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trouve dans les liqueurs séminales soient des animaux, puisque tous ceux qui les ont observés les ont regardés comme tels, et que Leeuwenhoek et les autres observateurs s'accordent à les appeler animaux , qu'il ne parait même pas qu'ils aient eu le moindre doute, le moindre serupule sur cela. On pourra me dire aussi qu'on ne conçoit pas trop ce que c’est que des parties organiques vivantes, à moins que de les regarder comme des animaleules; et que de supposer qu'un animal est composé de petits animaux, est à peu près la même chose que de dire qu'un être organisé est composé de parties organiques vivantes. Je vais tâcher de répondre à ces questions d'une manière satisfaisante.
Il est vrai que presque tous les observateurs se sont accordés à regarder comme des animaux les corps mouvants des liqueurs séminales, et qu'iln'y a guère que ceux qui, comme Verheyen, ne les avaient pas observées avec de bons microscopes, qui ont cru que le mouvement qu'on voyait dans ces liqueurs pouvait provenir des esprits de la semence qu'ils supposaient être en grande agitation; mais il n’est pas moins certain, tant par mes observations que par celles de M. Needham sur la semence du calmar, que ces corps en mouvement des liqueurs séminales sont des êtres plus simples et moins organisés que les animaux.
Le mot animal, dans l’acception où nous le prenons ordinairement, représente une idée générale, formée des idées particulières qu'on s’est faites de quelques animaux particuliers : toutes les idées générales renferment des idées différentes, qui approchent ou diffèrent plus ou moins les unes des autres, et par conséquent aucune idée générale ne peut être exacte ni précise ; l'idée générale que nous nous sommes formée de l'animal sera, si vous voulez, prise principalement de l’idée particulière du chien, du cheval, et d’autres bêtes qui nous paraissent avoir de l'intelligence, de la volonté, qui semblent se déterminer et se mouvoir suivant cette volonté, et qui de plus sont composées de chair et de sang, qui cherchent et prennent leur nourriture, qui ont des seps, des sexes et la faculté de se reproduire. Nous joignons donc ensemble une grande quantité d'idées particu-
| lières, lorsque nous nous formons l'idée géné-
rale que nous exprimons par le mot animal;
Let l'on doit observer que dans le grand nombre
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de ces idées particulières, il n’y en a pas une qui constitue l'essence de l'idée générale; car il y a, de l'aveu de tout le monde, des animaux qui paraissent n'avoir aucune intelligence, aucune volonté, aucun mouvement progressif; il y en a qui n'ont ni chair ni sang, etqui ne paraissent être qu'une glaire congelée; il y en a qui ne peuvent chercher leur nourriture, et qui ne la reçoivent que de l'élément qu'ils habitent; enfin il y en a qui n'ont point de sens, pas même celui du toucher, au moins à un degré qui nous soit sensible : il y en a qui n’ont point de sexes, ou qui les ont tous deux, etil ne reste de général à l'animal que ce qui lui est commun avec le végétal, c’est-à-dire la faculté de se reproduire. C’est done du tout ensemble qu'est composée l'idée générale, et ce tout étant composé de parties différentes, il y a nécessairement entre ces parties des degrés et des nuances; un insecte, dans ce sens, est quelque chose de moins animal qu’un chien; une huitre est encore moins animal qu'un insecte, une ortie de mer, ou un polype d'eau douce, l'est encore moins qu'une huitre; et comme la nature va par nuances insensibles, nous devons trouver des êtres qui sont encore moins animaux qu'une ortie de mer ou un polype. Nos idées générales nesont que des méthodesartificielles, que nous nous sommes formées pour rassembler une grande quantité d'objets dans le même point de vue, et elles ont, comme les méthodes artificielles dont nous avons parlé (tome I, dise. 1), le défaut de ne pouvoir jamais tout comprendre; elles sont de mème opposées à la marche de la nature, qui se fait uniformément, insensiblement et toujours particulièrement ; en sorte que c'est pour vouloir comprendreun trop grand nombre d'idées particulières dans un seul mot, que nous n'avons plus une idée claire de ce que ce mot signifie, parce que ce mot étant reeu, on s'imagine que ce mot est une ligne qu'on peut tirer entre les productions de la nature, que tout ce qui est au-dessus de cette ligne est en effet animal, et que tout ce qui est au-dessous ne peut être que végétal; autre mot aussi général que le premier, qu'on emploie de même comme une ligne de séparation entre les corps organisés et les corps bruts, Mais, comme nous l'avons déjà dit plus d'une fois, ces lignes de séparation n'existent point dans la nature; il y a des êtres qui ne sont ni animaux, ni végétaux, ni minéraux,
et qu'on tenterait vainement de rapporter aux uns ou aux autres; par exemple , lorsque M,Trembley, cetauteur célèbre de la découverte des animaux qui se multiplient par chacune de leurs parties détachées, coupées ou séparées, observa pour la première fois le polype de la lentille d'eau, combien employa-t-il de temps pour reconnaitre si ce polype était un animal ou une plante, et combien n'eut-il pas sur cela de doutes et d'incertitudes ! c’est qu'en effet le polype de la lentille n’est peut-être ni l'un ni l'autre, et que tout ce qu'on en peut dire, c’est qu'il approche un peu plus de l’animal que du végétal ; et comme on veut absolument que tout être vivant soit un animal ou une plante, on croirait n'avoir pas bien connu un être organisé, si on ne le rapportait pas à l'un ou à l’autre de ces noms généraux, tandis qu'il doit y avoir, et qu'en effet il y a une grande quantité d'êtres organisés qui ne sont ni l'un ni l’autre, Les corps mouvants que l'on trouve dans les liqueurs séminales, dans la chair infusée des animaux et dans les graines et les autres parties infusées des plantes, sont de cette espèce; on ne peut pas dire que ce soient des animaux, on ne peut pas dire que ce soient des végétaux, et assurément on dira encore moins que ce sont des minéraux.
On peut done assurer, sans crainte de trop avancer, que la grande division des productions de la nature en animaux, végétaux et minéraux, ne contient pas tous les êtres matériels ; il existe, comme on vient de le voir, des corps organisés qui ne sont pas compris dans cette division. Nous avons dit que Ja marche de la nature se fait par des degrés nuancés et souvent imperceptibles, aussi passet-elle par des nuances insensibles de l’animal au végétal; mais du végétal au minéral le passage est brusque, et cette loi de n'aller que par desrés nuancés parait se démentir. Cela m'a fait soupconner qu’en examinant de pres la nature, on viendrait à découvrir des êtres intermédiaires, des corps organisés qui, sans avoir, par exemple, la puissance de se reproduire comme les animaux et les végétaux, auraient cependant une espèce de vie et de mouyement; d'autres étres qui, sans être des animaux ou des végétaux, pourraient bien entrer dans la constitution des uns et des autres ; et enfin d'autres êtres qui ne seraient que le premier assemblage des molécules organiques
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dont j'ai parlé dans les chapitres précédents.
