ADDITION
a l’article du charbon de terre.
Nous avons distingué deux sortes de charbons de terre { : l’un que l’on nomme charbon sec , qui produit, en brûlant, une flamme légère, et qui diminue de poids et de volume en se convertissant en braise; et l’autre que l’on appelle charbon collant , qui donne une chaleur plus forte, se gonfle et s’agglutine en brûlant. Nous croyons devoir ajouter à ce sujet des observations importantes qui nous ont été communiquées par M. Faujas de Saint-Fond2. Ce savant naturaliste distingue, comme nous, le charbon sec du charbon collant, mais il a remarqué de plus dans les différentes mines qu’il a examinées en France, en Angleterre et en Écosse, que ces deux sortes de charbons de terre étaient attachées chacune à un sol d’une nature particulière , et que les charbons secs ne se trouvaient que dans les terrains calcaires, tandis qu’au contraire on ne rencontrait le charbon collant que dans les terrains granitiques et schisteux ; et voici, d’après M. Faujas , quelle est
* Voyez, dans le volume de la Théorie de la Terre, Histoire naturelle des Minéraux, l’article du Charbon de terre.
-etties de M. Faujas de Saint-Fond à M. le comte de Bufion, datée de Montélimart, 10 janvier 1786.
la qualité de ces deux sortes de charbons, et de quelle manière chacune d’elles se présente.
Le charbon sec étant en masse continue peut se tirer en gros morceaux ; il est , comme les autres charbons, disposé par lits alternatifs. Si Ton examine avec attention les lits supérieurs, on y reconnaît les caractères du bois, et on y trouve quelquefois des coquilles bien conservées , et dont la nacre n’a été que peu altérée. Lorsqu’on est parvenu aux couches inférieures, la qualité du charbon devient meilleure; son tissu est plus serré, sa substance plus homogène ; il offre dans sa cassure des surfaces lisses, et souvent brillantes comme celle du jayet ; et s’il n’en a pas le luisant, son grain est uni, serré, et n’est jamais lamelleux.
Ce charbon sec, lorsqu’il est de bonne qualité, répand, en brûlant, une flamme vive , légère, bleuâtre à son sommet, assez semblable à celle du bois ordinaire ; et l’on observe qu’à mesure que ce charbon s’embrase, il se gerce et se fend en plusieurs sens ; il perd au moins un tiers de son volume et de son poids en se convertissant en braise, et ses cendres sont blanches comme celles du bois.
M. Faujas m’a fait voir des charbons secs qui, après avoir été épurés , présentent évidemment les fibres ligneuses , et même les couches concentriques du bois qu’il était difficile d’y reconnaître avant que leur organisation eût été mise à découvert par l’épurement L
Lorsqu’on fait brûler ce charbon, son odeur est en général plus ou moins désagréable et forte, suivant les diverses qualités de ce minéral ; quelquefois elle est très-faible , mais souvent elle est empyreumatique ou fétide et nauséabonde, ou la même que celle du foie de soufre volatil. Au reste , M. Faujas observe que ces charbons secs , quoique moins bitumineux en apparence que les charbons collants, le sont réellement davantage, et qu'ils produisent par leur distillation un cinquième de plus de bitume, et un tiers de plus d’eau al* kalisée.
Le charbon collant , qu’on appelle aussi charbon gras, diffère du charbon sec en ce qu’il se boursoufle en brûlant, tandis que le charbon sec fait retraite. Ce charbon collant augmente de volume au moins d’un tiers ; il présente des
* Lettre de M. Faujas de Saint-Fond à M. le comte de Buf. fon, datée de Montélimart, 10 janvier 1786.
res ou cavités semblables à ceux d’une lave ongieuse, et que l’on reconnaît très-aisément l’squ il est éteint. C’est après avoir été ainsi pouillé de son eau , de l’alkali volatil et du tume , qu'il porte le nom de charbon épuré , France, et de coak, en Angleterre; il seréiit en une cendre grise, et soit qu’on l’emploie ns les fourneaux , en gros morceaux ou en ussière, il s'agglutine et se colle fortement , de inière à ne former qu’une masse qu'on est ligé de soulever et de rompre afin que l’air soit pas intercepté par cette masse embrasée, que le feu ne perde pas son activité.
