‹ Œuvres complètes de Buffon (volume 5)Chapitre 90 sur 147 · ET EN PARTICULIER DU PORPHYRE · texte numérisé non relu

ET EN PARTICULIER DU PORPHYRE

Après avoir parlé du quartz, du jaspe, du mica, du feld-spath, et du schorl, qui sont les cinq substances les plus simples que la nature ait produites par le moyen du feu , nous allons suivre les combinaisons qu’elle en a faites en les mêlant deux , trois ou quatre, et même toutes cinq ensemble, pour composer d’autres matières par le même moyen du feu , dans les premiers temps de la consolidation du globe : ces cinq verres primitifs , en se combinant seulement deux à deux, ont pu former dix matières différentes, et de ces dix combinaisons il n’y en a que trois qui n’existent pas, ou du moins qui ne soient pas connues.

Les dix combinaisons de ces cinq verres primitifs pris deux à deux sont :

i° Le quartz et le jaspe. Celte matière se trouve dans les fentes perpendiculaires et dans les autres endroits où le jaspe est contigu au quartz ; ils sont même quelquefois comme confondus ensemble dans leur jonction, et quelquefois aussi le quartz forme des veines dans le jaspe. J’ai vu une plaque de jaspe noir traversée d’une veine de quartz blanc.

20 Le quartz et le mica. Cette matière est fort commune, et se trouve par grandes masses , et même par montagnes : on pourrait l’appeler quartz micacé l.

i. « La pierre, dit M. Ferber, que les Allemands appellent schiste corné ou schiste de corne est formée de quartz et de mica , et ce schiste de corne n’est pas la même chose que la pierre de corne ; celle-ci est une espèce de silex , ou pierre à fusil. »

Nous ne pouvons nous dispenser d’observer qne cet habile minéralogiste est ici tombé dans une double méprise. D’abord il n’y a aucun schiste qui soit formé de quartz et de mica ; et il n’eùt point dû appliquer à ce composé de quartz et de mica le nom de schiste de corne', puisqu’il dit que ce schiste

3° Le quartz et le feld-spath. Il y a de roches de celte matière en Provence et et Laponie, d’où M. de Maupertuis nous en

de corne ri’a rien de commun avec la pierre d corne, qui , selon lui , est un silex : ce qui est un seconde méprise ; car la pierre de corne n’est poir un silex , mais une pierre composée de schiste < de matière calcaire. Tout quartz mêlé de mica do être appelé quartz micacé , tant que le mica n’a p; changé de nature ; et lorsque , par sa décoinpos tion, il s’est converti en argile ou en schiste, , faut nommer quartz schisteux ou schiste quarlzeux pierre composée des deux.

« Il y a dans le Piémont , continue M. Ferber, ch montagnes calcaires et des montagnes quartzeu.se; celles-ci ont des raies plus ou moins fortes i mica , et c’est de cette espèce de pierres que so formées les montagnes voisines de Turin : on 1 nomme sarris ; on s’en sert pour les fondations t1 bàtimens, pour des colonnes , etc. » ( Lettres sur minéralogie , par M. Ferber, page 4âC.)

Le même M. Ferber (page 344), en parlant d’ prétendu granité à deux substances , quartz mica , s’exprime encore dans les termes suivnr « Quand il n’entre point du tout de spath dur (I spath) dans la composition des granités, on nom alors ce mélange de quartz et de mica hornbe, hornfels , gestellstein ; ce qui vient de l’usage qu en fait dans les fourneaux de fonderie. Lorsque mica y est plus abondant, la pierre est scliisleus;

Le nom de gestellstein (pierre de fondement , base des fourneaux) me paroît aussi impropre celui de schiste corné , pour désigner la ma' vitreuse qui n’est composée que de quartz et mica , et non de schiste ; et M. le baron de J tricli remarque avec raison (pages 4qi'et 49 Lettres sur la minéralogie, note du traducteur) « <] y a beaucoup de roches composées qui n’ont cune dénomination ; que d’autres, au contraire ont tant et de si indéterminées, que Ton ne s tend point lorsqu’on se sert de ces noms ; exemple, le granité, la roche cornée, ce cp nomme en allemand gestellstein , sont des noms Ton confond souvent , et que Ton applique i Chaque granité proprement dit doit renferma quartz, du spath dur (feld-spalh) , et du mica : i ou nomme aussi’ granité cette meme espèce pierre , quand il n’y a pas de feld-spath, ta

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DES ROCHES VITREUSES ET DU PORPHYRE

ipporté un échantillon T. Quelques nafuraisles ont appelé celte pierre 'granité "simple i tarce qu’elle ne contient que du quartz et lu feld-spath , sans mélange de mica ni de chorl; et c’est de cette môme composition ju’est formée la roche de Provence, décrite >ar M. Angerstein2 sous le nom mal appliqué de petrosilex.

[u’alors elle doit être nommée roche cornée (en sué- Lpis , graeherg) ; car les parties essentielles de Floche cornée sont du quartz dans lequel il y a des aclies ou des raies grossières de mica , séparées les mes des autres. Mais lorsque ces raies de mica ont très- rapprochées , et que par là la roche deient schisteuse ou feuilletée, on la nomme en alleaand gestellstein , d’après l’usage que l’on en fait >our les fourneaux.... On désigne aussi par roche 'e corne quelques cailloux ( petrosilex ).... On ne evroit donner le nom de schiste corné qu’à Fespèce Se pierre dans laquelle le quartz est intimement lié vec le mica , de manière qu’ils ne sauroient être listiugués de l’un et l’autre à la vue. »

Le savant traducteur finit, comme l’on voit, à 'égard du prétendu schiste corné, par tomber dans a mauvaise application des noms qu’il censure.

i. 11 s’en est trouvé aussi dans les Alpes, i 2. «Dans la forêt de l’Esterelle en Provence, [litre Cannes et Fréjus, il y a une montagne de joche grossière et grisâtre entremêlée de mica , de uartz, et de feld-spath, les mêmes espèces qui ntrent dans la composition des granités , avec cette lifférence qu’elles sont plus mures,- plus fines , et dns compactes dans ceux-ci que dans l’autre.... Et dus loin on trouve une pierre rougeâtre appelée <etrosilex, c’est-à-dire caillou de roche, qui est la. aère des porphyres et des jaspes , de même que la lierre brute grise, dont je viens de parler, est la nère des granités. On trouve des petrosilex qui sont oirs, bruns, rougeâtres, verts, et bleuâtres.

« A mesure qu’on avance , cette pierre devient [lus dure ; on y voit des taches opaques d’un petit [eld-spath, semblables à celles qu’on voit dans le jorphyre d’Egypte : on y aperçoit aussi de petites àches de plomb , lesquelles se trouvent aussi, quoiue rarement, dans les porphyres antiques; ces iches sont cristallisées comme les autres; mais on âge par la couleur que c’est un minéral qu’on apell e mo/ybdena , lequel, aussi bien que le schorl u le corneus crista/lisatus , peut être compté parmi 3s minéraux inconnus.... Vers le sommet de la lontagne de l’Esterelle, ce même porphyre acuiert encore une autre sorte de taches qui , par pur transparence, ressemblent au verre, étant fornées en cristaux spatheux , pyramidaux, et poinus aux deux bouts ; mais à mesure que les taches Louvelles s’accroissent, les autres disparoissent. Ce ouveau porphyre est plus beau que l’autre dans on poli, et ses taches deviennent entièrement transarentes quand on le scie en plaques minces. »

Je remarquerai que cette pierre, que M. Angertein a ci-devant regardée comme la mère du porhyre , devient ici une matière dont la finesse du rain , la dureté, et la consistance, l’ont déterminé placer cette pierre parmi les jaspes.