Je mettrais volontiers dans la première classe de ces espèces d'êtres, les œufs, comme étant le genre le plus apparent. Ceux des poules et des autres oiseaux femelles, tiennent, comme on sait, à un pédicule commun, et ils tirent leur origine et leur premier accroissement du corps de l'animal; mais dans ce temps qu'ils sont attachés à l'ovaire, ce ne sont pas encore de vrais œufs, ce ne sont que des globes jaunes qui se séparent de l'ovaire dès qu'ils sont parvenus à un certain degré d’accroissement ; lorsqu'ils viennent à se séparer, ce ne sont encore que des globes jaunes, mais des globes dont l'organisation intérieure est telle qu'ils tirent de la nourriture, qu'ils la tournent en leur substance, et qu'ils s'approprient la lymphe dont la matrice de la poule est baignée, et qu’en s’appropriant cette liqueur ils forment le blane, les membranes, et enfin la coquille. L'œuf, comme l'on voit, a une espèce de vie et d'organisation, un accroissement, un développement, et une forme qu'il prend de luimême et par ses propres forces ; Il ne vit pas comme l'animal, il ne végète pas comme la plante, il ne se reproduit pas comme l'un et l'autre; cependant il croit, il agit à l'extérieur et il s'organise. Ne doit-pas dès-lors regarder l'œuf comme un être qui fait une classe à part, et qui ne doit se rapporter ni aux animaux, ni aux minéraux ? çar si l’on prétend que l'œuf n'est qu'une production animale destinée pour la nourriture du poulet, et si l'on veut le regarder comme une partie de la poule, une partie d'animal, je répondrai que les œufs, soit qu'ils soient fécondés ou non, soit qu'ils contiennent ou non des poulets, s'organisent toujours de la même façon ; que même la fécondation n’y change qu'une partie presque invisible, que dans tout le reste l'organisation de l'œuf est toujours la même, qu'il arrive à sa perfection et à l'accomplissement de sa forme, tant extérieure qu'intérieure, soit qu'il contienne le poulet ou non, et que par conséquent c'est un être qu'on peut bien considérer à part et en lui-même.
Ce que je viens de dire paraïitra bien plus clair, si on considère la formation et l’aceroissement des œufs de poisson; lorsque la femelle les répand dans l'eau, ce ne sont encore, pour ainsi dire, que des ébauches d'œufs; ces ébauches séparées totalement du corps de l'animal ;
et flottantes dans l’eau, attirent à elles et s’approprient les parties qui leur conviennent, et croissent ainsi par intus-susception ; de la même façon que l'œuf de la poule acquiert des membranes et du blanc dans la matrice où il flotte, de même les œufs de poissons acquièrent d'euxmêmes des membranes et du blanc dans l'eau où ils sont plongés, et soit que le mâle vienne les féconder en répandant dessus la liqueur de sa laite, ou qu'ils demeurent inféconds faute d’avoir été arrosés de cette liqueur, ils n'arrivent pas moins, dans l’un et l’autre cas, à leur entière perfection. II me semble donc qu'on doit regarder les œufs en général comme des corps organisés qui, n'étant ni animaux ni végétaux, font un genre à part.
Un second genre d'êtres de la même espèce sont les corps organisés qu'on trouve dans Je semence de tous les animaux, et qui, comme ceux de la laite du calmar, sont plutôt des machines naturelles que des animaux. Ces êtres sont proprement le premier assemblage qui résulte des molécules organiques dont nous avons tant parlé , ils sont peut-être même les parties organiques qui constituent les corps organisés des anfmaux. On les a trouvés dans la semence de tous les animaux , parce que la semence n’est en effet que le résidu de toutes les molécules organiques que l'animal prend avec les aliments; c’est, comme nous l'avons dit, ce qu'il y a de plus analogue à l'animal même, ce qu'il y a de plus organique dans la nourriture, qui fait la matière de la semence, et par conséquent on ne doit pas être étonné d'y trouver des corps organisés,
Pour reconnaître clairement que ces corps organisés ne sont pas de vrais animaux, il n’y a qu'à réfléchir sur ce que nous présentent les expériences précédentes : les corps mouvants que j'ai observés dans les liqueurs séminales ont été pris pour des animaux, parce qu'ils ont un mouvement progressif, et qu’on a cru leur remarquer une queue; mais si on fait attention d'un côté à la nature de ce mouvement progressif qui, quand il est une fois commencé, fini! tout à coup sans jamais se renouveler, et d l'autre, à la nature de ces queues, qui ne sont que des filets que le corps en mouvement tire après lui, on commencera à douter, car un animal va quelquefois lentement, quelquefois vite, il s'arrête et se repose quelquefois dans son mouvement; ces corps mouyants au contraire vont
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toujours de même , dans le même temps, je ne les ai jamais vus s'arrêter et se remettre en mouvement, ils continuent d'aller et de se mouvoir progressivement sans jamais se reposer, et lorsqu'ils s'arrètent une fois, c’est pour toujours. Je demande si cette espèce de mouvement continu, et sans aucun repos, est un mouvement ordinaire aux animaux, et si cela ne doit pas nous faire douter que ces corps en mouvement soient de vrais animaux. De même il paraît qu'un animal , quel qu'il soit, doit avoir une forme constante et des membres distincts; ces corps mouvants au contraire changent de forme à tout instant, ils n'ont aucun membre distinct, et leur queue ne paraît être qu'une partie étrangère à leur individu; dès-lors, doit-on croire que ces corps mouvants soient en effet des animaux ?
On voit dans ces liqueurs des filaments qui s’allongent et qui semblent végéter, ils se gonflent ensuite et produisent des corps mouvants : ces filaments seront, si l’on veut, des espèces de végétaux; mais les corps mouvants qui en sortent ne seront pas des animaux, car jamais l'on n'a vu de végétal produire un animal; ces corps mouvants se trouvent aussi bien dans les germes des plantes que dans la liqueur séminale des animaux , on les trouve dans toutes les sub stances végétales ou animales ; ces corps mouvants ne sont donc pas des animaux; ils ne se produisent pas par les voies de la génération, ils n'ont pas d'espèce constante; ils ne peuvent donc être ni des animaux, ni des végétaux. Que seront-ils done ? on les trouve partout , dans la chair des animaux, dans la substance des végétaux ; on les trouve en plus grand nombre dans les semences des uns et des autres, n’estil pas naturel de les regarder comme des parties organiques vivantes qui composent l’animal ou le végétal, comme des parties qui, ayant du mouvement et une espèce de vie, doivent produire par leur réunion des êtres mouvants et vivants , et former les animaux et les végétaux?
