I)L ROSSIGNOL
alors aucun do leurs pareils dans le terrain qu’ils se sont appro[)i‘ié; on croit que c’est alin d’avoir une chasse assez étendue pour subsislei’, eux et leur famille; et ce qui le prouve, c’est que la distance des nids est l)eaucoup moindre dans un pays où la nourriture abonde. Gela prouve aussi que la jalousie n’entre pour rien dans leurs motifs, comme quelques-uns l’ont dit; car on sait que la jalousie ne trouve jamais les distances assez grandes, et que l’abondance des vivres ne diminue ni ses ombrages ni ses précautions.
Chaque couple commence à faire son nid vers la fin d’avril et au commencement de mai : ils le construisent de feuilles, de joncs, de brins d’herbe grossière en dehors, de petites fibres, de racines, de crin, et d’une espèce de bourt'c en dedans; ils le placent à une bonne exposition, un peu tournée au levant, et dans le voisinage des eaux; ils le posent ou sur les branches les plus basses des arbustes, tels que les groscillers, épines blanches, pruniers sauvages, charmilles, etc., ou sur une touffe dnerbe, et même à terre au pied de ces arbustes; -c’est ce qui fait que leurs œufs ou leurs petits, et quelquefois la mère, sont la proie des chiens de chasse, des renards, des fouines, des belettes, des couleuvres, etc.
Dans notre climat, la femelle pond ordinairement cinq œufs, d’un brun verdâtre uniforme, excepté que le brun domine au gros bout, et le verdâtre au petit bout : la femelle couve seule; elle ne quitte son poste (pie pour chercher à manger, et elle ne le quitte que sur le .soir, et lor.s- (pi’elle (ist pressée par la faim : pendant son absence le mâle semble avoir l’œil sur le ni(J. Au bout de dix-huit ou vingt jours d’incubation, les petits commencent <à éclore. Le nombre des mâles est communément plus que double de celui des femelles : amssi lorsqu’au mois d’avril on prend un mâle apparié, il est bienràl remplacé auprès de la veuve par un autre, et celui-ci par un troisième; en sorte qu’après renlèvemcnt successif de trois ou quatre mâles, la couvée n’en va pas moins bien. La mère dégorge la nourriture à ses petits, comme font les femelles des serins; elle est aidée par le père dans cette intéressante fonction; c’est alors que celui-ci C(îsse de chanter, pour s’occuper sérieusement du soin de la famille : on dit même que durant l’incubation il chante rarement près du nid, de peur de le faire découvrir : mais lors(pi’ou approche de ce nid, la tendresse paternelle .se trahit par des cris (pie- lui arrache le danger de la couvtie et qui ne font que raugmenter. En moins de quinze jours les petits sont couverts de plumes, et c’ivst alors qu’il faut sevrer ceux qu’on veut élever : lorsqu’ils volent seuls, hvs père et mère recommencent une autre ponte, et afirès cette .seconde, une troisième; mais, pour que cette dei’iiière réussisse, il faut (pie les froids ne surviennent pas de bonne heure. Dans les pays chauds, ils font ju,squ’<à quatre pontes, et partout les dernières sont les moins nombreuses.
