DE LA CRAIE
Jusqu’ici nous n’avons parlé que des matières qui appartiennent à la première nature : le quartz, le jaspe, les porphyres, les granits, produits immédiats du feu primitif; les grès, les argiles, les schistes, les ardoises, détriments de ces premières substances , et qui quoique transportés, pénétrés, figurés par les eaux, etmêmemélangés des premières productions de ce second élément, n’en appartiennent pas moins à la grande masse primitive des matières vitreuses, lesquelles dans cette première époque composaient seules le globe entier. Maintenant considérons les matières calcaires qui se trouvent en si grande quantité , et en tant d’endroits sur cette première surface du globe , et qui sont proprement l’ouvrage de l’eau même et son produit immédiat. C’est dans cet élément que se sont en effet formées ces substances qui n’existaient pas auparavant; qui n’ont pu se produire que par l’intermède de l’eau , et qui non-seulement ont été transportées , entassées et disposées par ses mouvements, mais même ont été combinées, composées et produites dans le sein de la mer.
Cette production d’une nouvelle substance pierreuse par le moyen de l’eau est un des plus étonnants ouvrages de la nature, et en même temps un des plus universels ; il tient à la génération la plus immense peut-être qu’elle ait enfantée dans sa première fécondité : cette génération est celle des coquillages, des madrépores, des coraux et de toutes les espèces qui filtrent le suc pierreux et produisent la matière calcaire, sans que nul autre agent, nulle autre puissance particulière de la nature puisse ou ait pu former cette substance. La multiplication de ces animaux à coquilles est si' prodigieuse , qu’en s’amoncelant ils élèvent encore aujourd’hui en mille endroits des récifs, des bancs, des hautsfonds, qui sont les sommets des collines sousmarines, dont la baseet la masse sont également formées de l’entassement de leurs dépouilles L Et combien dut être encore plus immense le nombre de ces ouvriers du vieil Océan dans le fond de la mer universelle, lorsqu’elle saisit tous les principes de fécondité répandus sur le globe animé de sa première chaleur»
« « Toutes les îles basses du tropique austral semblent avoir
HISTOIRE NATURELLE
Sans cette réflexion, pourrions-nous soutenir la vue vraiment accablante des masses de nos montagnes calcaires entièrement composées de cette matière toute formée des dépouilles de ces premiers habitants de la mer? Nous en voyons à chaque pas les prodigieux amas ; nous en avons déjà recueilli mille preuves2 : chaque contrée peut en offrir de nouvelles , et les arti-
« été produites par des animaux du genre des polypes, qui t'or-
« ment les Jilhophytes ; ces animalcules élèvent peu à peu « leur habitation de dessus une base imperceptible , qui s é- « tend de plus en plus à mesure que sa structure s'élève da- « vantage : j'ai vu de ces larges structures à tousles degrés de « leur construction. # Observations de Forster, à la suite du second Voyage du capitaine Cook, page 135.— « Ces îles sont « généralement liées les unes aux autres par des récifs de « rochers de corail. (Idem, Ibidem.) Nous découvrîmes les « îles vues par M. de Bougainville, par les dix-sept degrés « vingt-quatre minutes latitude, et cent quarante-un degrés «trente-neuf minutes longitude ouest ; une de ces îles bas- « ses , à moitié submergée , n'était qu'un grand banc de co- « rail, de vingt lieues de tour.» (Cook, second Voyage, tome I, page 293. ) « On rencontra une ceinture de petites îles « jointes ensemble par un récif de rochers de corail.» (Idem, tome II , page 285. ) « Nous abordâmes à File Sauvage (une « de celles des Amis) ; ces bords n’étaient que des rochers de « corail. » (Idem , tome III , page 10.) Cette multitude d'îies basses et de bancs sur lesquels se perdit le navigateur Itoggevin ont été revus et reconnus par MRI. Byron et Cook ; toutes ces îles ne sont soutenues que par des bancs de corail, élevés du fond de la mer jusqu’à sa surface. (Voyez le chapitre XI de la relation du second Voyage du capitaine Cook , traduction française, tome II, page 275). Ce fait étonnant a été si bien vu par ces bons observateurs , qu’on ne peut le révoquer en doute, et il fournit à M. Forster cette réflexion frappante’ : « Le petit ver dont le corail est l'ouvrage , et qui pa- « raît si insensible qu'on le distingue à peine d’une plante ,
« agrandit son habitation , et construit un édifice de roche ,
« depuis un point du fond delà mer, que l’art humain ne « peut pas mesurer, jusqu’à la surface des flots; il prépare « ainsi une base à la résidence de l’homme. » (Forster, second Voyage de Cook, tome II , page 283). — Voyez de plus toutes les relations des navigateurs , sur les sondes tombées sur des rochers de coquillages, et sur les cables et grelins des ancres coupés contre les récifs de madrépores et de coraux. — « En « traversant la Picardie, la Flandre française, la Champagne,
« la Lorraine allemande, le pays Messin, etc., M. Monnet a ob- « servé que les coquilles se montrent jusqu’à plus de trois « cents pieds de profondeur perpendiculaire, à commencer « des vallées les plus profondes... On trouve même des bancs « de corail ou de madrépores auprès de Clermont , village de « la principauté de Liège, de plus de soixante pieds de hau- « tenr. Ces bancs sont droits comme des murailles; ils res- .« semblent assez à ceux qui sont décrits par le capitaine Cook, « et qui sont situés auprès de la Nouvelle-Guinée ; ils renfer. « ment des bancs de bon marbre qu’on exploite. » (Tableau des Voyages minéralogiques de M. Monnet , Journal de Physique, février 1781, page 160 etsuiv).
