‹ Œuvres complètes de Buffon avec des extraits de Daubenton, et la classification de CuvierChapitre 68 sur 93 · SUR LES CAVERNES FORMÉES PAR LE FEU PRIMITIF · texte numérisé non relu

SUR LES CAVERNES FORMÉES PAR LE FEU PRIMITIF

,Te n’ai parlé, dans ma Théorie de la terre, que de deux sortes de cavernes, les unes produites par le feu des volcans, et les autres par le mouvement des eaux souterraines ; ees deux espèces de cavernes ne sont pas situées à de grandes profondeurs; elles sont même nouvelles, en comparaison

des autres cavernes bien plus vastes et bien plus anciennes, qui ont du se former dans le temps de la consolidation du globe ; car c’est dès lors que se sont faites les éminences et les profondeurs de sa superficie, et toutes les boursouflures et cavités de son intérieur, surtout dans les parties voisines de la surface. Plusieurs de ces cavernes produites par le feu primitif, après s’être soutenues pendant quelque temps, se sont ensuite fendues par le refroidissement successif, qui diminue le volume de toute matière^ bientôt elles se seront écroulées, et par leur affaissement elles ont formé les bassins actuels de la mer, où les eaux, qui étaient autrefois très-élevées audessus de ce niveau, se sont écoulées et ont abandonné les terres qu’elles couvraient dans le commencement : il est plus que probable qu’il subsiste encore aujourd’hui dans l’intérieur du globe un certain nombre de ces anciennes cavernes, dont l’afraissemenl pourra produire de semblables effets, en abaissant quelques espaces du globe, qui deviendront dès lors de nouveaux réceptacles pour les eaux; et, dans ce cas, elles abandonneront en partie le bassin qu elles occupent aujourd’hui, pour couler par leur pente naturelle dans ces endroits plus bas. Par exemple, on trouve des bancs de coquilles marines sur les Pyrénées, jusqu’à quinze cents toises de hauteur au-dessus du niveau de la mer actuel. Il est donc bien certain que les eaux, dans le temps de la formation de ces coquilles, étaient de quinze cents toises plus élevées qu’elles ne le sont aujourd’hui; mais, lorsqu’au bout d’un temps, les cavernes qui soutenaient les terres de l'espace où git actuellement l’océan Atlantique se sont affaissées, les eaux, qui couvraient les Pyrénées et l’Europe entière, auront coulé avec rapidité pour remplir ces bassins, et auront par conséquent laissé à découvert toutes les terres de cette partie du monde. La môme chose doit s’entendre de fous les autres pays; il parait qu’il n’y a que les sommets des plus hautes montagnes auxquels les eaux de la mer n’aient jamais atteint, parce qu'ils ne présentent aucun débris des productions marines, et ne donnent pas des indices aussi évidents du séjour des mers : néanmoins , comme quelques-unes des matières dont ils sont composés, quoique toutes du genre vitresciblc, semblent n’avoir pris leur solidité, leur consistance et leur dureté, que par l’intermède et le gluten de l’eau, et qu’elles paraissent s’être formées, comme nous l’avons dit, dans les masses de sable ou de poussière de verre, qui étaient autrefois aussi élevées que ces pics de montagnes, et que les eaux des pluies ont, par succession de temps, entraînées à leur pied, on ne doit pas prononcer affirmativement que les eaux de la mer ne se soient jamais trouvées qu’au niveau où l’on trouve des coquilles; elles ont pu être encore plus élevées, même avant le temps où leur température a permis aux coquilles d’exister. La plus grande hauteur à laquelle s’est trouvée la mer universelle ne nous est pas connue; mais c’est en savoir assez que de pouvoir assurer que les eaux étaient élevées de quinze cents ou deux mille toises au-dessus de leur niveau actuel, puisque les coquilles se trouvent à quinze cents toises dans les Pyrénées, et à deux mille toises dans les Cordillères.

