LA PIE
(la pie commune.)
Fiimillr des coniroslrcs, genre corbeau. (Cuvier.)
La f)ie a tant de ressemblanec à l’extérieur avec la corneille, que M. I.innæus les a réunies toutes deux dans le même genre, et que, suivant Belon, pour faire une corneille d'une pie, il ne faut que raccourcir la queue à eelle-ci, et faire disparaître le blanc de sou plumage. En effet, la pie a le bec, les pieds, les yeux et la forme totale des corneilles et des choucas : elle a encore avec eux beaucoup d’autres rapports plus intimes dans 1 instinct, les mœurs et les habitudes naturelles; car elle est omnivore comme eux, vivant de toutes sortes de fruits, allant sur les charognes, faisant sa proie des œufs et des petits oiseaux faibles, quelquefois même des père et mère, soit qu’elle les trouve engagés dans les [)iéges, soit qu’elle les attaque à force ouverte : on en a vu une se jeter sur un merle pour le dévorer, une autre enlever une écrevisse qui la prévitu en l étranglant avec ses pinces, etc.
On a tiré parti de son appétit pour la chair vivante en la liressant à la chasse comme on y dresse les corbeaux. Elle passe ordinairement la belle saison appariée avec son mâle, et occupée de la ponte et de ses suites. L'hiver, elle vole par troupes, et s'approche d'autant plus des lieux habités qu’elle y trouve })lus de ressources pour vivre, et que la rigueur de la saison lui rend ces ressources plus nécessaires. Elle s’accoutume aisément à la vue de l'homme; elle devient bieittôt familière dans la maison, et finit par se rendre la maîtresse. J’en connais une qui passe tous les jours et les nuits au milieu d’une troupe de chats, et qui sait leur imposer.
Elle jase à peu près comme la corneille, et apprend aussi à contrefaire la voix des autres animaux et la parole de l'homme. On en cite une qui imitait parfaitement les cris du veau, du chevreau, de la brebis, et même le flageolet du berger; une autre qui répétait en entier une fanfare de trompette. M. Willughby en a vu plusieurs qui prononçaient des phrases entières. Margot est le nom qu’on a coutume de lui donner, parce que c’est celui qu’elle prononce le plus volontiers ou le plus facilement; et Pline assure que cet oiseau se plaît beaucoup à ce genre d'imitation, (pi il s’attache à bien articuler les mots qu’il a appris, qu’il cherche longtemps ceux qui lui ont échappé, qu’il fait éclater sa joie lorsqu'ils les a retrouves, et qu'il se laisse quelquefois mourir de dépit lorsque sa recherche est vaine, ou que sa langue se refuse à la prononciation de quelque mot nouveau.
La |)ie a le plus souvent la langue noire comme le corbeau; elle monte sur le dos des cochons et des brebis, comme font les choucas, et court après la vermine de ces animaux, avec cette différence que le cochon reçoit ce service avec complaisance, au lieu que la brebis, sans doute plus sensible, parait le redouter. Elle happe au.ssi fort adroitement les mouches et autres insectes ailés qui volent à sa portée.
Enfin, on prend la pie dans les mêmes pièges et de la même manière que la corneille, et l’on a reconnu en elle les mêmes mauvaises habitudes, celles
t)K I.A PIE. .-JOS
voicr Cl lie fiiire des provisions; habitudes presque toujours inséparables dans les différentes espcees d’anirnaux. On croit aussi qu’elle annonce la pluie lorsqu’elle jase plus qu’à l’ordinaire. D'un autre côté, elle s'éloigne du genre des corbeaux et des corneilles par on assez grand nombre de différences.
