‹ Œuvres complètes de Buffon (volume 4)Chapitre 20 sur 103 · PARTIE EXPÉKIMENTALC · texte numérisé non relu

PARTIE EXPÉKIMENTALC

rente réfrangibilHé de mnyom rend ton îmist eoiiAise lorsqn^oQ la reçoit au foyer d*tui objecâf 9aT m carton; ansri la sarfiice dn soleil «ras est-elle moins comme qae cdle des autres planètes. Cette différente réFrangltrilieé des rayonn ne seroic pas, à beaucoup près , entièrement ànrrigée dans cette longoe Innette remplie d*eau : mais si cette liquenr ponvoiC , par Padditîon des sels, être rendue aussi dense que le verre , te seroic alors la même chose que sll nY avoit qu'un seul verre à traverser, et il me semble qu'il y aurait plus d'avantage à se servir de ces lonettes remplies d'eau que de lunettes ordinaires avec des verres enfumés.

Quoi quH en soit, il est certain qu'il fout^ pouir t*server le soleil, une lunette bien différenté de celles dont on doit se servir pour les autres astres; et il est encore très certain quH fiiut, pour chaque planète, une lunette particulière et proportionnée à leur intensité de lumière, c'est-à-dire à la quantité réelle de lumière dont eHes nous paroissent éclairées. Dans toutes les lunettes, il Caudroit Tobjectif aussi grand et l'ocur laire aussi fort qu'il est possible, et en même temps proportionner la distance du foyer à l'intensité de la lumière de chaque planète. Par eiemple , Vénus et Saturne sont deui planètes dont la lumière est fort diflîêrente ; lorsqu'on tes observe avec la même lunette ; on augmente également Tangle sous lequel on les voit: dès-lors la lumière totale de la planète parait s^étendre sur toute sa surface d'autant plus qu'on la grosôt davantage ; ainsi , i mesure qu'on agrandit son image, on la rend sombre, à peu près dans la praportion du carré de son diamètre : Saturne ne peut donc , sans devenir obsctir, être observé 2|vec une lunette aussilbrté que Vénus. Si Tintensifé de lumière de celle-ci permet de la grossir ceilt ou deux cents fois avant de devenir sombre, Vautre ne^ouffirira peutêtre pas la moitié ou te tiers de cette augmentation sans devenir tout-à-fait obscur. Il s'agit donc de tmt une lunette pour chaque planète , proportionnée à leur intensité de lumière; et , pour le faire avec plus d'avantage, il me semble qu'il n'yfmt employer .qu'un objectif d'autant plus grand, et d'un foyer

00 MlNÉRAtJX. INTRODUCTION,

doutant moiQS Iqdç , que la planète a moins de lumière. Poon quoi jusqu'à ce Jour n'a-t-on pas Fait des objectif^ de deux op trois pieds de diamètre ? L'aberration des rayons , causée par la sphéricité des verres, en est la seule cause; elle produit une confusion qui est comme le carré du diamètre de Touverture; et c est par cétte raison que les verres sphériques , qui sont très bons avec une petite ouverture, ne valent plus rien quand on l'augmente : on a plus de lumière, mais ^loins de distinction et dp netteté. Néanmoins 1^ verres sphériques larges sont très bons pour faire des lunettes de nuit ; les Anglois oùt construit des lunettes de cette espèce, et ils s'en servent avec grand avantage pour voir de fort loin les vaisseaux dans une nuit obscure. Mais maintenant que Ton sait corriger en grande partie les effets de la différente réfrangibilllé des i^yons , il me semble qull faudroit s'attacher à faire des verres élliptiques ou hyperboliques , qui ne produirpicnt pas cette aberration causée par la sphéricité, et qui par conséquent pourroient être trois ou quatre fois plus larges que les verres sphériques. 11 n'y a que ce moyen d'augmenter à nos yeux la quantité de lumière que nous envoient les planètes; car nous ne pouvons pas porter sur les planètes une lumière additionnelle, comme nous le faisons sur les objets que nous observons au microscope; mais il faut au moins eiùployer le plus avantageusementqu'il est possible la quantité de lumière dont elles sont éclairées, eh la recevant sur une surface àussi grande qu'il se pourra. Cette lunette hyperbolique, qui ne seroit imposée que d'un seul grand verre objectif et d'un oculaire proportionné , eiigeroit une matière de la plus grande transparence; on réunirait, par ce moyen, tous les avantages possibles, c'est-à-dire ceux des lunettes achromatiques à celui des hînettes elliptiques ou hyperboliques, et Ton mettrait à profit toute la quantité de lumière que chaque planète réfléchit à nos yeux. Je puis me tromper; mais ce que je propose me parott assec fondé pour en recommander l'exécution aux personnes zélées pour l'avancement des sciences.

