LE CHOQUARD, OU CHOUCAS DES ALPES
(iE PYRRIIOCORAX ClIOQUARD.)
Famille des conirostres, genre corbeau. (Cuvier.)
Cet oiseau, que nous avons fait représenter sous le nom de choucas des Alpes, Pline l’appelle de celui de pyrrhocorax, et ce seul nom renferme une description en raccourci : horax, qui signifie corbeau , indique la noirceur du plumage, ainsi que l'analogie de l’espèce, et pyrrhos , qui signifie roux, orangé, exprime la couleur du bec, qui varie en effet du jaune à l'orangé, et aussi celle des pieds, qui est encore plus variable que celle du bec, puisque dans l’individu observé par Gessner les pieds étaient rouges, qu'ils étaient noirs dans le sujet décrit par .M. Brisson ; que, selon cet auteur, ils sont quelquefois jaunes, et que, selon d’autres, ils sont jaunes l'hiver et rouges l'été. Ces pieds jaunes, ce bec de même couleur et plus petit que celui des choucas, ont donné lieu à quelques-uns de prendre le choquard pour un merle, et de le nommer le grand merle des Alpes. Cependant, en l’observant et le comparant, on trouvera qu’il approche beaucoup plus des choucas par la grosseur de son corps, par la longueur de ses ailes, et même par la forme de son bec, quoique plus menu, et par ses narines recouvertes de plumes, quoique ces plumes soient moins fermes que dans les choucas.
J ai indiqué, à l’article du crave ou coracias, les différences qui sont entre ces deux oiseaux, dont Bclon et quelques autres qui ne les avaient pas vus n’ont fait qu’une seule espèce.
Flinc croyait son pyrrhocorax propre et particulier aux montagnes des Alpes : cependant Gessner, qui le distingue très-bien d’avec le crave ou coracias, dit qu’il y a certaines contrées au pays des Grisons où cet oiseau ne se montre que l’Iiiver, d’autres où il parait à peu prés toute l'année, mais que son vrai domicile, son domicile de préférence, celui où il se trouve toujours par grandes bandes, c’est le sommet des hautes montagnes. Ces faits modifient, comme l’on voit, l’opinion de Pline, un peu trop absolue; mais ils la confirment en la modifiant.
I.a grosseur du choquard est moyenne entre celle du choucas et celle de la corneille; il a le bec plus petit et plus arqué que l’un et l’autre, la voix plus aiguë, plus plaintive que celle des choucas, et fort peu agréable.
11 vit principalement de grains et fait grand tort aux récoltes; sa chair est un manger trés-inédiocre. Les montagnards tirent de sa façon de voler des présages météorologiques : si sou vol est élevé, on dit qu’il annonce le froid, et que lorsqu’il est bas, il promet un temps plus doux.
* Choucas à bec fourchu en pince. Daudiu— Corvus monednla, var. Linn. A'ota.
Il existe plusieurs aulrcs variétés de choucas dont Buffon ne fait pas mention.