‹ Œuvres complètes de Buffon (volume 4)Chapitre 64 sur 103 · PARTIE HYPOTHÉTiyUE · texte numérisé non relu

PARTIE HYPOTHÉTiyUE

Maiotenant il fout évaluer, comme nous TaVons faitpotrr la terre, la compensation que la chaleur db soleil a faite à la perte de la chaleur propre de la lune, et aussi la compentôtion que la chaleur du globe terrestre a pu faire à la perte de cette même chaleur de la lun^s, et démontrer, comme nous l'avons avancé , qu'on doit ajouter 2086 à la période de 14323 ans, pendant laquelle elle auroit perdu sa chaleur propre jusqu'au point de la température actuelle de la terre, si rien n'eût coolpensé cette p^te.

En faisant donc, sur la chaleur du soleil, le même raisonnement pour la lune que nous avons fait pour la terre, on verra qu'au bout de 14323 ans la chaleur du soldl sur la lune n'étoit que comme sur la terre rz de la chaleur propre de cette planète, parce que sa distance au soleil et celle de la terre au même astre sont à très peu près les mêmes : dès-lors sa chaleur, dans le temps de l'incandescence, ayant été vingt-cinq fois plus grande, il s'ensuit que tous les 633 ans cette première chaleur a diminué de rj ; sortequ' étant d'abord 2S, elle n'étoit, au bout de 14323 ans, que ou 1. Or, la compensation que faisoit la chaleur du soleil à là perte de la dialeur propre de la lune étant ~ au bout de 14323 ans et tït: àam le temps de son incandescence, on aura , en ajoutant ces deui termes, rihi lesquels multipliés par 12-, moitié de la somme de tous les termes , donnent |4 pour la compensation totale pendant cette première période de 14323 ans. Et comme la perte de la chaleur propre est à la compensation en même raison que le temps de la période est au prolcmgement du^ refroidissement, on aura 25 : H • ^ 14323 : 149 ans environ; d'où Ton voit que le prolongement du temps , pour le refroidissement de la lune par la chaleur du soleil , a été de 149 ans pendant cette première période de 14323 ans ; ce qui fait en tout 14472 ans pour le temps de son refroidissement, y compris le prolongement qu'a produit la chaleur du soleil.

Mais on doit en effet prolonger encore le temps du refh>idissement de cette planète, parce que l'on est assuré , même par les phénomènes actuels , que la terre lui envoie une grande

quantité de lumière, et en même temps quelque chaleur. Cette couleur terne qui se voit sur la surface de la lune quand die n'est pas éclairée du soleil, et à laquelle les astronomes ont donné le nom de lumière cendrée, n'e^t , à la vérité, que la réflexion de la lumière solaire que la terre lui envoie ; mais il fout que la quantité en soit bien considérable, pour qu'après une double réflexion elle soit encore sensible à nos yeux d'une distance aussi (grande. En effet cette lumière est près de seize fois plus grande que la quantité de lumière qui nous est en^ voyée par la pleine lune, puisque la surface de la terre est pour la lune près de seize fois plus étendue que la surface de cette planète ne Test pour nous.

Pour me donner Tidée nette d'une lumière seize fois phu forte que celle de la lune, j'ai fait tomber dans un lieu obscur, au milieu des miroirs d'Archimède, trente-deux images de la pleine lune, réunit sur les mêmes objets : la lumière de ces trente-deux images étoit seize fois plus forte que la lumière simple de la lune, car nous avons démontré, par les expé-* riences du sixième mémoire^ que la lumière en général ne perd qu'environ moitié par la réflexion sur une surface bien polie. Or cette lumière de trente-deux images de la lune m'a paru éclairer les objets autant et plus que celle du jour, lorsque le ciel est couvert de nuages : il n'y a donc point de nuit pour la face de la lune qui nous regarde , tant que le soleil éclaire la face de la terre qui la regarde elle-même.

Mais cette lumière n'est pas la seule émanation bégnine que la lune ait reçue et reçoive de la terre. Dans le commencement des temps , le globe terrestre étoit pour cette planète un second soleil plus ardent que le premier: comme sa distance à la terre n'est que de quatre-vingt-cinq mille lieues , et (pie la distance du soleil est d'environ trente-trois millions, la terre faisoit alors sur la lune un fou bien supérieur à celui du soleil. Nous forons aisément l'estimation de cet effet en considérant que la terr^ présente à la lune une surface environ seize fois plus grande que le soleil , et par conséquent le globe terrestre, dans son état d'incandescence, étoit pour la lune un astre seize fois

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