DE LA FORMATION DES PLANÈTES
sur la distance de la terre ad soleil.
J ai dit que la terre est située à trente millions de lieues du soleil, et c’était en effet l’opinion commune des astronomes en 1743, lorsque j’ai écrit ce traité de la formation des planètes : mais de nouvelles observations, et surtout la dernière, faite en 1769, du passage de V énus sur le disque du soleil, nous ont démontré que celle distance de trente millions doit être augmentée de trois ou quatre millions de lieues; et c’est par celte raison que, dans les deux mémoires de la partie bypolhétique de cet ouvrage, j’ai toujours compté trente-trois millions de lieues, et non pas trente, pour la distance moyenne de la terre au soleil. .le suis obligé de faire cette renmr(|ue, afin qu’on ne me mette pas en opposition avec moi-mème.
Je dois encore remarquer ipie, non-seulement on a reconu, par les nouvelles observations, que le soleil était à quatre millions de lieues de plus de distance de la terre, mais aussi qu’il était plus volumineux d’un sixième, et que, par conséquent, le volume entier des planètes n’est guère que la huit centième partie de celui du soleil, et non pas la six cent cinquantième partie, comme je l’ai avancé, d’après les connaissances que nous avions en 1743 sur ce sujet ; cette différence en moins rend d’autant plus plausible la possibilité de cette projection de la matière des planètes hors du soleil.
Srn LA MATIÈRE DU SOLEIL ET DES PLAMÉTES.
J'ai dit que la matière opaque qui compose le corps des planètes fut réellement séparée de la matière Inmineusc qui compose le soleil.
Cela pourrail induire en erreur : e.ar la matière des planètes, au sortir du soleil, était aussi lumineuse que la matière même de cet astre; et les planètes ne sont devenues opaques, ou, pour mieux dire, obscures, que quand leur état d incandescence a cessé. J’ai déterminé la durée de cet état d’incandescence dans plusieurs matières que j'ai soumises à l’expérience, et j’en ai conclu, par analogie, la durée de l'incandescence de chaque planète dans le premier mémoire de la partie hypolliéti(|ue.
Au reste, comme le torrent de la matière projetée par la comète hors du corps du soleil a traversé rimmensc atmosphère de cet astre, il en a entraîné les parties volatiles, aériennes et aqueuses qui forment aujourd'hui les atmosphères et les mers des planètes. Ainsi l'on peut dire qu’à tous égards la matière dont sont composées les planètes est la même que celle du soleil, et qu’il n’y a d’autre différence que par le degré de chaleur, extrême dans le soleil, et plus ou moins attiédie dans les planètes, suivant le rapport composé de leur épaisseur et de leur densité.
sua LE B APPORT DE LA DENSITÉ DES PLANÈTES AVEC LEUR VITESSE.
J’ai dit qu’ew suivant la proportion de ces rapports, la densité du gZoôe de la terre ne devrait être que comme SORv/is au lieu d’étre comme 400.
Cette densité de la terre, qui se trouve ici trop grande relativement à la vitesse de son mouvement autour du soleil, doit être un peu diminuée, par une raison qui m'avait échappé : c’est que la lune, qu’on doit regarder ici comme faisant corps avec la terre, est moins dense dans la raison de 702 à 1000, et que le globe lunaire faisant un quarante-neuvième du volume du globe terrestre, il faut par conséquent diminuer la densité 400 delà terre, d abord dans la raison de 100 à 702, ce qui nous donnerait 281, c’est-à-dire 119 de diminution sur la densité 400, si la lune était aussi grosse que la terre; mais comme elle n’en fait ici que la quarante-neuvième partie, cela ne produit qu’une diminution de 110^49 ou 2 s^7 ; et, par conséquent, la densité de notre globe relativement à sa vitesse, au lieu de 206 ’?i8, doit être estimée 206 7;i8-i-2 1^7. c’est-à-dire à peu près 209 D’ailleurs, on doit présumer que notre globe était moins dense au commencement qu il ne lest aujourdhui, et qu il lest devenu beaucoup plus, d’abord par le refroidissement, et ensuite par l’affaissement des vastes cavernes dont son intérieur était rempli. Cette opinion s’accorde avec la connaissance que nous avons des bouleversements qui sont arrivés, et qui arrivent encore tous les jours à la surface du globe, et jusqu’à d’assez grandes profondeurs. Ce fait aide même à expliquer comment il est possible
que les eaux de la mer aient autrefois été supérieures de deux mille toises aux parties de la terre actuellement habitées; car ces eaux la couvriraient encore si, par de grands affaissements, la surface de la terre ne s'était abaissée en différents endroits pour former les bassins de la mer et les autres réceptacles des eaux, tels qu’ils sont aujourd’hui.