Ce charbon collant produit une flamme qui :lève moins , mais qui est beaucoup plus vive plus âpre que celle du charbon sec ; il donne e chaleur plus forte et beaucoup plus durable, en sort une fumée plus résineuse qu’alkalesnte , qui n’a pas l’odeur fétide de la plupart s charbons secs , et même lorsqu’elle est trèsénuée elle répand une sorte d’odeur de suc- 1. Ce charbon est composé de petites lames ’t minces, très-luisantes , et placées sans ore ; et si ces lames sont peu adhérentes , le arbon est très-friable : il est connu alors dans Flandre sous le nom de houille et sous celui menu poussier , dans les mines du Forez et Lyonnais ; mais d'autres fois, ces lames plus lides et plus adhérentes entre elles donnent ;e charbon une continuité ferme , et qui pérît de le détacher en gros morceaux. Ce charn solide est celui qui est le plus recherché : s lames sont assez souvent disposées en ’ies longitudinales , et d'un noir très-brilît ; mais le luisant de ce charbon diffère de lui du charbon sec, en ce que ce dernier, quoi- j 1e très-luisant, a un grain serré et uni , dont j poli naturel est comme onctueux , tandis que 5 lames du charbon collant ont une apparence treuse et brillante. M. Faujasa aussi observé l’il se trouve quelquefois du charbon collant, .ns lequel la matière bitumineuse paraît afcter la forme cubique , et il dit que l’on ren- •ntre, particulièrement dans les charbons des i virons d’Édimbourg et de Glascow, des moraux qui ne paraissent composés que d’une ultitude de petits cubes bitumineux engagés s uns dans les autres , mais qui se détachent cilement.
L’on trouve aussi dans ces charbons collants, ntôt des parcelles ligneuses bien caractérisées, ntôt des bois pyritisés , et surtout diverses
empreintes de végétaux , semblables à des roseaux et à d’autres plantes dont il serait assez difficile de déterminer exactement les espèces; toutes ces empreintes sont en relief d’un côté et en creux de l’autre. La substance de la plante a disparu, soit qu’elle ait été détruite par la pourriture ou qu’elle se soit convertie en charbon. M. Faujas remarque avec raison qu’il serait très-important de comparer ces sortes d’empreintes, et de voir s'il n’existerait pas quelque différence entre les empreintes des charbons des terrains calcaires et celles des charbons des sols granitiques.
A l’égard de la situation des mines de charbon sec, au milieu des terrains calcaires, les seuls où on les trouve , suivant M. Faujas , cet habile minéralogiste remarque que, quand une mine de charbon se trouve par exemple dans les parties calcaires des Alpes, au pied de quelque escarpement entièrement dépouillé de terre végétale, et où la terre est à nu , l’on aperçoit tout d’un coup l’interruption de la roche cal* caire dans l’endroit où se rencontre le charbon dont les premières couches gisent sous une espèce de monticule d’argile pure ou marneuse, ou mêlée de sable quartzeux. La sonde en tire de l’argile plus ou moins pure, du charbon, de la pierre calcaire ordinairement feuilletée, quelquefois des bois charbonnifiés qui conservent leurs caractères ligneux, et qui sont mêlés avec des coquilles : ces premières couches sont suivies d'autres lits d’argile , de pierres calcaires , ou de charbons dont l’épaisseur varie. L’inclinaison de ces couches est la même que celle de la base sur laquelle elles s’appuient, et il est important de remarquer que l’on trouve souvent à de grandes profondeurs la matière même du charbon adhérente à la pierre calcaire , et que dans les points de contact les molécules du charbon sont mêlées et confondues avec celles
la même époque la formation de ces pierres cal caires et celle du charbon.
Mais au contraire les mines de charbon collant qui sont situées dans les montagnes granitiques ou schisteuses ont été déposées dans des 1 espèces de bassins où les courants de la mer ont transporté les argiles, les sables, les micas avec les matières végétales. Quelquefois les flots ont entraîné des pierres de diverses espèces et en ont formé ces amas de cailloux roulés qu’on trouve au-dessus ou au-dessous des charbons collants ;
HISTOIRE NATURELLE
d’autres fois les bois et autres végétaux ont été accumulés sur les sables ou sur les argiles où ils ont formé des couches parallèles lorsqu’ils ont été déposés sur un sol uni et horizontal , et n’ont formé que des pelotons ou des masses irrégulières, et des lits tortueux interrompus et inclinés lorsqu’ils ont été déposés sur une base inégale ou inclinée; et l’on doit observer que jamais le charbon collant ne porte immédiatement sur le granit. M. Faujas a observé qu’il existe constamment une couche de grès, de sable quartzeux, ou de pierres vitreuses roulées et arrondies par le frottement entre les granits et les couches de charbon ; et si ces mêmes couches renferment des lits intermédiaires d’argile en masse ou d’argile feuilletée, ces argiles sont également séparées du granit par les sables , les grès , les pierres roulées , ou par d’autres matières provenant de la décomposition des roches vitreuses : telles sont les différences que l’on peut remarquer , suivant M. Faujas, entre les charbons secs et les charbons collants, tant pour leur nature que pour leur gisement dans les terrains calcaires et dans les terrains granitiques et schisteux. Ce naturaliste présume avec raison que la nature des charbons secs, toujours situés dans les terrains calcaires, tient en grande partie à leur formation contemporaine de celle des substances coquilleuses : la matière de ces charbons s’est mêlée avec la substance animale des coquillages, dont les dépouilles ont formé les bancs de pierres calcaires ; et les bois qui ont été convertis en charbon sec , placés au milieu de ces amas de matières alkalescentes , se sont imprégnés de l’alkali volatil qui s’en est dégagé; ce qui nous explique pourquoi ce charbon rend par la distillation une quantité d’alkali qui excède du double et du triple celle qu’on obtient des charbons collants.
