DU JASPE
Le jaspe n’est qu’un quaiTz plus ou moins pénétré de parties métalliques; elles lui donnent les eoulcurs et rendent sa cassure moins netle que celle du quartz; il est aussi plus opaque ; mais, comme à la couleur prés, le jaspe n’est composé que d’une seule substance, nous croyons qu’on peut le rcgai’der comme une soi-îe de quartz, dans lequel il n’est entré d’autres mélanges que des vapeurs métalliques; car du reste le jaspe comme le quartz résiste à l’action du feu et à celle des acides; il étincelle de même avec l acicr ; et s’il est un peu moins dur que le quartz, on peut encore allribuer cette dilTérenee à la grande quantilé de ces mêmes parties métalliques dont il est imprégné *. l.iC quartz, le jaspe, le mica, le feld-spalli et le schorl, doivent être regardés comme les seuls verres primitifs; toutes les autres matières vitreuses en grandes masses, telles que les porphyres, les granits et les grès, ne sont que des mélanges ou débris de ces mêmes verres qui ont pu, en se combinant deux à deux, former dix matières différentes **, et combinées trois à trois, ont de même pu former encore dix autres matières ***, et enfin, combinées quatre à ([ualre ou inêlées toutes cinq ensemble, ont encore pu former cinq matières dilfcrentcs ****.
Quoique tous les jaspes aient la cassure moins brillante que celle du quartz, ils reçoivent néanmoins également le poli dans Ions les sens : leur tissu très-serré a retenu his atomes métalliques dont ils sont colorés, et les métaux ne se Irouvanl en grande quantité qu’en quelques endroits du globe, il n’est pas surprenant qu’il 3 ait dans la nature beaucoup moins de jaspe que de quariz ; car il fallait [lour former les jaspes, cette circonstance de plus, c’est-à-dire un grand nombre d’exhalaisons
* Le jaspe, selon M Démeste, n’est qu’une sorte Je quartz : o Les jaspes, dit-il, sont des « mii.sscs quartzeuses, opaques, très-dures, et qui varient ljeiiU( OU|) par les couleurs : ils se « rencontrent p.ir filons, et forment même quelquefois des rochers fort considérables ; le jaspe » a presque toujours un uùl gr.is et luisant à sa surface, a Lettres .'i M. le docteur Bernard, tome I, page 4aU.
** 1“ Quariz et jaspe; 2° quartz et mica; 5" quariz et feld-spatli; l''(inartz et schorl; 5° jaspe et mica ; (>° jaspe et feld-spath; 7" jaspe et schorl; 8“ mica et feld-spalli; 0“ mica et schorl; 10“ fcid -spath et schorl.
1" Quartz, jaspe et mica ; 2“ quartz, jaspe et fcld-spalh ; 5“ quartz, jaspe et schorl; io quartz, mica et feld-spath; l)“ quartz, mica et schorl; 6" quartz, feld-spath et schorl; 7° jaspe, mica et feld-spath ; 8" jaspe, mica et schorl ; 9“ jaspe, fehl-spiith et schorl; 10" mica, feld-spath et schorl.
lo Quartz, jaspe, mica et fchl-Sjialh; 2° quartz, jaspe, mica et schorl; .3° quartz, jaspe, feld-spath et schorl; 4” jaspe, mica, feld-spath et schorl; enfin, quartz, jaspe, mica, feldspath et schorl; en tout vingt-cinq combinaisons ou matières differentes.
métalliques, qui iie pouvaient être sublimées que dans les lieux abondants en métal. L’on peut donc présumer que c’est par cette raison qu’il y a beaucoup moins de jaspes que de quartz, et qu’ils sont en masses moins étendues.
-Mais de la même manière que nous avons distingué deux états dans le quartz, l’un très-ancien produit par le feu primitif, et l’autre plus nouveau occasionné par la stillation des eaux; de même nous distinguelons deux états dans le jaspe : le premier, où comme le quartz, il a été formé en grandes masses *, dans le temps de la vitrification générale ; elle second où la stillation des eaux a produit de nouveaux jaspes aux epens des premiers, et ces nouveaux jaspes étant des extraits du jaspe juiuiitif, comme le cristal de roche est un extrait du quartz, ils sont pour la plupai-t encore plus purs et d’un grain ])lus tin que celui dont ils tirent leur origine. Mais nous devons ren\'oyer à des articles |)articuliers 1 examen des cristaux de roche et des autres pierres vitreuses, opaques on transparent s, (jue nous ne regardons que comme des staaclitcs du quartz, du jaspe et des autres matières primitives ces substances secondaires, (juoique de même nature que les premières, U ayant été produites que pai’ l’intermède de l’eau, ne doivent être considérées qu’après avoir examiné les matières dont elles tirent leur ori-
gine, et qui ont été formées (lar le feu primitif. Je ne vois donc dans toute la nature que le quartz, le jaspe, le mica, le feld-spath et le schorl, QU on [misse regarder comme îles matières simples ou presque simples, auxquelles on peut ajouter encore le grès pur, qui n’est qu’une agrégation de grains quartzeux, et le talc qui de même n’est composé que
M. Fcrber a vn (à Florence, dans le cabinet de M. Targioiii Tozzetti) du jaspe rouge sangmii, veiné de blanc, provenant de Barga, dans les Apennins de la Toscane, oii .les couches considéi ables. et même des montagnes entières sont, dit-il, lormécs de jaspe.
