FIGURATION DES MINÉRAUX
des végétaux conservent des molécules organiques actives , qui communiquent à cette matière passive les premiers traits de l'organisation en lui donnant la forme extérieure. Tout minéral figuré a été travaillé par ces molécules organiques provenant du détriment des éires organisés , ou par les premières molécules organiques existantes avant leur formation : ainsi les minéraux figurés tiennent lous de près ou de loin à la nature organisée ; et il n'y a de matières entièrement brutes que celles qui ne portent aucun trait de figuration ; car l'organisation a, comme toute autre qualité de la matière, ses degrés et ses nuances , dont les caractères les plus généraux , les plus distincts , et les résultats les plus évidens, sont la vie dans les animaux , la végétation dans les plantes , et la figuration dans les minéraux. Le grand et le premier instrument avec
trop dure ; elles ne pourront donc , malgré toute leur activité, la travailler que dans deux dimensions au lieu de trois , en traçant à sa superficie quelques linéameus ; et cette matière n'étant travaillée qu'à la surface ne pourra prendre d'autre forme que celle d'un minéral figuré. La nature opère ici comme l'art de l'homme , il ne peut que tracer des figures et former des surfaces ; mais dans ce genre même de travail , le seul où nous puissions l'imiter, elle nous est encore si supérieure , qu'aucun de nos ouvrages ne peut approcher des siens.
Le germe de l'animal ou du végétal étant formé psr la réunion des molécules organi-
3ues avec une petite portion de matière uctile, ce moule intérieur une fois donné et bientôt développé par la nutrition suffit pour communiquer son empreinte , et rendre sa même forme à perpétuité, par toutes
lequel la nature opère toutes ses merveilles les voies de la reproduction et delà généra- ^* ,.«*..„ «««^ ..„:^„„«n^ „..„„*„«♦« „# «a •tion; au lieu que, dans le minéral, il n'y a
point de germe , point de moule intérieur capable de se développer par la nutrition , ni de transmettre sa forme par la reproduction.
Les animaux et les végétaux , se reproduisant également par eux-mêmes, doivent être considérés ici comme des êtres semblables pour le fond et les moyens d'organisation; les minéraux, qui ne peuvent se reproduire par eux-mêmes, et qui néanmoins
est cette force universelle , constante , et pénétrante , dont elle anime chaque atome de matière en leur imprimant une tendance mutuelle à se rapprocher et s'unir. Son autre grand moyen est la chaleur, et cette seconde force tend à séparer tout ce que la première a réuni : néanmoins elle lui est subordonnée; ear l'élément du feu , comme toute autre matière, est soumis à la puissance générale de la force attractive. Celle-ci est d'ailleurs également répartie dans les substances organisées , comme dans les matières brutes; elle est toujours proportionnelle à la masse : toujours présente , sans cesse active , elle peut travailler la matière dans les trois dimensions à la fois , dès qu'elle est aidée de la chaleur, parce qu'il n'y a pas un point qu'elle ne pénètre à tout instant , et que par conséquent fe chaleur ne puisse étendre et développer, dès qu'elle se trouve dans la
f>roportion qu'exige l'état des matières sur esquelles elle opère. Ainsi , par la combinaison de ces deux forces actives , la matière ductile , pénétrée et travaillée dans tous ses points , et par conséquent dans les trois dimensions à la fois , prend la forme d'un germe organisé, qui bientôt deviendra vivant ou végétant par la continuité de son développement et de son extension proportionnelle en longueur, largeur, et profondeur. Mais si ces deux forces pénétrantes et productrices, l'attraction et la chaleur, au lieu d'agir sur des substances molles et ductiles, viennent à s'exercer sur des matières sèches et dures qui leur opposent trop de résistance, alors elles ne peuvent agir que sur la surface, sans pénétrer l'intérieur de cette matière
se produisent toujours sous la même forme, en diffèrent par l'origine et par leur structure , dans laquelle il n'y a que des traces superficielles d'organisation. Mais , pour bien saisir cette différence originelle , on doit se rappeler l que, pour former un moule d'animal ou de végétai capable de se reproduire , il faut que la nature travaille la ma tière dans les trois dimensions à la fois , et que la chaleur y distribue les molécules organiques dans les mêmes proportions , afin que la nutrition et l'accroissement suivent cette pénétration intime , et qu'enfin la reproduction puisse s'opérer par le superflu de ces molécules organiques , renvoyées de toutes les parties du corps organisé lorsque son accroissement est complet : or , dans le minéral, cette" dernière opération, qui est le suprême effort de la nature , ne se fait ni ne tend à se faire ; il n'y a point de molécules organiques superflues qui puissent être renvoyées pour la reproduction. L'opération qui la précède , c'est-à-dire celle de la nutrition, s'exerce dans certains corps organisés qui ne
i. Voyez les articles où il est traité de la natri* tîoti et de la reproduction.