L’on doit ajouter aux causes de ces différences , entre les charbons collants et les charbons secs, l’influence de la terre végétale qui se trouve en très-petite quantité dans le charbon sec , et entre au contraire pour beaucoup dans la formation du charbon collant ; et comme cette terre limoneuse est mêlée en plus grande quantité de matières vitreuses que de substances calcaires, il pourrait se faire , ainsi que l’a observé M. Faujas , que les charbons collants ne se trouvassent jamais que dans les terrains granitiques et schisteux : et c’est par cette raison que cette terre limoneuse qui se boursoufle et augmente de vo¬
lume, lorsqu’on l’expose à l’action du feu, donne aux charbons collants la même propriété de se gonfler, de s’agglutiner, et de se coller les uns contre les autres lorsqu’on les expose à l’action du feu.
Plus on multipliera les observations sur les charbons de terre, et plus on reconnaîtra entre leurs couches, et surtout dans leurs lits supérieurs, des empreintes de diverses sortes de plantes : « J’ai vu, m’écrit M. de Morveau, dans « toutes les mines de charbon de Rives-de- « Gier, de Saint-Chaumont et de Saint-Berain ; « des empreintes de plantes , des prêles , des « caille-laits , des joncs , dont l’écorce est très- « reconnaissable, et qui ont jusqu’à un pouce de « diamètre, un fruit qui joue la pomme de pin, « des fougères surtout en quantité. J’ai observé « dans les contre-parties de ces fougères , que « d’un côté les tiges et les côtes entières étaient « en relief et les feuilles en creux, et de l’autre « côté les côtes et le tiges en creux et les feuil- « les en relief ; quand les schistes où sont ces « empreintes sont très -micacés, comme dans un « morceau que j’ai trouvé à Saint-Berain , on y « distingue parfaitement la substance même de « la plante et des feuilles, qui y forme une. pcl- « licule noire que l’on peut détacher, quoique « très-mince. J’ai vu dans le cabinet de M. le « Camus , à Lyon , dans un de ces schistes de « Saint-Chaumont , un fruit rond de près d’un « pouce d’épaisseur, dont la coupe présente trois « couches concentriques ; il croit que c’est une « espèce de noix vomique1 . » Toutes ces empreintes végétales achèvent de démontrer la véritable origine des charbons de terre , qui ne sont que des dépôts des bois et autres végétaux dont l’huile s’est, avec le temps, convertie en bitume par son mélange avec les acides de la terre. Mais lorsque ces végétaux conservent plus ou moins les caractères extérieurs de leur première nature, lorsqu’ils offrent encore presque en entier leur contexture et leur configuration , et que les huiles et autres principes inflammables qu’ils renferment n’ont pas été entièrement changés en bitume, ce ne sont alors que des bois ou végétaux fossiles qui n’ont pas encore toutes les qualités des charbons de terre, et qui par leur état intermédiaire entre ces charbons et le bois ordinaire sont une nouvelle preuve de l’origine