es muis de la Capcila di San-Lorenzo. à Florence, sont revêtus île très-belles et grandes plaques de ce jaspe, qui prend très-bien le poli.
Un peu au-dessous du château de Slnnia.ri i j o-
* . ‘'ans le pays de Sienne, est la montagne di Mon-
tieri, formée de schiste micacé: on v trouve .
> , } '1 ""tiennes minières d’argent, de cuivre et de
plomb, et une grande conelie, au moins de trois toises d’épaisseur, d’un gros jaspe rouge, qui s’étend jusqu’au castclio di ficrfalcoj mais ce lit, étant composé de plusieurs petites couches minces, qui ont beaucoup de feules, on ne peut pas s’en servir. Lettres sur la .Alinéralogie, etc., page 109.
Xota. Le jaspe rouge dans lequel M. Ferber dit avoir vu des coquilles pétriliées est cerlaineinent un de ces jaspes de seconde formation. Voyez scs Lettres sur la Minéririogie, etc , P^o® 19; il s explique lui-méme de manière à n’en laisser aucun doute : « La superficie des ^ montagnes calcaires des environs de Uresciii, dit-il, (page 3.’i) est composée de petites cou- « nom ^®*<l»ell>'s on découi re du jaspe, de la pierre à fusil de couleur rouge et noire; on
« pétriTd ‘^““‘^hes la scaglia : c’est dans ces environs qu’on vient de trouver des coquilles est une ni***"* i*®P® muge mélé de quartz. « Ce jaspe, produit dans des couches calcaires,
surla Minéra^Tle"^™""'*’ ®‘'ex avec lequel il se trouve. Voyez les memes Lettres
JIÏSTOIRE XATLRELLE
de pailleUes niicacécs. Nous séparons donc de ces veri'es priinilifs Ions leurs produits secondaires, tels que les cailloux, agates, cornalines, sardoines, jaspes agalées et autres pierres oj)aques ou demi-transparentes, ainsi que les cristaux do roche et les jjicrres pi-écieuses, parce qu’elles doivent être mises dans la classe des subslances de dernière formation.
Le jaspe primifif a été produit par le feu presque en même temps que le quarlz, et la nature montre clle-mènie en quelques endroits comment elle a formé le jaspe dans le (juartz *. « On voit dans les Vosges lor- « raines, dit un de nos plus habiles natiiralisles, une montagne où le <1 jaspe traverse et serpente entre les masses de quartz par larges veines « sinueuses, qui représentent les soupiraux i)ar lesquels s’exhalaient les <1 sublimations niélaili(|ues ; car tontes ces veines sont diversement « colorées, cl pai-loul où elles commencent à prendre des couleurs, la « pâle (|uarlzeuse s’adoucit et semble se fondi’c en jaspe ; en sorte qu’on
i)eut avoir dans le mènie échaidillon, et la matière quarlzeuse et le Cl lilon jas|)é. Ces veines de jaspe sont de différentes dimensions j les « unes sont larges de plusieurs pieds, et les antres seulement de quelci qiies pouces : et partout où la veine n’est pas pleine, mais laisse quel- II (jues bouillons ou interstices vides, on voit de belles cristallisations Cl dont plusieurs sont colorées. On peut contempler en grand ces effets Cl de la nature dans cette belle montagne : elle est coupée à pic, par dif- « férents groupes, sur trois ou quatre cents pieds de hauteur ; et sur IC scs lianes couverts d’énormes quartiers i-ompus et entassés, comme Il de vastes ruines, s’élèvent encore d’énormes pyramides de ce même Il rocher, tranché et mis à pic du côté du vallon. Cette montagne, la Cl dernière des Vosges lorraines, sur les contins de la Franche-Comté, à Il l’entrée du canton nommé le Faldajol**, fermait en effet un v'allon Il très-profond, dont les eaux par un effort terrilde, ont rompu la baril rière de roche, et se sont ouvert un passage au milieu de la masse de Il la montagne, dont les hautes ruines sont suspendues de chaque côté. CI Au fond coule un torrent, dont le bruit accroît l’émotion qu’inspire Il l’aspect menaçant, et la sauvage beauté de cet antique temple de la Il nature, l’un des lieux du monde peut-être où l’on peut voir une des Il plus grandes coupes d’une montagne vitreuse, et contempler plus Il en grand le travail de la nature dans ces masses primitives du Il globe Il
On trouve en Provence, comme en Lorraine, de grandes masses de
* M. l’abbé Bexon, grand-chantre do la Sainte-Chapelle de Paris.
