SECONDS MONUMENS
En examinant ces coquilles et autres productions maritimes que l'on tire de la terre en France, en Angleterre, en Allemagne, et dans le reste de l'Europe, on reconnoît qu'une grande partie des espèces d'animaux auxquels ces dépouilles ont appartenu ne se trouvent pas dans les mers adjacentes , et que ces espèces ou ne subsistent plus ou ne se trouvent que dans les mers méridionales : de même on voit dans les ardoises et dans d'autres matières, à de grandes profondeurs, des impressions de poissons et de plantes dont aucune espèce n'appartient à notre climat , et lesquelles n'existent plus , ou ne
i. On peut se former une idée nette de cette conversion. L'eau de la mer tient en dissolution des particules de terre qui , combinées avec la matière animale, concourent à former les coquilles par le mécanisme de la digestion de ces animaux testneis; comme la soie est le produit du parenchyme des feuilles , combiné arec la matière animale du ver» à soie.
DES ÉPOQUES DE LA NATURE
se trouvent subsistantes que dans les climats méridionaux.
TROISIÈMES MOHUMEWS.
On trouve en Sibérie et dans les autres contrées septentrionales de l'Europe et de l'Asie des squelettes, des défenses, des os semens d'éléphant, d'hippopotame, et de rhinocéros , en assez grande quantité pour être assuré que les espèces de ces animaux, qui ne peuvent se propager aujourd'hui que dans les terres du midi, existoient et se propageoient autrefois dans les terres du nord; et l'on a observé que ces dépouilles d'éléphant et d'autres animaux terrestres m présentent à une assez petite profondeur, an lieu que les coquilles et les autres débris des productions de la mer se trouvent enfouis à de plus grandes profondeurs dans l'intérieur Je la terre.
QUATRIEMES MOXTUMENS.
On trouve des défenses et des ossemeai d'éléphant, ainsi que des dénis d'hippopotame, non seulement dans les terres du nord de notre continent, mais aussi dans celles du nord de l'Amérique , quoique les espèces de Féléphant et de l'hippopotame n'existent point dans ce continent du Nouveau- Monde.
CINQUIÈMES MONUMEHS,
On trouve dans le milieu des continens, dans les lieux les plus éloignés des mers , un nombre infini de coquilles dont la plupart appartiennent aux animaux de ce genre actuellement existans dans les mers méridionales , et dont plusieurs autres n'ont aucun analogue vivant , en sorte que les espèces en paraissent perdues et détruites par des causes jusqu'à présent inconnues.
En comparant ces monumens avec les faits , ou voit d'abord que le temps de la formation des matières vitrescibles est bien plus reculé que celui de la composition des substances calcaires ; et il paroît qu'on peut déjà distinguer quatre et même cinq époques dans la plus grande profondeur des temps : la première , où la matière du globe étant en fusion par le feu , la terre a pris sa forme, et s'est élevée sur l'équateur et abaissée sous les pôles par son mouvement de rotation; la seconde, où cette matière du globe s'étant consolidée a formé les grandes masses de matières vitrescibles; la troi*
sième , où la mer, couvrant la terre actuellement habitée, a nourri les animaux à coquille dont les dépouilles ont formé les substances calcaires; et la quatrième, où s'est faite la retraite de ces mêmes mers qui couvroient nos continens. Une cinquième époque , tout aussi clairement indiquée que les quatre premières , est celle du temps où les éléphans, les hippopotames, et les autres animaux du midi , ont habité les terres du nord ; cette époque est évidemment postérieure à la quatrième, puisque les dépouilles de ces animaux terrestres se trouvent presque à la surface de la terre, au lieu que celles des animaux marins sont, pour la plupart et dans les mêmes lieux , enfouies à de grandes profondeurs.
