LE LORIOT
Ordre des passereaux, genre langara, sous-genre loriul. (Cuvusk.)
On
sc|iarees pa
a dit des petits de cet oiseau qu'ils naissaient en détail et par parties
mais que le premier soin des père et mère était de rejoindre ces
arlies, cl d'en former un tout vivant par la vertu d'une certaine herbe. La (lillicul’té de celte merveillensc réunion n’est peut-être pas pins grande que celle de séiiarer avec ordre les noms anciens que les modernes ont appliqués confusément à cette espèce, de lut conserver tous ceux qui lut conviennent en effet, et de rapporter les antres aux espèces que les anciens ont eues réellement en vue , tant ceux-ci ont décrit superficiellement des objets trop connus, et tant les modernes se sont déterminés légèrement dans l application des noms imposés par les anciens. Je me conlcnlcrai donc de dire ici que, selon toute apparence, Aristote n’a connu le loriot que par oui-dirc. Quelque répandu que soit cet oiseau, il y a des pays qu il semble éviter . on ne le trouve ni en Suède, ni en Angleterre, ni dans les montagnes du Rugey, ni même à la hauteur de Nantua, quoiqu’il se montre régniièrement en Suisse deux fois l’année. Reion ne parait pas l’avoir aperçu dans ses voyages de Grèce; el d'ailleurs comment supposer qu’Aristote ail coiimi par liii-mémc cet oiseau, sans connaître la singulière construction do son nid, ou que, la connaissant, il n’en ait point parlé? . . ,
Pline qui a fait mention du chlurion d’après Aristote, mais qui ne s est nas toujours mis en peine de comparer ce (pi’il emprunluil des Grecs avec ce uu’il trouvait dans ses mémoires, a parlé du loriot sous quatre dénominations dilTérentes, sans avertir que c’était le même oiseau que [e chlonon. Quoi .m il en soit le loriot est un oiseau très-peu sédentaire, qui change conl:nuellement de contrées, et semble ne s’arrêter dans les noires que pour faire l’amour, ou plutôt (lour accomplir la loi imposée par la nature a tous les êtres vivants, de transmettre à une génération nouvelle l existence qu ils ont reçue d’une génération précédente; car I amour n est que cela dans la langue des naturalistes. Les loriots suivent celte loi avec beaucoup de zele et clc fidélité Dans nos climats, c’est vers le milieu du printemps que le male et la femelle se recherchent, c’est-à-dirc presijiie à leur arrivée. Us font leur nid sur des arbres élevés, quoique souvent à une hauteur lorl médiocre;
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ils le (açoiiiient avec une singulière itidustrie et bien diiréremment de ce que (ont les merles, quoiqu on ait placé ces deux espèces dans le même genre. Ils rattachent ordinairement à la bifurcation d’une petite branche, et ils enlacent autour des deux rameaux qui forment cette bifurcation de longs brins de paille, ou de chanvre, dont les uns, allant droit d’un rameau à l’autre, forment le bord du nid par devant, et les autres, pénétrant dans le tissu du nid, ou passant par dessous et revenant se rouler sur le rameau opposé, donnent la solidité à l’ouvrage. Ces longs brins de chanvre oit de paille, qui prennent le nid par dessous, en sont l’enveloppe extérieure : le matelas intérieur, ilesliné à recevoir les œufs, est tissu de petites tiges de gramen, dont les épis sont ramenés sur la partie convexe, et paraissent si peu dans la partie concave, qu’on a pris plus d’une fois ces liges pour des libres de racines; enfin, entre le matelas intérieur et l'enveloppée extérieure, il y a une quantité assez considérable de mousse, de lichen, et d'autres matières semblables, ipti servent, pour ainsi dire, d’ouate intermédiaire, et rendcnlle nid plus impénétrable ou dehors, et tout à la fois plus mollet nu dedans. Ce nid étant ainsi préparé, la femelle y dépose quatre ou cinq œufs, dont le fond blanc sale est semé de quelques petites taches bien tranchées, il un brun presque noir, et plus fréquentes sur le gros bout que partout ailleurs : elle les couve avec assiduité l’espace d'environ trois semaines; et, lorsque les petits sont éclos, non.seulement elle leur continue ses soins affectionnés pendant très-longtemps, mais elle les défend contre leurs ( nnemis, et même contre 1 homme, avec plus d'intrépidité qu’on n’en attendrait d’un si petit oiseau. On a vu le père et la mère s’élancer courageusement sur ceux qui leur enlevaient leur couvée; et, ce qui est encore plus rare, on a vu la mère, prise avec le nid, continuer de couver en cage, et mourir sur ses œufs.