Les gens du pays nomment la montagne Chananmx, et sa vallée les Vargottes; elle est située à deux lieues au midi de la ville de Uemiremont, et une lieue à l’orient du bourg de Plombières, fameux par ses eaux minérales chaudes.
**’' Mémoires sur l’Histoire naturelle de la Lorraine, communiques par M. l’abbé Bexon.
jaspe, parliculièremenl dans la forêt de rEsterclIe; il s’eu trouve encore plus abondamment eu Allemagne, en Bohême, en Saxe, et notamment a Fieyberg *. yjj jgg tables de trois pieds de longueur, et l’on
ui a assuré qu’on en avait tiré des morceaux de huit à neuf pieds dans une carrière de l’archevêché de Saltzbourg.
Il y a aussi des jaspes en Italie **, en Pologne, aux environs de Varsovie et de Grodno***, et dans plusieurs autres contrées de l’Europe. On on retrouve en Sibérie; il y a meme près d’Argun **** une montagne entière de jaspe vert : enlin on a reconnu des jaspes jusqu’au Groën- • Quelques vo}"ageurs m’ont dit (ju’il y en a des montagnes enlieres dans la Haute-Egypte, à quelques lieues de distance de la ri\ e oiieiitalc du Nil. H s’en trouve dans plusieurs endroits des grandes
On .idmire dans une salle du Trésor royal de Dresde dit M. Kesler, un dessus de tuhle ^ Jaspe traversé de belles veines de cristal et d’améthyste ; ce jaspe se trouve à quatre milles tesi e, dans le territoire de Frcyberg : il n’y a que peu d’années qu’on le reconnut pour <iu il est; autrclois les paysans se servaient souvent de pierres semblables, pour faire les nus dont ils ont coutume d’entourer quelques-unes de leurs tciTcs. Journal étranger, mois
doaobrcl7üo,pagcl6(i.
On trouve dans les églises, dans les palais et les cabinets d’antiquités de Homo et d’autres villes d’Italie : o , e l
Le diuspro sanguigno ou hcilotropio, qui est oriental; il est vert avec de petites taches couleur de sang ;
- Piaspi O rosso : on tire la majeure partie de ce jaspe de la Sicile et de Barga, en Toscane; 'lui soit antique;
n Diaspro giallo : il est brun jaunâtre, avec de petites v^eine ondulées vertes et blanches ; Diaspro fiorito reticellato : il est très-beau, te fond est blanc, transparcnl, agatisé, avec tes taches brunes foncées, plus ou moins grandes, irrégulières, et des raies ou rubans de la intme couleur ; les taches sont entourées d’une ligne blanche opaque, couleur de lait, et quel quclois jaune. On voit dans la belle maison de campagne de Mondragone et autre (lart, de trèse les tables composées de plusieurs petits morceaux réunis de cette espèce do pierre; elle est que et tiès-iaie : on a aussi du diaspro fiorito de Sicile, d’Espagne et de Constantinople, qui ressemble au diaspro fiorito réticcllato. Lettres sur la Minéralogie, par M. Eerber, pages oob et 536.
Mémoire de M. Guettard, dans ceux de l’Acudémic des Sciences, année 1762, page 245. *”* « Il y a en Sibérie une montagne de jaspe, située sur un faux bras de l’Arguu; nous U montâmes cette montagne avec beaucoup de peine, parce qu’elle est fort rapide : elle est '< composée d’un beau jaspe vert; mais elle est fort entremêlée do pierres sauvages, et l’on « trouve rarement des morceaux de trois livres pesant qui soient sans crevasses cl purs; car » quoiqu’on rencontre quelquefois des morceaux d’un à deux pieds, ils se fendent eu long et “ en large, étant exposés pendant quelques jours au grand air. On s’est donné jusqu’à présent “ bien des peines inutiles pour trouver de plus gros morceaux dont on pût faire des colonnes, des tables, etc. ; il semble, par la même raison, qu’on n’a guère d’espérance d’être plus heureux dans la suite ; on voit sur toute la montagne, par-ci par-là, des carrières dont ou a le anciennement plusieurs milliers de livres de celte pierre précieuse. » Voyage en Sibérie,
l’'"’''»Gmeli„,tomoII,page8l
des veine
uin * ^ dans les montagnes du Groënland, du jaspe, soit jaune, soit rouge, avec
niits une blancheur transiiarcnte. Histoire générale des Voyages, tome XIX, page 29.