4 M. Monnet profita d’une ouverture qu’on avait faite dans une des plus profondes vallées du bas Bolonais, à dessein d’y découvrir du charbon, pour observer jusqu’où vont les bancs de pierres calcaires et les coquilles : cette ouverture, de cinq cents pieds de profondeur perpendiculaire , et qui passait le niveau de la mer de plus de cent pied , a montré autant de coquilles dans son fond que dans sa hauteur. (Tableau des Voyages minéralogiques de M. Monnet, Journal de Physique, février 1781, page 161).
2 Voyez tous les articles de la Théorie de la Terre , des
clés suivants les confirmeront encore par un plus grand développement 1 .
Nous commencerons parla craie, non qu’elle soit la plus commune ou la plus noble des substances calcaires , mais parce que de ces matières, qui toutes également tirent leur origine des coquilles, la craie doit en être regardée comme le premier détriment , dans lequel cette substance coquilleuse est encore toute pure, sans mélange d’autre matière, et sans aucune deces nouvelles formes de cristallisation spathique, que la stillation des eaux donne à la plupart des pierres calcaires : car en réduisant des coquilles en poudre, on aura une matière toute semblable à celle de la craie pulvérisée.
Il a donc pu se former de grands dépôts de ces poudres de coquilles, qui sont encore aujourd’hui sous cette forme pulvérulente, ou qui ont acquis avec le temps de la consistance et quelque solidité : mais les craies sont, en général, ce qu’il y a de plus léger et de moins solide dans ces matières calcaires, et la craie la plus dure est encore une pierre tendre ; souvent au lieu de se présenter en masses solides , la craie n’est qu’une poussière sans cohésion, surtout dans ses couches extérieures. C’est à ces lits de poussière de craie qu’on a souvent donné lenom de marne : mais je dois avertir, pour éviter toute confusion , que ce nom ne doit s’appliquer qu’à une terre mêlée de craie et d’argile, ou de craie et de terre limoneuse , et que la craie est au contraire une matière simple , produite par le seul détriment des substances purement calcaires.
Ces dépôts de poudre coquilleuse ont formé des couches épaisses, et souvent très-étendues, comme on le voit dans la province de Champagne , dans les falaises de Normandie , dans l’Ilede-France, à la Roche-Guyon , etc.; et ces couches composées de poussières légères ayant été déposées les dernières, sont exactement horizontales , et prennent rarement de l’inclinaison, mêmedans leurs lits les plus bas, où elles acquièrent plus de dureté que dans les lits supérieurs. Cette même différence de solidité s’observe dans toutes les carrières anciennement formées par les sédiments des eaux de la mer. La masse entière de ces bancs calcaires était également
preuves et des suppléments, sur les carrières et les montagnes composées de coquillages et autres dépouilles des pro. ductions marines.