« Eu avançant quelques lieues , continue-t-il , ans les boi- de l’Esterelle, on ne remarque plus u une continuité de ce changement alternatif de lorphvre et de jaspe: mais dans certa.ns endroits, t surtout du côté de Fréjus, ces deux sortes de

4° Le quartz et !e schorl. Cette matière est composée de quartz blanc, ou blanchâtre , et de schorl tantôt noir et tantôt vert , ou verdâtre , distribué par taches irrégulières. Ce premier mélange taché de noir sur un fond blanc a été nommé improprement jaspe d’Egypte et granité oriental , et le second mélange a élé tout aussi mal nommé porphyre xert. Nous ne croyons pas qu’il soit nécessaire d’avertir que cette pierre quarlzeuse tachetée de noir ou de vert par le mélange d’un schorl de l’une ou de l’autre de ces couleurs n’est ni jaspe, ni granité, ni porphyre. J’ignore si cette matière se trouve en grande masse; mais je sais qu’elle reçoit un beau poli, et qu’elle frappe agréablement les yeux par le contraste des couleurs.

pierres sont amoncelées et congelées l’une avec l’autre, et forment un produit qui a le caractère du marbre sérancolin des Pyrénées.

«Au sud-ouest, on trouve, au pied de la montagne, le petrosilex : dans cet endroit, il est tantôt rouge-brun , tantôt tirant sur le bleu céleste, tantôt sur le vert ; ce qui fait présumer que. l’on pourroit y trouver encore des jaspes et des porphyres verts et bleuâtres, parce qu’on a vu ci-devant que le petrosilex ou le caillou de roche d’un rouge-brun a donné l’origine aux jaspes et aux porphyres de 1* même couleur.

« En dernier lieu', on remarque une petite colline d’une pierre appelée corneus , d’un gris foncé, mêlé de fibres en forme de petits filets , et de taches de spath cristallisé à quatorze pans , et quelquefois congelées en forme de grappes : arrivé à Fréjus , toutes ces pierres disparoissent. » ( Remarques sur les montagnes de Provence, par M. Angerstein , dans les Mémoires des savons étrangers , t. II )

Nous devons' faire observer que cette idée de M. Angerstein , de regarder la roche grossière et grisâtre de la forêt de l’Esterelle en Provence comme la mère des granités , est sans aucun fondement : car les granités ne sont pas des pierres enfantées immédiatement par d'autres pierres ; et cette prétendue mère des granités n’est elle- même qu’un granité gris qui ressemble aux autres par sa composition, puisqu’il contient du quartz, du mica, et du feld-spath, de l’aveu même de l’auteur. Il dit même que son petrosilex est la mère des porphyres et des jaspes ; ce qui n’est pas plus fondé , puisque ni le jaspe ni le porphyre ne contiennent point de quartz ; tandis que ce prétendu petrosilex étant composé de quartz et de feld-spath, n’a point do rapport avec les jaspes ; il est du nombre des matières de la troisième combinaison dont nous venons de parler, ou, si l’on veut, il fait la nuance entre cette pierre et les granités, parce qu’on y voit quelques taches de plomb noir ou molybdène, qui, comme l’on sait, est une matière micacée; il n’est donc pas possible que ce petrosilex ait produit des jaspes , puisqu’il n’en contient pas la matière. Ainsi la distinction que cet observateur fait entre le granité, la roche grisâtre, mère des granités, et son petrosilex , mère des porphyres et des jaspes , ne me paroît pas établie sur une juste comparaison ; et , de plus, nous verrons que le vrai petrosilex est une matière différente de celle à laquelle M. Angerstein en applique ici le nom.

MINERAUX

5° Le jaspe et le mica. Cette combinaison n’existe peut-être pas dans la nature, du moins je ne connois aucune substance qui la représente ; et lorsque le mica se trouve avec le jaspe, il est seulement uni légèrement à sa surface, et non pas incorporé dans sa substance.

6° Le jaspe et le feld-spath, et 70 le jaspe et le schorl. Ces deux mélanges forment également des porphyres.

86 Le mica et le feld-spath. Il en est de ce mélange à peu près comme du cinquième, c’est-à-dire de celui du jaspe et du mica : on trouve en effet du feld spath couvert et chargé de mica, mais qui n’est point incorporé dans sa substance.

90 Le mica et le schorl. Cette combinaison ne m’est pas mieux connue, et peut-être n’existe pas plus dans la nature que la précédente et la cinquième.

xo° Le feld-spath et je schorl. Ce mélange est celui qui a formé la matière des ophiles, dont il y a plusieurs variétés, mais toutes composées de feld-spath plus ou moins mêlé de schorl de différentes couleurs.

Des dix combinaisons de ces mêmes cinq verres primitifs pris trois à trois, et qui, dans la spéculation, paroissent être également possibles, nous n’en connoissons néanmoins que trois, dont deux forment les granités, et la troisième un porphyre différent des deux premiers : car, i° tp quart? , le feld spath, et le mica, composent la substance de plusieurs granités; 20 d’autres granités , au lieu de mica , sont mêlés de schorl, et 3° il y a du porphyre composé de jaspe , de feld-spath, et de schorl.

Enfin des quatre combinaisons des cinq Verres primitifs pris quatre à quatre, nous n’en connoissons qu’une qui est encore un granité, dans la composition duquel le quartz, le mica, le feld-spath, et le schorl, se trouvent réunis. Je doute qu’il y ait aucune matière de première formation qui contienne ces cinq matières ensemble; tant il est vrai que la nature ne s’est jamais soumise à nos abstractions : car de ces vingtcinq combinaisons, toutes également possiblés en spéculation , nous n’en pouvons compter en réalité que onze, et peut-être même dans ce nombre y en a-t-il quelquesunes qui n’ont pas été produites, comme les autres , par le feu primitif, et qui n’ont été formées que des détrimens des premières , réunis par l’intermède de l’eau.

Quoi qu’il en soit, le porphyre est la plus précieuse de ces matières composées ; c’est, après le jaspe, la plus belle des sub-

stances vitreuses eu grandes masses. Il est , comme nous venons de le dire, formé de jaspe , de feld-spath , et de petites parties de schorl incorporées ensemble. On ne peut le confondre avec les jaspes, puisque ceuxci sont d’une substance simple, et ne contiennent ni feld-spath ni schorl ; on ne doit pas non plus mettre le porphyre au nombre des granités, parce qu’aucun granité 11e contient de jaspe , et qu’ils sont composés de trois et même de quatre autres substances, qui sont le quartz , le feld-spath, le schorl, et le mica : de ces trois ou quatre substances, il n’y a que le feld-spath et le schorl qui soient communs aux deux. Le porphyre a donc sa nature propre et particulière, et il paroît être plus éloigné du granité que du jaspe; car le quartz, qui entre toujours dans 1 la composition des granités, ne se trouve point dans les porphyres , qui tous ne contiennent que du jaspe, du feld-spath, et du ; schorl.

Le nom de porphyre sembleroit désigner \ exclusivement une matière d'un rouge de | pourpre, et c’est en effet la couleur du plus j beau porphyre; mais cette dénomination i s’est étendue à tous les porphyres, de quelque couleur qu’ils soient : car il en est des I porphyres comme des jaspes; il y en a de E plus ou moins colorés de rouge, de brun, j| de vert, et de différentes nuances de quel- S ques autres couleurs. Le porphyre rouge est h semé dé très-petites taches plus ou moins F blanches, et quelquefois rougeâtres; ces | taches présentent les parties du feld-spath -J et du schorl, qui sont disséminées et incorporées dans la pâte du jaspe; et le caractère 11 essentiel de tous les porphyres , et par le- 1< quel ils sont toujours reconnoissabjes, c’est * ce mélange du feld-spath ou du schorl, ou 1 de tous deux ensemble, avec la matière du | jaspe : ils sont d’autant plus opaques et plus lü colorés que le jaspe est entré en plus grande * quantité dans leur composition ; et ils pren nent au contraire un peu dë transparence lorsque le feld-spath y est en grande quantité. Nous pouvons, à ce sujet, observer qu’en général , dans les matières vitreuses produites par le feu primitif, plus il y a de transparence, et plus il y a de dureté; au lieu que, dans les matières calcinables,? toutes formées par l’intermède de l’eau , la transparence indique la mollesse. Ainsi moins un porphyre est opaque, plus il est dur; :! et, au contraire, plus un marbre est transparent, plus il est tendre : on le voit évi- , demment dans le marbre de Paros et dans ; 1 les albâtres. Gette différence vient de ce que

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le spath calcaire est plus tendre que la pâte lu marbre dans laquelle il est mêlé, et que e feld-spath et le schorl sont aussi durs que e quartz et le jaspe, avec lesquels ils sont ncorporés dans les porphyres et les graîites.