Elle est beaucoup plus petite et même pins que le choucas, et ne pèse que huit à neuf onces. Elle a les ailes plus courtes et la queue plus longue à proportion ; par conséquent son vol est bcaiiconp moins élevé et moins sou<tenu : aussi n’entrcpreiid-elle point de grands voyages; elle ne fait guère que voltiger d’arbre en arbre, ou de clocher en clocher; car, pour l’action de voler, il s’en faut bien que la iongucur de la queue compense la brièveté des ailes. Lorsqu’elle est posée à teiTC, elle est lonjonrs en action, et fait autant de sauts quede pas : elle a aussi dans la queue un iviouvemcntbrusque et presque conlimtel comme la lavandière. En général, elle montre plus dïnqnictude et d’activité que les corneilles, pins de malice et de penchant à une sorte de moquerie. Elle met aussi plus de combinaisons et plus d’art dans la constrticlion de son nkl, soit qn’éiant très-ardente pour son mâle, elle soit aussi très-tendre pour scs petits, ce qui va ordinairement de pair dans les animaux; soit qu elle saciie que plusieurs oiseaux de rapine sont fort avides de ses œtifs et de scs petits, et de plus, que quelques-uns d'entre eux sont avec elles dans le cas de rcprcsaitlc. Elle multiplie les précautions en raison de sa tendresse cl des dangers de ce qu’elle aime : elle place son nid au haut des plus grands arbres, ou du moins sur de liants buissons, et n’oublie rien pour le rendre solide et sur; aidée de son mâle, elle le IVirtiüe extérieurement avec des bûchettes flexibles et du mortier de terre gâchée, et elle le recouvre en entier d’une enveloppe à claire-voie, d’inie espèce d’abattis de petites branches épineuses et bien entrelacées; elle n'y laisse d’ouverture que dans le côté le mieux défendu, le moins accessible, et seulement ce qu’il en faut pour qu’elle puisse entrer et sortir. Sa prévoyance industrieuse ne se borne pas à la sùreic, elle s’étend encore à la commodité; car elle garnit le fond du nid d’une espèce de matelas orbicutaire, pour que ses petits soient plus moilcmcnt cl plus cliaudemcnl; et, qtioiipie ce matelas, qui est le nid véritable, n’ait qn'environ six pouces de diamètre, la masse entière, en y comprenant les ouvrages extérieurs et l’enveloppe épineuse, a au moins deux pieds en tous sens.
Tant de precaulions ne suffisent point encore à sa tendresse, ou, si l'on veut, à sa défiance; elle a continuellement l’oeil au guet sur ce qui se passe au dehors. Voit-elle approcher une corneille, elle vole anssilôl à sa rencontre, la harcèle et la poursuit sans relâche et avec de grands cris. Jusqu’.à ce qu’elle soit venue à bout de l’écarter. Si c’est un ennemi plus respectable, un faucon, un aigle, la crainte ne la relient point, cl elle ose encore l’attaquer avec une témérité qui n'est pas toujours lieureiise : ccpciulant il faut avouer que sa conduite est quclijuülois plus réflccbio, s il est vrai, ce qii’oii dit, que, lorsqu'elle a vu un homme observer trop curieusement son nid, elle transporte ses œufs ailleurs, soit etilre ses doigts, soit d une antre manière encore pins incroyable. Ce que les eliasseurs racontent à ce sujet de ses connaissances arithmétiques n’est guère moins étrange, quoique ces prétctulues connaissances ne s’étendent pas au delà du nombre cinq.
Elle pond sept ou huit œufs à chaque couvée, et ne fait qu’une seule couvée par an, à moins qu’on ne détruise ou qu on ne dérange son nid, auquel cas elle en entreprend tout de suite un autre, et le couple y travaille avec tant d’ardeur, qu'ilest achevé en moinsd'ur. jour; après quoi, cllefaitunc seconde ponte de quatre ou cinq œufs; et. si elle est encore troublée, elle fera un
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troisième iiiil seiiihlable aux deux premiers, et une troisième ponte, mais toujours moins abondante. Ses œufs sont plus petits et d’une couleur moins foncée que ceux du corbeau; ce sont des taches brunes semées sur un fond vert bleu, et jilus fréquentes vers le gros bout. Jean Liébault, cité par M. Salerne, est le seul qui dise que le mâle et la femelle couvent alternativement.
Les piats, ou les petits de la pie, sont aveugles et à peine ébauebés en naissant; ce n’est qu’avec le temps et par degrés que le développement s'achève et que leur forme se décide : la mère non-seulement les élève avec sollicitude, mais leur continue ses soins longtemps après qu’ils sont élevés. Leur chair est un manger médiocre; cependant on y a généralement moins de répugnance (jiie pour celle des petits corneillons.