Mais , pour laisser sur cela le moins de doute que nous pourrons , examinons les observations des autres. Peut-on dire que les machines actives que M. Needham a trouvées dans la laite du calmar soient des animaux ? pourrait-on croire que les œufs , qui sont des machines actives d’une autre espèce, soient aussi des animaux ? et si nous jetons les yeux sur la représentation de presque tous les corps en mouvement que Leeuwenhoek a vus au microscope dans une in-
finité de différentes matières, ne reconnaîtronsnous pas, même à la première inspection , que ces corps ne sont pas des animaux , puisque aucun d'eux n’a de membres, et qu'ils sont tous ou des globules, ou des ovales plus où moins allongés, plus où moins aplatis? Si nous examinons ensuite ce que dit ce célèbre observateur lorsqu'il décrit le mouvement de ces prétendus animaux , nous ne pourrons plus douter qu'il n'ait eu tort de les regarder comme tels, et nous nous confirmerons de plus en plus dans notre opinion, que ce sont seulement des parties organiques en mouvement, nous en rapporterons ici plusieurs exemples. Leeuwenhoek donne (fome I, page 51) la figure des corps mouvants qu'il à observés dans la liqueur des testicules d’une grenouille mäle. Cette figure ne représente rien qu'un corps menu, long et pointu par l'une des extrémités, et voici ce qu'il en dit : Uno tempore caput (c’est ainsi qu'il appelle l'extrémité la plus grosse de ce corps mouvant) erassius mihi apparebat alio ; Plerumque agnoscebam animalculum haudulterits quäm à capile ad medium corpus, ob caudæ tenuitatem, et cm idem animalculum pauld vehementiùs moveretur (quod tamen lardè fiebat) quasi volumine quodam circà caput ferebatur. Corpus ferè carebat mot, cauda tamen in tres quatuorve flexus volvebatur. Voilà le changement de forme que j'ai ditavoir observé, voilàlemucilage dont le corps mouvant fait effort pour se dégager, voilà une lenteur dans le mouvement lorsque ces corps ne sont pas dégagés de leur mucilage, et enfin voilà un animal, selon Leeuwenhoek, dont une partie se meut et l’autre demeure en repos, dont l’une est vivante et l’autre morte; car il dit plus bas : Movebant posteriorem solümpartem; que ultima, mortivicina esse judicabam.
Tout cela, comme l’on voit, ne convient guère à un animal, et s'accorde avec ce que j'ai dit, à l'exception que je n’ai jamais vu la queue oule filetse mouvoir que par l'agitation du corps qui letire, ou bien par un mouvement intérieur que
j'ai vu dans les filaments lorsqu'ils se gonflent
pour produire des corps en mouvement. Il ditensuite, page 52, en parlantde la liqueur séminale du cabillau : Non est putandum omnia animalcula in semine aselli contenta uno eodemque tempore vivere , sed illa potits tantèm vivere que exilui seu parlui viciniora sunt, que et copiosiori humido innatant pre reliquis vil@
DES ANIMAUX
carentibus , adhuc in crassû malerià , quam humor eorum efficit, jacentibus. Si ce sont des animaux , pourquoi n'ont-ils pas tous vie ? pourquoiceux qui sont dans la partie la plus liquide sont-ils vivants , tandis que ceux qui sont dans la partie la plus épaisse de la liqueur ne le sont pas ? Leeuwenhoek n'a pas remarqué que cette matière épaisse, dont il attribue l'origine à l'humeur de ces animaleules , n’est au contraire autre chose qu'une matière mucilagineuse qui les produit. En délayant avec de l'eau cette matière mucilagineuse, il aurait fait vivre tous ces animaleules, qui cependant, selon lui, ne doivent vivre que longtemps après; souvent même ce mucilage n'est qu'un amas de ces corps qui doiventse mettre en mouvement dès qu'ils peuvent se séparer, et par conséquent cette matière épaisse, au lieu d’être une humeur que . ces animaux produisent, n'est au contraire que les animaux eux-mêmes, ou plutôt c’est, comme nous venons de le dire, la matière qui contient et qui produit les parties organiques qui doivent se mettre en mouvement. En parlant de la semence du coq, Leeuwenhoek dit, page 5 de sa lettre écrite à Grew : Contemplando materiam {seminalem), animadverti ibidem tantam abundantiam viventium animalium ,ut eà stuperem ; forma seu externä fiqurâsuû nostrates anquillas fluviatiles referebant , vehementissimà agilatione movebantur ; quibus lamen substrati videbantur multi et admodüm exiles globuli, item multæ plan-ovales fiquræ, quibus eliam vila posset attribui, el quidem propter earumdem commotiones ; sed eæxislimabam omnes hasce commotiones etagitationes provevenire ab animalculis, sicque etiam res se habebat; attamen ego non opinione solùm, sed eliam ad veritatem mihi persuadeo has particulas planam et ovalem fiquram habentes , esse quædam animalcula inter se ordine suo disposila et mixtla, viläque adhuc carentia.
Voilà done dans la même liqueur séminale des animaleules de différentes formes, etje suis convaincu par mes propres observations que, si Leeuwenhoek eût observé exactementles mouvements de ces ovales, il aurait reconnu qu'ils se remuaient par leur propre force, et que par conséquent ils étaient vivants aussi bien queles autres. Il est visible que ceci s'accorde parfaitement avec ce que nous avons dit; ces corps mouvants sont des parties organiques qui prennent différentes formes, et ce ne sont pas
des espèces constantes d'animaux, car dans le cas présent , si les corps qui ont la figure d'une anguille sont les vrais animaux spermatiques dont chacun est destiné à devenir un coq, ce qui suppose une organisation bien parfaite et une forme bien constante; que seront les autres qui ont une figure ovale, et à quoi serviront-ils? [1 dit un peu plus bas qu'on pourrait concevoir que ces ovales seraient les mêmes animaux que les anguilles, en supposant que le corps de ces angulles fût tortillé et rassemblé en spirale; mais alors comment concevra-t-on qu'un animal dont le corps est ainsi contraint puisse se mouvoir sans s'étendre ? Je crois donc que ces ovales n'étaient autre chose que les parties organiques séparées de leur filet, et que les anguilles étaient ces mêmes parties qui trainaient leur filet, comme je l'ai vu plusieurs fois dans d’autres liqueurs séminales. Au reste Leeuwenhoek, qui croyait que tous ces corps mouvants étaient des animaux , qui avait établi sur cela un système, qui prétendait que ces animaux spermatiques devaient devenir des hommes et des animaux , n’avait garde de soupeonner que ces corps mouvants ne fussent en effet que des machines naturelles , des parties organiques en mouvement ; car il ne doutait pas ( voyez tom. I, pag. 67) que ces animaux spermatiques ne continssent en petit le grand animal, etildit: Progeneratio animalis ex animalceulo in seminibus masculinis omni exceplione major est; nam eliamsi in animalculo eæ semine masculo, undè ortum est, figuram animalis conspicere nequeamus, allamen salis superque cerli esse possumus fiquram animalis ex quâ animal ortum est, in animaleulo quod in semine masculo reperitur, conclusam jacere sive esse : el quanquam mihi sœæpiüs , conspectis animalculis in semine masculo animalis, imaginutus fuerim me posse dicere, en ibè caput, en ibi kumeros, en ibi femora; altamen cüm ne minim@ quidem certitudine de iis judicium ferre potuerim, hücusque certi quid slatuere supersedeo, donec tale animal, cujus seminamascula tam magna erunt, ut in is figuram creaturæ ex quà provenil , agnoscere queam, invenire secunda nobis concedal for tuna. Ce hasard heureux que Leeuwenhoek désirait, et n’a pas eu, s'est offert à M. Needham. Les animaux spermatiques du calmar ont trois ou quatre lignes de longueur à l'œil simple , il est extrémement aisé d’en voir toute l’organi-
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sation et toutes les parties; mais ce ne sont pas de petits calmars, comme l'aurait voulu Leeuwenhoek, ce ne sont pas même des animaux , quoiqu'ils aient du mouvement; ce ne sont, comme nous l'avons dit, que des machines que l'on doit regarder comme le premier produit de la réunion des parties organiques en mouvement.