Il n’y a ni quartz ni mica dans les por- >hyres, et il est aisé de les distinguer des ranites, qui contiennent toujours du quartz, t souvent du mica ; il y a plus de cohérence ntre les parties de la matière dans les porhyres que dans les granités , surtout dans eux où le mélange du mica diminue non eulement la cohésion des parties, mais iissi la densité de la masse. Dans le porhyre, c’est le fond , ou la pâte , qui est promdément coloré , et les grains dé feld-spath t de schorl sont blancs , ou quelquefois ils mt de la couleur du fond , et alors seulelent d’une teinte plus foible : dans le graite, au contraire, e’ést le feld-spath et le phorl qui sont colorés, et le quartz, que on peut regarder comme sa pâte , est tournes blanc ; et c’est ce qui prouve que le (orphyre a la matière du jaspe pour base, bmmé le granité celle du quartz, j Quelques naturalistes , en convenant avec loi que le feld-spath et le schorl entrent jmme parties constituantes dans les pornyres, se refusent à croire que la matière [ii en fait la pâte soit réellement du jaspe, i ils se fondent sur ce que la cassure du orphyre n’est pas aussi nette que celle du jspe ; mais ils ne font pas attention que irmi les jaspes il y en a qui ont la cassure î peu terreuse, comme le porphyre, et l’on ne doit le comparer qu’aux jaspes immuns , qui se trouvent en grandes mass, et non aux jaspes fins qui sont de selinde formation. Ces nouveaux jaspes ont cassure plus brillante que celle des anens, desquels ils tirent leur origine; et ces ciens jaspes ne diffèrent pas par leur casre de la matière qui fait la pâte des porîyres.

; Quoique beaucoup moins commun que 5 granités , le porphyre ne laisse pas de se Hiver en fortes masses et même par grands ocs en quelques endroits 1 : il est ordiirement voisin des jaspes, et tous deux rient, comme le granité, sur des roches artzeuses; et cette proximité indique enî eux une formation contemporaine. La lidité très-durable de la substance du por-

i. On en voit à Constantinople de très-hautes oniies d’une seule pièce , dans l’église de Sainlephie en croit que ces colonnes viennent de la ébaïde.

phyre atteste de même son affinité avec le jaspe; ils ne se ternissent tous deux que par une très-longue impression des élémens humides ; et de toutes les matières du globe que l’on peut employer en grand volume, le quartz , le jaspe, et le porphyre, sont les plus inaltérables : le temps a effacé et détruit en partie les caractères hiéroglyphiques des colonnes et des pyramides du granité égyptien, au lieu que les jaspes et les porphyres , dans les monumens les plus anciens, ne paroissent avoir reçu que de légères atteintes du temps, et il est à croire qu’il en seroit de même des ouvrages faits de quartz, si les anciens l’eussent employé; mais comme il n’a ni couleurs brillantes ni variétés dans sa substance , et que sa grande dureté le rend très-difficile à travailler et à polir, on l’a toujours rejeté; et, d’autre part, les porphyres et les jaspes ne se trouvant que rarement en grandes masses continues, on a de tout temps préféré les granités à ces premières matières pour les grands monumens.

Le quartz, qui forme la roche intérieure du globe, est en même temps la base universelle des autres matière* vitreuses; il soutient les masses des granités et celles des porphyres et des jaspes , et tous sont plus ou moins contigus à celte roche primitive à laquelle ils tiennent comme à leur matrice ou mère commune, qui semble les avoir nourris des vapeurs quelle a laissées transpirer , et qui leur a fait part des trésors de son sein en les teignant des plus riches couleurs.

M. Ferber, ayant curieusement examiné tous les porphyres en Italie, les distingue en cinq sortes : i° le porphyre rouge, qui est le plus commun, et dont le fond est d’un rouge foncé avec de petites taches blanches et oblongues, souvent irrégulières ou parallélipipèdes. Le fond de ce porphyre est d’un rouge plus ou moins foncé, et quelquefois si brun, qu’il tire sur le noir. « On ne peut nier, dit-il, que la matière de ces taches ne soit du spath dur, opaque, compacte, blanc de lait, et en même temps de la nature du schorl; ce que la forme et la simple vue indiquent assez. Il en est de même des autres sortes de porphyres , et il me paroit que les taches sont d’une espèce de pierre qui tient le milieu entre le feldspath et le schorl. En général, continue-t-il, il y a très-peu de différence essentielle entre le schorl , le spath dur ou feld-spath , le quartz, les autres cailloux, et les grenats. »

Je dois observer que tout ce que dit ici

MINÉRAUX

M. Ferher , loin de répandre de la lumière sur ce sujet, y porte de la confusion. Le schorl ne doit pas être confondu avec le feld-spath; il n’y a point de pierre dont la substance tienne le milieu entre le feldspath et le schorl. La substance qui , dans les porphyres, se trouve incorporée avec la matière du jaspe , n’est pas uniquement du schorl, mais aussi du feld-spath. La différence du schorl au feld-spath est bien connue , et certainement le schorl , le spath dur ( feld-spah ) , le quartz , les cailloux , et les grenats , ont chacun entre eux des différences essentielles que ce minéralogiste n’auroit pas dû perdre de vue.

« 20 Le porphyre taché de blanc, continue M. Ferber, dont il y a deux variétés: la première est le porphyre noir, proprement dit , dont le fond est entièrement noir avec de petites taches oblongues, et qui ne diffère du porphyre rouge que par cette couleur du fond; la seconde variété est la serpentine noire antique , dont le fond est noir avec de grandes taches blanches oblongues ou parallélipipèdes.

« 3° Le porphyre à fond brun avec de grandes taches verdâtres oblongues ; il s’en trouve aussi dont le fond est d’un brun rougeâtre avec des taches d'un vert clair, et d’autres dont le fond est d’un brun noirâtre avec des taches moitié noirâtres et moitié verdâtres.

« 4° Le porphyre vert , dont il y a plusieurs variétés : i° la serpentine verte anticjue, dont le fond est vert, et les taches oblongues et parallélipipèdes sont d’un vert plus ou moins clair, ei de la nature du feldspath ou du schorl. On trouve quelquefois dans ces pierres des bulles telles que celles qui se forment dans les matières fondues par la sortie de l’air qui y est renfermé: on y voit aussi assez souvent des taches blanches et transparentes arrondies irrégulièrement, et qui paraissent être de la nature de l’agate. 2° Le porphyre à fond vert taché de blanc. 3° Le porphyre à fond vert foncé avec des taches noires. 4° Le porphyre à fond vert clair , ou plutôt jaune verdâtre taché de noir.