4 Voyez , en particulier, les articles de la Pierre calcaire et du Marbre.
DES MINERAUX
molle dans le commencement; mais les couches inférieures, formées avant les autres, se sont consolidées les premières; et en même temps elles ont reçu par infiltration toutes les particules pierreuses que l’eau a détachées et entraînées des lits supérieurs. Cette addition de substance a rempli les intervalles et les pores des pierres inférieures, et a augmenté leur densité et leur dureté à mesure qu’elles se formaient et prenaient de la consistance par la réunion de leurs propres parties. Cependant la dureté des matières calcaires est toujours inférieure à celle des matières vitreuses qui n’ont point été altérées ou décomposées par l’eau. Les substances coquilleuses, dont les pi erres calcaires tirent leur origine, sont par leur nature d’une consistance plus molle et moins solide que les matières vitreuses ; mais quoiqu’il n’y ait point de pierres calcaires aussi dures que le quartz ou les jaspes, quelques-unes, comme les marbres, le sont néanmoins assez pour recevoir un beau poli.
La craie, même la plus durcie, n’est susceptible que du poli gras que prennent les matières tendres , et se réduit au moindre effort en une poussière semblable à la poudre des coquilles ; mais quoiqu’une grande partie des craies ne soient en effet que le débris immédiat de la substance des coquilles , on ne doit pas borner à cette seule cause la production de toutes les couches de craie qui se trouvent à la surface de la terre : elles ont, comme les sables vitreux, une double origine; car la quantité de la matière coquilleuse réduite en poussière s’est trèsconsidérablement augmentée par les détriments et les exfoliations qui ont été détachés de la surface des masses solides de pierres calcaires , par l’impression des éléments humides ; l’établissement local de ces masses calcaires paraît en plusieurs endroits avoir précédé celui des couches de craie. Par exemple , le grand terrain crétacé de la Champagne commence au dessous de Troyes et finit au delà de Rhétel ; ce qui fait une étendue d’environ quarante lieues, sur dix ou douze de largeur moyenne ; et la montagne de Reims, qui fait saillie sur ce terrain, n’est pas de craie, mais de pierre calcaire dure : il en est de même du mont Aimé , qui est isolé au milieu de ces plaines de craie, et qui est également composé de bancs de pierres dures très-différentes de la craie , et qui sont semblables aux pierres des montagnes situées de l’autre côté de Vertus et de Bergères. Cesmonta-
gnes de pierre dure paraissent donc avoir surmonté de tout temps les collines et les plaines où gisent actuellement les craies, et dès lors on peut présumer que ces couches de craie ont été formées , du moins en partie, par les exfoliations et les poussières de pierre calcaire que les éléments humides auront détachées de ces montagnes , et que les eaux auront entraînées dans les lieux plus bas où gît actuellement la craie. Mais cette seconde cause de la production des craies est subordonnée à la première, et même, dans plusieurs endroits de ce grand terrain crétacé, la craie présente sa première origine , et parait purement coquilleuse; elle setrouve composée ou remplie de coquilles entières parfaitement conservées, comme on le voit à Courtagnon et ailleurs; en sorte qu’on ne peut douter que l’établissement local de ces couches de craie mêlée de coquilles ne se soit fait dans le sein de la mer et par le mouvement de ses eaux. D’ailleurs , on trouve souvent les dépôts ou lits de craie surmontés par d’autres matières qui n’ont pu être amenées que par alluvion , comme en Pologne, où les craies sont très-abondantes, et particulièrement dans le territoire de Sadki, où M. Guettard dit, d’après Rzaczynski, qu’on ne trouve la craie qu’au-dessous d’un lit de mine de fer qui est précédé de plusieurs autres couches de différentes matières L
Ces dépôts de craie formés au fond de la mer par le sédiment des eaux n’étaient pas originairement d’une matière aussi simple et aussi pure qu’elle l’est aujourd’hui ; car on trouve entre les couches de cette matière crétacée de petits lits de substance vitreuse ; le silex, que nous nommons pierre à fusil , n’est nulle part en aussi grande quantité que dans les craies. Ainsi cette poussière crétacée était mélangée de particules vitreuses et silicées , lorsqu’elle a été transportée et déposée par les eaux ; et après Rétablissement de ces couches de craie mêlées de parties silicées , l’eau les aura pénétrées par infiltration , se sera chargée de ces particules silicées, et les aura déposées entre les couches de craie, où elles se seront réunies par leur force d’affinité ; elles y ont pris la forme et le volume que les cavités ou les intervalles entre les couches leur ont permis de prendre. Cette sécrétion de silex se fait dans les craies de la même manière que celle de la matière calcaire se fait dans les argiles : ces substances hétérogènes ,
* Mémoires de l’Académie des Sciences, année 17G2, p, 29i.
