‹ Œuvres complètes de Buffon avec des extraits de Daubenton, et la classification de Cuvier (volume 4)Chapitre 203 sur 525 · LE GRIVERT, OU ROLLE DE CAYENNE · texte numérisé non relu

LE GRIVERT, OU ROLLE DE CAYENNE

Famille des conirostres, genre rollicr. (Covikb.)

On ne doit pas séparer cet oiseau du rolle de la Chine, puisqu’il a comme lui le bec fort, les ailes courtes, les pieds longs et la queue étagée : il n’en diffère que par la petitesse de la Uiille et par les couleurs du plumage, qu'on a t<âché d indi(|uer dans le nom depmerCA l’égard des mœurs de ces deux rolles, nous ne sommes point en état d’en faire la comparaison : mais il est probable que des oiseaux qui ont à peu près la même conformation des

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pal lies exlcrieiircs, siirioiit de colles qui scrvoni aux (biiclions principales, coiiiine lie marcher, de voler, de manger, ont à peu près les mêmes hahitudes; et il me semble que l’analogie des espèces se dèeèle mieux par celle similitude de conformalion dans les principaux organes, qm; (»ar de petits poils qui naissent amour des narines.

LK ROLi.IlîK D’KUROPE.

Famille des cunirostres, ganre rollicr. (CfviRii.)

Les noms de geai de Strasbourg, de pie de mer ou des bouleaux, de perroquet d' Allemagne, sons lesquels cel oiseau est connu en dilTèrents |>nys, lui ont été appliqués sans beaucoup d’examen, el par une analogie purement populaire, c’esl-à-dire très-superficielle : il ne faut qu’un coup d’ieil sur l'oiseau, ou même sur une bonne figure coloriée, pour s’assurer que ce n’est point un perroquet, quoiqu’il ait du vert et du bleu dans son plumage; et, en y regardant d’un peu plus près, on jugera tout aussi sûrement qu’il n'est ni une pie ni un geai, quoiqu’il jase sans cesse comme ces oiseaux.

iùi effet, il a la physionomie el le port très-différents, le bec moins gros, les pieds beaucoup plus courts à proportion, plus courts même que le doigt du milieu, les ailes plus longues, et la queue faite tout autrement, les deux pennes extérieures dépassant de plus d’un demi-pouce (au moins dans quelques individus) les dix (lennes intermédiaires qui sont toutes égales entre elles. Il a de plus une espèce de verrue derrière l’a'il, el l’œil lui-même entouré d'tin cercle de peau jaune et sans plumes.

Lnfin, pour que la dénomination de geai de Strasbourg lût vicieuse , à tous égards, il fallait que cel oiseau ne fût rien moins que commun dans les environs de Strasbourg; et c’est ce qui m’est assuré positivement par iM. Hermann, professeur de médecine el d’histoire naturelle en cette ville : « IjCs " rolliers y sont si rares, m’écrivait ce savant, qu à (icine il s y en égare trois « ou quatre eu vingt ans. » Celui qui fut autrefois envoyé de Strasbourg è Gessner était sans doute un de ces égarés; et (iessner, qui n’en savait rien, et qui crut apparemment qu’il y était commun, le nomma geai de Strasbourg, quoique, encore une fois, il ne fût point un geai, et qu’il ne fût point de Strasbourg.

D’ailleurs c'est un oiseau de passage, dont les migrations se font régulièrement chaque année dans les mois de mai et de septcmibre, et malgré cela il est moins commun que la pie et le geai. Je vois qu il se trouve en Suède et en Afrique; mais il s’en faut bien i|u’il sc répande, même en passant, dans loiiics les régions intermédiaires. Il est inconnu dans plusieurs di-stricts considérables de rAllemagne.de la France, de la Suisse, etc., d’où l’on peut conclure qu il parcourt dans sa route une zone assez etioiic, depuis la Sinalandc el la Scanic jusqu'en Afrique; il y a même assez de points donnés dans celte zone pour qu on puisse en déterminer la diiection,sans beaucoup d erreur, par la Saxe, laFranconio, la Souabe, la Bavière, leTyrol, 1 Italie, la Sicile, et enfin par l’ile de Molle, laquelle est comme un entiepol général pour la plupart des oiseaux voyageurs qui iruversenl la Méditerranée, Celui fiu a décrit M. Edwards avait été tué sur les rochers de Gibraltar, où il avait pu passer des côtes d’Afrique; car ces oiseaux ont le vol fort élevé, ün en voit aussi, quoique rarement, aux environs de Strasbourg, comme nous avons dit plus haut, de même qu’en Lorraine, et dans le cœur de la France ;

«l'FfftN, tome Vlil. Cà

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mais cc sont apparemiiieiii des jeunes qui quittent le gros de la troupe et s’égarent en cliemin.

Le rollier est aussi plus sauvage que le geai et la pie; il se tient dans les bois les moins fréquentés et les plus épais, et je ne sache pas qu’on ait jamais réussi à le priver et à lui apprendre à parler. Cependant la beauté de son plumage est un sûr garant des tentatives qu’on aura faites pour cela; c’est un assemblage des plus belles nuances de bleu et de vert mêlées avec du blanc, et relevées par l’opposition de couleurs plus obscures. Mais une figure bien enluminée donnera une idée plus juste de la distribution de ces eou- Icurs que toutes les descriptions; seulement, il faut savoir que les jeunes ne prennent leur bel azur que dans la seconde année, au contraire des geais, qui ont leurs belles plumes bleues avant de sortir du nid.