« 5° Le porphyre vert, proprement dit, qui a plusieurs variétés : la première à fond vert foncé presque noir, de la nature du jaspe, avec des taches blanches distinctes, oblongues, eu forme de schorl , plus grandes que les taches du porphyre noir, et plus petites que celles de la serpentine noire antique. La seconde variété est à fond de la nature du jaspe, d’un vert foncé avec de

petites taches blanches , rondes , et longues, et ressemble , à la couleur près , au porphyre rouge. La troisième à fond vert foncé, qui est de la nature du trapp ; les taches sont blanches, quartzeuses , irrégulières, et quelquefois si grandes et si nombreuses, qu’on diroit, avec raison, que le fond est blanc : de temps en temps le fond s’est cristallisé en rayons de schorl; alors cette espèce de porphyre vert se rapproche beaucoup de l’espèce du granité qui est mêlé de schorl au lieu de mica. La quatrième à fond vert foncé de la nature du trapp , comme celle du précédent , avec de petites taches

rarement d’une figure régulière ou déterminée, mais entrelacées les unes dans les autres , et repliées comme de petits vers : les ouvriers appellent cette variété porphyre vert fleuri. La cinquième d’un fond vert clair de la nature du trapp avec de petites taches oblongues , de figure déterminée , et détachées les unes des autres , et de petits rayons de schorl noir. »

Je ne puis m’empêcher d’observer encore que cet habile minéralogiste confond ici It schorl avec le feld-spath dans sa description de la première variété du porph yre vert, et qu’en même temps qu’il semble attribuer au feu la formation de cette pierre , il di qu’on y trouve des agates; or, l’agate élan formée par l’eau, il n’est pas probable qui celle pierre de porphyre ait été pour le resti produite par le feu , à moins d’imaginer que l’agate s’est produite par infiltration dan les bulles dont M. Ferber remarque qu cette pierre est soufflée.

Je" remarquerai aussi que sur ces cin variétés il n’y a que les deux premières qt soient de vrais porphyres , et qu’à l’égar des trois dernières variétés dont le fond ne;. pas de jaspe, mais de la matière tendre aj ^ pelée trapp, on ne doit pas les mettre a nombre des porphyres , puisqu’elles en di fèrent non seulement par leur moindre. di reté , mais même par leur composition , i autant que le jaspe diffère du trapp. Ce nous démontre que M. Ferber a confonc sous le nom de porphyre, plusieurs su stances qui sont d’une autre essence , et qi celles qu’il nomme serpentines noires an (jues et serpentines vertes antiques sont peu être, comme le trapp, des matières diff rentes du porphyre ; nous pouvons mêr dire que ceux qui , comme M. Ferber da le Yiceutin , et M. Soulavie dans le Vi\ rais , n’ont observé la nature qn’en désc dre, n’ont pu prendre que d> fausses idé

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ses ouvrages, et se méprendre sur leur [nation. Dans ces terrains bouleversés , matières produites par le feu primitif, ilét'S à celles qui ont ensuite été formées r le transport ou l’intermède de l’eau, et u tes confondues avec celles qui ont été érées, dénaturées, ou fondues par le feu volcans , se présentent ensemble; ils jnt pu réconnoîlre leur origine , ni même stinguer assez pour ne pas tomber ns de grandes erreurs sur leur formation ur essence. Il me paroi t donc que, quoie M. Ferber soit un des plus attentifs de observateurs, on ne peut rien conire de ses descriptions et' observations , ion qu’il se trouve dans ces terrains vollisés des matières presque semblables aux ais porphyres ; et si cela est , n’v a-t-il pas ute raison de penser avec moi que le feu imilif a formé les premiers porphyres, ns lesquels je n’ai admis que le mélange jaspe , dn leld-spath, et du sehorl , parce je je n’ai jamais vu dans le porphyre des firties quartzenses , et que je pense qu’il ut distinguer les vrais et anciens porphyproduits par le feu primitif, de ceux n Font été postérieurement par celui des ileâns? ceux-ci peuvent être mêlés de plueurs autres matières de seconde formation;

lieu que les premiers ne pou voient être imposés que des verres primitifs , seules atières qui existaient alors.

Après le quartz , le jaspe , le mica , le dd-spath , et le sehorl, qui sont les subances les plus simples , on peut donc dire ue , de toutes les autres matières en grades masses et produites par le feu, le porta re et les roches vitreuses , dont nous veons de parler, sont les plus simples, puisu’ils ne contiennent que deux ou trois de es premières substances : cependant ces nèmes roches vitreuses et les porphyres 11e ont pas, à beaucoup près, aussi communs ue le granité, qui contient trois et souenl quatre de ces substances primitives ; l’est de toutes les matières vitreuses la plus

abondante , et celle qui se trouve en plus grandes masses, puisque le granité forme les chaînes de la plupart des montagnes primitives sur tout le globe de la terre; c’est même cette grande quantité de granité qui a fait penser à quelques naturalistes qu’on devait le regarder comme la pierre primitive de laquelle toutes les autres pierres vitreuses avoient tiré leur origine. Je conviens avec eux que le granité a donné naissance à un grand nombre d’antres substances par ses différentes exsudations et décompositions ; mais , comme il est îui-rnème com posé de trois ou quatre matières très-évidemment reconnoissabîes , il faut nécessairement admettre la priorité de l’existence de ces mêmes matières, et par cette raison regarder le quartz , le mica , le feld-spath , et le sehorl qu’il contient, comme des substances dont la formation est antérieure à la sienne.

En suivant l’ordre qui nous conduit des substances simples aux matières composées, et toujours en grandes masses,- nous avons donc d’abord le quartz, le jaspe, le mica, le feld-spath, et le] sehorl, que nous regardons comme des matières simples ; ensuite les roches vitreuses , qui 11e contiennent que deux de ces cinq premières substances; après quoi viennent les porphyres et les granités, qui en contiennent trois ou quatre. On verra qu’en général le développement des causes et des effets dans la formation des masses primitives du globe s’est fait dans une succession relative aux différens degrés de leur densité, solidité, et fusibilité respective, et que, de tous les mélanges ou combinaisons qui se sont faites des cinq verres primitifs, celle de la réunion du quartz, du mica, du feld-spath, et du sehorl, est non seulement la plus commune, mais qu’elle est tellement universelle et si générale, que les granités semblent avoir exclu les résultats de la plupart des autres combinaisons de ces verres primitifs.

DU GRANITE

De toutes les matières produites par le feu primitif, le granité est la moins simple et la plus variée : il est ordinairement composé de cjuariz, de feld-spath, et de mica; ou enfin de quartz, de feld- spath, deschorl, et de mica : de ces quatre substances primitives , les plus fusibles sont le feld-spath et !e schorl. Ces verres de nature se fondent sans addition au même degré de feu que nos verres factices , tandis que le quartz résiste au plus grand feu de nos fourneaux : le feld-spath et le schorl sont aussi beaucoup plus fusibles que le mica , auquel il faut appliquer le feu le plus violent pour le réduire en verre, ou plutôt en scories spumeuses. Enfin le feld-spath et le schorl communiquent la fusibilité aux matières dans lesquelles ils se trouvent mélangés , telles que les porphyres, les opbites, et les granités, qui tous peuvent se fondre sans aucune addition ni fondant étranger 1 : or ces différens degrés de fusibilité respective dans les matières qui composent le granité , et particulièrement la grande fusibilité du feld-spath et du schorl, me semblent suffire pour expliquer d’une manière satisfaisante la formation du granité.

En effet le feu qui tenoit le globe, de la terre en liquéfaction a nécessairement eu des degrés différens de force et d’action : le quartz ne pouvoit se fondre que par le feu le plus violent, et n’a pu demeurer en fusion qu’autant de temps qu’a duré cette extrême chaleur ; dès qu’elle a diminué , le quartz s’est d’abord consolidé; et sa surface, frappée du refroidissement , s’est fendue , écaillée ,

i. i° Un morceau de très-beau granité rouge très-vif, très-dur, faisant feu dans tous les points, enfermé dans un petit creuset de Hesse et recouvert d’un autre, a coulé en verre noir en moins de deux heures.

20 Un morceau de granité noir et blanc très-dur, du poids de cinq gros vingt-deux grains , a formé dans le même temps une seule masse vitreuse noire très- compacte , très- homogène.

3° Un morceau de porphyre très-brun - piqué de blanc, très-dur, de deux gros vingt-huit grains, a coulé au point d’enduire absolument le creuset ue verre noir. Ces trois morceaux antiques ont été trouvés à Autun.

