‹ Œuvres complètes de Buffon avec des extraits de Daubenton, et la classification de Cuvier (volume 4)Chapitre 27 sur 525 · LA BUSE · texte numérisé non relu

LA BUSE

Ordre des oiseaux de proie, famille des diurnes, genre milan. (Cuvikk.)

La buse est un oiseau assez commun, assez connu, pour n’avoir pas besoin d'une ample description. Elle n’a guère que quatre pieds et demi de vol sur vingt ou vingt et un pouces de longueur de corps; sa queue n’a que huit pouces; et scs ailes, lorsqu’elles sont pliées, s’étendent un peu au delà de son extrémité. L’iris de ses yeux est d’un jaune pâle et presque blanchâtre; les pieds sont jaunes, aussi bien (pic la membrane qui couvre la base du bec, et les ongles sont noirs.

Cet oiseau demeure pendant toute l’aniiée dans nos forêts. Il parait assez stupide, soit dans l étal de domesticité, soit dans celui de liberté. Il est assez sédentaire, et même paresseux : il reste souvent plusieurs heures de suite perché sur le même arbre. Son nid est construit avec de petites branches, et garni en dedans de laine ou d’autres petits matériaux légers et mollets. La buse pond deux ou trois œufs, qui sont blanchâtres, tachetés de jaune; elle élève et soigne ses petits plus longtemps que les autres oiseaux de proie, qui, presque tous, les chassent du nid avant qu ils soient en état de se pourvoir aisément : M. Bay assure même que le mâle de la buse nourrit et soigne ses petits lorsqu'on a tué la mère.

Cet oiseau de rapine ne saisit pas sa proie au vol; ii reste sur un arbre.

un buisson, ou une niotic île terre, et de là se jette sur le petit gibier qui passe a sa (lorlée : il prend les levrauts et les jeunes lapins, aussi' bien que les peidiix et les cailles; il dévaste les nids de la plupart des oiseaux : il se nom lit aussi de grenouilles, de lézards, de serpents, de sauterelles, etc., lorsque le gibier lui manque.

Cette espèce est sujette à varier, au point que, si l’on compare cinq ou SIX buses ensemble, on en trouve à peine deux bien semblables : il y en a de piescjiie eutièrenicnt binnchcs, d autres enfin cjui sont mélangées diftércmmenl les unes des autres, de brun et de blanc. Ces différences dépendent principalement de l àge et du sexe; car on les trouve toutes dans notre climat.

LA BONDRÉE.

Ordre des oiseaux de proie, genre milan. (Cuvier.)

Comme la bondrée diffère peu de la buse, elle n’en est distinguée que par ceux qui les ont soigneusement comparées. Elles ont, à la vérité, beaucoup plus de caractères communs que de caractères différents; mais ces différences extérieures, jointes à celles de quelques habitudes naturelles, suffisent pour constituer deux espèces qui, quoique voisines, sont néanmoins distinctes et séparées. La bondrée est aussi grosse que la buse, et pèse environ deux livres; elle a vingt-deux pouces de longueur, depuis le bout du bec jusqu’à celui de la queue, et dix-huit pouces jusqu'à celui des pieds : ses ailes, lorsqu elles sont pliées, s’étendent au delà des trois quarts de la queue; elle a (jUcitre pieils deux pouces de vol ou d’envergure.

Son bec est un peu plus long que celui de la buse : la peau nue qui en couvre la base est jaune, épaisse cl inégale : les narines sont longues et courbées : lorsqu’elle ouvre le bec, elle montre une bouche très-large et de couleur jaune : I iris des yeux est d’un beau jaune; les jambes et les pieds sont de la même couleur, et les ongles, qui ne sont jias fort crochus, sont forts et noirâtres. On trouve une anqilc description de cet oiseau dans l'ouvrage de M. Brisson et dans celui d Albin. Ce dernier auteur, après avoir déci il les parties extérieures de la bondrée, dit qu’elle a les boyaux plus courts que la buse, et il ajoute qu’on a trouve dans l’estomac d’une bondrée plusieurs chenilles vertes, comme aussi plusieurs chenilles communes et autres insectes.