HISTOIRE NATURELLE
Indes, ainsi qu’à la Chine *, et dans d’autres provinces de l’Asie j on en a vu de même en assez grande quantité et de plusieurs couleurs différentes dans les hautes montagnes de l’Amérique
Plusieurs jaspes sont d’une seule couleur verte, rouge, jaune, grise, brune, noire et même blanche, et d’autres sont mélangés de ces diverses couleurs; on les nomme /ospes tachés, jaspes veinés, jaspes fîeutis, etc. Les Jaspes verts et les rouges sont les plus coininuns; le plus rare est le jaspe sanguin qui est d’un beau vert foncé avec de petites taches d’un i-ouge vif, et semblables à de,s gouttes de sang, et c’est de tous les jaspes celui qui reçoit le i)lus beau poli. Le jaspe d’un beau rouge est aussi fort rare, et il y eu a de seconde formation, puisqu’un morceau de ce jaspe rouge, cité par M. Eerbcr, contenait des impressions de coquilles***. Tous les jaspes (jui ne sont pas purs et simples, et qui sont mélangés de matières étrangères, sont aussi de seconde formation, et l'on ne doit pas les confondre avec ceux qui ont été produits par le feu primitif, lesquels sont d'une substance uniforme, et ne sont ordinairement que d’une seule couleur dans toute l’épaisseur de leur masse.
Le jade que plusieurs naturalistes ont regardé comme un jaspe, me paraît approcher beaucoup plus de la nature du quartz **** ; il est aussi dur, il étincelle de même par le choc de l’acier ; il résiste également aux acides, à la lime et à l’action du feu; il a aussi un peu de transparence;
’ Le jaspe est fori, recherché à la Chine.... on en fait des vases.... et diverses sortes de bijoux... Ce jaspe se nomme f/i«sc dans le p.ays. On en distingue de deux espèces, dont rmie, qui est précieuse, est une sorte de gros cailloux qui se pêche dans la rivière de Kolau, près de la ville royale de Kashgar...; l’autre sorte .le tire des carrières pour être sciée en pièces d’environ deux pouces de large. Ilist. génér. des Voyages, tome VU, page 4ia. — Les montagnes de Tsengar, situées à l’une des extrémités septentrionales du Japon, fournissent des cornalines et du jaspe. Ibid., toineX, page 6156.
Entre les minéraux de la Nouvelle-Espagne, on vante une e.spèee de jaspe que les Mexicains nomment ezlell, de couleur d’herbe, avec quelques petites taches de sang... Il s’en trouve une autre qu’ils appellent izttia, yolli qnniializlli, moucheté de blanc... une troisième nommée Hiaijvlic, de couleur plus obscure et sans taches, mais plus pesant, qui, appliquée sur le nombril, guérit les plus douloureuses coliques (ceci est vraisemblablement lejude,(|u’on a nommé pierre népltrélk/ite)... Les montagnes de Gontacomapa et de Gualtcpequc, à peu de distance de Chiautla, au Mexique, fournissent un beau jaspe vert, qui approche du porphyre. Hist. génér. des Voyag., tome XH, page W... Le gouvernement de Sainte-Marthe a des carrières de jaspe et de porphyre qui se Irouvont dans la province de Tairona. Ibid., tome XIV, page 40li.
O Le r. Vigo, dominicain, à Morano,près de Venise, me lit voir, outre les coquilles pétriu fiées dans du jaspe rouge mêlé de quartz des environs de Brescia..., des pétrifications et O impressions de cornes d’Animon dans une pierre de corne ou pierre à fusil grise de l’île O Cérigo, dans l’Archipel, qui appartient aux Yénitieus. n Lettres sur la Minéralogie, par M. Fcrber, page 33.
M.dc Saussure dit avoir remarqué dans certains granits que le quartzy semble changer de nature, devenir plus dense et plus compacte, et prendre, par gradations, les caractères du jade. Voyage dans les Alpes, tome 1, page 104.
R esl doux au toucher et ne prend jamais qu’uii poli gras *. Tous ces caractères convicimcnt mieux au quartz qu’au jaspe, d’autant plus que ^ous les jades des grandes Indes et delà Chine, sont blancs ou hlanchà- *es comme le quartz; et que de ces jades blancs au jade vert, on trouve * nuances du blancs au verdâtre et au vcid. On a donné à ce Ja( e vert le nom de pierre des Àmazones, parce qu'on le trouve en grande *inantité dans ce tleuv e qui descend des hautes montagnes du Pérou, et cntiaine, ces morceaux de jade avec les débris du quartz et des granits qni loi me la masse de ces montagnes primitives.