4° J’ai exposé au même feu de beau quartz blanc d’Auvergne : il y a pris un blanc mat, plus opaque, y est devenu plus tendre, plus aisé à égrener au doigt, mais sans aucune fusion, pas même aux endroits où il touchoit le creuset. ( Lettre de M. de Morveau. à M. deBuffon, Dijon, 27 octobre 1778.)

égrenée, comme il arrive à toute espèce d verre exposé à l’action de l’air. Toute la supei ficie du globe devoit donc être couverte de ce premiers débris de la décrépitation du quart ' immédiatement après sa consolidation ; e les groupes élancés des montagnes isolées les sommets des grandes boursouflures di globe , qui dès lors s’éloient faites dans 1 masse quartzeuse, ont élé les premiers lieu: couverts de ces débris du quartz , parce qui ces éminences, qui présentoient toutes leur faces au refroidissement , en ont été plu complètement et plus vivement frappées qui toutes les autres portions de la terre.

Je dis refroidissement , par rapport à fi! prodigieuse chaleur qui avoit jusqu’alon tenu le quartz en fusion; car, dans le mo ment de sa consolidation , le feu étoit encor» assez viojent pour dissiper les micas, don l’exfolialion ne fut que le second détrimen du quartz , déjà brisé en écailles et en grain: par le premier degré du refroidissement. Li feld-spath etle schorl , bien plus fusibles que le mica, étoient encore en pleine fonte ai point de feu où le quartz, déjà consolidé s’égrenoit faute de recuit, et formoit les mi cas par ses exfoliations.

Le feld - spath et le schorl doivent donc être considérés comme les dernières fonte: des matières vitreuses ; ces deux dernier:! verres , en se refroidissant , durent s’amalgamer avec les détrimens des premiers. Le feu qui avoit tenu le quartz en fusion étoi bien plus violent que celui qui tenoit dan: ce même état le feld-spath et le schorl; e ce n’est qu’après la consolidation du quartz et même apres sa réduction en débris, qui les micas se sont formés de ses exfoliations : et ce n’est encore qu’après ce temps que h feld-spath et le schorl, auxquels il ne faut qu’un feu médiocre pour rester en fusion , ont pu se réunir avec les détrimens de ces premiers verres. Ainsi le feld-spath et lt schorl ont rempli, comme des cimens addi tionnels, les interstices que laissoient entre1 eux les grains de quartz ou de jaspe et les particules de mica; ils ont lié ensemble ces débris, qui de nouveau prirent corps et for mèrent les granités et les porphyres; cad c’est en effet sous la forme d’un ciment in- ! troduit et agglutiné dans les porphyres et; les granités qu’ils s’y présentent.

DU GRANITE

En effet les quartz en grains décrépites ou foliés en micas durent couvrir généralesnt la surface du globe, à l’exception des ites perpendiculaires qui venaient de s’our par la retraite que fit sur elle-même île la matière liquéfiée en se consolidant : feu de l’intérieur exhaloit par ces fentes, nme par autanL de soupiraux , les vapeurs talliques qui , s’étant incorporées avec la jstance du quartz , l’ont modifiée, colorée, convertie en jaspe, lequel ne diffère en et du quartz que par ces impressions de leurs métalliques , et qui , s’étant consoé et recuit dans ces fentes du quartz, et à mi de l’action des élémens humides , est nciéuré solide , et n’a fourni à l’extérieur finie petite quantité de détrimens que le d-spath et le schorl aient pu saisir. Les pes ne présentant que leur sommet, et nt du reste contenus dans les fentes perndiéulairés de la grande masse quartzeuse, purent recevoir le feld-spath et le schorl e dans cette partie supérieure , sur laelle se fit une décrépitation semblable à le du quartz, parce que cette partie de ir masse étoit en effet la seule qui put être [iiiité en débris par le refroidissement.

Et de fait , les porphyres , qui n’ont pu former qu’à la superficie des jaspes , sont iniment moins communs que les granités, i se sont au contraire formés sur la surface tière de la masse quartzeuse : car les grades recouvrent encore aujourd’hui la plus ande partie du globe; et quoique les quartz •cent quelquefois au dehors , et se monnt en divers endroits sur de fortes épaisses et dans une grande étendue , ils n’oepent que de petits espaces à la surface de terre en comparaison des granités, parce e les quartz ont été recouverts et rehauspresque partout par ces mêmes granités, i ont recueilli dans leur substance preste tous les débris des verres primitifs , et sont consolidés et groupés sur la roche me du globe, à laquelle ils tiennent imidiatëment , et qu’ils chargent presque parjl.'On trouve le granité, comme premier id , au dessous des bancs calcaires et des uches de l’argile et des schistes , quand on nt en percer l’épaisseur ; et nous ne défis pas oublier que ce fond actuel de notre •ré étoit la surface du globe primitif avant travail des eaux.

Or les granités sont non seulement coués sur cette antique surface , mais ils sont tassés encore plus en grand dans les grous des montagnes primitives 1 , et nous en i. « C’est une observation générale que, dans les

avons d’avance indiqué la raison. Ces som mets, où les degrés du refroidissement furent plus rapides , atteignirent plus tôt le point de la fusion et de la consolidation du feldspath et du schorl , en même temps qu’ils leur offroient à saisir de plus grandes épaisseurs de grains quartzeux décrépités.

Aussi les granités forment-ils la plupart de ces grands groupes et de ces hauts sommets élevés sur la base de la roche du globe, comme les obélisques de la nature, qui nous attestent ses formations antiques , et sont les premiers et grands ouvrages dans lesquels elle préparoit la matière de toutes ses plus riches productions, et où elle indiquoit déjà de loin le dessin sur lequel elle devoit tracer les merveilles de l’organisation et de la vie ; car on ne peut s’empêcher de reconnoître dans la figuration généralement assez régulière des petits solides du feld-spath et du schorl cette tendance à la structure organique, prise dans un feu lent et tranquille, qui , en commençant l’union intime de la matière brute avec quelques molécules organiques, la dispose de loin à s’organiser, en y traçant les linéamens d’une figuration régulière. Nos fusions artificielles , et plus encore les fusions produites parles volcans, nous offrent des exemples de cette figuration ou cristallisation par le feu dans un grand nombre de matières 2, et même dans tous les métaux et minéraux métalliques.

Si nous considérons maintenant que les grands bancs et les montagnes de granité s’offrent à la superficie de la terre dans tous les lieux où les argiles , les schistes , et les couches calcaires , n’ont pas recouvert l’ancienne surface du globe , et où le feu des volcans ne l’a point bouleversée, en un mot partout où subsiste la structure primitive de la terre , on ne pourra guère se refuser à croire qu’ils sont l’ouvrage de la dernière fonte qui ail eu lieu à sa surface encore ardente, et que cette dernière fonte n’ait été celle du feld-spath et du schorl , lesquels , des cinq verres primitifs , sont sans comparaison les plus fusibles; et si l’on rapproche ici un fait qui, tout grand et tout frappant qu’il est, ne paroît pas avoir été remarqué des minéralogistes, savoir, qu’à mesure que

grandes chaînes, on trouve au dehors les montagnes calcaires, puis les ardoises. » (Saussure, F oyage dans les Alpes , page 402.)

L’auteur se fût mieux exprimé en disant les schis/es, puis les roches feuilletées primitives , et enfin les granités.