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atténuées par l’eau et entraînées par sa filtration, sont également posées entre les grandes couches de craie et d’argile , et disposées de
même en lits horizontaux; seulement on observe
que les petites masses de pierres calcaires, ainsi formées de l’argile, sont ordinairement plates et assez minces, au lieu queles masses de silex formées dans la craie sont presque toujours en
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peut la calciner une seconde fois , et en faire de la chaux d’aussi bonne qualité que la premici e. On peut même se servir de la craie crue pour foire du mortier, en la mêlant avec la chaux; car elle est de même nature que le gravier calcaire dont elle ne diffère que par la petitesse de ses grains. La craie que l’on connaît sous le nom de blanc d’Espagne est l’une des plus fines, des
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petits blocs épais et arrondis. Cette différence plus pures et des plus blanches on peut provenir de ce que la résistance de l’argile pour dernier enduitsur les autres mo tiei s. Cette est plus grande que celle de la craie ; en sorte craie fine ne se trouve pas en grandes couches quePla force de la masse silicée qui tend à se ni même en bancs , mais dans les fentes des reformer soulève ou comprime aisément la craie chers calcaires et sur la pente des c0 ^ cre" dont elle se trouve environnée ; au lieu que la tacées ; elle y est conglomérée en pelotes plus même force ne peut faire un aussi grand effet ou moins grosses; et quand cette craie fine est dans l’armle qui , étant plus compacte et plus encore plus atténuée , elle forme d autres conpesante cède plus difficilement et se comprime crétions d’une substance encore plus legere, moins. 11 y a encore une différence très-appa- auxquelles les naturalistes ont donne le nom de rente dans rétablissement de ces deux sécré- lac lunœ' (nom très-impropre, puisqu î ne etions relativement à leur quantité : dans les col- signe qu’un rapport chimérique), medullasaxi Unes de craie coupées à pic, on voit partout (qui ne convient guère mieux , puisque le mot ces lits de silex, dont la couleur brune contraste saxum , traduit par ces mêmes naturalistes, ne avec le blanc de la couche de craie ; souvent il désigne pas la pierre calcaire, mais le roc vise trouve de distance à autre plusieurs de ces treux): cette matière serait donc mieux désignée lits toujours posés horizontalement entre les par le nom d e fleur de craie; car ce n’est en grands lits de craie, dont l’épaisseur est déplu- effet que la partie la plus ténue de la craie que sieurs pieds , en sorte que toute la masse de l’eau détache et dépose ensuite dans les cavités craie, jusqu’à la dernière couche, paraît être qu’elle rencontre. Et lorsque ce dépôt, au lieu traversée horizontalement par ces petits lits de de se foire en masses , ne se fait qu’en superfisilex au lieu que dans les argiles coupées de cie, cette même matière prend la forme de lames même aplomb , les petits lits de pierre calcaire et d’écailles , auxquelles ces mêmes nomenclane setrouvent qu’entre les couches supérieures, teurs 2 en minéralogie ont donné le nom d’arjaet n’ont jamais autant d’épaisseur et de conti- rie minéral (ce quin’est fondé que sur unefausse nuité que les lits de silex, ce qui paraît encore analogie).
provenir de la plus grande facilité de l’infiltra- Les hommes, avant d’avoir construit des tiondes eaux dans la craie, qu’elles pénètrent maisons, ont habité les cavernes : ils se sont mis dans toute son épaisseur; au lieu qu’elles ne à l’abri des rigueurs de l’hiver et de la trop pénètrent queles premières couches de l’argile, grande ardeur de l’été, en se réfugiant dans les et ne peuvent par conséquent déposer des ma- antres des rochers ; et lorsque cette commodité tières calcaires à une grande profondeur. leur a manqué, ils ont cherché à se la piocuiei
La craie est blanche, légère et tendre, et se- aux moindres frais possibles, en faisant des galon ses degrés de pureté elle prend différents leries et des excavations dans les matières les noms. Comme toutes les autres substances cal- moins dures, telles que la craie. Le nom de caires, elle se convertit en chaux par l’action du Troglodytes , habitantsdes cavernes, donnéaux feu et fait effervescence avec les acides -.elle perd peuples les plus antiques, en est la preuve, aussi environ un tiers de son poids par la calcina- bien que le grand nombre de ces grottes que tion, sans que son volume en soit sensiblement l’on voit encore aux Indes, en Arabie, et dans diminué , et sans que sa nature en soit essen- tous les climats où le soleil est brûlant et l’omtiellement altérée ; car en la laissant exposée brage rare. La plupart de ces grottes ont été à l’air et à la pluie , cette chaux de craie re- travaillées de main d’homme, et souvent agran-
prend peu à peu les parties intégrantes que le , Wormhls et plnsieurs autres après lui. feu lui avait enlevées, et dans ce nouvel état on | a Ferrante Imperati , et d’autres après lui.