Quoique Leeuwenhoek n'ait pas eu l'avantage de se détromper de cette façon, il avait cependant observé d'autres phénomènes qui auraient dù l'éclairer; par exemple, il avait remarqué (voyez tom. 1, pag. 160) queles animaux spermatiques du chien changeaient souvent de figure, surtout lorsque la liqueur dans laquelle ils nageaient était sur le point de s'évaporer entièrement; il avait observé que ces prétendus animaux avaient une ouverture à la tête lorsqu'ils étaient morts, et que cette ouverture n'existait point pendant leur vie; ilavait vu que Ja partie qu'il regardait comme la tête de l'animal était pleine et arrondie lorsqu'il était vivant, et qu'au contraire elle était affaissée et aplatie après la mort : tout cela deyait le conduire à douter que ces corps mouvants fussent de vrais animaux; et en effet cela convient mieux à une espèce de machine qui se vide , comme celle du calmar, qu'à un animal qui se meut.
J'ai dit que ces corps mouvants, ces parties organiques ne se meuvent pas comme se mouvraient des animaux, qu'il n’y a jamais aucun intervalle de repos dans leur mouvement. Leeuwenhoek la observé tout de même, et il le remarque précisément, tome I, pag. 168. Quodiescumque, dit-il, animalcula in semine masculo animalium fuerim contemplatus, attamen illa seunquàm ad quietem contulisse, menunquäm vidisse, mihi dicendum est, si modo sat fluidæ superesset matleriæ in qu sese commodè movere polerant; at eadem in continuo manentmotu,el lempore quo ipsis moriendum appropinquante, motus magis Mmagisque deficil usquedüm nullus prorsus molus in illis agnoscendus sit. I me parait qu'il est difficile de concevoir qu'il puisse exister des animaux qui dès le moment de leur naissance jusqu'à celui de leur mort soient dans un mouvement continuel et très-rapide, sans le plus petit intervalle de repos, et comment imaginer que ces prétendus animaux du chien, par exemple, que Leeuwenhoek a vus, après le septième jour, en mouvement aussi rapide qu'ils l'étaient au sor-
tir du corps de l'animal, aient conservé pendant ce temps un mouvement dont la vitesse est si grande, qu'il n'y a point d'animaux sur Ja terre qui aient assez de force pour se mouvoir ainsi pendant une heure, surtout si l’on fait attention à la résistance qui provient tant de la densité que dela ténacité de la liqueur dans laquelle ces prétendus animaux se meuvent ?
Cette espèce demouvement continu convient au contraire à des parties organiques qui, comme des machines artificielles, produisent dans un temps leur effet d'une manière continue, et qui s'arrêtent lorsque cet effet est produit.
Dans le grand nombre d'observations que Leeuwenhoek à faites, il a sans doute vu souvent ces prétendus animaux sans queue, il le dit même en quelques endroits, et il tâche d'expliquer ce phénomène par quelque supposition; par exemple ({om. 11, pag. 150) il dit en parlant de la semence du merlus : Ubi verû ad laclium accederem observalionem, in üis partibus quas animaleula esse censebam, neque vilam neque caudam dignoscere potui ; eujus rei ralionem esse existimabam, quèd quandià animalcula natando loca sua perfectè mutare non possunl, tam dit etiam cauda concinmè cireà corpus maneat ordinata , quôdque ide singula animaleulu rotundum repræsentent corpusculum. Il me parait qu'il eût été plus simple de dire, comme cela est en effet, que les animaux spermatiques de ce poisson ont des queues dans un temps et n’en ont point dans d'autres, que de supposer que cette queue est tortillée si exactement autour de leur corps, que cela leur donne la figure d’un globule. Ceci ne doit-il pas nous porter à croire que Leeuwenhoek n’a fixé ses yeux que sur les corps mouvants auxquels il voyait des queues; qu'il ne nous a donné la description que des corps mouvants qu'il a vus dans cet état; qu'il a négligé de nous les décrire lorsqu'ils étaient sans queues, parce qu'alors, quoiqu'ils fussent en mouvement, il ne les regardait pas comme des animaux , et c'est ce qui fait que presque tous les animaux spermatiques qu'il a dépeints, se ressemblent, et qu'ils ont tous des queues, parce qu'il neles a pris pour de vrais animaux que lorsqu'ils sont en effet dans cet état, et que quand il les a vus sous d’autres formes il à cru qu'ils étaient encore imparfaits , ou bien qu'ils étaient près de mourir, ou même qu'ils étaient morts. Au reste, il parait par mes ob-
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servations que, bien loin que le prétendu animaleule déploie sa queue, d'autant plus qu'il est plus en état de nager, comme le dit ici Leeuwenhoek , il perd au contraire successivement les parties extrèmes de sa queue, à mesure qu'il nage plus promptement, et qu'enfin cette queue, qui n'est qu'un corps étranger, un filet que le corps en mouvement traine, disparait entièrement au bout d'un certain temps.
Dans un autre endroit (om. III, pag. 93), Leeuwenhoek, en parlant des animaux spermatiques de l'homme , dit : Aliquando eliam animadverti inter animalcula particulas quasdam minores et subrotundas, cùm verû se ea aliquoties eo modo oculis meis exhibuerint, ut mihi imaginarer eas exiquis instruclas esse caudis, cogitarecæpiannonhe fortè particulæ forent animalcula recens nata; certum enim mihi est ea eliam animalcula per generationem provenire, velex mole minuscul& ad adullam procedere quantitalem : et quis seit an non ea animaleula, ubi moriuntur, aliorum animalculorum nutrition atque augmini inserviant? Il parait par ce passage que Leeuwenhoek a vu dans la liqueur séminale de Jhomme des animaux sans queue, aussi bien que des animaux avec des queues, et qu'il est obligé de supposer que ces animaux qui n’ayaient point de queue étaient nouvellement nés et n'étaient point encore adultes. J'ai observé tout le contraire, car les corps en mouvement ne sont jamais plus gros que lorsqu'ils se séparent du filament , c'est-à-dire lorsqu'ils commencent à se mouvoir , et lorsqu'ils sont entièrement débarrassés de leur enveloppe , ou si l'on veut, du mucilage qui les environne, ils sont plus petits , et d'autant plus petits qu'ils demeurent plus longtemps en mouvement. A l'égard de la génération de ces animaux , de laquelle Leeuwenhoek dit dans cet endroit qu'il est certain , je suis persuadé que toutes les personnes qui voudront se donner la peine d’observer avec soin les liqueurs séminales, trouyeront qu'il n’y a aucun indice de génération d'animal par un autre animal , ni même d’accouplement; tout ce que cet habile observateur dit ici est avancé sur de pures suppositions; il est aisé de le lui prouver, en ne se servant que de ses propres observations ; par exemple, il remarque fort bien (page 98, tome III) que les laites de certains poissons , comme du ca-