2. Voyez l’article des volcans , sur les espèces de granités et de porphyres qui se forment quelquefois dans la lave.

MINÉRAUX

l’on creuse ou qu’on fortifie dans une montagne dont la cime et les flancs sont de granité, loin de trouver du granité plus solide et plus beau à mesure que l’on pénètre, l’on voit au contraire qu’au dessous, à une certaine profondeur , le granité se change, se perd , et s’évanouit à la fin en reprenant peu à peu la nature brute du roc vif et quartzeux. On peut s’assurer de ce changement successif dans les fouilles de mines profondes : quoique ces profondeurs où lions pénétrons soient bien superficielles , en comparaison de celles où la nature a pu travailler les matériaux de ses premiers ouvrages , on ne voit dans ces profondeurs que la roche quartzeuse , dont la partie qui touche aux filons des mines et forme les parois des fentes perpendiculaires est toujours plus ou moins altérée par les eaux ou par les exhalaisons métalliques ; tandis que celle qu’on taille dans l’épaisseur vive es! une roche sauvage plus ou moins décidément quartzeuse , et dans laquelle on ne distingue plus rien qui ressemble aux grains réguliers du granité. En rapprochant ce second fait du premier on ne pourra guère douter que les granités n’aient en effet été formés des déirimens du quartz décrépite, jusqu’à de certaines profondeurs , et du ciment vitreux de feld-spath et de sehorl qui s’est ensuite interposé entre ces grains de quartz et les micas, qui n’en étoient que les exfoliations.

U s’est formé des granités à plus grands et à plus petits cristaux de feld-spath et de sehorl , suivant cpie les grains quartzeux se sont trouvés plus ou moins rapprochés, plus ou moins gros, et selon qu’ils laissoient entre eux plus d’espace où le feld-spath et le sehorl pouvoient couler pour se cristalliser. Dans le granité à menus grains le feld-spath et le sehorl , presque confondus et comme incorporés avec la pâte quartzeuse , n’ont point eu assez d’espace pour former une cristallisation bien distincte; au lieu que, dans les beaux granités à gros grains réguliers , le feld-spath et quelquefois le sehorl sont cristallisés distinctement , Tua en rhombes, et l’autre en prismes.

Les teintes du rouge du feld-spath et de brun noirâtre du sehorl dans les granités sont dues sans doute aux sublimations métalliques, qui- de même ont coloré les jaspes, et se sont étendues dans la matière du feldspath et du sehorl en fusion. Néanmoins cette teinture métallique ne les a pas tous colorés : car il v a des feld - spaths et des schorls blancs ou blanchâtres ; et dans certains granités et plusieurs porphyres le feld-spath ne

se distingue pas du quartz par la couleur

Les sommets des montagnes graniteuses sont généralement plus élevés que les montagnes schisteuses ou calcaires : ces sommet paroissent n’avoir jamais été surmontés n travaillés par les eaux, dont la plus grandi hauteur nous est indiquée par les bancs cal caires les plus élevés ; car on ne trouve au cùn indice de coquilles ou d’autres produc lions" marines dans l’intérieur de ces granité , primitifs, à quelque niveau qu’on les prenne comme jamais aussi on ne voit de bancs cal Caires interposés dans les masses de grani tes , ni de granités posés sur des couche calcaires , si ce n’est par fragmens roulés e transportés , ou par bancs de seconde for mation. Tous ces faits importans de l’his toire du globe ne sont que des conséquence nécessaires de l’ordre dans lequel nous ve nous de voir les grandes formations du fei précéder universellement l’ouvrage des eaux

Les couches que l’eau a déposées son étendues horizontalement , et c’est dans ck sens, c’est-à-dire en longueur et en largeur que se présentent leurs plus grandes dimen sions : les granités, au contraire, et tou les autres ouvrages du feu , sont groupés en hauteur; leurs pyramides ont toujours plu d’élévation que de base. Il y a de ces masse ou pyramides solides de granité, sans fente ni sutures , d’une très-grande hauteur e d’un volume énorme : on en peut juger no: seulement par l’inspection des montagne; graniteuses , mais même par les monumem des anciens ; ils ont travaillé des blocs d f granité de plus de vingt mille pieds eu bel pour en former des colonnes et des obéliî ques d’une seule pièce *. Et de nos jours o j a remué des masses encore plus fortes ; ca le bloc de granité qui sert de piédestal à 1 j statue gigantesque du grand Pierre Ier ! élevé par l’ordre d’une impératrice encor ;

i. La colonne de Pompée, dont le fut est d’un : seule pièce , passe pour être le plus grand mon* j ment des anciens en ce genre. « Cette colonne est dit Tbévenot , située à environ deux cents pa d’Alexandrie; cite est posée sur un, piédestal ü! base carrée large d’environ vingt pieds, et haut: de deux cents ou environ , mais faite de plusieui grosses pierres : pour le fût de la colonne, il ei tout d’une seule pièce de granité , si haute qu’ell j n’a pas au monde sa pareille, car elle a dix-hu cannes de haut, et si grosse qu’il faut six pei j sonnes pour l’embrasser. >' ( V oyage au Levant \ tome 1 , page 277.) En supposant la canne de cin 1 pieds de longueur, le fût de cette colonne en quatre-vingt-dix de hauteur, sur trente pieds d j circonférence, parce que chaque homme , les bra étendus, embrasse aussi cinq pieds : ces dimension donnent environ vingt mille pieds cubes.

DU- GRANITE

us grande 1 , contient trente-s pt mlile 1S eds cubes : cependant ce bloc a été trouvé 1 uis un marais, où il étoil i olé et détaché :s hautes masses auxquelles il tenoit avant ! ; chute. « Mais nulle part, nous dit M. L’a h-.

' 'i Bexon, on ne peut prendre une idée plus 3 agnilique de ces masses énormes de gra- 311 ite que dans nos montagnes des Vosges :

131 les en offrent en nulle endroits des blocs 1 lus grands que tous ceux que l’ou aduure ans les plus superbes monumens , puisque :s. larges sommets et les flancs escarpés de 3s montagnes ne sont que des piles et des l oupes d’immenses rochers de granité caisses les. uns sur les autres 2. »

Plusieurs observateurs ont déjà reconnu ue la plupart des sommets des montagnes, xrtout des plus élevées , sont formés de ranite 3. La plus grande hauteur où les eaux

I i. Catherine II , actuellement régnante , et dont 'Europe et l’Asie admirent et respectent également e grand caractère et le puissant génie.

! 2. On vient depuis peu de commencer à travailler es granités des Vosges , et les premiers essais ont lëeouvert dans ces montagnes les plus grandes ritiéssés eil ce genre ; elles offrent des granités trèsleanx et très-variés pour le grain et pour les coueurs, et diverses espèces de porphyres; on en tire iiissi des jaspes richement colorés, et toutes ces natières s’y rencontrent partout dans une extrême tboudance , quoique dans une exploitation coinnencée on n’ait encore attaqué aucune masse conùdérable , et qu’on se soit borné aux morceaux ■ompus épars au penchant des montagnes, et que les habitons entassent en gros murs bruts pour encore leurs terrains. Le premier établissement de 2e travail des granités des Vosges, fait d’abord à Giiromagny dans la haute Alsace, est actuellement transféré , pour plus grande abondance de matières ;t plus grande facilité de transports , de l’autre 2Ôté de la montagne , en Lorraine , dans le vallon le la Moselle, environ quatre lieues au dessus de sa source. Nous le devons au goût et à l’activité de M. Patu des Hauts-Champs , magistrat qui joint à l’honneur et aux distinctions héréditaires l’amour éclairé du bien public, et de grandes connoissances dans leS sciences et dans les arts. Son entreprise , qui nous semble très-digne de l’attention et de la faveur du gouvernement, mettrait en valeur des matières précieuses restées jusqu’à présent brutes entre nas mains , et pour lesquelles nous payons jusqu’ici un tribut à l’Italie.

j 3. M. Eerber dit expressément, page 343, que la partie la plus élevée dès Alpes , entre l’Italie et l’Allemagne, est de granité; et il ajoute que ces granités européens ne diffèrent en aucune façon du granité oriental.

