‹ Œuvres complètes de Buffon (volume 2)Chapitre 83 sur 150 · DU GRANITE · texte numérisé non relu

DU GRANITE

De toutes les matières produites par le feu primitif, le granité est la moins simple et la plus variée : il est ordinairement composé de quarts, de feld-spath, et du mica; ou enfin de quartz, de feldspath, de schorl, et de mica : de ces quatre substances primitives , les plus fusibles sont le feld-spath et le schorl. Ces verres de nature se fondent sans addition au même degré de feu que nos vei/es factices , tandis que le quartz résiste au plus grand feu de nos fourneaux : le feld-spath et le schorl sont aussi beaucoup plus fusibles que le mica , auquel il faut appliquer le feu le plus violent pour le réduire en verre, ou plutôt en scories spumeuses. Enfin le feld-sparh et le schorl communiquent la fusibilité aux matières dans lesquelles ils se. trouvent mélangés , telles que les porphyres, les ophites , et les granités , qui tous peuvent se fondre sans aucune addition ni fondant étranger « : or ces différens degrés de fusibilité respective dans les matières qui composent le granité , et particulièrement la grande fusibilité du feld-spath et du schorl, me semblent suffire pour expliquer d'une manière satisfaisante la formation du granité* En effet le feu qui tenoit le globe de la terre en liquéfaction a nécessairement eu des degrés différens de force et d'action : le quartz ne pou voit se fondre que par le feu le plus violent, et n'a pu demeurer en fusion qu autant de temps qu'a duré cette extrême chaleur ; dès qu'elle a diminué , le quartz s'est d'abord consolidé; et sa surface, frappée du refroidissement, s'est fendue, écaillée,

i. i* Un morceau de très-beau granité ronge très -vif, très-dur, faisant feu dans tous les points, enfermé dans un petit creuset de Hesse et recouvert d'un autre, a coulé en verre noir en moins de deux heures.

a0 Un morceau de granité noir et blanc très-dur, du poids de cinq gros vingt-deux grains , a formé dans le même temps une seule masse vitreuse noire très- compacte, très- homogène.

3° Un morceau de porphyre très-brun , piqué de blanc, très-dur, de deux gros vingt-huit grains , a coulé au point d'enduire absolument le creuset ue verre noir. Ces trois morceaux antiques ont été trouvés à Aotun.

4° J'ai exposé au même feu de beau quartz blanc d'Auvergne : il y a pris un blanc mat, plus opaque, y est devenu plus tendre , plus aisé à égrener au doigt , mais sans aucune fusion , pas même aux en* droits où il touchoit le creuset. (Lettre de M. de Merreem iM. de Buffon, Dijon, *j octobre '778.)

égrenée, comme il arrive à toute espèce â$ verre exposé à l'action de l'air. Toute la super* ficje du globe devoit donc être couverte de ces premiers débris de la décrépitation du quartz immédiatement après sa consolidation ; et les groupes élances des montagnes isolées, les sommets des grandes boursouflures d« globe , qui dés lors s'éloient faites dans la masse quartzeuse, ont été les premiers lieux couverts de ces débris du quartz , parce que ces éminences , qiii présentoient toutes leurs faces au refroidissement , en ont été plus complètement et plus vivement frappées que toutes les autres portions de la terre.

Je dis refroidissement , par rapport à la prodigieuse chaleur qui avoit jusqu'alors tenu le quartz en fusion ; car , dans le moment de sa consolidation, , le feu étoit encore assez violent pour dissiper les micas, dont l'exfoliation ne fut que le second détriment du quartz , déjà brise en écailles et en grains par le premier degré du refroidissement. La feld-spath et le schorl , bien plus fusibles que le mica , étoient encore en pleine foule au point de feu où le quartz, déjà consolidé, s'égrenoit faute de recuit , et formoit les micas par ses exfoliations.

Le feld - spath et le schorl doivent done être considérés comme les dernières fontes des matières vitreuses ; ces deux derniers verres , en se refroidissant , durent s'amalgamer avec les détriraens des premiers. Le feu qui avoit tenu le quartz eu fusion étoit bien plus violent que celui qui tenoit dans ce même état le feld-spath et le schorl; et ce n'est qu'après la consolidation du quartz, et même après sa réduction en débris, que les micas se sont formés de ses exfoliations ; et ce n'est encore qu'après ce temps que le feld-spath et le schorl , auxquels il ne faut qu'un feu médiocre pour rester en fusion , ont pu se réunir avec les d et ri mens de ces premiers verres. Ainsi le feld-spath et le schorl ont rempli , comme des cimens additionnels , les interstices que laissoient entre eux les grains de quartz ou de jaspe et les particules de mica ; ils ont lié ensemble ces débris, qui de nouveau prirent corps et formèrent les granités et les porphyres; car c'est en effet sous la forme d'un ciment introduit et agglutiné dans les porphyres et les granités qu'ils s'y présentent.

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