Les rolliers niclient. autant qu’ils peuvent, sur les bouleaux, et ce n’est qu à leur défaut qu’ils s’établissent sur d'autres arbres; mais dans les pays où les arbres sont rares, eomme dans l’ile de Malle et en Afrique, on dit qu fis font leur nid dans la terre. Si cela est vrai, il faut avouer que l’instinct des animaux, qui dépend principalement de leurs facultés tant internes qu’externes, est quelquefois modifié notablement par les circonstances, et produit des actions bien différentes, selon la diversité des lieux, des temps et des matériaux que l’animal est forcé d’employer.

Klein dit que, contre l’ordinaire des oiseaux, les petits du rollier font leurs excréments dans le nid; et c’est peut-être ce qui aura donné lieu de croire que cet oiseau enduisait son nid d’excréments humains, comme on l’a dit de la huppe : mais cela ne se concilierait point avec son habitation dans les forêts les plus sauvages et les moins fréquentées.

On voit souvent ces oiseaux avec les pies et les corneilles dans les champs labourés qui se trouvent à portée de leurs forêts; ils y ramassent les petites graines, les racines et les vers que le soc a ramenés à la surface de la terre, et même les grains nouvellement semés. Lorsque cette ressource leur manque, ils se rabattent sur les baies sauvages, les scarabées, les sauterelles et même les grenouilles. Scliwcnckfeld ajoute qu’ils vont quelquefois sur les charognes : mais il faut que cc soit pendant rbiver,et seulement dans les cas de disette absolue; car ils passent, en général, pour n’èlrc point carnassiers, et Schwenckfeld remarque lui-merae qu’ils deviennent fort gras l’automne et qu'ils sont alors un bon manger, ce qu’on ne peut guère dire des oiseaux qui se nourrissent de voiries.

On a observé que le rollier avait les narines longues, étroites, placées obliquement sur le bec près de sa base, et découvertes ; la langue noire, non fourchue, mais comme déchirée par le bout, et terminée en arriére par deux appendices fourchus, un de chaque côté; le palais vert, le gosier jaune, le ventricule couleur de safran, les intestins longs à peu prés d’un pied, et les cæcum de vingt-sept lignes. On lui a trouvé environ vingt-deux pouces de vol, vingt pennes à chaque aile, et, selon d'autres, vingt-trois, dont la seconde est la plus longue de toutes; enfin on a remarqué que partout où ces pennes et celles de la queue ont du noir au dehors, elles ont du bleu pardessous.

Aldrovande, qui paraît avoir bien connu ces oiseaux, et qui vivait dans un pays où il y en a, prétend que la femelle diffère beaucoup du mâle, et par le bec qu’elle a plus épais, et par le plumage, ayant la tête, le cou, la poitrine et le ventre couleur de marron tirant au gris cendré, tandis que dans le mâle ces mêmes parties sont d une couleur d’aigue-marine plus ou moins foncée, avec des reflets d'un vert plus obscur en certains endroits. Pour moi, je soupçonne que les deux longues pennes extérieures de la queue, et ces

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vernies derrière les yeux, lesquelles ne paraissent que dans quelques individus, sont les attributs du mâle, comme l'éperon l’est dans les gallinacés, la longue queue dans les paons, etc.

Variété du roUier.

Le docteur Shaw fait mention, dans ses Voyages, d’un oiseau de Barbarie appelé par les Arabes shaga-rag, lequel a la grosseur et la forme du geai, mais avec un bec plus petit et des pieds plus courts.

Cet oiseau a le dessus du corps brun, la tête, le cou et le ventre d’un vert clair; et sur les ailes, ainsi que sur la queue, des taches d’un bleu foncé. M. Sbaw ajoute qu’il fait son nid sur le bord des rivières, et que son cri est aigre et perçant.

Cette courte description convient tellement à notre rollier, qu’on ne peut douter que le sbaga-rag n’appartienne à la même espèce; et l’analogie de son nom avec la plupart des noms allemands donnes au rollier d’après son cri, est une probabilité de plus.

QUI ONT RAl’POKT AU ROLLIER.

LE ROLLIER D’ ABYSSINIE.

Cette espèce ressemble beaucoup, par le plumage, à notre rollier d’Europe; seulement les couleurs en sont plus vives et plus brillantes, ce qui peut s’attribuer à l’influence d’un climat plus sec et plus cbaud. D’un autre côté, il se rapproche du rollier d’Angola par la longueur des deux pennes latérales de la queue, lesquelles dépassent toutes les autres de cinq pouces; en sorte que la place de cet oiseau semble marquée entre le rollier d'Europe et celui d Angola. La pointe du bec supérieur est très-crochue. C'est une espèce tout à fait nouvelle.

Variété du roUier d’Abyssinie.

On doit regarder le rollier du Sénégal comme une variété de celui d’Abyssinie. La principale différence que l’on remarque entre ces deux oiseaux d Afrique consiste en ce que dans celui d’Abyssinie la couleur orangée du dos ne s’étend pas, comme dans celui du Sénégal, jusque sur le cou et la partie postérieure de la tôle; dilférence qui ne suffit pas, à beaucoup près, pour constituer deux espèces distinctes, et d’autant moins que les deux rolliers dont il s’agit ici appartiennent à peu près au même climat; qu’ils ont l’un et l’autre à la queue ces deux pennes latérales excédantes, dont la longueur est double de celle des pennes intermédiaires ; qu’ils ont tous deux les ailes plus courtes que celles de notre rollier d’Europe ; enfin, qu'ils se ressemblent encore par les nuances, l’éclat et la distribution de leurs couleurs.

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