Si nous supposons le diamètre du globe terrestre de 2865 lieues, il en avait deux de plus, lorsque les eaux le couvraient de 2000 toises de hauteur. Cette différence de volume de la terre donne 1^471 d’augmentation pour sa densité, par le seul abaissement des eaux : on peut même doubler et peutêtre tripler cette augmentation de densité ou cette diminution de volume du globe, par l’affaissement et les éboulements des montagnes, et par le remblais des vallées; en sorte que, depuis la chute des eaux sur la terre, on peut raisonnablement présumer qu’elle a augmenté de plus d’un centième de densité.
SUR LE RAPPORT DONNÉ PAR NEWTON ENTRE LA DENSITÉ DES PLANÈTES ET LE DEGRÉ DE CHALEUR QD’eLLES ONT A SUPPORTER.
J’ai dit que, malgré la confiance que méritent les conjectures de Newton, lu densité des planètes a plus de rapport avec leur vitesse qwavec le degré de chaleur quelles ont à supporter.
Par l'estimation que nous avons faite, dans les mémoires précédents de l’action de la chaleur solaire sur chaque planète, on a dû remarquer que cette chaleur solaire est en général si peu considérable, qu’elle n’a jamais pu produire qu'une très-légère différence sur la densité de chaque planète; car l’action de cette chaleur solaire, qui est faible en cllc-mème, n'influe sur la densité des matières planétaires qu’à la surface même des planètes, et elle ne peut agir sur la matière qui est dans l’intérieur des globes planétaires, puisque cette chaleur solaire ne peut pénétrer qu’à une très-petite profondeur. Ainsi la densité totale de la masse entière de la planète n'a aucun rapport avec cette chaleur qui lui est envoyée du soleil.
Dès lors il me paraît certain que la densité des planètes ne dépend en aucune façon du degré de chaleur (jui leur est envoyé du soleil, et qu’au contraire cette densité des planètes doit avoir un rapport nécessaire avec leur vitesse, la(iuclle dépend d’un autre rapport, qui me paraît immédiat : c’est celui de leur distance au soleil. Nous avons vu que les parties les plus denses se sont moins éloignées que les parties les moins denses, dans le temps de la projection générale. Mercure, (|ui est composé des parties les plus denses de la matière projetée bois du soleil, est resté dans le voisinage de cet astre; tandis que Saturne, (jui est composé des parties les plus légères de cette même matière projetée, s’en est le plus éloigné. Et comme les planètes les plus distantes du soleil circulent autour de cet astre avec plus de vitesse que les planètes les plus voisines, il s’ensuit que leur densité a un rapport médiat avec leur vitesse, et plus immédiat avec leur distance au soleil. Les
distancesdes six planètes au soleil sont coinnie 4, 7, 10, la, 52, 93; leurs densités, comme ao4o, ia70, looo, 7.30, aaa, isi.
Et si l’on suppose les densités en raison inverse des distances, elles seront 2040, 1160, 889 660, 210, 159. Ce dernier rapport entre leurs den-
sités respectives est peut-être plus réel que le premier, parce qu’il me paraît fondé sur la cause physique qui a dû produire la diiïércnce de densité dans chaque planète.
PREUVES
DE LA