PREMIÈRE
des observation* et des réflexions sûmes, sont parvenus à connoitre les lois de l'univers, et qui, jugeant des choses par leurs propres lumières , les voient sans préjugé , telles qu'elles sont , ou telles qu'elles pourraient être ; car ces deux points de vue sont à peu près les mêmes; et celui qui regardant une horloge pour la première fois , dirait que le principe de tous ses mouvemens est un ressort, quoique ce fût un poids, ne se tromperoit que pour le vulgaire, et aurait, aux yeux du philosophe, expliqué la machine.
Ce n'est donc pas que j'aie affirmé ni même positivement prétendu que noire lerre et les planètes aient été formées nécessairement et réellement par le choc d'une comète qui a projeté hors du soleil la six cent cinquantième partie de sa masse : mais ce que j'ai voulu faire entendre , et ce que je maintiens encore comme hypothèse très-probable , c'est qu'une comète qui , dans son périhélie, approcherait assez près du soleil pour en effleurer et sillonner la surface, pourrait produire de pareils effets, et qu'il n'est pas impossible qu'il se forme quelque jour , de cette même manière , des planètes nouvelles , qui toutes circuleraient ensemble comme les planètes actuelles , dans le même sens , et presque dans un même plan autour du soleil ; des planètes qui tourneraient sur elles-mêmes , et dont la matière étant , au sortir du soleil, dans un élat de liquéfaction, obéirait à la force centrifuge, et s'élèverait à l'équateur en s'abaissant sous les pôles ; des planètes qui pourraient de même avoir des satellites en plus ou moins grand nombre, circulant autour d'elles dans, le plan de leurs équateurs, et dont les mouvemens seraient semblables à ceux des satellites de nos planètes : en sorte que tous les phénomènes de ces planètes possibles et idéales seraient, je ne dis pas les mêmes, mais dans le même ordre» et dans des rapports semblables à ceux des phénomènes des planètes réelles. Et, pour preuve, je demande seulement que l'on considère si le mouvement de toutes les planètes , dans le même sens , et presque dans le même plan, ne suppose pas une impulsion commune ; je demande s'il y a dans l'univers quelques corps, excepté les comètes, 3 ni aient pu communiquer ce mouvement 'impulsion; je demande s'il n'est pas probable qu'il tombe de temps à autre des comètes dans le soleil, pujsque celle de 1680 en a pour ainsi dire rasé la surface, et si par conséquent une telle comète , en sillonnant cette surface du soleil, ne communi-
Bvrro*. U.
querait pas son mouvement d'impulsion à une certaine quantité de matière qu'elle séparerait du corps du soleil , en la projetant au dehors : je demande si , dans ce torrent de matière projetée, il ne se formerait pas des globes par l'attraction mutuelle des parties , et si ces globes ne se trouveraient pas à des distances différentes , suivant la différente densité des matières, et si les plus légères ne seraient pas poussées plus loin que les plus denses par la même impulsion ; je demande si la situation de tous ces globes presque dans le même plan n'indique pas assez que le torrent projeté n'étoit pas d'une largeur considérable , et qu'il n'avoit pour cause qu'une seule impulsion, puisque toutes les parties de la matière dont il étoit composé ne sont éloignées que très-peu de la direction commune; je demande comment et où la matière de la terre et des planètes aurait pu se liquéfier , si elle n'eût pas résidé dans le corps même du soleil , et si l'on peut trouver une cause de cette chaleur et .de cet embrasement du soleil, autre que celle de sa charge et du frottement intérieur produit par Faction de tous ces vastes corps qui circulent autour de lui ; enfin je demande qu'on examine tous les rapports, que l'on suive toutes les vues , que l'on compare toutes les analogies sur lesquelles j'ai fondé mes raisonnemens , et qu'on se contente de conclure avec moi que , si Dieu l'eût permis , il se pourroit, par les seules lois de la nature, que la terre et les planètes eussent été formées de celte même manière.
Suivons donc notre objet, et, de ce temps qui a précédé les temps et s'est soustrait à notre vue, passons au premier âge de notre univers , où la terre et les planètes , ayant reçu leur forme, ont pris de la consistance, et de liquides sont devenues solides. Ce changement d'état s'est fait naturellement et par le seul effet de la diminution de la chaleur : la matière qui compose le globe terrestre et les autres globes planétaires étoit en fusion lorsqu'ils ont commencé à tourner sur eux-mêmes; ils ont donc obéi, comme toute autre matière fluide, aux lois de la force centrifuge : les parties voisines de l'équateur, qui subissent le plus grand mouvement dans la rotation , se sont le plus élevées ; celles qui sont voisines des pôles, où ce mouvement est moindre ou nul, se sont abaissées dans la proportion juste et précise qu'exigent les lois de la pesanteur, combinées avec celles de la force centrifuge ', et
t. J'ai supposé dans mon Traité do Im formation tUt planètu, roi. I , qua la différenc* dm diamètres
cette forme de k terre et des planètes s'est eenaervee jusqu'à ee jour, et se conservera perpétuellement, quand même l'on voudrait supposer que le mouvement de rotation viendrait à s'accélérer , parce que , la matière ayant passé de l'état de fluidité à celui de solidité, la cohésion des parties suffit seule pour maintenir la forme primordiale, et qu'il faudrait pour la changer que le mouvement de rotation prit une rapidité presque infinie, c'est-à-dire assez grande pour que l'effet de la force centrifuge devint plus grand que celui de la force de la cohérence.