minale, et qu'ensuite, après que le poisson a répaudu cette liqueur , ces laites se dessèchent , se rident, et ne sont plus qu'une membrane sèche et dénuée de toute liqueur. £o tempore, dit-il, guo asellus major lactes suos emisit , rugæ illæ , seu tortiles lactium parles , usque adeù contrahuntur , ut nihil prater pelliculas seu membranas esse videantur. Comment entend-il done que cette membrane sèche, dans laquelle il n’y a plus ni liqueur séminale ni animaux, puisse reproduire des animaux de la même espèce l'année suivante ? s’il y avait une vraie génération dans ces animaux , c'est-à-dire si l'animal était produit par l'animal, il ne pourrait pas y avoir cette interruption, qui dans la plupart des poissons est d’une année entière; aussi, pour se tirer de cette difiiculté, il dit un peu plus bas : Necessarid statuendum eril, ul asellus major semen suum emiserit, in lactibus etiamnum multüm materiæ seminalis gignendis animaleulis aplæ remansisse, ex quà malerià plura oportet provenire animalcula seminalia quàm anno proximè elapso emissa fuerant. On voit bien que cette supposition, qu'il reste de la matière séminale dans les laites pour produire les animaux spermatiques de l’année suivante, est absolument gratuite , et d’ailleurs contraire aux observations, par lesquelles on reconnait évidemment que la laite n’est dans cet intervalle qu'une membrane mince et absolument desséchée. Mais comment répondre à ce que l'on peut opposer encore ici, en faisant voir qu'il y a des poissons, comme le calmar, dont non-seulement la liqueur séminale se forme de nouveau tous les ans, mais même le réservoir qui la contient, la laite elle-même? pourra-t-on dire alors qu'il reste dans la laite de la matière séminale pour produire les animaux de l'année suivante, tandis qu'il ne reste pas même de laite , et qu'après l'émission entière de la liqueur séminale , la Jaite elle-même s’oblitère entièrement et disparait , et que l'on voit sous ses yeux une nouyelle laite se former l’année suivante? Il est donc très-certain que ces prétendus animaux spermatiques ne se multiplient pas, comme les autres animaux, par les voies de la génération, ce qui seul suffirait pour faire présumer que ces parties qui se meuvent dans les liqueurs séminales ne sont pas de vrais animaux. Aussi | Leeuwenhoek, qui, dans l'endroit que nous ve-
Lillau , se remplissent peu à peu de liqueur sé- | nous de citer, dit qu'il est certain que les ani-
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maux spermatiques se multiplient et se propa- | gent par la génération, avoue cependant dans
un autre endroit ({ome 1, page 26), que la ma-
nière dont se produisent ces animaux est fort
obscure, et qu'il laisse à d’autres le soin d'é-
claircir cette matière. Persuadebam mihi, dit-il
en parlant des animaux spermatiques du loir, | hœcce animalcula ovibus prognasci , quia di-
versa in orbem jacentia et in semet convoluta | videbam ; sed unde , queæso, primam illorum | originem derivabimus ? an animo nostro concipiemus horum animalculorum semen jam | Procreatum esse in ips& generatione, hocque semen tam diù in testiculis hominum hærere, | usquedüm ad annum ætatis decimum quartum | vel decimum quintum aut sextum pervenerint, eademque animalcula tm demüm vità donari, vel in justam slaturam excrevisse , illoque temporis articulo generandi maturitatem adesse? sed hœc lampada aliis trado. Je ne crois pas qu'il soit nécessaire de faire de plus grandes réflexions sur ce que dit ici Leenwenhoek : il a vu dans la semence du loir des animaux spermatiques sans queue et ronds; 27 semet convoluta , dit-il, parce qu'il supposait toujours qu'ils devaient avoir des queues ; et à l'égard de la génération de ces prétendus animaux, on voit que bien loin d'être certain, comme il le dit ailleurs, que ces animaux se propagent par la génération, il parait ici convaincu du contraire. Mais lorsqu'il eut observé la génération des pucerons, et qu'il se fut assuré (voyez lome II, page 499 et suiv.; et tome LIL, Page 271) qu'ils engendrent d'eux-mêmes et sans accouplement, il saisit cette idée pour expliquer la génération des animaux spermatiques : Quemadmodum , dit-il, animalcula kæc | quæ pediculorum anteà nomine designavimus (les pucerons), dûm adhuc in utero materno latent, jam prædita sunt materià seminali ex qué ejusdem generis prodilura sunt animalcula, pari ratione cogitare licet animaleula in seminibus masculinis ex animalium testiculis non migrare, seu ejict, quin post se relinquant minuta animalcula, aut sallem maleriam seminalem ex qu ilerüm alia ejusdem generis animalcula proventura sunt, idque ubsque coîlu , eâdem ratione quä supradicta animalcula generari observavimus. Ceci est, comme l'on voit, une nouvelle supposition qui ne satisfait pas plus que les précédentes ; car on n'entend pas mieux, par cette comparaison
de la génération de ces animaleules avec celle du puceron, comment ils ne se trouvent dans la liqueur séminale de l'homme que lorsqu'il est parvenu à l’âge de quatorze ou quinze ans; on n’en sait pas plus d’où ils viennent, on n’en conçoit pas mieux comment ils se renouvellent tous les ans dans les poissons , ete. ; et il me parait que quelques efforts que Leeuwenhoek ait faits pour établir la génération de ces prétendus animaux spermatiques sur quelque chose
de probable, cette matière est demeurée dans
une entière obseurité , et y serait peut-être demeurée perpétuellement, si les expériences précédentes ne nous avaient appris que ces animaux spermatiques ne sont pas des animaux, mais des parties organiques mouvantes qui sont contenues dans la nourriture quel’animal prend, et qui se trouvent en grande abondance dans la liqueur séminale, qui est l'extrait le plus pur et le plus organique de cette nourriture.