Ces oiseaux, ainsi que les buses, composent leur nid avec des bûchettes et le tapissent de laine à l'intérieur, sur laquelle ils déposent leurs œufs’ qui sont (1 une couleur cendrée, et marquetés de petites taches brunes. Quelquefois ils occupent des nids étrangers; on en a trouvé dans un vieux nid de milan. Ils nourrissent leurs petits de chrysalides, et particulièrement de celles des guêpes : on a trouvé des tètes et des morceaux de guêpes dans un nid où il y avait deux petites bondrées. Elles sont, dans ce premier à'œ couvertes d un duvet blanc, tacheté de noir; elles ont alors les pieds d'un jaune |iàlc, et la peau qui est sur la base du bec, blanche. On a aussi trouvé dans l’estomac de ces oiseaux, qui est fort large, des grenouilles et des lézards entiers. La femelle est dans cette espèce, comme dans toutes celles des grands oiseaux de proie, plus grosse que le mâle; et tous deux piètent et courent, sans s’aider de leurs ailes, aussi vite que nos coqs de bassecour. ^

Quoique Belon dise qu’il n’y a petit berger dans la Limagne d’Auvergne

DE LOISEAU SAL\T-MARTli\. 71

qui lie sailic eonnaitre la hoiidrée el la premlie par engin avec des grenouilles, quelquelois aussi aux gluaux, el soiivenl au lacet, il est cependant trèsvrai qu’elle est aujourd'liui beaucoup plus rare en France que la buse commune. Dans plus de vingt buses qu’on in’a apportées en différents temps, en lînurgogne, il ne s’est pas trouvé une seule bondrée; et je ne sais de quelle province est venue celle que nousavons au Cabinet du Roi. M. Salerue dit que, dans le pays d'Orléans, c’est la buse ordinaire qu'on appelle bondrée; mais cela n’empêche pas (|ue ce ne soient deux oiseaux différents.

La bondrée se tient ordmaireiuenl sur les arbres en plaine, pour épier sa proie. Elleprend les mulots, les grenouilles, les lézards, les chenilles cl les autres insectes. Elle ne vole guère que d arhre en arbre et de buisson en buisson, toujours bas et sans s'élever comme le milan, auquel du reste elle ressemble assez par le naturel, mais dont on pourra toujours la distinguer de loin et de prés, tant par son vol que par sa queue, qui n’est pas fourchue comme celle du milan. On tend des pièges à la bondrée, parce qu’en hiver elle est très-grasse et assez bonne à manger.

L’OISEAU SAIi\T-MARTIN,

ou LE BUSAUD SAINT-MARTIN.

Ordre des oiseaux de proie, famille des diurnes, genre faucon. (CuviEn.)

Les naturalistes modernes ont donné à cet oiseau le nom de faucon-lanier ou lankr cendré; mais il nous parait être non-seulement d’une espèce, mais d'un genre différent de ceux du faucon et du lanier. il est un peu plus gros qu’une corneille ordinaire, et il a proportionnellement le corps plus mince et plus dégagé; il a les jambes longues et menues, en quoi il diffère des faucons, qui les ont robustes et courtes, et encore du lanier, que Reion dit être plus court empiété qu’aucun laucon ; mais par ce caractère des longues jambes, il ressemble au jean-le-blanc * et à la soubuse. Il n a donc d'autre rapport au lanier que l’habitude de déchirer avec le bec tous les petis animaux qu’il saisit, et qu'il n’avale pas entiers, comme le font les autres gros oiseaux de proie. Il faut, dit M. Edwards, le ranger dans la classe des huicons à longues ailes : ce serait, à mon avis, plutôt avec les buses qu’avec les faucons que cet oiseau devrait être rangé; ou plutôt il hmt lui laisser sa place auprès de la soubuse, à laquelle il ressendtie par un grand nombre de caractères et par les habitudes naturelles.