L’iiomme, qui ne croit po.sséder (pie lorsqu’il peut user et abuser de ce qu’il possède, a tr ouvé le moyen tic faire nicher les rossignols dans la prison ; le plus grand obstacle était l’amour de la liber té, qui est tr’èsvif dans ces oiseaux; mais on a su contr'ebalancer ce sentiment riatur'cl par' des sentiments au.ssi natur’els cl plus forts, le Iresoin d’aimer et de se reproduire, l’amour delà génilui-e, etc. On pre-nd un mâle et une femelle appar-iés, et on les lâche dans une grande volière, ou plutôt dans un coin de jar'din planté (l’ifa, de charmilles et autr es arbrisseaux, et dont on aura fait une volièr-e, en l'environnant de filets : c’est la manière la plus douce et la plus siire d’obtenir de leur race. On peut encore y réussir,
illSTOIlŒ NATLREJ.LLi
mais plus (lillicilcment, en plaçanl ce mâle et celte femelle dans im cabinet peu éclairé, chacun dans une cage séparée; leur donnant tous les jours a manj^er aux mêmes lieures; laissant rjuelqucfois les cages ouvertes afin qu ils lassent connaissance avec le cabinet, la leur ouvrant tout a lait au mois dhvi-il, pour ne la plus fermer, et leui' fournissant alors les matériaux qu’ils ont coutume d’employer à leurs nids, tels que lemlles de chêne, mousse, chiendent épluché, bourre de cerf, des crins, de la terre, de I cau; mais on aura soin de retirer l’eau cpiand la femelle couvera. On a aussi cherche le moyen d’établir des rossignols dans un endroit où il n’y en a point encore eu; pour cela on tâche de prendre le pere, la merc cl toute la couvée avec le nid; on transporte ce nid dans un site qu on aura choisi le plus semblable h celui d’où on l’aura enlevé; on tient les deux cages qui renlermcnt le père et la mère à portée des petits, jusqu’à ce qu’ils aient entendu leur cri d’appel : alors on leur ouvre la cage, sans se montrer; le mouvement de la nature les porte droit au lieu ou ils ont entendu crier leurs petits; ils leur donnent tout de suite la becquée; ils continueront de les nourrir tant qu’il sera néccssairc, cL loii pi‘(;tcnd C|uc laniioc sui\antc ils revipndront au incine enchoit. Ils y reviendront, sans doute, s’ils y trouvent une nourriture convenable et les commodités pour nicher; car sans cela tous les autres soins seraient à pure perte, et avec cela ils .seront à peu près superflus.
Si l’on veut elever soi-même de jeunes i‘os.signols, il faut préférer ceux de la première ponte, et leur donner tel instituteur que l’on jugera a propos : mais les meilleurs, à mon avis, ce sont d’autres rossignols, surtout ceux qui chantent le mieux.
Au mois d’août, les vieux et les jeunes quittent les bois pour se rajiprocher des biii.ssons, des haies vives, des terres nouvellement labourées, où il.s trouvent plus de vers et d’insectes; peut-être aussi ce mouvement général a-t-il quelque rapjaorl à leur prochain départ: il n’en reste point en France pendant l’iiiver, non plus qu'en Angleterre, en Allemagne, en Italie, en Grèce, etc. ; et comme on assure cfïi’il n’y en a point en Afrique, on peut juger qu’ils se retirent en A.sie. Cela esfd’autant plus vraisemblable que Ton en trouve en Perse, à la Chine et même au Japorij oii ils sont lort recherchés, puisque ceux qui ont la \oix belle s’y vendent, dit-on, ving^t cobangs. Ils son! généralement répaiidusdans toute l’Europe, jusqu’en Suède et en Sibérie, où ils chantent très-agréablement. Mais en Europe comme on Asie, il y a des contrées qui ne leur conviennent point, et ou ils ne s’arrêtent jamais; par exemple, le Bugev jusqu’à la hauteur de Nantua. une partie de la Hollande, l’Ecos.se, ('Irlande, la partie nord du pays de Galles et même de toute rAngloterre, excepté la province d’York; le pays des Dauliens aux environs de Deljmes, le royaume de Siam, etc. Partout ils sont connus pour des oiseaux voyageurs; et cette habitude innée est si forte en eux, que ceux que I on lient en cage s’agitent beaucoup au printemps et en automne, surtout la nuit, aux époques ordinaires marquiîes pour leurs migrations : il laut donc que cet instinct qui les porte à voyager, soit indépendant de celui qui les porte à éviter le grand froid et a chercher un pays où ils puissent trouvci- une nourriture convenable; car dans la cage ils n’éfirouvent ni froid ni disette, et cependant ils s’agitent.