Leeuwenhoek avoue en quelques endroits qu'il n’a pas toujours trouvé des animaux dans les liqueurs séminales des mâles; par exemple, dans celle du coq, qu'il a observée très-souvent, il n’a vu des animaux spermatiques en forme d'anguilles qu'une seule fois, et plusieurs années après il ne les vit plus sous la figure d'une anguille (Voyez tome III, page 370), mais avec une grosse tête et une queue que son dessinateur ne pouvait pas voir. Il dit aussi ({ome III, page 306) qu'une année il ne put trouver, dans la liqueur séminale tirée de la laite d'un cabillau, des animaux vivants; tout cela venait de ce qu'il voulait trouver des queues à ces animaux, et que quand il voyait de petits corps en mouvement et qui n'avaient que la forme de petits globules, il ne les regardait pas comme des animaux : c’est cependant sous cette forme qu'on les voit le plus généralement, et qu'ils se trouvent plus souvent dans les substances animales ou végétales. Il dit dans le même endroit, qu'ayant pris toutes les précautions possibles pour faire voir à un dessinateur les animaux spermatiques du cabillau, qu'il avait lui-même vus si distinctement tant de fois , il ne put jamais en venir à bout : Non solum, dit-il, ob eximiam eorum eæilitalem , sed etiam quôd eorum corpora adeÿ essent fragilie, ut corpuscula passim dirumperentur ; unde factum fuit ut nonnisi rarû, nec sine allentissimà observatione animadverterem particulas planas alque ovorum in morem
DES ANIMAUX
dongas, in quibus ex parle caudas dignoscere | où il y en a, comme du fromage; mais on les
licebat; particulas has oviformes existimavi animalcula esse dirupta, quôd particule hæ diruptæ quadrupià ferè viderentur majores corporibus animalculorum vivorum. Lorsqu'un animal, de quelque espèce qu'il soit, cesse de vivre, il ne change pas, comme
ceux-ci, subitement de forme; de long comme |
ua fil, il ne devient pas rond comme une boule; il ne devient pas non plus quatre fois plus gros, après sa mort, qu'il ne l'était pendant sa vie; rien de ce que dit ici Leeuwenhoek ne convient à des animaux, tout convient au contraire à des espèces de machines qui, comme celles du calmar , se vident après avoir fait leurs fonctious. Mais suivons encore cette observation : il dit qu'il a vu des animaux spermatiques du cabillau sous des formes différentes, z17ul{a apparebant animalcula sphæram pellucidam repræsentantia ; il les a vus de différentes grosseurs, Aæc animalcula minori videbantur mole, quäm ubi eadem antehäc in tubo vitreo rotundo examinaveram. I n’en faut pas davantage pour faire voir qu'il m'y a point ici d'espèce ni de forme constante, et que par conséquent il n'y a point d'animaux, mais seulement des parties organiques en mouvement, qui prennent en effet par leurs différentes combinaisons des formes et des grandeurs différentes. Ces parties organiques mouvantes se trouvent en grande quantité dans l'extrait et dans les résidus de la nourriture : la matière qui s'attache aux dents, et qui, dans les personnes saines , a la même odeur que la liqueur séminale, doit être regardée comme un résidu de la nourriture ; aussi y trouve-t-on une srande quantité de ces prétendus animaux , dont quelques-uns ont des queues et ressemblent à ceux de la liqueur séminale. M. Baker en a fait graver quatre espèces différentes, dont aucune u'a de membres, et qui toutes sont des espèces de cylindres, d'ovales ou de globules sans queues, ou de globules avec des queues. Pour moi je suis persuadé, après les avoir examinées, qu'aucune de ces espèces ne sont de vrais animaux, et que ce ne sont, comme dans la semence, que les parties organiques et vivantes de la nourriture, qui se présentent sous des formes différentes. Leeuwenhoek, quine savait à quoi attribuer l'origine de ces prétendus animaux de cette matière qui s'attache aux dents, suppose qu'ils viennent de certaines nourritures
trouve ézalement dans ceux qui mangent du fromage et dans ceux qui n'en mangent point; et d'ailleurs ils ne ressemblent en aucune façon aux mites, non plus qu'aux autres petites bêtes qu'on voit dans le fromage corrompu. Dans un autre endroit il dit que ces animaux des dents peuvent venir de l'eau de citerne que l’on boit, parce qu'il a observé des animaux semblables dans l'eau du ciel, surtout dans celle qui a séjourné sur des toits couverts ou bordés de plomb, où l’on trouve un grand nombre d’espèces d'animaux différents; mais nous ferons voir, lorsque nous donnerons l'histoire des animaux microscopiques, que la plupart de ces animaux, qu'on trouve dans l’eau de pluie, ne sont que des parties organiques mouvyantes qui se divisent, qui se rassemblent, qui changent de forme et de grandeur, et qu’on peut enfin faire mouvoir et rester en repos, ou vivre et mourir , aussi souvent qu'on le veut.
La plupart des liqueurs séminales se délaient d’elles-mêmes , et deviennent plus liquides à l'air et au froid, qu'elles ne le sont au sortir du corps de l'animal ; au contraire elles s'épaississent lorsqu'on les approche du feu et qu'on leur communique un degré, même médiocre, de chaleur. J'ai exposé quelques-unes de ces liqueurs à un froid assez violent, en sorte qu'au toucher elles étaient aussi froides que de l'eau prète à se glacer; ce froid n’a fait aucun mal aux prétendus animaux , ils continuaient à se mouvoir avec la même vitesse et aussi longtemps que ceux qui n'y avaient pas été exposés; ceux au contraire qui avaient souffert un peu de chaleur cessaient de se mouvoir, parce que la liqueur s'épaississait. Si ces corps en mouvement étaient des animaux, ils seraient donc d’une complexion et d'un tempérament tout différent de tous les autres animaux , dans lesquels une chaleur douce et modérée ne fait qu'entretenir la vie et augmenter les forces et le mouvement, que le froid arrête et détruit.
Mais voilà peut-être trop de preuves contre laréalité de ces prétendus animaux, et on pourra trouver que nous nous sommes trop étendus sur ce sujet. Je ne puis cependant m'empêcher de faire une remarque, dont on peut tirer quelques conséquences utiles ; c’est que ces prétendus animaux spermatiques, qui ne sont en effet que les parties organiques vivantes de la nourriture, existent non-seulement dans les liqueurs
séminales des deux sexes et dans le résidu de la nourriture qui s'attache aux dents, mais qu'on les trouve aussi dans le chyle et dans les excréments. Leeuwenhoek les ayantrencontrés dans les excréments des grenouilles et de plusieurs autres animaux qu’il disséquait, en fut d'abord fort surpris; et ne pouvant concevoir d'où venaient cesanimaux, quiétaient entièrement semblables à ceux des liqueurs séminales qu'il venait d'observer , il s'accuse lui-même de maladresse, et dit qu'apparemment en disséquant l'animal , il aura ouvertavec le scalpel les vaisseaux qui contiennent la semence, et qu'elle se sera sans doute mêlée aveclesexeréments; mais ensuite lesayant trouvés dans lesexeréments de quelques autres animaux, et même dans les siens, il nesait plus quelle origine leur attribuer. J'observerai que Leeuwenhoek ne les à jamais trouvés dans ses excréments, que quand ils étaient liquides; toutes les fois que son estomac ne faisait pas ses fonctions et qu'il était dévoyé, il y trouvait de ces animaux ; mais lorsque la coction de lanourriture se faisait bien et queles excréments étaient durs, il n’y en avait aucun, quoiqu'il les délayätaveede l'eau, ce qui semble s'accorder parfaitement avec tout ce que nous avons dit ci-devant ; car il est aisé de comprendre que lorsque l'estomac et les intestins font bien leurs fonctions, les excréments ne sont que le mare de la nourriture, et que tout ce qu'il y avait de vraiment nourrissant et d'organique est entré dans les vaisseaux qui servent à nourrir l'animal ; que par conséquent on ne doit point trouver alors de ces molécules organiques dans ce mare, qui est principalement composé des parties brutes de la nourriture et des récréments du corps, qui ne sont aussi que des parties brutes; au lieu que si l'estomac et les intestins laissent passer la nourriture sans la digérer-assez pour que les vaisseaux qui doivent recevoir ces molécules organiques puissent les admettre: ou bien, ce qui est encore plus probable, s’il y a trop de relâchement ou de tension dansles parties solides de ces vaisseaux, et qu'ils ne soient pas dans l’état où il faut qu'ils soient pour pomper la nourriture, alors elle passe avec les parties brates, et on trouve les molécules organiques vivantes dans les excréments; d'où l'on peut conclure que les gens qui sont souvent dévoyés doivent avoir moins de liqueur séminale que les autres; et que ceux au contraire dont les excréments sont moulés, et qui
HISTOIRE NATURELLE
vont rarement à la garde-robe, sont les plus vigoureux et les plus propres à la génération.