Me laissant aller à ces espèces de rêveries , dont quèlques-

PARTIE EXPÉRIMENTALE. m unes DéamnoiDS se réaliseroDt un jour, et qae je ne publie que dans cette espérance, j'ai songé au miroir du port'' d'Alexandrie , dont quelques auteurs anciens o&t parlé , et par le moyen duquel on voyoit de très loin les vaisseaux en pleine qier. Lé passage le plus positif qui me soit tombé sons les yeux est celui que je vais rapporter : « Alexandriat.. in pbaro vejrè erat specculum è ferro sinico, per quod à longé videbantnr naves cGrscorum advenientes; sed paulè postquâm islamismusin- ^ c valait, scilicet tempore caliiatûs Validi, ftlii Abdubnelec, cCbristiani , fraude adhibilà , ilkid deleverunt^. m

Jai pensé , P que ce miroir par lequel on voyoit de loin, les vaisseaux arriver n'étoit pas impossible; 3^ que même, sans miroir ni luiiette, on pourroit , par de certaines dispositions, obtenir le même effet, et voir depuis le port les vaisseaux peut-être d*aussi loin que la courbure de la terre le permet. Nous avons dit que les personnes qui ont boune vue aperçoivent les objets éclairés par le soleil, à plus de trois mille quatre cents fois leur diamètre, et en même temps nous avons remarqué que la lumière intermédiaire nyisoit si fort à celle des objets éloignés, qu'on aperçoit la îmit un objet lumineux de dix , vin^ , et peut-être cent fois plus de distance qu'on ne le voit pendant le jour. Nou^ savons que , du fond d'un puits très profond, l'on vcMt des étoiles en plein jour^ : pourquoi donc ne verroit-on pas de même les vaisseaux éclairés des rayons du soleil, en se mettant au fond d'une longue galerie fort obscure, et située sur le bord de la mer, de manière qu'elle ne recevroit aucune lumière que celle de la mer lointaine et des vaisseaux qui pourroient s'y trouver? Ce^te galerie n'est qu'un puits borizontal, qui fèroitle même effet pour la vue des vàissèanx que le puits vertical pour la vue des étoiles ; et cela me parott si simple , que je sois étonné qu'on n'y ait pas songé. U me semble qu'en prenant , poor faire l'observ^^ioq, les heures du jour où le soleil seroi^^rrière la galerie , c'est-à-dire le temps

* Abulfeda , etc. , Jf^riptio Mgyfai.

* Aristote est, je croit, le prediier qui ait foit men^n de cette observatk» , et j'en ài cilé le patsage \ l'article du Sens de U vuê^

62 MlNtlIADX. INTâOBUCTlUM.

oft ks TdnetÉîx êcroiesl bien éclairés , on les verro^ da tond de celle galerie obecnre dix fois au omhiis mieux qn'oanepeut les voir en piciiie lumière. Or, cowiie nous Tavops, dit» on distingué aiséamit un .bomme bu un cheval à une lieue de distabct*, kNnquHs sont édûrés des rayons du soleil; et en sapprimanÉ la lumière inftrmédiaire qui nous environne et ofAisque noi yeux» nous les verrions au moins dix fois plus loin, c'es^4*^iire à dix lieues : donc on verrait les vaisseaux, qfn sont beaucoup plus gros» d'aossi loin que la courbure de la terre le permetMit S sans antre insuniment que nos yeux.