Or le refroidissement de la terre et des planètes, comme celui de tous les corps chauds, a commencé par la surface : les matières en fusion s'y sout consolidées dans un temps assez court. Dès que le grand feu dont elles étoient pénétrées s'est échappé, les parties de la matière , qu'il tenoit divisées, se sont rapprochées et réunies de plus près par leur attraction mutuelle : celles qui avoient assez de fixité pour soutenir la violence du feu ont forme des masses solides ; mais celles qui , comme l'air et l'eau , se raréfient ou se volatilisent par le feu ne pouvoient faire corps avec les autres ; elles en •nt été séparées dans les premiers temps du refroidissement. Tous les élémens pouvant ae transmuer et se convertir, l'instant de la consolidation des matières fixes fut aussi eekd de la plus grande conversion des élémens et de la production des matières volatiles : elles etoient réduites en vapeurs et
de la terre étoit dans le rapport de 174 à 17$ , d'aptes la détermination faite par nos mathématiciens envoyés en Laponie et an Pérou ; mais, comme ils ont supposé une courbe régulière à la terre, j'ai averti que cette supposition étoit hypothétique , et
Sar conséquent je ne me suis point arrêté à cette étermination. Je pense donc qu'on doit préférer le rapport de 1*9 à a3o, tel qu'il a été déterminé par Newton , d'après sa théorie et les expériences du pendule , qui me paroissent être bien plus sûres que les mesures. C'est par cette raison que » dans les mémoires delà partie hypothétique, j'ai toujours supposé que le rapport des deux diamètres du sphéroïde terrestre étoit de 219 à a3o. M. le docteur Irving , qui a accompagné M. Phipps dans son voyage au nord en 1773, a fait des expériences très-exactes sur l'accélération du pendule au 79e degré So minutes , et il a trouvé que cette accélération était de 7a à 73 secondes en a4 heures , d'où il conclut que le diamètre a l'équateur est a l'axe de la terre comme aia à 211. Ce savant voyageur ajoute , avec raison , que son résultat approche de celui de Newton beaucoup plus que celui de M. de Maupertuis, qui donne le rapport de 178 à 179, et plus aussi que celui de M. Bradley, qui , d'après les Observations de M. Campbell, donne le rapport de aeo à 201 pour la différence des deux diamètres de ai tcrrc*(^aU. Mmfft
Dt U NATURE.
dispersées au loin , formant autour des planètes une espèce d'atmosphère semblable à celle du soleil ; car on sait que le corps d cet astre de feu est environné d'une sphère de vapeurs qui s'étend à des distances immenses, et peut-être jusqu'à l'orbe de la terre. L'existence réelle de cette atmosphère solaire est démontrée par un phénomène qui accompagne les éclipses totales du soleil. La lune en couvre alors à nos veux le disque tout entier; et néanmoins l'on voit encore un limbe ou grand cercle de vapeurs, dont la lumière est assez vive pour nous éclairer à peu près autant que celle de la lune : sans cela le globe terrestre serait plongé dans l'obscurité la plus profonde pendant la durée de l'éclipsé totale. On a observé que cette atmosphère solaire est plus dense dans ses parties voisines du soleil , et qu'elle devient d'autant plus rare et plus transparente qu'elle s'étend et s'éloigne davantage du corps de cet astre de feu : l'on ne peut donc pas douter que le soleil ne soit environné d'une sphère de matières aqueuses, aériennes, et volatiles, que sa violente chaleur tient suspendues et reléguées à des distances immenses , et que , dans le moment de la projection des planètes, le torrent des matières fixes sorties du corps do soleil, n'ait, en traversant son atmosphère, entraîné une grande -quantité de ces matières volatiles dont elle est composée ; et ee sont ces mêmes matières volatiles, aqueuses, et aériennes, qui ont ensuite formé les atmosphères des planètes, lesquelles étoient semblables à l'atmosphère du soleil, tant que les planètes ont été, comme lui , dans un état de fusion ou de grande incandescence.
Toutes les planètes n'étoient donc alors que des masses de verre liquide , environnées d'une sphère de vapeurs. Tant qu'a duré cet état de fusion , et même long-temps après, les planètes étoient lumineuses par elles-mêmes, comme le sont tous les corps en incandescence ; mais , à mesure que les planètes prenoient de la consistance, elles perdoient de leur lumière : elles ne devinrent tout -à- fait obscures qu'après s'être consolidées jusqu'au centre, et long-temps après la consolidation de leur surface, comme l'on voit dans une masse de métal fondu la lumière et la rougeur subsister très-longtemps après la consolidation de sa surface. Et dans ce premier, temps où les planètes brilloient de leurs propres feux elles dévoient lancer des rayons, jeter des étincelles, faire des explosions, et ensuite souffrir,