4 Extrait d’une lettre de M. de Morveau à M. le comte de Buffon, en date du 20 novembie (779.
DES MINÉRAUX
le ces mêmes charbons qu’on ne peut rapporter (u’aux végétaux. On rencontre particulièrement le ces amas ou couches de bois fossile à Hoen •t Stockhausen , dans le pays de Nassau ; à >atfeld près de Heiligenbrom \ dans le pays de 3illembourg en Allemagne, dans la Wétérade, etc. Il y en a aussi en France, et on a dé- •ouvert une de ces forêts souterraines entre lourg-en-Bresse et Lons-le-Saulnier 2; mais ce l’est pas seulement dans quelques contrées pariculières qu’on rencontre ces bois fossiles ; on *n trouve dans la plupart des terrains qui ren- 'erment des charbons de terre, et en une infiîité d’autres endroits. Ces bois fossiles ont beaucoup de rapports avec les charbons de terre par eur couleur, par leur disposition en couches , iar les terres qui en séparent les différents lits , iar les sels qu’on en retire, etc. ; mais ils en diffèrent par des caractères essentiels. Le peu de bi- ;ume qu’ils contiennent est moins gras que celui les charbons; leur substance végétale et les natières terreuses qu’ils renferment n’ont presjue point été altérées par cette petite quantité le bitume , et enfin ces bois fossiles se rencon- ;rent communément plus près de la surface du ;errain que les charbons de terre dont la prenière organisation a été souvent plus détruite., 3t dont les huiles ont toutes été converties en bitume.
Les bancs de schiste, d’argile ou de grès, qui renferment et recouvrent les mines de charbon le terre, sont souvent recouverts eux-mêmes, ians les environs des anciens volcans , par des touches de laves qui ne sont quelquefois séparées des charbons que par une petite épaisseur le terre. M. Faujas a fait cette observation auprès du Puy en Yelay, auprès de Gensac en Vivarais, à Massarse dans le Nivernais, dans plusieurs endroits de l’Écosse , et particulièrement dans les mines de Glascow, et dans celles qui appartiennent au lord Dundonal3. Ces laves ne peuvent avoir coulé sur ces couches de charbon qu’après la formation de ces charbons , et leur recouvrement par la terre qui leur sert de toit les a préservés de l’inflammation qu’aurait produite le contact de la lave en fusion.
Nous avons présenté l’énumération de toutes les couches de charbon de terre de la montagne
« Du charbon de terre et de ses mines, par M. Morand, pages 8 et 9.
3 Idem , pages 7 et 8.
‘ Voyez la lettre de M. Fauias , citée ci-dessus
de Saint-Gilles au pays de Liège 4, avec les résultats que nous a fournis la comparaison de ces couches; nous donnons aussi dans la note ci-dessous , l’état det> couches de terre et de charbon du puits de Caughley-Lane , situé à une lieue de la Severne en Angleterre2. En comparant également les couches de cette mine de Gaughley-Lane , nous trouverons, ainsi que nous l’avions déjà conclu de la position et de la nature des couches du pays de Liège , que l’épaisseur des couches de charbon n’est pas relative à la profondeur où elles gisent, et nous verrons aussi que l’épaisseur plus ou moins grande des matières étrangères , interposées entre les couches de charbon , n’influe pas sur l’épaisseur de ces couches.
Et à l’égard de la bonne ou mauvaise qualité des charbons , on remarquera dans ces deux grands exemples, que celui qui est situé le plus profondémentn’estpaslemeilleurdetous; cequi prouve qu’un séjour plus ou moins long dans le sein de la terre ne peut influer sur la nature du charbon , qu’autant qu’il donne aux acides plus de temps pour convertir en bitume les huiles des végétaux enfouis ; et tous les autres résultats que nous avons tirés de la nature et de
4 Voyez dans le volume de la Théorie de la Terre , Histoire des Minéraux . article du charbon de terre.
2 Épaisseur des couches de terre du puits de Caughley- Lane , situé à une lieue de la Severne.
Sable ordinaire . . 1 <8
Gravier ou sable plus gros . 2 24
Argile rouge . 0 27
Pierre calcaire . * 0
Marne bleue et rouge . 3 18
Argile dure , bleuâtre , qui se durcit à la superficie. . . 0 18
Argile d’un bleu pâle ou gris de fer . I 9
Argile grise . . ® *8
Charbon sulfureux de mauvaise odeur . 0 18
Argile d’un gris brun . 3 24
Rocher avec bitume brun mêlé de veines blanches — 6 0
Argile rouge fort dure . 6 0
Rocher noir et gris . ^ 18
Argile noire , rouge et bleue mêlée . . 7 o
Rocher gris avec pierres de mine de fer dans les interstices .
Mauvais charbon . ; .
Argile blanchâtre unie qui couvre le meilleur charbon.
Le meilleur charbon (Be»t-coal) . .
Rocher qui faii le mur de la veine de charbon .
Charbon dont on fait le coak pour fondre la mine de fer. 0 27 Argile blanche couverte par le charbon . . 2 0
Banc de glaise brune et noire où se trouve la mine de fer. 2 0
Pierre dure sous mine de fer . • . 0 18
Couche d’argile dure qui couvre la mine . . 0 27
Charbon dur, luisant, mêlé de silex qui fait feu avec
l’acier . **