‹ Œuvres complètes de Buffon (volume 3)Chapitre 95 sur 186 · DU SANGLIER DU CAP VERT · texte numérisé non relu

DU SANGLIER DU CAP VERT

Il y a dans les terres voisines du cap Vert un autre cochon ou sanglier, qui, par le nombre des dents et par l'énormité des deux défenses de la mächoire supérieure, nous parait être d'une race etpeut-être même d'une espèce différentedetous les autres cochons, et s'approcher un peu du babiroussa. Les défenses du dessus ressemblent plus à des cornes d'ivoire qu'à des dents; elles ont un demi-pied de longueur, et cinq pouces de circonférence à la base, et elles sont courbées et recourbées à peu près comme les cornes d’un taureau. Ce caractère seul ne suffirait pas pour qu'on dût regarder ce sanglier comme une espèce particulière; mais ce qui semble fonder cette présomption, c’est qu'il diffère encore de tous les autres cochons par la longue ouverture de ses narines, par la grande largeur et la forme de ses mâchoires, et par le nombre et la figure des dents mâchelières. Cependant nous avons vu les défenses d'un sanglier tué dans nos bois de Bourgogne, qui approchaient un peu de celles de ce sanglier du cap Vert : ces défenses avaient environ trois pouces et demi de long sur quatre pouces de circonférence à la base ; elles étaient contournées comme les cornes d'un

taureau, c'est-à-dire qu'elles avaient une double

courbure , au lieu que les défenses ordinaires n'ont qu'une simple courbure en porticn de cercle; elles paraissent être d’un ivoire solide, et il est certain que ce sanglier devait avoir la mâchoire plus large que les autres : ainsi nous pouvons présumer , avec quelque fondement, que ce sanglier du cap Vert est une simple variété, une race particulière dans l'espèce du sanglier ordinaire.

(Nous avons donné une notice au sujet d'un animal qui se trouve en Afrique , et que nous avons appelé sanglier du cap Vert. Nous avons

4 Leurs pores (à l'fle de Java) n'ont point de poil, et ils sont si gras, que leur ventre traine à terre. Voyage de Mandalflo, t. 11, p. 349.

? Les cochons qui ont été apportés de Java au cap de Bonne- Espérance ont les jambes fort courtes, et sont noirs et sans soies; leur ventre, qui est fort gros, pend presque jusqu'à terre. 11 s'en fant de beancoup que leur graisse ait la consistance qu'a celle des cochons d'Europe. La chair en est bonne à manger. Description du cap de Bonne-Espérance, par Kolbe, tome III, page 48,

HISTOIRE NATURELLE

dit que, par l’énormité des deux défenses de la mâchoiresupérieure, ilnous paraissait être d’une race et peut-être même d’une espèce différente de tous les autres cochons, desquels il diffère encore par la longue ouverture de ses narines, et par la grande largeur et la forme de ses mâchoires ; que néanmoins nous avions vu les défenses d'un sanglier tué dans nos bois de Bourgogne, qui approchaient un peu de celles de ce sanglier du cap Vert, puisque ces défenses avaient environ trois pouces et demi de leng, sur quatre pouces de circonférence à la base, ete. ; ce qui nous faisait présumer, avec quelque fondement, que ce sanglier du cap Vert pouvait être une simple variété et non pas une espèce particulière dans le genre des cochons. M. Allamand, très-célèbre professeur en histoire naturelle à Leyde, eut la bonté de nous envoyer la gravure de cet animal, et ensuite il écrivit à M. Daubenton dans les termes suivants :

« Je crois avec vous, monsieur, que le sanglier représenté dans la planche que je vous ai envoyée est le mème que celui que vous « avez désigné par le nom de sanglier du cap. Vert. Cet animal est encore vivant (5 mai 1767) dans la ménagerie de M. le prince d'O- « range. Je vais de temps en temps lui rendre visite, et cela toujours avec un nouveau plaisir. « Je ne puis me lasser d'admirer la forme singulière de sa tête. J'ai écrit au gouverneur du cap de Bonne-Espérance, pour le prier dem’en envoyer un autre, s'il est possible; ce que je n'ose pas espérer, parce qu'au Cap même il a passé pour un monstre tel, que personne n’en a jamais vu de semblable. Si, contre toute es- « pérance , il m'en vient un, je l’enverrai en France, afin que M. de Buffon et vous le voyiez. On a cherché à accoupler celui que nousavonsiciavec une truie ; mais , dès qu’elle s’estprésentée, ils’est jeté sur elle avec fureur, et l'aéventrée. »

C'est d'apres cette planche gravée, qui nous a été envoyée par M. Allamand, qu'on a fait dessiner et graver ce même animal. Nous avons retrouvé dans les Miscellanea et les Spicilegia zoologica de M. Pallas , et aussi dans les descriptions de M. Vosmaër , la même planche

| gravée; et ces deux derniers auteurs ont cha-

cun donné une description de cet animal : aussi M. Allamand, par une lettre datée de Leyde, le 31 octobre 1766, écrivait à M. Daubenton qu'un jeunemédecin, établi à La Haye, enavait donné

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