A l égard de la diiïérence (jii’on remarque dans le plumage, je ne la regarde point absolument comme spécilique, puisque parmi les corbeaux, les corneilles et les choucas, on trouve des individus qui sont variés de noir et de blanc, comme la pie : cependant, on ne peut nier que dans l’espèee du corbeau, de la corneille et du choucas proprement dit, le noir ne soit la couleur ordinaire, comme le noir et le blanc est celle des pies; et que si l’on a vu des pies blanches, ainsi que des corbeaux et des choucas blancs, il ne soit très-rare de rencontrer des pies entièrement noires. Au reste, il ne faut pas croire que le noir et le blanc, qui sont les couleurs principales de la pic, excluent tout mélange d’autres couleurs : en y regardant de près et à certains jours, on y aperçoit des nuances de vert, de pourpre, de violet, et l’on est surpris de voir un si beau plumage à un oiseau si peu renommé à cet égard, ftlais ne sait- on pas que dans ce genre et dans bien d'autres, la beauté est une qualité superlicielle, fugitive, et qui dépend absolument du point de vue? Le mâle se distingue de sa femelle par des rcllets bleus, plus marqués sur la partie supérieure du corps, et non parla noirceur de la langue, comme quelque.s-uns l’ont dit.
La pie est sujette .à la mue, comme les autres oiseaux ; mais on a remarqué que ses plumes ne tombaient que successivement et peu à peu, excepté celles de la tète qui tombent toutesàla fois, en sorte que chaque année elle parait chauve au temps de la mue. Lesjeunes n'acquièrent leur longue queue que la seconde année, et sans doute ne deviennent adultes qu'à cette même époque.
Tout ce que je trouve sur la durée de la vie de la pie, c’est que le docteur Derham en a nourri une qui a vécu plus de vingt ans, mais qui à cet âge était tout à fait aveugle de vieillesse.
Cet oiseau est très-commun en France, en Angleterre, en Allemagne, en Suède, et dans toute l’Iiurope, excepté en Laponie, et dans les pays de montagnes où elle est rare : d’où l'on peut conclure qu’elle craint le grand froid. Je finis son histoire par une description abrégée, qui portera sur les seuls objets que la figure ne peut exprimer aux yeux, ou qu’elle n’exprime pas assez distinctement.
Elle a vingt pennes à chaque aile, dont la première est fort courte, et les quatrièitie et cinquième sont les plus longues; douze pennes inégales à la queue, et diminuant toujours de longueur, plus elles s’éloignent des deux du milieu, qui sont les plus longues de toutes; les narines rondes, la paupière interne des yeux marquée d’une tache jaune, la fente du palais hérissée de poils sur ses bords, la langue noirâtre et fourchue, les intestins longs de vingt-deux pouces, le cæcum d'un demi-pouce, l’œsophage dilaté et garni de glandes à 1 endroit de sa jonction avec le ventricule, celui-ci peu musculeux, la rate oblongue, et une vésicule du fiel à l’ordinaire.
J ai dit qu’il y avait des pies blanches, comme il y avait des corbeaux
blancs; et quoique la principale cause de ce cbangement de plumage soit l'influence des climats septentrionaux, comme on peut le supposer à l'égard de la pie blanche de Wormius, qui venait de Norwege, et même à l’égard de quelques-unes de celles dont parle Rzaczynski, cependant il faut avouer qu'on en trouve quelquefois dans les climats tempérés; témoin celle qui fut prise il y a quelques années en Sologne, et qui était toute blanche, à l’exception d’une seule plume noire qu'elle avait au milieu des deux ailes; soit qu’elle eût passé des pays du nord en f'rance, après avoir subi l influence du climat; soit qu'étant née en France, cette altération de couleur eût été produite par quelque cause particulière. Il faut dire la même chose des pies blanches que l’on voit quelquefois en Italie. ’
Wormius remarque que sa pie blanche avait la tète lisse et dénuée de plumes; apparemment qu’il la vit au temps de la mue, et cela confirme ce que j’ai dit de celle des pies ordinaires.
Wiliughby a vu dans la ménagerie du roi d’Angleterre des pies brunes ou roussàtres, qui peuvent passer pour une seconde variété de l’espèce ordinaire.
OISEÀÜX ÉTRANGERS