Dans tout ce que j'aidit jusqu'ici, j'ai toujours supposé que la femelle fournissait, aussi bien que le mâle, une liqueur séminale, et que cette liqueur séminale était aussi nécessaire à l'œuvre de la génération que celle du mäle. J'ai tâché d'établir (chapitre 1) que tout corps organisé doit contenir des parties organiques vivantes. J'ai prouvé (chapitres IT et IT}) que la nutrition et la reproduction s'opèrent par une seule et même cause ; que la nutrition se fait par la pénétration intime de ces parties organiques dans chaque partie du corps, et que la reproduction s'opère par le superflu de ces mêmes parties organiques, rassemblées dans quelque endroit où elles sont renvoyées de toutes les parties du corps. J'ai expliqué (chapitre IV) comment on doit entendre cette théorie dans la génération de l’homme et des animaux qui ont des sexes. Les femelles étant done des êtres organisés comme les mâles, elles doivent aussi, comme je l'ai établi, avoir quelques réservoirs où le superflu des parties organiques soït renvoyé de toutes les parties de leur corps; cesuperflu ne peut pas y arriver sous une autre forme que sous celle d’une liqueur, puisque c’est un extrait de toutes les parties du corps, et cette liqueurest ce que j’aitoujours appelé la semence de la femelle.
Cette liqueur n’est pas, comme le prétend Aristote, une matière inféconde par elle-même, et qui n'entre ni comme matière, ni comme forme, dans l'ouvrage de la génération; c’est au contraire une matière prolifique, et aussi essentiellement prolifique que celle du mäle, qui contient les parties caractéristiques du sexe féminin, que la femelle seule peut produire; comme celle du mâle contient les parties qui doivent former les organes masculins : et chaune de ces liqueurs contient en même temps toutes les autres parties organiques, qu'on peut regarder comme communes aux deux sexes, ce qui fait que par leur mélange la fille peut ressembler à son père, et le fils à sa mère. Cette liqueur n’est pas composée comme le dit Hippocrate, de deux liqueurs , l'une forte, qui doit servir à produire des mâles, et l'autre faible, qui doit former les femelles; cette supposition est gratuite ; et d’ailleurs, je ne vois pas comment on peut concevoir que dans une liqueur qui ést l'extrait de toutes les parties du corps de la femelle, il y ait des parties qui puissent produire
DES ANIMAUX
des organes que la femelle n’a pas , c’est-à-dire les organes du mâle.
Cette liqueur doit arriver par quelque voie dans la matrice des animaux qui portent et nourrissent leur fœtus au dedans de leur corps; ou bien elle doit se répandre sur d’autres parties dans les animaux qui n'ont point de vraie matrice; ces parties sont les œufs, qu'on peut regarder comme des matrices portatives, et que l'animal jette au dehors. Ces matrices contiennent chacune une petite goutte de cette liqueur prolifique de la femelle, dans l'endroit qu'on appelle la cicatricule; lorsqu'il n’y à pas eu de communication avec le mâle, cette goutte de liqueur prolifique se rassemble sous la figure d'un petit môle, comme l’a observé Malpighi, et quand cette liqueur prolifique de la femelle , contenue dans la cicatricule, a été pénétrée par celle du mâle, elle produit un fœtus qui tire sa nourriture des sucs de cette matrice dans laquelle il est contenu.
Les œufs, au lieu d'être des parties qui se trouvent généralement dans toutes les femelles, ne sont done au contraire que des parties que la natureaemployées pour remplacer la matrice dans les femelles qui sontprivées de cet organe; au lieu d'être les partiesactives et essentielles à la première fécondation, les œufs ne servent que comme parties passives et accidentelies à la nutrition du fœtus déjà formé par le mélange des liqueurs des deux sexes, dansun endroit de cette matrice, comme le sont les fœtus dans quelque endroit de la matrice des vivipares; au lieu d’être des êtres existants de tout temps, renfermés à l'infini les uns dans les autres, et contenantdes millions de millions de fœtus mâles et femelles, les œufs sont au contraire des corps qui se forment du superflu d'une nourriture plus grossière et moins organique que celle qui produit la liqueur séminale et prolifique; c’est dans les femelles ovipares quelque chose d’équivalent, non-seulement à la matrice, mais même aux menstrues des vivipares.
Ce qui doit achever de nous convaincre que les œufs doivent être regardés comme des parties destinées, par la nature, à remplacer lamatrice dans les animaux qui sontprivésdece viscère, c'est que ces femelles produisent des œufs indépendamment du mâle. De la même facon quela matriceexiste dans les vivipares, comme partieappartenante au sexe féminin, les poules, qui n'ont point de matrice, ont des œufs qui la
remplacent ; ce sont plusieurs matrices qui se produisent successivement, et qui existent dans ces femelles nécessairement et indépendamment de Pacte de la génération etde la communication avecle mâle. Prétendre que le fœtusest préexistant dans ces œufs, et que ces œufs sont contenus à l'infini les uns dans les autres, c'està peu près comme si l’on prétendait que le fœtus est préexistant dans la matrice, et que toutes les matrices étaient renfermées lesunes dans lesautres, et toutes dansla matrice de la première femelle.
Les anatomistes ont pris lemot œuf dans des acceptions diverses, et ont entendu des choses différentes par ce nom. Lorsque Harvey a pris pour divise : Omnia eæ ovo, il entendait par l'œuf des vivipares, lesac qui renferme le fœtus et tous ses appendices ; il croyait avoir vu former cet œuf ou ce sac sous ses veux après la copulation du mâle et de la femelle; cet œuf ne venait pas de l'ovaire ou du testicule de la femelle, il a même soutenu qu'il n'avait pas remarqué lamoindre altération à cetesticule, ete. On voit bien qu'il n'ya rien iciqui soit semblable à ce que l’on entend ordinairement par le mot d'œuf, si ce n’est que la figure d'un sac peut être celle d’un œuf, comme celle d'un œuf peut être celle d’un sac. Harvey, qui a disséqué tant de femelles vivipares, n’a, dit-il, jamais apercu d'altération aux testicules ; il tes regarde même comme de petites glandes qui sont tout à fait inutiles à la génération (voyez Harvey, Exercit. 64 et 65); tandis que ces testicules sont des parties fort considérabies dans la plupart des femelles, et qu’il y arrive des changements et des altérations très-marquées, puisqu'on peut voir dans les vaches croître le corps glanduleux depuis la grosseur d'un grain de millet jusqu’à celle d’une grosse cerise; ce qui a trompé ce grand anatomiste , c’est que ce changement n’est pas à beaucoup près si marqué dans les biches et dans les daines. Conrad Pever, qui a fait plusieurs observations sur les testicules des daines, dit : Exiqui quidem sunt damarum testiculi, sedpost coitum fœcundum in allerutro eorum papilla, sive tuberculum fibrosum semper succrescil; serofs autem prœægnantibus tanta accidit testiculorum mulatio, utmediocrem quoque attentionem fugere nequeat. (Vide Conradi Peyeri Merycologia.) Cet auteur croit avec quelque raison que Ia petitesse des testicules des daines et des biches est cause de ce que Harvey n'y a pasremarqué
de changements, mais ilest lui-même dans l’erreuren ce qu'il dit que ces changements qu'il y a remarqués, et qui avaient échappé à Harvey, n'arrivent qu'après une copulation féconde.