Cet oi.seau apparlicnt à l'ancien continent, et quoique les missionnaires et les voyageurs parlent du ro.ssignol du Canada, de celui de la Louisiane, de celui des Antilles, etc., on sait que ce dernier est une e.specc de moqueur : que celui de la Louisiane est le même que celui des
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Antilles, puisque, selun le Page Diiprat, il se trouve ii la Martinique (‘t à la Guadeloupe- et l’on voit, par ce que dit le père Charlevoix de celui du (ianada, ou que ce n’est point un rossignol, ou que c’est un rossignol dégénéré. Il est possible en effet que cet oiseau, qui fréquente les parties septentrionales de l’Europe et de l’Asie, ait franchi les mers étroites qui, h cette hauteur, séparent les deux continents, ou qu’il ait été porté dans le nouveau par un coup de vent ou par quelque navire, et que trou\ ant le climat peu favorable, soit à cause des grands froids, soit <à cause do riiiunidite ou du défaut de nourriture, il chante moins bien au nord d(! rAméi’ique qu’en Asie et en Europe, de même qu’il chante moins bien en Ecosse qu’en Italie; car c’est une règle générale que tout oiseau ne chantequepeu ou pointdutout lorsqu’il souffre du froid, de la faim, etc.; et l’on sait d’ailleurs que le climat de l’Amérique, et surtout du Canada, n’est rien moins que favorable au chant des oiseaux : c’est ce qu’aura éprouvé notre rossignol trans[)lanté au Canada; car il est plus que probable qu’il s’y trouve aujourd’hui, l’indication trop peu circonstanciée du père Charlevoix avant été confirmée depuis par le témoignage positif d’un médecin résidant à Québec et de quelques voyageurs.
Comme les rossignols, du moins les males, pa.s.sent toutes les nuits du printemps h chanter, les anciens étaient persuad<-s qu’ils ne dormaient point dans cette saison; et de cette conséquence peu juste est née cette erreur que leur chair était une nourriture antisoporcuse, qu'il suffisait d’en meitre les cœurs cl les yeux sous l’oreiller d’une personne poui'lui donner une insomnie; enfin ces erreurs gagnant du terrain et pas.sant dans les arts, le ros.signol est devenu l’emblème de la vigilance. Mais les modernes, qui ont observé de plus près ces oiseaux, se sont aperçus que dans la saison du chant, ils dormaient pendant le jour, et que ce sommeil du jour, .surtout en hiver, annonçait qu’ils étaient prêts a reprendre leur rarhage. Non-seulcracnt ils dorment, mais ils rêvent, et d’un rêve de rossignol : car on les entend gazouiller à demi-voix et chanter tout bas. Au reste, on a débité beaucoup d’autres fables sur cet oiseau, comme on fait sur tout ce qui a de la célébrité : on a dit qu’une vipèroj ou, selon d’autres, un crapaud, le fixant lorsqu’il chante, le fascine par le s(îul ascendant de son regard, au point qu’il perd insensiblement la voix et finit par tomber dans la gueule béante du reptile. On a dit que les père et mère ne soignaient parmi leurs petits que ceux qui montraient du talent, et c|u’ils tuaient les autres, ou les laissaient périr d’inanition (il faut supposer qu’ils savent excepter les femelles). On a dit qu’ils chantaient beaucoup mieux lorsqu’on les écoutait que lorsqu’ils chantaient pour leur plaisir. Toutes ces erreurs dérivent d’une source commune, de l’habitude oü sont les hommes de prêtei' aux animaux leurs faiblesses, leurs passions et leurs vices.
Les rossignols qu’on tient en cage ont coutume de se baigner après qu’ils ont chanté : M. Hébert a remarque; que c’était la première chose qu’ils faisaient le soir, au moment où l’on allumait la chandelle. Il a aussi observé un autre effet de la lumière sur ces oiseaux, dont il est bon d’avertir : un mâle qui chantait très-bien, s’étant échappé de sa cage, s’élança dans le feu ou il périt avant qu’on pût lui donner aucun secours.
Ces oiseaux ont une espèce de balancement du corps qu’ils élèvent et abaissient tour à tour, et presque parallèlement au plan de position. Les mâles que j’ai vus avaient ce balancement singulier; mais une femelle que j’ai gardée deux ans ne l’avait pas : dans tous, la queue a un mouvement propre de haut en bas, fort marqué, et qui sans doute a donné
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occasion ù M. Ij’niiaHis de les ranger pai'iiii les hochequeues ou motucilles.