^ Dès que les petits sont élevés, la famille se met en marche pour voyager; cesl ordinairement vers la lin d’août ou le commencement de septembre : ils ne se réunissent jamais en troupes nombreuses, ils ne restent pas même assemblés en famille; car on n’en trouve guère plus de deux ou trois ensemble. Quoiqu’ils volent peu légèrement et en battant des ailes, comme le merle, il est probable qu'ils vont passer leur quartier d’hiver en Afrique : car, d’une part, M. le chevalier Desmazy, commandeur de l’ordre de .\Ialle m assure qu ils passent à Malte dans le mois de septembre, et qu’ils repassent au printemps; et, d’autre part, Thevenot dit qu’ils pussent en Égypte au mois de mai, et qu’ils repassent en septembre. Il ajoute qu’au mois de mai ils sont très-gras ; et alors leur chair est un bon manger. Aldrovande s’étonne de ce qu’en France on n'en sert pas sur nos tables.
Le loriot est à peu près de la gro.sseur du merle; il a neuf à dix pouces de longueur, seize pouces de vol, la queue d’environ trois pouces et demi, et le bec de quatorze lignes. Le mâle est d’un beau jaune sur tout le corps,’ le cou et la tète, à l’exception d’un trait noir qui va de l’œil à l’angle dé l’ouverture du bec. Les ailes sont noires, à quelques taches jaunes près, qui terminent la plupart des grandes pennes, et quelques-unes de leurs couvertures; la queue est aussi mi-partie de jaune et de noir, de façon que le noir règne sur ce qui parait des deux pennes du milieu, et que lé jaune gagne loujouis de plus en plus sur les pennes latérales, à commencer de l’extrémile de celles qui suivent immédiatement les deux du milieu : mais il s’en faut bien que le phnnage soit le même dans les deux sexes; presque tout ce qui est d’un noir décidé dans le mâle n’est que brun dans la femelle, avec une teinte verdâtre; et presque tout ce qui est d’un aussi beau jaune dans celui-là est dans celle-ci olivâtre, ou jaune pâle, ou blanc; olivâtre sur
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la télé et le dessus du corps ; blanc sale, varié de traits bruns, sous le corps; blanc à l’exirémité de la plupart des pennes des ailes, et jaune pâle à l’extrémité de leurs couvertures; il n’y a de vrai jaune qu’au bout de la queue et sur ses couvertures inférieures. J’ai observé de plus dans une femelle un petit espace derrière l'œil qui était sans plumes cl de couleur ardoisé clair.
Les jeunes mâles ressemblent d’autant plus à la femelle pour le plumage, qu'ils sont plus jeunes : dans les premiers temps, ils sont mouchetés encore plus que la femelle; ils le sont même sur la partie supérieure du corps; mais, dés le mois d’août, le jaune commence déjà à paraître sous le corps. Ils ontaussi un cri dilTérenlde celui des vieux; ceux-ci disent i/o, t/o,'(/o, qu’ils font suivre quelquefois d’une sorte de miaulement comme celui du cliat : mais indépendamment de ce cri, que chacun entend à sa manière, ils ont encore une espèce de sifflement, surtout lorsqu’il doit pleuvoir, si toutefois ce sifflement est autre chose que le miaulement dont je viens de parler.
Ces oiseaux ont l’iris des yeux rouge, le bec rouge brun, le dedans du bec rougeâtre, les bords du bec inférieur un peu arqués sur leur longueur, la langue fourchue et comme frangée par le bout, le gésier musculeux, précédé d’une poche formée par la dilatation de l’œsophage, la vésicule du iiel verte, des cæcum très-petits et très-courts, eulin la première phalange du doigt extérieur soudée à celle du doigt du milieu.
Lorsqu’ils arrivent au printemps, ils font la guerre aux insectes, et vivent de scarabées, de chenilles, de vermisseaux, en un mot, de ce qu'ils peuvent attraper : mais leur nourriture de choix, celle dont ils sont le plus avides, ce sont les cerises, les figues, les baies de sorbier, les pois, etc. Il ne faut que deux de ces oiseaux pour dévaster en un jour un cerisier bien garni, parce qu’ils ne font que becqueter les cerises les unes après les autres, et n’entament que la partie la plus mûre.