Mais un miroir omcite d'un assez grànd diamètre et d'un foyer quelconque , placé aufond d'un long tuyau noirci , foroit pendant le jour à pea près le même effet que nos grands objectift de même diamètre et de même foyer fèroient pendant la nuit; et c'étoit probablonent un de ces miroirs concaves d'acier poli {è ferro sinico) qu'on avoit étabU au poct d'Ilexandrie^ pour v«r de loin arriver les vaisseaux grecs. An reste, si ce nrivoir d'adcr od de fer poli a réellement existé, eomme il y a toute apparence, on ne peut refuser aux anciens la gloire de ta première invention des télescopes ; car ce mudr de métal poli ne pouvoit avoir d'effét qu'autant que la luniière réfléchie par sa surfoce étoit recueillie par un autre miroir concave plaaé à son ft^er; et c'est en cela qne consiste Feasencedu télescope et la fodlité de ttconstrnction^NéaniHaitta cela n'été rien à la gloire dn gr»id Newton, (pn le premier a ressuscité oetle invoition, entièrement oubliée: il parolt même que ce sont ses beHes découvertes sur la réfrangibilité

' ttcoof1wredelalBriv|ioiirimde8ré,oofiiigt-di^ «t de 2068 pledi; elle crott comoDe le carré dendiiitanoes : «Inel» pour doq neaeif elle est Tiugt-doq kfà moindre, c'eU^-dlre d'enfin» cent viagt , pieds. On ralMeau qui a de oeot pèede de ' TU de daq Ueuet, étant même au niveau de la mer; mais «i Ton t'âeroit de eent vingt piede au-deisus du niveau de la mer, on verroit de einq Ueoee le eorpe entier du valiaeaujMaqaY la ligne de reatt;et,en e'ékfttt eacore davantage , on pourroit apercevoir le haut des mâts de plue de dix lieneir

* De tempe immémoHal, lee Chiacie, et mrtoat les Japonoie, savent travailler et poKr racier en giW et petit voIoom ; et cW oe qui m'a £Mtpeneer qu'on doit interpréter i ferro nmeo par acier poli.

PABTtK IXPtRlMIMTALE 63 des rayons de la lamière qui Tont conduit à ceHe da télescope. Gomme les rayons de là lumière sont , par leur nature, diiW^ remmcatréfraîigîbleSf^l étoit ibodé à croire qu'il n'y atoit nul moyen de corriger cet effét; ou, s'il a entrevu ces moyiens, il les a jugés si difficiles, qif 3 a mieu aimé toomer ses vues d'un autre côté, et produire par le moyen de la réfieiioB des rayons les grands effets quil ne pouvott obtenir ptf Mir tëfl^on. n a donc fût construis son télescq^e , éMtt TclM réellement bien supérieur I celui des huietM ordioairft^maia les lunettes achromatiques , inTcntées de noé jours, sont anssi SQ^îeures au télescope qirïl Fest an ImieCles ordinrires. Lo meilleur télescope est toujours sombte en comparaison de h lunette achromatique , et cette olMMwité dans les télescopes te ▼ient pas seulement do déAiut de peH on de la couleur du métal des miroirs, mais de ta natars^mteie de la himière, dont les rayons, difKrcinment réfinmgiMes, sont aussi différemment réflexibles, quoiqu'en degrés beauooop moins éganx. Il reste donc , pour peifectionnep les lélescopet antaot qu'ils penrent i'ètré, à trouver le moyen de compenser celte diMrente réflexibilité, comme l'on a trouvé celui de compenser la diffifrente réfirangibilité.

Apris tout ce qui vient d*ètre dit , je croîs qu'o» sentira biin que Ton peut foire fiiire une tris bonne lunette de jour sans employer ni verres ni miroirs, et dmplement en supprimant la lumière environnante , au moyen d'un tuyau de cent cinquante ou deux cents pieds de long, et en se plaçant dans im Ûen obscur oA abootiroit Tune des extrémités dece ti^au. Plus la lumière du jour seroit vive , plus sermt grand Teffiet de cette hmette si rimple et si hAit à^exécuter. Je sois persuadé qif on verroit distinctement à quinze et peut-être à vingt lieues les bâtiments et les arbres sur le haut des montagnes. La seule différence qu'il y ait entre ce long tuyau et la galerie obscure que j'ai propoçée^ c'est que le champ, c'est-à-dire l'espace vu, seroit bien plus petit , et précisément dans la raison do carré dé l'ouverture du tuyau à celle de la galerie.

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