des minéraux.
dies au point de former de vastes habitations souterraines, où il ne manque que la facilité de recevoir le jour : car du reste elles sont saines, et, dans ces climats chauds, fraîches sans humidité. On voit meme dans nos coteaux et collines de craie des excavations à rez de chaussée, pratiquées avec avantage et moins de dépense qu il n’en faudrait pour construire des muis et des voûtes , et les blocs tirés de ces excavations servent de matériaux pour bâtir les étages supérieurs. La craie des lits inférieurs est en effet une espèce de pierre assez tendie dans sa cairière, mais qui se durcit à l’air, et qu’on peut employer non-seulement pour bâtir, mais aussi pour les ouvrages de sculpture.
La craie n’est pas si généralement répandue que la pierre calcaire dure ; ses couches, quoique très-étendues en superficie, ont rarement autant de profondeur que celles des autres pierres, et dans cinquante ou soixante pieds de hauteur perpendiculaire, on voit souvent tous les degi és du plus ou moins de solidité de la craie. Elle est ordinairement en poussière ou en moellon tièstendre dans le lit supérieur : elle prend plus de consistance à mesure qu’elle est située plus bas ; et comme l’eau la pénètre j usqu’à la plus grande profondeur, et se charge des molécules crétacées les plus fines , elle produit non-seulement les pelotes de blanc d’Espagne, de moelle de pierre 1 et de fleur de craie , mais aussi les stalactites solides ou en tuyaux , dont sont formés les tufs. Toutes ces concrétions, qui proviennent des détriments de la craie , ne contiennent point de coquilles ^ elles sont, comme toutes les auties exsudations ou stillations, composées des particules les plus déliées que l’eau a enlevées et ensuite déposées sous différentes formes dans les fentes ou cavités des rochers , ou dans les lieux plus bas où elles se sont rassemblées.
Ces dépôts secondaires de matières crétacées sefontassez promptement pour remplir enquelques années des trous de trois ou quatre pieds de diamètre et d’autant de profondeur. Toutes les personnes qui ont planté des arbres dans les terrains de craie ont pu s’apercevoir d’un fait qui doit servir ici d’exemple. Ayant planté un bon nombre d’arbres fruitiers dans un terrain
* Oa a aussi nommé cette moelle de pierre ou de craie farina minera lis , parce qu’elle ressemble à la farine par sa blancheur et sa légèreté , et qu on a même prétendu, mais fort mal à propos, qu’clle peut devenir un aliment en la mêlant avec de la farine de grain. Voyez les Éphémérides U Allemagne, dcc. 111 , observation 21 ü.
fertile en grains , mais dont le fond est d’une craie blanche et molle, et dont les couches ont une assez grande profondeur, les arbres y poussèrent assez vigoureusement la première et la seconde année , ensuite ils languirent et périrent. Ce mauvais succès ne rebuta pas le propriétaire du terrain ; on fit des tranchées plus profondes dont on tira toute la craie , et on les remplit ensuite de bonne terre végétale , dans laquelle on planta de nouveaux arbres : mais ils ne réussirent pas mieux, et tous périrent en cinq ou six années. On visita alors avec attention le terrain où ces arbres avaient été plantés, et Ton reconnut avec quelque surprise que la bonne terre qui avait été mise dans les trauchées était si fort mêlée de craie qu’elle avait presque disparu , et que cette très-grande quantité de matière crétacée n’avait été amenée que par la stillation des eaux 1 .
Cependant cette même craie qui paraît si stérile et même si contraire à la végétation peut l’aider à en augmenter le produit en la répandant sur les terres argileuses trop dures et trop compactes : c’est ce que l’on appelle marner les terres ; et cette espèce de préparation leur donne de la fécondité pour plusieurs années. Mais comme les terres de différentes qualités demandent à être marnées de différentes façons, et que la plupart des marnes dont on se sert diffèrent de la craie, nous croyons devoir en faire un article particulier.