‹ Œuvres complètes de Buffon (volume 3)Chapitre 19 sur 186 · RÉCAPITULATION · texte numérisé non relu

RÉCAPITULATION

Tous les animaux se nourrissent de végétaux ou d’autres animaux , qui se nourrissent euxmêmes de végétaux; il y a done dans la nature une matière commune aux uns et aux au- Lres, qui sert à la nutrition et au développement

de tout ce qui vit ou végète; cette matière ne peut opérer la nutrition et le développement qu'en s’assimilant à chaque partie du corps de l'animal ou du végétal, et en pénétrant intimement la forme de ces parties, que j'ai appelée le moule intérieur, Lorsque cette matière nutritive est plus abondante qu'il ne faut pour nourrir et développer le corps animal ou végétal, elle est renvoyée de toutes les parties du corps dans un ou dans plusieurs réservoirs sous la forme d’une liqueur; cetteliqueur contient toutes les molécules analogues au corps de l'animal, et par conséquent tout ce qui est nécessaire à la reproduction d'un petit être entièrement semblable au premier. Ordinairement cette matière nutritive ne devient surabondante , dans le plus grand nombredes espèces d'animaux, que quand le corps à pris la plus grande partie de son accroissement, et c’est par cette raison que les animaux ne sont en état d’engendrer que dans ce temps.

Lorsque cette matière nutritive et produetive, qui est universellement répandue , a passé par le moule intérieur de l'animal ou du végétal, et qu'elle trouve une matrice convenable, elle produit un animal ou un végétal de même espèce; mais lorsqu'elle ne se trouve pas dans une matrice convenable; elle produit des êtres organisés différents des animaux et des végétaux, comme les corps mouvants et végétants que l'on voit dans les liqueurs séminales des animaux, dans les infusions des germes des plantes, ete.

Cette matière productive est composée de particules organiques toujours actives, dontle mouvement et l’action sont fixés par les parties brutes dela matière en général , et particulièrement par les particules huileuses et salines ; mais dès qu'on les dégase de cette matière étrangère, elles reprennentleur action et produisent différentes espèces de végétations et d’autres êtres animés , qui se meuvent progressivement.

On peut voir au microscope les effets de cette matière productive dans les liqueurs séminales des animaux de l’un et de l’autre sexe : la semence des femelles vivipares est filtrée par les corps glanduleux qui croissent sur leurs testicules , et ces corps glanduleux contiennent une assez bonne quantité de cette semence dans leur cavité intérieure; les femelles ovipares ont, aussi bien que les femelles vivipares, une liqueur séminale, et cette liqueur séminale des femelles

ovipares est encore plus active que celle des femelles vivipares, comme je l'expliquerai dans l'histoire des oiseaux. Cette semence de la femelle est en général semblable à celle du mâle, lorsqu'elles sont toutes deux dans l'état naturel; elles se décomposentdelamême façon, elles contiennentdes corpsorganiques semblables, etelles offrent également tous les mêmes phénomènes.

Toutes les substances animales ou végétales renferment une grande quantité de cette matière organique et productive; il ne faut, pour le reconnaitre, que séparer les parties brutes dans lesquelles les particules actives de cette matière sont engagées , et cela se fait en mettant ces substances animales ou végétales infuser dans de l’eau, les selsse fondent , les huiles se séparent, et les parties organiques se montrent ense mettanten mouvement; elles sont en plus grande abondance dans les liqueurs séminales que dans toutes les autres substances animales, ou plutôt elles y sont dans leur état de développement et d'évidence ; au lieu que dans la chair elles sont engagées et retenues par les parties brutes, et il faut les en séparer par l’infusion. Dans les premiers temps de cette infusion, lorsque la chair n’est encore que légèrement dissoute, on voit cette matière organique sous la forme de corps mouvants qui sont presque aussi gros que ceux des liqueurs séminales; mais à mesure que la décomposition augmente, ces parties organiques diminuent de grosseur, etaugmententen mouvement; et quand la chair est entièrement décomposée ou corrompue par une longue infusion dans l’eau, ces mêmes parties organiques sont d’une petitesse extrême, et dans un mouvement d’une rapidité infinie ; c'est alors que cette matière peut devenir un poison , comme celui de la dent de la vipère, où M. Mead a vu une infinité de petits corps pointus qu'il a pris pour des sels, et qui ne sont queces mêmes parties organiques dans une trèsgrande activité. Le pus qui sort des plaies en fourmille , et il peut arriver très-naturellement que le pus prenne un tel degré de corruption, qu'il devienne un poison des plus subtils; car toutes les fois que cette matière active sera exaltée à un certain point, ce qu'on pourra toujours reconnaitre à la rapidité et à la petitesse des corps mouvants qu'elle contient, elle deviendra une espèce de poison, il doit en être de même des poisons des végétaux. La même matière qui sert à nous nourrir , lorsqu'elle est dans son

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