, on a trouvé un petit choucas blanc dans un nid de choucas noirs : et dans ce cas la blancheur du plumage ne dépend pas, comme l’on voit, de l influencc du climat; mais cest une monstruosité causée par quelque vice de

Page 1