Les rossignols se cachcnl au plus épais des buissons : ils se nourrissent d’insectes aquatiques et autres, de petits vers, d’œufs ou plutôt de nymphes de lourmis; ils mangent aussi des figues, des baies, etc. : mais comme il serait dillicile de tournii' hal)ituellement ces sortes de nourritures a ceux que I on tient (‘n cage, on a imaginé dilFérentos pâtées dont ils s accommodent fort bien. Je donnerai dans les notes celle dont se sert un amateur de ma connaissance *, parce qu’elle est éprouvée, et j’ai vu un rossignol qui, avec celte seid(; nourriture, a vécu jusqu’à sa dix-septi(!nnc. année : ce vieillard avait commencé à grisonner dès l’âge de sept ans; à quinze, il avait des pennes entièrement blanches aux ailes et à la (jiieuc; ses jambes, ou plutôt scs tarses, avaient beaucoup grossi, par I accroissement extraordinaire qu’avaient pris les lames dont ces parties sont recouvertes dans les oiseaux; enfin, il av ait desespècesde nodus aux doigts comme les gontlenx, et on était obligé de temps en temps de lui rogner la pointe du bec supérieur ; mais il n’avait que cela des incommodités de la \ieille.sse; il (ïtait toujours gai, toujours chantant, comme dans son plus bel âge, toujours caressant la main qui le nourrissait. Il faut remarquer (}uc ce l'ossignol n’avait jamais été apparié ; l’amour semble abréger les jours, mais il les remplit; il remplit de plus le vœu de la nature ; sans lui les sentiments si doux do la paternité seraient inconnus ; enfin, il etend 1 existence dans l’avenir, et procure au moyen des générations qui se succèdent une sorte d'immortalité : grands et précieux dédommagements de quelques jours de tristesse et d’infirmités qu’il retranche peut-être à la vieillesse!
On a reconnu (juc les drogues échauffantes et les parfums excitaient les rossignols à chanlcr; que les ver's de farine et ceux du fumier leur convenaient lorsqu’ils étaient trop ^gras, et les figues loi'squ’ils étaient trop niaigres; enfin, que les araignées étaient pour eux un purgatif. On conseille de leur faire prendre tous les ans ce purgatif au mois d’avril : une demi-douzaine d’araignées sont la dose; on recommande aussi de ne leur rien donner de salé.
Lorsqu’ilsont avale qucinue chose d’indigeste, ils le rejettent sous la forme de pilules ou do petites p<dottcs, comme font les oi.seaux de proie; et ce sont en effet des oiseaux de proie très-petits, mais très-féroces, puisqu’ils ne vivent que d’èlres vivants. Il est vrai que Belon admire la providence (jviüs ont de n’avaler aucun petit ver f/ti’ils ne l’aient premièrement fait mourir; mais c’e.sl apparemment pour éviter la sensation désagréable que leur causerait une proie vivante, et qui pourrait continuer de vivre dans leur eslornacà leurs dépens.
Tous les pièges sont bons pour les rossignols; ils sont peu défiants.
M. Le Moine donne des pâlces difTerenles, selon les diffcrcnls âges. Celle du prenii' r âge esl conipiiscc deeœur de mouton, mie de pain, chcnevisel persil, parl'aileinenl piles et mêlés; il en fani Ions les joins de la nouvelle. La seconde consiste en parties égal' s d’oinelelle hachée et de mie de pain, avec une pincée de persil haché. J.a troisième est plus rotnpo.séo et demande plus de façon : prenez deux livres de hœiil maigre, une demi-livre de pois-chiclies, autant de millet jaune ou écorcé, de semence île pavot blanc et d’amandes douces, une livre de mief blanc, deux onces de fleur de farine, douze jaunes d’œufs frais, deux ou trois onces de beurre frais et un gros el demi de safran en poudre, le tout séché, chaulfé longleirips en remuant toujours, et réduit en une poussière tres-finc, passée au tamis de soie. Cette poudre se conserve cl sert pendant un an.