Tous les pays du monde offriront ces granités | dans leurs chaînes de montagnes primitives ; et si I les observations sur cet objet ne sont pas plus mul- !f lipliées, c’est que de justes notions du règne mij lierai , pris en grand, paraissent avoir jusqu’ici I manqué aux observateurs.

| Quoiqu’il en soit,' toutes nos provinces monta* J gueuses, l’Auvergne, Le Daupliiné, la Provence, le Languedoc , Ta Lorraine’, la Franche-Comté, et | même la Bourgogne vers Semiir, offrent des gra-

aient déposé des coquilles n’étant qu’à quinze ceuis ou deux mille toises au dessus du niveau actuel de la mer, il y a par conséquent un grand nombre de sommets qui se trouvent au dessus de cctie hauteur : mais il s’en faut bien que toutes les pointes moins élevées aient été recouvertes des productions de la mer ou cachées sous l’argile , le schiste, et les autres matières transportées par les eaux ; plusieurs montagnes , telles que les Vosges, moins hautes (pie ces grands sommets, sont composées de granités qui n’offrent aucun vertige de productions marines, et ces granités ne sont pas surmontés de bancs calcaires , quoique la mer ait porté dans d’autres endroits ses productions à de bien plus grandes- hauteurs. Au reste , ce n’est que dans, les hautes montagnes vitreuses que l’on peut voir à nu la structure ancienne et la composition primitive du globe en masses de quartz , en veines de jaspe, en groupes de granité , et en fdons métalliques.

Quelque solide et durable que soit la ma tière du granité, le temps ne laisse pas de la miner et de la détruire à la longue; et des trois ou quatre substances dont il est composé le quartz paroi t être celle qui a le plus perdu de sa solidité , et cela esi peut être arrivé dès le premier temps qu’il s’est décrépité : car quoique , étant d’une substance plus simple, il soit en lui-même plus solide que le feld-spath et le scliorl , cependant ces derniers verres , et surtout le feldspath , sont ce qu’il y a de plus durable dans le granité ; du moins il est certain que, sur les faces des globes de granités exposés à l’air aux flancs des montagnes , c’est la partie quartzeuse qui tombe en détriment la première avec le mica , et que les rhombes du feld -spath restent nus et relevés à la surface du granité dépouillé du mica et des grains de quartz qui les environnoient. Cet effet se remarque surtout dans les granités où la quantité du feld-spath est plus grande que celle du quartz; et il provient de ce que les cristaux de cette même matière vitreuse sont en masses plus longues et plus profondément implantées que les grains du quartz dans presque tous les granités. Au reste , ces grains du quartz détachés par l’action des élémens humides, et entraînés par les

nites. La Bretagne, depuis la Loire, et partie de la Normandie, touchant à la Bretagne, et comprenant Mortain , Argentan, Lisieux, Bayeux , Cherbourg , est appuyée sur une masse de granité. La Suisse , l’Allemagne, l’Espagne, l’Italie, ont les leurs. Les montagnes de la Corse et celles de l’ile d’Elbe eu sont formées.

MINERAUX

eaux , s’arrondissent en roulant , et se réduisent bientôt en sables quartzeux et micacés, lesquels, comme les sables de grès, se convertissent ensuite en terres argileuses.

On trouve, dans l’intérieur de la terre, des granités décomposés dont les grains n’ont qu’un peu d’adhérence, et dont le ciment est ramolli1; cette décomposition se remarque surtout dans les fentes perpendiculaires ou les eaux extérieures peuvent pénétrer par infiltration, et aussi dans les endroits où la masse des rochers est humectée par les vapeurs qui s’élèvent des eaux souterraines. Toute humidité s’oppose à la dureté ; et la preuve en est que toute masse pierreuse acquiert de la dureté en se séchant à l’air. Cette différence est plus sensible dans les marbres et autres pierres calcaires que dans les matières vitreuses; néanmoins, elle se reçonnoît dans les granités, et plus particulièrement encore dans le grès, qui est toujours humide dans sa carrière, et qui prend plus de dureté après s’être séché à l’air pendant quelques années.

Lorsque les exhalaisons métalliques sont abondantes, et en même temps mêlées d’acides et d’autres élémens corrosifs , elles détériorent avec le temps la substance des granités, et même elles altèrent celle du quartz : on le voit dans les parois de toutes les fentes perpendiculaires où se trouvent les filons, des mines métalliques; le quartz paroît décomposé, et le granité adjacent est friable.

Mais cette décomposition d’une petite portion de granité dans l’intérieur de la terre n’est rien en comparaison de la destruction immense et des débris que dut produire faction des eaux lorsqu’elles vinrent battre pour la première fois les pics des montagnes primitives , plus élancés alors qu’ils ne le sont aujourd’hui; leurs flancs nus , exposés aux coups d’un océan terrible, durent s’ébranler,

x. C’est mal à propos que M. de Saussure veut établir (Voyage dans les Alpes, tome I, page 106) diverses espèces de granité sur tes degrés de dureté de cette pierre, et parce qu’il s’en trouve de tendre au point de s 'égrener entre les doigts , puisque ce n’est ici qu’une décomposition ou destruction, par l’air et par l’eau, du vrai granité, si pourtant c’est de ce granité que l’observateur entend parler, de quoi l’on peut douter avec raison, puisqu’il attribue le vice de ces granités devenus tendres à l’effet de quelque matière saline ou argileuse, entrée dans leur composition (ibid.) ; mais plus bas il se rétracte, en observant que si, dès l’origine, ce principe de mollesse. fut entré dans lèur combinaison, les fragmens roulés que l’on trouve de ces granités n’eusfent pu, sans se réduire en sable, supporter les chocs qui les ont arrondis (ibid.).

se fendre , se rompre en mille endroits et d< mille manières : de là ces blocs énorme qu’on en voit détachés et tombés à leur pied et ces autres blocs qui, comme suspendus è menaçant les vallées, ne semblent plus teni à leurs sommets que pour attester les effort F qui se firent pour les en arracher. Mais j tandis que la force des vagues ren verso it le J masses qui offroient le plus de prise ou li! moins de résistance, l’eaii , par une actioir plus tranquille et tout aussi puissante, at I' taquoit généralement et altéroit partout le: ? surfaces des matières primitives, et, tranif

portant la poudre de leurs détrimens, et F

composoit de nouvelles substances, telle (

que les argiles et les grès : mais il dut 3?

avoir aussi, dans les amas décès débris, dé j gros sables qui n’éloienl pas réduits en poudre; et les granités étant les plus composés et par conséquent les plus destructibles de; !

substances primitives, ils fournirent cesgroi sables en plus grande quantité; et l’on con-

çoit qu’eu égard à leur pesanteur ces sables 11e purent être transportés par les eaux à de très-grandes distances du lieu de leur origine : ils se déposèrent en grande quantité aux environs de leurs masses primitives , ils! s’y accumulèrent en couches graniteuses; et ces grains, agglutinés de nouveau par l’intermède de l’eau, ont formé les granités secondaires , bien différent , comme l’on voit. ' quant à leur origine, des vrais granités pri- : mitifs. Et en effet, l’on trouve en divers I endroits ces nouveaux granités soit en couches, soit en amas inclinés, et on recori-j noit à plusieurs caractères qu'ils sont de' seconde formation : i° à leur position en cou- ! elles, et quelquefois en sacs entre des ma-1 tières calcaires ; 20 en ce qu’ils sont moins1 compactes, moins durs, et moins durables3 que les granités antiques; 3° en ce que le feld-spalh et le schorl n’y sont pas en cris- ' taux bien distincts, mais par petites masses j qui paroissent résulter de l’agglufinalion d$ plusieurs fragmens de ces mêmes substances, et qui 11’offrent à l’œil qu’une teinte terne et mate , de couleur briquetée ou d’un gris rougeâtre; 40 en ce que les parcelles du mica y ont formé par leur jonction, des feuilles assez grandes , et même de petites piles de 3 ces feuilles qui ressemblent à du talc; 5° en- J fin en ce que l’empâtement de toute la pierre est grossier, imparfait , n’ayant ni la cohérence , ni la solidité, ni la cassure vive et vitreuse du vrai granité. O11 peut vérifier ces différences en comparant les granités des Vosges ou des Alpes avec celui qui se trouve à Semur en Bourgogne. Ce granité est de

DU GRANITE

conde formation; il est friable, peu comctè, mêle de talc; il est déposé par lits par couches presque horizontales : il prénte donc tontes les empreintes d’un ounge de l’eau , au lieu que les granités prit ifs n'ont d’autres caractères que ceux me vitrification.