Il parait d'ailleurs que Harvey s’est trompé sur plusieurs autres choses essentielles; il assure que la semence du mâle n'entre pas dans la matrice de la femelle, et même qu'elle ne peut pas y entrer; et cependant Verheyen a trouvé une grande quantité de semence du mâle dans la matrice d'une vache disséquée seize heures après l’accouplement ( Voyez Verheyen, sup.
Anal. Tra. V, cap. 3). Le célèbre Ruysch assure avoir disséqué la matrice d’une femme qui, ayant été surprise en adultère, fut assassinée sur-le-champ, et avoir trouvé non-seulement dans la cavité de la matrice, mais aussi dansles deux trompes, une bonne quantité de liqueur séminale du mâle (Voyez Ruysch, Thes. anat. pag. 90, Tabl. VE, fig. 4). Vallisnieri assure que Fallope et d'autres anatomistes ont aussi trouvé, comme Ruysch , de la semence du mâle dans la matrice de plusieurs femmes; on ne peut donc guère douter, après le témoignage positif de ces grands anatomistes, que Harvey ne se soit trompé sur ce point important, surtout si l'on ajoute à ces témoignages celui de Leeuwenhoek, qui assure avoir trouvé de la semence du mäle dans la matrice d’un trèsgrand nombrede femelles de toute espèce, qu'il a disséquées après l’accouplement,.
Une autre erreur de fait est ce que dit Harvey, cap. 16, n° 7, au sujet d'une fausse couche du second mois ; dont la masse était grosse comme un œuf de pigeon, mais encore sans aucun fœtus formé; tandis qu'on est assuré, par le témoignage de Ruysch et de plusieurs autres anatomistes, que le fœtus est toujours reconnaissable, même à l'œil simple, dans le premier mois. L'Histoire de l'Académie fait mention d’un fœtus de vingt-un jours, et nous apprend qu'il était cependant formé en entier, et qu'on en distinguait aisément toutes les parties. Si l'on ajoute à ces autorités celle de Malpighi, qui a reconnu le poulet dans la cicatricule, immédiatement après que l'œuf fut sorti du corps de la poule, et avant qu'il eût été couvé, on ne pourra pas douter que le fœtus ne soit formé et n'existe dès le premier jour et immédiatement après la copulation ; et par conséquent on ne doit donner aucune croyance à tout ce que Harvey dit au sujet des parties qui viennent
HISTOIRE NATURELLE
s’ajuster les unes auprès des autres par juxtaposition, puisque au contraire elles sont toutes existantes d'abord, et qu’elles ne font que se développer successivement.
Graaf a pris le mot d'œuf dans une acception toute différente de Harvey; il a prétendu que les testicules des femmes étaient de vrais ovaires qui contenaient des œufs semblables à ceux que contiennent les ovaires des femelles ovipares; mais seulement que ces œufs étaient beaucoup plus petits, et qu'ils ne tombaient pas au dehors, qu'ils ne se détachaient jamais que quand ils étaient fécondés; et qu'alors ils descendaient de l'ovaire dans les cornes de la matrice, où ils grossissaient. Les expériences de Graaf sont celles qui ont le plus contribué à faire croire l'existence de ces prétendus œufs, qui cependant n’est point du tout fondée; car ce fameux anatomiste se trompe, i°en ce qu'il prend les vésiculaires de l'ovaire pour des œufs, tandis que ce ne sont que des parties insépafables du testicule de la femelle, qui même en forment la substance, et que ces mêmes vésicules sont remplies d'une espèce de lymphe. Il se serait moins trompé s’il n'eût regardé ces vésicules que comme de simples réservoirs, et la lymphe qu'elles contiennent comme la liqueur séminale de la femelle, au lieu de prendre cette liqueur pour du blanc d'œuf; 2° ilse trompe encore en cequ'il assure que le follicule ou le corps glanduleux est l'enveloppe de ces œufs ou de ces vésicules, car il est certain, par les observations de Malpighi, de Valisnieri, et par mes propres expériences, que ce corps glanduleux n'enveloppe point ces vésicules, et n’en contient aucune ; 3° ilse trompe encore davantage lorsqu'il assure que ce follicule ou corps glanduleux ne se forme jamais qu'après la fécondation; tandis qu'au contraire on trouve ces corps glanduleux formés dans toutes les femelles qui ont atteint la puberté; 4° il se trompe lorsqu'il dit que les globules qu'il a vus dans la matrice, et qui contenaient le fœtus, étaient ces mêmes vésicules ou œufs de l'ovaire qui y étaient descendus, etqui, dit-il, y étaient devenus dix fois plus petits qu'ils ne l’étaient dans l'ovaire : cette seule remarque de les avoir trouvés dix fois plus petits dans la matrice qu'ils ne l’étaient dans l'ovaire au moment de la fécondation, ou même avant et après cet instant, n'aurait-elle pas dù lui faire ouvrir les yeux , et lui faire reconnaitre que ce qu'il voyait
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dans la matrice n'était pas ce qu'il avait vu dans le testicule? 5° Il se trompe en disant que les corps glanduleux du testicule ne sont que l'enveloppe de l'œuf fécond. et que le nombre de ces enveloppes ou follicules vides répond toujours au nombre des fœtus : cette assertion est tout à fait contraire à la vérité, car on trouve toujours sur les testicules de toutes les femelles un plus grand nombre de corps glanduleux ou de cicatrices qu'il n'y a eu de productions de fœtus, et on en trouve dans celles qui n’ont pas produit du tout. Ajoutez à tout cela qu'il n'a jamais vu l'œuf dans sa prétendue enveloppe ou dans son follieule , et que ni lui, ni Verheyen, ni les autres qui ont fait les mêmes expériences, n'ont vu cet œuf sur lequel ils ont cependant établi leur système.
Malpighi, qui a reconnu l'accroissement du corps glanduleux dans le testicule de la femelle, s'est trompé lorsqu'il a eru voir une fois ou deux l'œuf dans la cavité de ce corps glanduleux, puisque cette cavité ne contient que de la liqueur, et qu'après un nombre infini d'observations on n'y à jamais trouvé rien de semblable à un œuf, comme le prouvent les expériences de Valisnieri.
Valisnieri, qui ne s’est point trompé sur les faits, en a tiré une fausse conséquence, savoir: que, quoiqu'il n'ait jamais, ni lui ni aucun anatomiste en quiil eût confiance, pu trouver l'œuf dans la cavité du corps glanduleux, il fallait bien cependant qu'il y füt.
Voyons donc ce qui nous reste de réel dans les découvertes de ces observateurs , et sur quoi nous puissions compter. Graaf a reconnu le premier qu'il yavaitdesaltérations aux testicules des femelles, et il a eu raison d'assurer que ces testicules étaient des parties essentielles et nécessaires à la génération. Malpighi a démontré ce que c'était que ces altérations aux testicules des femelles , etil a fait voir que c’étaient des corps glanduleux qui croissaient jusqu’à une entière maturité, après quoi ils s’affaissaient, s’oblitéraient, et ne laissaient qu'une très-lésère cicatrice. Valisnieri a mis cette découverte dans un très-grand jour : il a fait voir que ces corps glanduleux se trouvaient sur les testicules de toutes les femelles, qu'ils prenaient un accroissement considérable dans la saison de leurs amours, qu'ils s’augmentaient et croissaient aux dépens des vésicules lymphatiques du testicule, et qu'ils contenaient toujours dans le