MINÉRAUX
se reproduisent pas, et qui ne sont produits eux-mêmes que par une génération spontanée : mais cette seconde opération est encore supprimée dans le minéral; il ne se nourrit ni s'accroît par cette intus-susception qui, dans tous les êtres organisés, élend et développe leurs trois dimensions à la fois en égale portion : sa seule manière de croître est une augmentation de volume par la juxtaposition successive de ses parties constituantes , qui toutes n'étant travaillées que sur deux dimensions, c'est-à-dire en longueur et en largeur, ne peuvent prendre d'autre forme que celle de petites lames infiniment minces et de figures semblables ou différentes ; et ces lames figurées , superposées , et réunies , composent , par leur agrégation, un volume plus ou moins grand et figuré de même. Ainsi , dans chaque sorte de minéral figuré , les parties constituantes , quoique excessivement minces , ont une figure déterminée qui borne le plan de leur surface, et leur est propre et particulière ; et comme les figures peuvent varier à l'infini , la diversité des minéraux est aussi grande que le nombre de ces variétés de figure.
Cette figuration dans chaque lame mince est un trait , un vrai linéament d'organisation , qui , dans les parties constituantes de chaque minéral , ne peut être tracé que par l'impression des élémens organiques ; et en effet , la nature , qui travaille si souvent la matière dans les trois dimensions à la fois , ne doit-elle pas opérer encore plus souvent en n'agissant que dans deux dimensions, et en n'employant à ce dernier travail qu'un petit nombre de molécules organiques , qui , se trouvant alors surchargées de la matière brute, ne peuvent en arranger que les parties superficielles, sans en pénétrer l'intérieur pour en disposer le fond , et par conséquent sans pouvoir animer cette masse minérale d'une vie animale ou végétative? et quoique ce travail soit beaucoup plus simple que le premier , et que , dans le réel , il soit plus aisé d'effleurer la matière dans deux dimensions que de la brasser dans toutes trois à la fois, la nature emploie néanmoins les mêmes moyens et les mêmes agens ; la force pénétrante de l'attraction , jointe à celle de la chaleur , produisent les molécules organiques , et donnent le mouvement à la matière ,»rute en la déterminant à telle ou telle forme , tant à l'extérieur qu'à l'intérieur lorsqu'elle est travaillée dans les trois dimensions, et c'est de cette matière que se sont formés les germes des végétaux et des animaux ; mais , dans les minéraux, chaque pe-
tite lame infiniment mince n'étant travaillée que dans deux dimensions par un plus ou moins grand nombre d'élémens organiques, elle ne peut recevoir qu'autour de sa surface une figuration plus ou moins régulière; et si l'on ne peut nier que cette figuration ne soit un premier trait d'organisation , c'est aussi ,1e seul qui se trouve dans les minéraux : or, cette figure une fois donnée à chaque laine mince , à chaque atome du minéral , tous ceux qui l'ont reçue se réunissent par la force de leur affinité respective, laquelle , comme je l'ai dit * , dépend ici . plus de la figure que de la masse ; et bientôt ces atomes en petites lames rainées , tous figurés de même, composent un volume sensible et de même figure; les prismes du cris* tal , les rhombes des spaths calcaires , les cubes du sel marin , les aiguilles du nitre , etc. , et toutes les figures anguleuses , régu lières ou irrégulières des minéraux , son! tracées par les molécules organiques , et particulièrement par les molécules qui proviennent du résidu des animaux et végétaux dans les matières calcaires, et dans celles de la couche universelle de terre végétale qui couvre la superficie du globe : c'est donc à ces matières mêlées d'organique et de brut que l'on doit rapporter l'origine primitive des minéraux figurés.
Ainsi toute décomposition, tout détriment de matière animale ou végétale, sert non seu lement à la nutrition , au développement, et à la reproduction des êtres , mais cette même matière active opère encore comme cause efficiente la figuration des minéraux: elle seule, par son activité différemment di rigée , suivant les résistances de la matière inerte, peut donner la figure aux parties constituantes de chaque minéral , et il ne faut qu'un très-petit nombre de molécules organiques pour imprimer cette trace superficielle d'organisation dans le minéral dont elles ne peuvent travailler l'intérieur; et c'est par cette raison que ces corps étant toujours bruts dans leur substance , ils ne Peuvent croître par la nutrition comme les êtres organisés, dont l'intérieur est actif dans tous les points de la masse , et qu'ils n'ont ' que la faculté d'augmenter de volume par une simple agrégation superficielle de leurs parties.
Quoique cette théorie sur la figuration des minéraux soit plus simple d'un degré nue celle de l'organisation des animaux, et des végétaux , puisque la nature ne travaille
i. Voyei d* h Natuii, seconde Vu*