‹ Œuvres complètes de Buffon (volume 2)Chapitre 140 sur 150 · ai · texte numérisé non relu

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MINÉRAUX

faire mage en grand, ef nous ne pouvons donner sur cela que des conseils généraux , qui trouveront néanmoins leur application ]>articulière dans un très-grand nombre de cas. Toute roche primordiale de fer, ou mine en roche mélangée de matière vitreuse, doit être grillée pendant plusieurs jours, et ensuite concassée en Irès-petils morceaux avant d'être mise au fourneau; sans ceife première préparation qui rend le minéral moins dur , on ne viendroit que très-difficilement à bout de le briser , et il refuseroit même d'entrer en fusion au feu du fourneau, ou n'y entreroit qu'avec beaucoup plus de temps : il faut toujours y mêler une bonne quantité de castine ou matière calcaire. Le traitement de ces mines exige donc une plus grande dépense que celui des mines en grains, par la consommation plus grande des combustibles employés à leur réduction ; et à moins qu'elles ne soient , comme celles de Suède, très-riches en métal, ou que les combustibles ne soient à très-bas prix, le produit ne suffit pas pour payer les (rais du travail.

Il n'en est pas de même des mines en concrétions et en masses spathicjues ou mélangées de matières calcaires ; il est rarement nécessaire de les griller * : on les casse aisément au sortir de leur minière, et elles se fondent avec une grande facilité et saus addition , sinon d'un peu de terre limoneuse ou d'autre matière vitrifiable lorsqu'elles se trouvent trop chargées de substance calcaire. . Ces mines sont donc celles qui donnent le plus de produit relativement à la dépense.

Pour qu'on puisse se former une idée du gisement et de la qualité des mines primordiales ou de roches de fer, nous croyons devoir rapporter ici les observations que M. Jars, de l'Académie des Sciences, a faites dans ses voyages. « En Suède, dit-il, la mine de Nordmarck, à trois lieues au nord de Philips tadt, est en filons perpendiculaires, dans une montagne peu élevée au milieu d'un très-large vallon ; les filons suivent la direction de la montagne, qui est du nord au sud, et ils sont presque tous à très-peu près parallèles ; ils ont en quelques endroits sept ou huit toises de largeur. Les montagnes de ce district , et même de toute

i. Il y a cependant, dans les Pyrénées et dans le Dauphiné, des mines spathtques où la matière calcaire est si intimement unie et en si grande quantité avec la substance ferrugineuse , qu'il est nécessaire de les griller, afin de réduire en chaux cette matière calcaire que l'on en sépare ensuite par le lavage; mais ces sortes de mines ne font qu'une légère exerption à ce qui vient d'être dit.

cette prtftince, sont de granité; mais le» filons de mine de fer se trouvent aux environs, dans une espèce de terre bleuâtre et brunâtre : cette pierre est unie aux filons, de fer comme le quartz l'est au plomb, au cuivre, etc. Lorsque le granité s'approche du filon , il le dérange et l'oblitère ; ainsi les filons de fer ne se trouvent point dans le granité : le meilleur indice est le mica blanc et noir à grandes facettes; on est presque toujours sûr de trouver au dessous du minéral riche. Il y a aussi de la pierre calcaire aux environs des granités : mais le fer ne s'y trouve qu'en rognons, et non pas en filons, ce qui prouve qu'il est de seconde formation dans ces pierres calcaires. Le minéral est attirable à l'aimant ; il est très-dur, très-compacte et fort pesant : il donne plus de cinquante pour cent de bonne fonte. Ces mines sont en masses, et on les travaille comme nous exploitons nos carrières les plus dures, avec de la poudre.

« Les mines de Presberg, à deux lieues à l'orient de Philipstadt, sont de même en filons et dans des rochers assez semblables à ceux de Nordmarck; ces filons sont quelquefois accompagnés de grenats , de schorl, et d'une pierre micacée assez semblable à la craie de Briançon : ils sont situés dans une presqu'île environnée d'un très-grand lac; ils sont parallèles et vont, comme la presqu'île, du nord au sud.

