LE GERFAUT
Ordre des oiseaux de proie, famille des diurnes, genre faucon. (Cuvier.)
Le gerfaut, tant par sa figure que par le naturel, doit être regardé comme le premier de tous les oiseaux de la fauconnerie; car il les surpasse de beaucoup en grandeur : il est au moins de la taille de l’autour; mais il en diffère par des caractères généraux et constants, qui distinguent tous les oiseaux propres à être élevés pour la fauconnerie de ceux auxquels on ne peut pas donner la même éducation. Ces oiseaux de chasse nobles sont les gerfauts, les faucons, les sacres, les laniers, les hobereaux, les émerillons et les crécerelles : ils ont tous les ailes presque aussi longues que la queue; la première plume de l’aile appelée le cerceau, presque aussi longue que celle qui la suit; le bout de cette plume en penne ou en forme de tranchant ou de lame de couteau, sur une longueur d’environ un pouce à son extrémité; au lieu que, dans les autours, les éperviers, les milans et les buses, qui ne sont pas oiseaux aussi nobles, ni propres aux mêmes excercices, la queue est plus longue que les ailes, et cette première plume de l’aile est beaucoup plus courte et arrondie par son extrémité; et ils difl’érent encore en ce que la quatrième plume de l’aile est, dans ces derniers oiseaux, la plus longue, au lieu que c’est la seconde dans les premiers. On peut ajouter que le gerfaut diffère spécifiquement de l’autour par le bec et les pieds qu’il a bleuâtres, et par son plumage, qui est brun sur toutes les parties supérieures du corps, blanc taché de brun sur toutes les parties inférieures, avec la queue grise, traversée de lignes brunes. Cet oiseau se trouve assez communément en Islande, et il parait qu'il y a variété dans l’espèce; car il nous a été envoyé de Norwége un gerfaut qui se trouve également dans les pays les plus septentrionaux, qui diffère un peu de l'autre par les nuances et par la distribution des couleurs, et qui est plus estimé des fauconniers que celui d'Islande parce qu'ils lui trouvent plus de courage, plus d’activité et plus de docilité; et indépendamment de cette première variété, qui paraît être variété de l’espcce, il y en a une seconde qu'on pourrait attribuer au climat, si tous n'étaient
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pas également des pays froids. Cette seconde variété est le gerfaut blanc, qui dilTère beaucoup des deux premiers, et nous présumons que, dans ceux de IVorwége aussi bien que dans ceux d'Islande, il s'en trouve de blancs; en sorte qu'il est probable (pie c'est une seconde variété commune aux deux premières, et qu’il existe en effet dans l'espèce du gerfaut trois races constantes et distinctes, dont la première est le gerfaut d'Islande, la seconde le gerfaut de Norwége, et la troisième le gerfaut blanc ; car d'habiles fauconniers nous ont assuré que ces derniers étaient blancs dès la première année, et Conservaient leur blancheur dans les années suivantes; en sorte qu’on ne peut attribuer cette couleur à la vieillesse de l’animal ou au climat plus froid, les bruns se trouvant également dans le même climat. Ces oiseaux sont naturels aux pays froids du nord de l'Curope et de l'Asie; ils habitent en Russie, en Norwége, en Islande, en Tarlarie, et ne se trouvent point dans les climats chauds, ni même dans nos pays tempérés. C’est, après l’aigle, le plus puissant, le plus vif, le plus courageux de tous les oiseaux de proie; ce sont aussi les plus chers et les plus estimés de tous ceux de la fauconnerie. On les transporte d’Islande et de Russie en France, en Italie et jusqu'en Perse et en Turquie; et il ne parait pas que la chaleur plus grande de ces climats leur ôte rien de leur force et de leur vivacité. Ils attaquent les plus grands oiseaux, et font aisément leur proie de la cigogne, du héron et de la grue; ils tuent les lièvres en se laissant tombera plomb dessus. La femelle est, comme dans les autres oiseaux de proie, beancoiq) plus grande et plus forteque le màle;on appelle celui-ci tiercelet de gerfaut, qui ne sert dans la fauconnerie que pour voler le milan, le héron et les corneilles.
LE LAiMER.
(le FAL’CON lamer.)
Ordre des oiseaux de proie, famille des diurnes, genre faucon. (Cuvihh.)
Cet oiseau, qu’Aldrovandc appelle laniarius gallotum, et que Belon dit être naturel en France, et plus employé par les fauconniers qu’aucun autre, est devenu si rare, que nous n'avons pu nous le procurer; il n’est dans aucun de nos cabinets, ni dans les suites d’oiseaux coloriés par MM. Edwards, Frisch et les auteurs de la Zoologie britannj(|ue; Belon lui-rnèmc, qui en fait une description assez détaillée, n’en donne pas la ligure : il en est de même de Cessner, d'Aldrovande et des autres naturalistes modernes. MM. Brisson cl Salerne avouent ne l'avoir jamais vu : la seule représentation qu'on en ait est dans Albin, dont on sait que les planches sont très-mal coloriées. Il parait donc que le lanier, qui est aujourd'hui rare en France, l'a également toujours été en Allemagne, en Angleterre, en Suisse, en Italie, puisqu'aucun des auteurs de ces différents pays n’en a parlé que d'après Belon. Cependant il se retrouve en Suède, puisque M. Linnæus le met dans la liste des oiseaux de ce pays; mais il n’en donne qu’une légère description et point du tout l'histoire. Ne le connaissant donc que par les in(li(3alions de Belon, nous ne pouvons rien faire de plus que de les rapporter ici par extrait.
« Le lanier ou faucon lanier, dit-il, fait ordinairement son aire, en France, sur les plus hauts arbres des forêts ou dans les rochers les plus élevés. Comme il est d’un naturel plus doux et de mœurs plus faciles que les faucons ordinaires, on s’en sert communément à tous propos. Il est de plus petite corpulence que le faucon gentil, et de plus beau plumage que le sacre, surtout après la mue ; il est aussi plus court
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empiété que nul des autres faucons. Les fauconniers choisissent le lanicr ayant grosse tête, les pieds bleus et dorés. Le lanicr vole tant pour rivière que pour les champs ; il supporte mieux la nourriture de grosses viandes qu’aucun autre faucon. On le reconnaît sans pouvoir s'y méprendre; car il a le bec et les pieds bleus, les plumes de devant mêlées de noir sur le blanc, avec des taches droites le long des plumes, et non pas traversées comme au faucon... Quand il étend ses ailes, et qu’on ks regarde par-dessous, les taches paraissent différentes de celles des autres oiseaux de proie ; car elles sont semées et rondes comme petits deniers. Son cou est court et assez gros, aussi bien que son bec. On appelle la femelle lanier; elle est plus grosse que le mâle, qu'on nomme laneret : tous deux sont assez semblables par les couleurs du plumage, il n’est aucun oiseau de proie qui tienne plus constamment sa perche, et il reste au pays pendant toute l’année. On l’instruit aisément à voler et prendre la grue. La saison où il chasse le mieux est après la mue, depuis la mi-juillet jusqu’à la lin d’octobre ; mais en hiver il n’est pas bon à l’exercice de la chasse. »