Quoi 1 dira-t-on , les éléphans et les autres animaux du midi ont autrefois habité les terres du nord? Ce fait, quelque singulier, quelque extraordinaire qu'il puisse p* roître, n'en est pas moins certain. On a trouvé et on trouve encore tous les jours eu Sibérie , en Russie , et dans les autres contrées septentrionales de l'Europe et de l'Asie, de l'ivoire en grande quantité; ces dé* fenses d'éléphant se tirent à quelques pieds sous terre , ou se découvrent par les eaux lorsqu'elles font tomber les terres du bord des fleuves : on trouve ces osseméns et dé fenses d'éléphant en tant de lieux difôèrens et en si grand nombre, qu'on ne peut plus se borner à dire que ce sont les dépouilles de quelques éléphans amenés par les hommes dans ces climats froids; on est maintenant forcé par les preuves réitérées de con venir que ces animaux étoient autrefois habilans naturels des contrées du nord, comme ils le sont aujourd'hui des contrées du midi; et ce qui paroît encore rendre le fait plus merveilleux, c'est-à-dire plus difficile à expliquer, c'est qu'on trouve ces dépouilles des animaux dû midi de notre continent non seulement dans les provinces de notre nord, mais aussi dans les terres du Canada et des autres parties de l'Amérique septen trionale. Nous avons au Cabinet du Roi plusieurs défenses et un grand nombre d'osseniens d'éléphant trouvés en Sibérie; non» avons d'autres défenses et d'autres os d'élé% pliant qui ont été trouvés en France , et enfin nous avons des défenses d'éléphant et des dents d'hippopotame trouvées en Amérique dans les terres voisines de la rivière d'Ohio. Il est donc nécessaire que ces animaux , qui ne peuvent subsister et ne subsistent en effet aujourd'hui que dans les pays chauds, aient autrefois existé dans k»
climats du nord, et que par conséquent cette zone froide fût alors aussi chaude que l'est aujourd'hui notre zone torride ; car il D'est pas possible que la forme constitutive, ou, si l'on veut, l'habitude réelle du corps des animaux, qui est ce qu'il y a de plus fixe dans la nature , ait pu changer au point de donner le tempérament du renne à l'éléphant , ni de supposer que jamais ces animaux du midi, qui ont besoin d'une grande chaleur pour subsister, eussent pu vivre et se multiplier dans les terres du nord , si la température du climat eût été aussi froide qu'ell» l'est aujourd'hui. M. Gmelin, qui a parcouru la Sibérie , et qui a ramassé luimême plusieurs ossemens d'éléphant dans ces terres septentrionales , cherche à rendre raison du fait en supposant que de grandes inondations survenues dans les terres méridionales ont chassé les éléphans vers les contrées du nord , où ils auront tous péri à la fois par la rigueur du climat. Mais celte cause supposée n'est pas proportionnelle à l'effet : on a peut-être déjà tiré du nord plus d'ivoire que tous les éléphans des Indes actuellement vivans n'en pourroient fournir; on en tirera bien davantage avec le temps , lorsque ces vastes déserts du nord, qui sont à peine reconnus , seront peuplés , etqueles terres en seront remuées et fouillées par les mains de l'homme. D'ailleurs , il seroit bien étrange que ces animaux eussent pris la route qui convenoit le moins à leur nature, puisque, en les supposant poussés par des inondations du midi , il leur restoit deux fuites naturelles vers l'orient et vers l'occident. Et pourquoi fuir jusqu'au soixantième degré du nord, lorsqu'ils pouvoient s'arrêter en chemin, ou s'écarter à coté dans des terres plus heureuses ? Et comment concevoir que , par une inondation des mers méridionales, ils aient été chassés à mille lieues dans notre continent et à plus de trois mille lieues dans l'autre? Il est impossible qu'un débordement de la mer des grandes Indes ait envoyé des éléphans en Canada ni même en Sibérie, et il est également impossible qu'ils y soient arrivés en nombre aussi grand que l'indiquent leurs dépouilles.
Étant peu satisfait de cette explication, j'ai pensé qu'on pouvoit en donner une autre plus plausible et qui s'accorde parfaitement avec ma théorie de la terre. Mais , avant de la présenter, j'observerai, pour prévenir toutes difficultés, i° que l'ivoire qu'on trouve en Sibérie et en Canada est certainement de l'ivoire d'éléphant , et non pas de l'ivoire de morse ou vache marine, comme quelques
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voyageurs Font prétendu : on trouve aussi dans les terres septentrionales de l'ivoire fossile de morse ; mais il est différent de celui de' l'éléphant, et il est facile de les distinguer par la comparaison de leur texture intérieure. Les défenses , les dents niâchelières, les omoplates, les fémurs, et les autres ossemens trouvés dans les terres du nord, sont certainement des os d'éléphant; nous les avons comparés aux différentes parties respectives du squelette entier de l'éléphant , et l'on ne peut douter de leur identité d'espèce. Les grosses dents carrées trouvées dans ces mêmes terres du nord, dont la face qui broie est en forme de trèfle , ont tous les caractères des dents molaires de l'hippopotame ; et ces autres énormes dents dont la face qui broie est composée.de grosses pointes mousses , ont appartenu à une espèce détruite aujourd'hui sur la terre, comme les grandes volutes appelées cornes d'Ammon sont actuellement détruites dans la mer.
20 Les os et les défenses de ces anciens éléphans sont au moins aussi grands et aussi gros que ceux des éléphans actuels * , auxquels nous les avons comparés; ce qui prouve que ces animaux n'habitoient pas les terres du nord par force , mais qu'ils y existoient dans leur état de nature et de pleine liberté, puisqu'ils y a voient acquis leurs plus hautes dimensions et pris leur entier accroissement. Ainsi l'on ne peut pas supposer qu'ils y aient été transportés par les hommes ; le seul état de captivité, indépendamment de la rigueur du climat , les auroit réduits au quart ou au tiers de la grandeur que nous montrent leurs dépouilles a.
3° La grande quantité que Ton en a déjà trouvée par hasard dans ces terres presque désertes où personne ne cherche suffit pour démontrer que ce n'est ni par un seul ou plusieurs accidens ni dans un seul et même temps que quelques individus de cette espèce se sont trouvés dans ces contrées du nord, mais qu'il est de nécessité absolue