Si tous les pics des montagnes étaient formés de verre solide, ou d'autres matières produites immédiatement par le feu , il ne serait pas néeessaire de recourir à l'autre cause, c'est-à-dire au séjour des eaux, pour coneevoir comment elles ont pris leur consistance; mais la plupart de ces pics ou pointes de montagnes paraissent être composes de matières qui, quoique vitrescibles, ont pris leur solidité et acquis Ictir nature par rintermède de l’eau. On ne peut donc guère décider si le feu primitif seul a produit leur consistance actuelle, ou si l’intermède et le gluten de l’eau de la mer n’ont pas été nécessaires pour achever l’ouvrage du feu, et donner à ces masses vitrescibles la nature qu’elles nous présentent aujourd’hui. Au reste, cela n’empèche pas que le feu primitif, qui d’abord a produit lés plus grandes inégalités sur la surface du globe, n’ait eu la plus grande part à l’établissement des chaînes de montagnes qui en traversent la surface, et que les noyaux de ces grandes montagnes ne soient tous des produits de l’action du feu, tandis que les contours de ces mêmes montagnes n’ont été disposés et travaillés par les eaux que dans des temps subséquents; en sorte que c’est sur ces mêmes contours, et à de certaines hauteurs, que l’on trouve des dépôts de coquilles et d’autres productions de la mer.

Si l’on veut se former une idée nette des plus anciennes cavernes, c’est-àdire de celles qui ont été formées par le feu primitif, il faut se représenter le globe terrestre dépouillé de toutes ses eaux, et de toutes les matières qui en recouvrent la surface jusqu’à la profondeur de mille ou douze cents pieds. En séparant par la pensée cette couche extérieure de terre et d’eau, le globe nous présentera la forme qu’il avait à peu près dans les temps de sa consolidation. La roche vitre.scible, ou, si l’on veut, le verre fondu en compose la ntasse entière; et cette matière, en se consolidant etse refroidissant, a formé, comme loutes les autres matières fondues, des éminences, des profondeurs, des cavités, des boursouilurcs dans toute l’étendue de la surface du globe. Ces cavités intérieures formées par le feu sont les cavernes primitives, et se trouvent en bien plus grand nombre vers les contrées du raidi que dans celles du nord, parce que le mouvement de rotation qui a élevé ces parties de l’équateur avant la consolidation, y a produit un plus grand déplacement de la matière, et, en retardant cette même consolidation, aura concouru avec l’action du feu, |)Our produire un plus grand nombre de boursouflures et d’inégalités dans cette partie du globe que dans toute autre. Les eaux venant des pôles n’ont pu gagner ces contrées tnéridionales, encore brûlantes, que quand elles ont été refroidies; les cavernes qui les soutenaient s’étant successivement écroulées, la surface s’est abaissée et rompue en mille et mille endroits. Les plus grandes inégalités du globe se trouvent par cette raison dans les climats méridionatix : les cavernes primitives y sont encore en plus grand nombre que partout ailleurs; elles y sont aussi situées plus profondément, c’est-à-dire peut-être jusqu’à cinq et six lieues de profondeur, parce que la matière du globe a été remuée jusqu’à cel te profondeur par le mouvement de rotation dans le temps de sa liquéfaction. Mais les cavernes qui se

trotiveiil dans les hautes montagnes ne doivent pas (oiitcs leur origine à cette même cause du feu primitif : celles qui gisent le plus profondément au-dessous de ces montagnes sont les seules qu’on puisse attribuer à l’action de ce premier feuj les autres, plus extérieures et plus élevées dans la montagne, ont été formées par des causes secondaires, comme nous l’avons exposé. Le globe, dépouillé des eaux et des matières qu’elles ont transportées , offre donc à sa surface un sphéroïde bien plus irrégulier qu’il ne nous paraît l’être avec cette enveloppe. Les grandes chaînes de montagnes, leurs pics, leurs cornes, ne nous présentent peut-être pas aujourd’hui la moitié de leur hauteur réelle; toutes sont attachées par leur base à la roche vitrescible qui fait le fond du globe, et sont de la même nature. .Ainsi, l’on doit compter trois espèces de cavernes produites par la nature; les premières, en vertu de la puissance du feu primitif; les secondes, par l’action des eaux; et les troisièmes, par la force des feux souterrains ; et cbacune de ces cavernes, différentes par leur origine, peuvent être distinguées et reconnues à l’inspection des matières qu’elles contiennent ou qui les environnent.

PREUVES

DE LÀ

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