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quui»jiio assez liiiiides. Si ou les Ifîehe dans iin endroit ou il y a d autres oiseaux en cage, ils vont droit à eux, et c’est un luoycn, entre beaucoup d'autres, pour les attirer. Le chant de leurs camarades, le son des instruments de musique, celui d’une belle voix, comme on l’a vu plus haut, et même des cris désagréables, tels que ceux d’un chat attaché au pied d'un arbre, et que l’on tourmente exprès, tout cela les fait venir également. Ils sont curieux et meme badauds; ils admirent tout et sont dupes de tout. Üu les preml à la pipée, aux gluaux, avec le trébuchet des mésanges, dans des regingletles tendues sur la terre nouvellement remuée, où l'on a répandu des nyra])hcsde fourmis, des vers de farine, ou bien ce qui y ressemble, comme de petits morceaux de blancs d’œufs durcis, etc. il faiit avoir l’attention de faire ces reginglettes et autres pièges de meme genre avec du taffetas et non avec du filet, oti leurs plumes s’ernbarrassei-aient, et où ils en pourraient perdre quelques-unes, ce qui retarderait leur chant : il faut au contraire, pour l’avancer au temps de la mue, leur airachcr les pennes de la queue, afin que les nouvelles soient plus tôt revenues; car tant que la nature travaille à reproduire ces plumes, clic leur interdit le chant.
Ces oiseaux sont fort bons à manger lorsqu’ils sont gras, et le disputent aux ortolans : on les engrai.sse on Gascogne pour la table; cela rappelle la fantaisie d’Héliogabale, qui mangeait des langues de rossignols, de paons, etc., et le plat fameux du comédien Ésope, composé d’une centaine d’oiseaux tous recommandables par leur talent de chanter ou par celui de parler.
Comme il est fort essentiel de ne pas perdre son temps à élever des femelles, on a indiqué beaucoup de marques distinctives pour reconnaître les mâles : ils ont, dit-on, l’œil plus grand, la tète plus ronde, le bec plus long, plus large à sa base, .surtout oitant mi par-dessous ; le plumage plus haut en couleur, le ventre moins blanc, la queue plus toutï'ue et plus large lorsqu’ils la déploient : ils commencent plus tôt à gazouiller, et leur gazouillement est plus soutenu ; ils ont l’anus plus gonflé dans la saison (le rarnour, et ils se tiennent longtemps en la môme place, portés sur un seul pied; au lieu que la femelle court çà et là dans la cage. D’autres ajoutent que le mâle a à chaque aile deux ou trois pennes dont le côté extérieur et apparent est noir, et que ses jambes, lorsqu’on regarde la lumière au travers, paraissent rougeâtres, tandis que celles de la femelle paraissent blanchâtres. Au reste, cette femelle a dans la queue le même mou\cmcnt que le mâle, et lorsqu’elle est en joie elle sautille comme lui, au lieu de marcher. Ajoutez à cela les didércnces intérieures qui sont plus décisives. Les mâles que j’ai disséqués au printemps avaient deux testicules fort gros, de forme ovoïde : le plus gros des deux (car ils n’claient pas égaux) avait trois lignes et demie de lon;^, sur deux de large, l.’ovaire des femelles que j’ai observées dans le meme temps contenait des œufs de différentes grosseurs, depuis un quart de ligne jusqu’à une ligne de diamètre.