Les loriots ne sont point faciles à élever ni à apprivoiser. On les prend à la pipée, à l’abreuvoir, et avec dilférentes sortes de filets.
Ces oiseaux se sont répandus quelquefois jusqu à l extrémité du continent sans subir aucunealtéraiion dans leur forme extérieure nidans leur plumage; car on a vu des loriots de Bengale, et même de la Chine, parfaitement semblables aux nôtres; mais aussi on en a vu d’autres, venant à peu près des mêmes pays, qui ont quelques différences dans les couleurs, et que l’on peut regarder, |)our la plupart, comme des variétés du climat, jusqu’à ce que des observations faites avec soin sur les allures et les mœurs de ces espèces étrangères, sur la forme de leurs nids, etc., éclairent ou rectifient nos conjectures.
Variétés du loriot.
I. Le coulavan. Cet oiseau de la Cochinchine est peut-être un tant soit peu plus gros que notre loriot; il a aussi le bec plus fort à proportion ; les couleurs du plumage sont absolument les mêmes et distribuées de la même manière partout, excepté sur les couvertures des ailes, qui sont entièrement jaunes, et sur la tête, où l’on voit une espèce de fer à cheval noir; la partie convexe de ce fer a cheval borde 1 occiput, et ses branches vont, en passant sur l'œil, aboutir aux coins de l’ouverture du bec : cest le trait de dissemblance le plus caractérisé du coulavan ; encore retrouve-t-on dans le loriot une tache noire entre l'œil et le bec, qui semble être la naissance de ce fer à cheval.
J’ai vu quelques individus coulavans qui avaient le dessus du corps d’un jaune rembruni. Tous ont le bec jaunâtre et les pieds noirs.
FUSTOIRI-; INATFJUKLLK
^ II. Le i.üRiOT DE 1.A Chine. Il est un peu luoin.'; gros (|ue le nôtre; mais c est la niéme (orme, les mêmes proportions et les mêmes couleurs, quoique disposées différemment. La tète, la gorge, et la partie antérieure du cou sont entièrement noires, et, dans toute la queue, il n'y a de noir qu’une large bande qui traverse les dcu.x pennes intermédiaires près de b'ur extrémité, et deux taches situées ainsi près de rexirémilé des deux pennes suivantes. La plupart des couvertures des ailes sontjaune.s, les autres sont miparties de noir et de jaune ; les plus grandes pennes sont noires dans ce qui paraît au dehors, 1 aile étant dans son repos, et les autres sont bordées ou terminées de jaune. Tout le reste du plumage est de cette dernière couleur et de la plus belle teinte.
La femelle est différente; car elle a le front, ou l’espace entre l'oeil et le bec, d'un jaune vif; la gorge et le devant du cou d’une couleur claire plus ou moins jaunâtre, avec des mouchetures brunes; le reste du dessous du corps d'un jaune plus foncé; le dessus d’un jaune brillant; toutes les ailes variées de brun et de jaune; la queue jaune aussi, excepté les deux pennes du milieu qui sont brunes; encore ont-elles un œil jaunâtre et sont-elles terminées de jaune.
III. Le LoaioT des Indes. C’est le plus jaune des loriots, car il est en entier de celte couleur, excepté : 1” un fer à cheval qui embrasse le sommet de la tète, et aboutit des deux côtés à l’angle de l'ouverture du bec ; 2" quelques taches longitudinales sur les couvertures de.s ailes; 3" une bande qui traverse la queue vers le milieu de sa longueur, le tout de couleur azurée : mais le bec et les pieds sont d’un rouge éclatant.
IV. Le loriot rayé. Cet oiseau ayant été regardé par les uns comme un merle, et par les autres comme un loriot, sa vraie place semble mar(|uée entre les loriots et les merles; et comme d'ailleurs il parait autrement proportionné que I une ou l'autre de ces deux espèces, je suis porté à le regarlier plutôt comme une espèce voisine et mitoyenne (|ue comme une simple variété.
La loriot rayé est moins gros qu un meide, et mothdé sur des profiortions plus légères; il a le bec, la queue et les pieds plus courts, mais les doigts plus longs : sa tète est brune, finement rayée de blanc; les pennes des ailes sont brimes aussi, et bordées de blanc ; tout le corps est d’un bel orangé, plus foncé sur la partie supérieure que sur rinférieure; le bec et les on<>-|es sont à peu près de la même couleur, et les pieds sont jaunes. ”