» On dédaigne d'exploiter les filons qui n'ont pas au moins une toise d'épaisseur: le minéral rend en général cinquante pour cent de fonte. Les filons sont presque perpendiculaires , et les différentes mines ont depuis douze jusqu'à quarante toises de profondeur.

« On fait griller le minéral avant de le jeter dans les hauts fourneaux , qui ont environ vingt-cinq pieds de hauteur; on le fond à l'aide d'une eastine calcaire.

» Les mines de Danemora, dans la province d'Upland , à une lieue d'Upsal , sont les meilleures de toute la Suède. Le minéral est communément uni à une matière fusible ', en sorte qu'il se fond seul et sans addition de matière calcaire. Ces mines de Danemora sont au bord d'un grand lac; les filons en sont presque perpendiculaires et

i. J'observerai que si coite mine est de première formation , la matière dont le minéral est mélangé, et qui lui est intimement unie, ne doit pat être calcaire, mais que ce j.ourroit être du feld-spath ou du schorl, qui non seulement sont très-fusibles

Ear eux-mêmes „ mais qui communiquent de la fusi ilité aux substances dans lesquelles ils M incorporés.

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parallèles dans une direction commune du nord-est au sud-ouest : quoique tous les rochers soient de granité, les filons de fer sont toujours , comme ceux des mines précédentes , dans une pierre bleuâtre ». Il y a actuellement dix mines en exploitation sur trois filons bien distincts : la plus profonde de ces mines est exploitée jusqu'à quatrevingts toises de profondeur; elle est, comme toutes les autres, fort incommodée par les eaux : on les exploite comme des carrières de pierres dures, en faisant au jour de très- grandes ouvertures. Le minéral est trèsattirable à l'aimant; on lui donne sur tous les autres la préférence pour être converti en acier : on y trouve quelquefois de l'asbeste. On exploite ces mines tant avec la poudre à canon qu 'avec de grands feux de Lois allumés , et Ton jette ce bois depuis le dessus de la grande ouverture. Après l'extraction de ces pierres de fer en quartiers plus ou moins gros, on en impose de deux pieds de hauteur sur une couche de bois de sapin de deux pieds d'épaisseur, et l'on couvre le minéral d'un pied et demi de poudre de charbon, et ensuite on met le feu au bois : le minéral , attendri par ce grillage, est broyé sous un marteau ou brocard, après

3uoi on le jette au fourneau seul et sans adition de castine. »

Dans plusieurs endroits , les mines de fer en roche sont assez magnétiques pour qu'on puisse les trouver à la boussole; cet indice est l'un des plus certains pour distinguer les mines de première formation par le feu , de celles qui n'ont ensuite été formées que par l'intermède de l'eau : mais de quelque manière et par quelque agent qu'elles aient été travaillées, l'élément du fer est toujours le même, et l'on peut, en y mettant tous les soins nécessaires, faire du bon fer avec les plus mauvaises mines; tout dépend du traitement de la mine et du régime du feu , tant au fourneau de fusion qu'à raffinerie.

i. M. Jars ne dit pas si cette pierre bleue est vitreuse ou calcaire; sa couleur bleue provient certainement du fer qui fait partie de sa substance, et je présume que sa fusibilité peut provenir du feld- spath et du schorl qui s'y trouvent mêlés , et qu'elle ne contient point de substance calcaire à la* quelle on pourroit attribuer sa fusibilité ; ma présomption est fondée sur ce que cette mine descend jusqu'à quatre-vingts toises dans un terrain qui n'est environné que de granité, et où M. Jars ne dit pas avoir observé des bancs de pierre calcaire: il me paroît donc que cette mine de Danemora est de première formation , comme celles de Presberg et de Nordmarck, et que, quoiqu'elle soit plus fusible , elle ne contient que de la matière vitreuse, comme toutes les autres mines de fer primitives.

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