On ne doit donc rien inférer, rien contre de la formation de ces granités secondes à celle du granité primitif dont ils sont que des détrimens. Les grès sont, ativement au quartz, ce que ces seconds mites sont au premier; et vouloir les réu- ’ pour expliquer leur formation par un incipe commun, c’est connue si l’on préîdoit rendre raison de l’origine du quartz r la formation du grès.

Ceux qui voudroient persister à croire on doit rapporter à l’eau la formation ' tous les granités, même de ceux qui sont mcés à pic et groupés en pyramides dans i montagnes primitives , 11e voient pas j’ils ne font que reculer ou plutôt éluder (réponse à la question ; car ne doit-on pas îr demander d’où sont venus et par quel ent ont été formés ces fragmens vitreux pployés par l’eau pour composer les graes, et dès lors ne seront-ils pas forcés à chercher l’origine des masses dont ces gmens vitreux ont été détachés, et ne fautpas reconnoître que si l’eau peut diviser, msporter, rassembler les matières visses , elle ne peut en aucune façon les joduire?

!La question resteroit donc à résoudre dans a té son étendue, quand on voudroit, par évention de système , ou qu’on pourroit , r suite d’analogie , établir que les granités imitifs ont été formés par l’eau ou dans sein des eaux, et il resteroit toujours uir fait constant que la grande masse vibuse, dont les élémens de ces granités sont l'extrait ou les débris, est une matière Itérieure et étrangère à l’eau, et dont la ’mation ne peut être attribuée qu’à l’ac- >n du feu primitif.

Les nouveaux granités sont souvent adossés x flancs ou stratifiés au pied des grandes asses antiques dont ils tirent leur origine; sont étendus en couches ou en lits plus ou oins inclinés, et souvent horizontaux, au u d’être groupés en hauteur, entassés en -ramides , ou empilés en feuillets vertiux1, comme le sont les véritables granités

x. C’est ce que M. de Saussure appelle des coues perpendiculaires , par une association de mots ssi insociables que les idées qu’ils présentent nt incompatibles ; car qui dit couches dit dépôt

dans les grandes montagnes primitives : cette différence de position est un effet remarquable et frappant, qui, d’un côté, caractérise l’action du feu dont la force expansive du centre à la circonférence ne pouvoit qu’élancer, élever la matière et la grouper en hauteur, tandis que la seconde position présente l’ouvrage de l’eau, qui , soumise à la loi de l’équilibre, et ne travaillant que par voie de transports et de dépôt , tend généralement à suivre la ligne horizontale.

Les granités secondaires se sont donc formés des premiers débris du granité primitif, et les fragmens rompus des uns et des autres, et roulés par les eaux, ont postérieurement rempli plusieurs vallées, et ont même formé par leur entassement des montagnes subalternes. Il se trouve des carrières entières, et en bancs étendus, de ces fragmens de granités roulés et souvent mêlés de pareils fiagmens de quartz arrondis, comme ceux de granité , en forme de cailloux. Mais ces couches sont, comme l’on voit , de seconde et même de troisième formation. Et dans le même temps que les eaux entraînoient, froissoient, et entassoient ces fragmens massifs, elles transporloient au loin, dispersoient, et déposoient partout les parties les plus ténues et la poussière flottante de ces débris graniteux ou quartzeux ; des lors ces poudres vitreuses ont été mêlées avec les poudres calcaires, et c’est de là que proviennent originairement les sucs quartzeux ou silicés qui transsudent dans les craies et autres couches calcaires formées par le dépôt des eaux.

stratifié , étendu , couché enfin sur une ligne plus ou moins voisine de la ligne horizontale , et dont les feuillets se divisent en ce sens ; or une telle masse, stratifiée horizontalement, ne peut rien offrir de perpendiculaire que les fissures ou sutures qui l’ont accidentellement divisée: la tranche perpendiculaire porte au contraire sa plus grande dimension sur la ligne de hauteur, elle se coupe en lames verticales ; et il est aussi impossible qu’elle ait été formée par la même cause que la couche horizontale qu’il l’est que cette dernière devienne jamais perpendiculaire, si ce n’est par accident; car il est indubitable que toutes les couches stratifiées par la mer, et qui ne doivent pas leur inclinaison aux causes accidentelles , comme la chute des cavernes , la tiennent des inclinaisons mêmes , des pentes , ou des coupes des masses primitives auxquelles elles sont venues s’adosser, s’adapter, et se superposer, qui , en un mot , leur ont servi de base. Aussi de M. de Saussure, après avoir fait la description et l’énumération de plusieurs de ces couches violemment inclinées ou presque perpendiculaires, rappelle-t il tous ces faits particuliers à une observation qu’il regarde lui-mëme comme générale et importante , savoir, que les montagnes se condaires sont d’autant plus irrégulières et plus inclinées qu’elles approchent plus des primitives.

MINERAUX

Et comme le transport de ees débris du granité, du grès, et des poudres d’argile, s’est long-temps fait dans le fond des mers , conjointement avec celui des détrimens des craies , des marbres, et des autres substances calcaires, les unes et les autres ont quelquefois été entraînées.'^ réunies, et consolidées ensemble : c’est de leur mélange que se sont

DU

Le grès, lorsqu’il est pur, es! d’une grande dureté, quoiqu’il ne soit composé que des débris du quartz réduits en petits grains qui se sont agglutinés par l’intermède de l’eau; ce grès, comme le quartz, éiincelle sous le choc de l’acier : il est également réfractaire à l’action du feu le plus violent. Les détrimens du quartz ne formoient d’abord que des sables qui ont pris corps en se réunissant par leur affinité, et ont ensuite formé les masses solides des grès, dans lesquels on ne voit en effet que ces petits grains quartzeux plus ou moins rapprochés , et quelquefois liés par un ciment de même nature qui en remplit les interstices l„ Ce ciment a pu être porté dans le grès de deux manières différentes : la première, parles vapeurs qui s’élèvent de l’intérieur de la terre; et la seconde, par la stillation des eaux. Ces deux causes produisent des effets si semblables , qu’il est assez difficile de les distinguer. Nous allons rapporter, à ce sujet, les observations faites récemment par un de nos plus savans académiciens, M. de Lassone, qui a examiné avec attention la plu-

i. Par ces mots de ciment ou gluten , je n’entends pas , comme l’on fait ordinairement , une matière qui a la propriété particulière de réunir des substances dissemblables , ’ct pour ainsi dire d’une autre nature, en faisant un seul volume de plusieurs corps isolés ou séparés, comme la colle qui s’emploie pour le bois, le mortier pour la pierre, etc. L’habitude de cette acception du mot ciment pourroit en imposer ici je dois donc avertir que je prends ce mot dans un sens plus général , qui ne suppose ni une matière différente de celle de la masse, ni une force attractive particulière, ni même la séparation absolue des parties avant l’interposition du ciment , mais qui consiste dans leur union encore plus intime, par l’accession de molécules de même nature , qui augmentent la densité de la masse, en sorte que la seule condition essentielle qui fera distinguer ce ciment des matières sera le plus souvent la différence des temps où ce ciment y sera survenu, et où elles auront acquis par là leur plus grande solidité.

formées les brèches et autres pierres mi parties de calcaire el de vitreux ou argileux tandis que les fragmens de quartz et de grt nite, unis de même par le ciment des eaux ont formé des pouding lies purement vilreui et que les fragmeus des marbres et autre pierres de même nat ure ont formé des bre ches purement calcaires.

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