Il s’en faut bien que le plumage de cet oiseau réponde à son ramage : il a tout le dessus du corps d’un brun plus ou moins roux; la gorge, la poitrine et le ventre, d’un gris blanc; le devant du cou d’un gris plus foncé; les couvertures inférieures de la (lueue et des ailes d’un blanc roussâtre, plus lonssâtre dans les mâles; les pennes des ailes d’un gris brun tirant au roux; la queue d’un brun plus roux; le bec brun, les pieds aussi, mais avec une teinte de couleur de chair; le fond des plumes cen- , dré foncé.
ll'i ' HlSTüIHK NATLRKLL[<:
Oa pi clcad que les rossignols qui sonl nés dans les conlrées méridionales onl le plumage plus obscur, et que ceux des contrées septentrionales ont plus de blanc. Les jeunes mâles sont aussi, dit-on, plus blancliâtres que les jeunes lemclles, et en général la couleur des jeunes est plus variée avant la mue, c’est-à-dire a\ant la fin de juillet; et elle est si semblable à celle des jeunes rouges-queues, qu’on les distingueiait à peine s’ils n’avaient pas un cri dilTérent; aussi ces deuxespèces sont-elles amies.
l.ongneur totale, six pouces un quart; bec, Jiuit lignes, jaune dexlans, ayant une grande onvertnre, les bords de la pièce supérieure éehancréîs près de la pointe; tarse, un nonce; doigt extérieur, uni à celui du milieu par sa base; ongles déliés, le postérieur le plus fort de tous; vol, neuf nonces; queue, trente lignes, composée de douze pennes : elle dépasse les ailes do seize lignes.
Tube intestinal,'" du ventricule à l’anus, sept pouces quatre lignes; oesophage, près de deux pouces, se dilatant en une espèce de poche glanduleuse avant son insertion dans le gésier; celui-ci musculeux: il occupait la partie pauche du bas-ventre, n’était point recouvert par les intestins, mais seuh'ment par un lobe du foie; deux trè.s-petits cæcum; une vésicule du fiel ; le bout de la langue garni de filets et comme tronqué, ce cnii n’était pas ignoré des anciens et peut avoir donné lieu à la fable de Pliilomèlc qui eut la langue coupée.
Variélés du rossignol.
I. J.E GKAND ROSSiG.xoL OU BEG-Fi\ PHILO, MELE. Il cst Certain qu’il y a variété de grandeur danscette espèce : mais il y a beaucoup d’incertitudes et de contrariétés dans les opinions des naturalistes sur les endroits où se trouvent Ics^ grands rossignols ; c’est dans les plaines et au bord des eaux, selon Schwenckfcld, qui assigne aux petits les coteaux agréables ; c’est dans les forêts, selon Aldrovandc; selon d’autres, au contraire, ceux qui habitent les forets sèches, cl n’ont que la pluie et les gouttes de rosée pour se désaltérer, sont les plus petits, ce qui est très-vraisemblable. En Anjou il est une race de rossignols beaucoup plus gros que les autres, laquelle se tient et niche dans les charmilles; les petits se plaisent sur les bords des ruisseaux et des éUmgs. IM. Friseh parle aussi d’une race un peu plus grande que la commune, laquelle chante plus la nuit, et même d’une manière un peu dilTérente. Enfin, l’auteur du Traité duJiossignol admet trois races de rossignols : les ioieux' chantants dans les buissons à portée des eaux ; les moyens dans les plaines; et les plus petits de tous sur les montagnes. II résulte de tout cela qu’il existe une race, ou, si l’on veut, des racés de grands rossignols, mais qui ne sont point attachées à une demeure bien fixe. Le grand rossignol est le plus commun en Silésie; il a le plumage cendré avec un mélange de roux, et il passe pour chanter mieux que le petit.
IL Le rossigxol blanc. Cette variété était fort rare à Rome : Pline rapporte qu’on en fit présenta Agrippine, femme de l’empereur Claude, et que l’individu qui lui fut offert coûta six mille sesterces, que Budé évalue à quinze mille écus de notre monnaie, sur le pied où elle était de
* Proprium liisciiiiæ et alricapillæ iil siimmœ linguæ aciimine careanl. Aristote. Hisl. animal., lib. IX, cap xv. An reste, il faut remarquer que suivant les Grecs, qui sont ici les auteurs originaux, ce fut Progné qui fut métamorpliosée en ro.ssigriol. et Pliilotnèle, sa sœur, en hirondelle; ce sont les écrivains latins qui ont changé ou brouillé les noms, et leur erreur a passé en force de loi.
T.AFAI;V£TTE grise.