Au reste, cet oiseau se trouve assez communément en France, aussi bien qu’en Allemagne et en Angleterre. M. Friseh a donné deux planches de ce même oiseau, n“* 79 et 80, qui ne diffèrent pas assez l’une de l’autre pour qu’on doive les regarder avec lui comme étant d’espèce différente; car les variétés qu'il remarque entre ces deux oiseaux sont trop légères pour ne les pas attribuer au sexe ou à l àge. M. Edwards, qui a aussi donné la ligure de cet oiseau, dit que celui de sa planche enluminée a été tué près de Londres; el il ajoute que quand on l'aperçut, il voltigeait autour du pied de quelques vieux arbres, dont il paraissait quelquefois frapper le tronc avec le bec et les serres, en continuant cependant à voltiger, ce dont on ne put découvrir la raison qu’apiès l’avoir tué et ouvert; car on lui trouva dans

* Belon n’Iiésite pas à dire qu’il est de la même espèce que le jean-le-blanc et en même temps il convient qu’il approche beaucoup du milan.

7!2 mSTOlHK ÎNATUHI'LI.K

rcï>l<)nmc une vingtaine de petits lézards, dceiiirés ou coupés en deux ou trois morceaux.

Eu comparant cct oiseau avec ce que dit Bclon de son second oiseau saint niartiu, on ne pourra douter que ce ne soit le même; et indépendamment des rapports de grandeur, de, figure et de coideur, ces habitudes naturelles de voler bas et de chertber avec avidité cl constance les petits reptiles, apparlienncut moins aux faucons et aux autres oiseaux nobles, qu’à la buse, à la barpaye et aux autres oiseaux de ce genre, dont les mœurs sont plus ignobles, et approcbcnl de celles des milans. Cct oiseau bien décrit et très-bien représenté par M. Edwards {planche 223) n’est pas, comme le disent les auteurs de la Zoologie brüannique, le licnharrier, dont ils ont donné la figure : ce sont des oiseaux différents, dont le prcnûer, que nous appelons, d'après Belon, Voiseau saint-marlin, a, comme je l’ai dit, été in- <li(pié par M JE Friscb et Brisson, sous le nom de faucon-lanitr et lanter cendré. Le second de ces oiseaux, qui est le subbuteo de Gessner, et que nous appelons soubuse, a été nommé aigle à queue blanche par Albin, et faucon à collier par M. Brisson. Au reste, les fauconniers nomment cet oiseau saint-marlin la harpaye-épervier . Uarpaye est parmi eux un nom généricjue, qu’ils donnent non seulement à l'oiseau saint-marlin, mais encore à la soubuse et au busard roux ou rousseau, dont nous parlerons dans la suite.

LA SÜUBI SE ♦.

(l.A SelBlSE COMJICXE.)

Ordre des discaux de proie, famille des diurnes, genre faucon. (Ccvir.ii.)

La soubuse ressemble à l’oiseau sainl-martin par le naturel cl les mœurs; tous deux volent bas pour saisir des mulots et des reptiles; tous deux entrent dans les basses-cours; fréquentent les colombiers pour prendre les jeunes pigeons, les poulets; tous deux sont des oiseaux ignobles, qui n’aitaquenl que les faibles, et dès lors on ne doit les appeler ni faucons ni laniei s, comme l’ont fait nos uomcnclalcurs. Je voudrais donc rctraneber de la liste des faucons ce faucon à collier, et ne lui laisser que le nom de soubuse, comme au lanier cendré celui d’oiseau saint-niartin.

Le mâle dans la soubuse est, comme dans les autres oiseaux de proie, considérablement plus petit que la femelle; mais l’on peut remarquer, eu les comparant, qu'il n’a point comme elle de collier, c’est-à-dire de petites [dûmes hérissées autour du cou. Celle différence, qui paraîtrait être un caractère spécifique, nous portait à croire que l’oiseau représenté {pl. 3) n’était pas le mâle de la soubuse femelle; mais de très-iiabiles fauconniers nous ont assuré la chose comme certaine, et, en y regardant de près, nous avons en efi'el trouvé les mêmes proportions entre la queue et les ailes, la meme distribution dans les couleurs, la même forme de cou, de léieelde bec, etc... ; en sorte que nous n’avons pu résister à leur avis. Ge qui sur cela nous rendait plus difficile c’est que presque] tous les naturalistes ont donné à la soubuse un ntàle tout différent, et qui est celui que nous avons

* Cuvier réunit à cette espèce les fal. cyaneus, albicaiis, \e fid cominiinis E. albus; Friscb. — Le fal. nioiilaiius B, le f(d. griscus, et même le fal. bobemicus de Gmcliii. ^l.inll., Syst nat.)

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