Oeuvres complètes de Buffon
Lliistoire des mirok^ ardents d'Archimède est famease; il les inventa poor la défense de sa patrie , et il lança , disent les anciens, le fèn da soleil sur la flotte ennemie, qu1l réduisit en cendres lorsqu'elle approcha des remparts de Syracuse. Mais cette histoire ,^dont oq n'a pas douté pendant quinze ou seize siècles, a d'abord été contredite, et ensuite traitée de Fable dans ces derniers temps. Descartes , lié pour juger et même pour surpasser Archimède, a prononcé contre lui d'un ton de maître : il a nié la possibilité de l'invention , et son opinion a prévalu sût les téknoignages et sur la croyance de toute l'antiquité : les physiciens modernes, soit par respect pour leur philosophe, soit par complaisance pour leurs contemporains, ont été de même avis. On n'accorde guère aux anciens que ce qu'on ne peut leur 6ter : déterminés peut-être par ces motifs , dont l'amour-propre ne se sert que trop souvent sans qu'on s'en aperçoive, n^avons-nous pas naturellement trop de penchant à refuser ce que nous devons à ceux qui nou$ ont précédés? et si notre siècle refùse plus qu'un autre , ne seroit -ce pas, qu'étant plus éclairé, il croit avoir plus de droits à la gloire, plus de prétentions à la supériorité?
Quoi qu'il en soit, cette invention étoit dans le cas de plusieurs autres découvertes de l'antiquité qui se sont évanouies , parce qu'on a préféré la facilité de les nier à la difficulté de les retrouver; et les miroirs ardents d' Archimède étoient si décriés, qu'il ne paroissoit pas possible d'en rétablh* la réputation; car, pour appeler du jugement de Descartes, il falloit quelqne chose dé plus fort que des raisons , et il ne restoit
4 MlfilÉRAUX. INTRODUGTlOrf.
qu'un moyeu sûr et décisif, à la vérité, mais difficile ^t hardi; c'étoit d'entreprendre de trciuTer les miroirs, c'est-à-dire d'en feire qui puissent produire les mènkes effets. J'en avois conçu depuis long-temps l'idée , et j'aivoueFai volontiers que le plus difficile de la chose étoit de la voir possible, puisque, dans l'exécution, j'ai réussi au-delà même de mes espérances.
J'ai donc cherché le moyen de faire des miroirs pour brûler à de grandes distanceis , comme de cent , de deux cents et trois cents pieds. Je sa vois en général qu'avec les miroirs par réflexion Ton n'avoit jamais brûlé qu'à quinze ou vingt pieds tout au plus, et cpi'avec ceux qui sont réfringents la distance étoit ^ore plus courte, et je sentois bien qu'il étoit in^ossible, dans la pratique, de travailler un miroir de métal ou de verre avec assez d'exactitude pour brûler à ces grandes distances; que pour brûler, par exemple, à deux» cents pieds, la sphère ayant dans ce cas huit cents pieds de diamètre,. on ne pouvoit rien espérer de la méthode ordinaire de travailler les verres; et je me persuadai bientôt que quand même 6n pourroit en trouver une nouvelle pour donner à de grandes pièces de verre ou de métal une courbure aussi légère , il n'en résulteroit «ticore qu'un avantage très peu considérable y comme je le dirai dans la suite.
Mais, pour aller par ordre , je cherchai d'abord combien la lumière du soleil perdoit par la réflexion à différentes dis^ tances , et quelles sont les matières qui la réfléchissent le plus fortement. Je trouvai , premièrement, que les glaces entamées, lorsqu'elles sont polies avec un peu die soin, réfléchissent plus puissamment la lumière que les métaux les mieux polis, et même mieux que le métal composé dont on se sert pour faire des miroirs de télescopes, et que quoiqu'il y ait dans les glaces deux réflexions, l'une à la surface, et l'autre à l'intérieur, elles ne Imsent pas de donner une lumière plus vive et plus nette que le métal , qui produit une lumière colorée.
En second lieu, en recevant la lumière du soleil dans un endroit obscur, et en le comparant avec cette même lumière du soleil réfléchie par une glace, je trouvai qu'à de petites