PREMIÈRE GÉNÉRATION
Le naïurel de cette femelle nous à paru tout différent de celui du mâle : non-seulement elle n'était pas féroce, mais elle était douce et caressante; elle semblait même agacer les personnes qu’elle aimait, et elle exprimait sa joie par. un petit cri de satisfaction. Il était rare qu’elle fût de mauvaise humeur ; elle aboyaït quelquefois à l'aspect d’un objet inconnu, maïs sans donner d’autres signes de colère : son aboiement était encore moins décidé que celui du mâle ; le son ressemblait à celui de ta voix.d'un éhien fort enroué. Souvent elle importunait à, force d'être caressante : elle était si douce,
| qu’elle ne se défendait même pas des mauvais traitements de son mâle; elle se roulait et se couchait à ses pieds, comme pour demander grâce. Sa physionomie, quoique fort ressem- | blante à celle de la louve, ne démentait pas ce |bonnaturel ; élleavaitle regard doux , la démar- | che libre, lataillebien prise, quoique beaucoup | au-dessous de celle du mâle , n'ayant que deux | pieds neuf pouces depuis le bout du museau jus- | qu’à l'origine de laïqueue : sa hauteur était dans
| la même proportion, n'étant que de vingt et un | pouces trois lignes depuis l'épaule jure
trémité du pied.
Elle avait beaucoup de rapport avec sa mère
614 HISTOIRE NATURELLE
louve, par la forme de la tête et la couleur du poil de cette partie; elle avait, commelalouve, le museau épais auprès des yeux, de manière que les angles en étaient beaucoup plus éloignés l'un de l’autre que dans le chien, et même que dans le mâle que nous venons de décrire; elle avait aussi, comme la louve, le front plat, le bout du nez un peu relevé, les orbites des yeux un peu inelinées, les oreilles courtes et toujours droites ; mais elle tenait du chien par sa queue, qui était courte et émoussée, au lieu que le mâle tenaitsa queue de la louve. Elle avait les oreilles droites, larges à la base, et finissant en pointesanssereplier comme celles du mâle: ainsi elle ressemblaitencore parfaitement à sa mère par. ce caractère. Elle était d’une grande légèreté , étant plus hautesur ses jambes à proportion que le mâle. Elle avait aussi les cuisses et les jambes plus fines ; elle sautait à une hauteur très-considérable, et aurait aisément franchi un mur de six ou sept pieds : elle avait six mamelons sous le ventre. Au reste, elle avait, comme le mâle. le bord des paupières, les lèvres et le bout du nez noirs ; l'iris était jaunâtre; le tour des yeux fauve foncé, plus cläir au-dessus des paupières supérieures; les joues et les mâchoires blanches : entre les deux yeux étaient des poils bruns , qui formaient une pointe sur le sommet de la tête. Le poil du corps était noir, jaspé de gris par le mélange des poils blanes : le noir était plus marqué depuis les épaules jusqu’au croupion ; en sorte que, dans cet endroit, cette femelle était plus noire que le mâle. Les côtés du corps et le cou jusqu'aux oreilles étaient de couleur grisâtre; les poils étaient blanes à la racine et noirs à jeur pointe ; le derrière des épaules etles faces du cou étaient fauves. Le dedans des oreilles, le tour de la lèvre supérieure, toute la mâchoire inférieure, la poitrine, le ventre, le dessous de la queue et le tour del’anus étaient plus ou moins blancs; mais ce blanc était moins net et moins apparent que dansle mâle, et il était, dans quelques endroits, mélé-de jaune pâle ou de gris cendré. Le sommet et les côtés de latête, le dessus du museau, le dehors des oreilles, la face extérieure des jambes, et le bas des côtés du corps, étaient roussâtres ou jaunâtres ; le-dedans des jambes était, comme le ventre, presque blanchätre :
elle n'avait pas, comme le mâle, des taches blanches sur les yeux ni sur le cou. Le tour des lèvres, les sourcils, les paupières, les mous-
taches, le bout du nez et tous les ongles étaient noirs. La queue ressemblait à celle du père chien; elle était toute différente de celle du mâle, qui, comme nous l'avons dit, ressemblait à la queue de la mère louve. Celle de cette femelle était courte, plate et blanche en-dessous, couverte en-dessus de poils noirs légèrement nuancés d'un peu de fauve , et terminée par des poils noirs.
En comparant la couleur du poil des pieds à :
celle des ongles dans ces deux individus mâle et femelle, il paraît que la couleur des ongles dépendait beaucoup de la couleur du poil qui les surmontait; je crois même que ce rapport est général et se reconnaitaisément dans la plupart des animaux. Les bœufs, les chevaux , les chiens, ete., qui ont du blane immédiatement au-dessus de leurs cornes, sabots, ergots, ete., ont aussi du blanc sur ces dernières parties ; quelquefois même ce blanc se manifeste par bandes, lorsque les jambes et les pieds sont de différentes couleurs. La peau a de même beaucoup de rapport à la couleur du poil, presque
toujours blanche où le poil est blanc, pourvu.
qu'il le soit dans toute son étendue; car si le poil n’est blanc qu'à la pointe, et qu'il soit rouge ou noir à la racine, la peau estalors plutôt noire ou rousse que blanche.