‹ Œuvres complètes de BuffonChapitre 174 sur 235 · ARTICLE PREMIER · texte numérisé non relu

ARTICLE PREMIER

ES FORCES DE LA NATURE EN GENERAL , ET EN PARTICULIER DE L’ÉLECTRICITÉ ET DU MAGNÉTISME.

Il n’y a dans la nature qu’une seule force rimitive, c’est l’attraction réciproque entre mtes les parties de la matière. Cette force n'est u'une puissance émanée de la puissance divine, t seule elle a suffi pour produire le mouvement t toutes les autres forces qui animent l’univers, ar, comme son action peut s’exercer en deux 311 s opposés , en vertu du ressort qui apparent à toute matière, et dont cette même puismoe d’attraction est ia cause, elle repousse auint quelle attire. On doit donc admettre deux ffets généraux, c’est-à-dire l’attraction etl’imulsion,qui n’est que la répulsion : la première gaiement répartie et toujours subsistante dans i matière; et la seconde variable, occasionelle et dépendante de la première. Autant l’atraction maintient la cohérence et la dureté des orps, autant l’impulsion tend à les désunir et les séparer. Ainsi, toutes les fois que les corps e sont pas brisés par le choc , et qu’ils sont eulement comprimés , l’attraction , qui fait le ien de la cohérence , rétablit les parties dans eur première situation , en agissant en sens ontraire, par répulsion , avec autant de force [ue l’impulsion avait agi en sens direct ; c’est ci, comme en tout, une réaction égale à l’acion. On ne peut donc pas rapporter à l'impulsion les effets de l’attraction universelle ; mais fest au contraire cette attraction générale qui )roduit , comme première cause , tous les phélomènes de l’impulsion.

En effet , doit-on jamais perdre de vue les bornes de la faculté que nous avons de communiquer avec la nature? Doit-on se persuader que 2C qui ne tombe pas sous nos sens puisse se rapporter à ce que nous voyons ou palpons?

L’on ne connaît les forces qui animent l’univers que par le mouvement et par ses effets : ce mot même de forces ne signifie rien de matériel, et n’indique rien de ce qui peut affecter nos organes , qui cependant sont nos seuls moyens de communication avec la nature. Ne devons-nous pas renoncer dès lors à vouloir mettre au nombre des substances matérielles ces forces générales de l’attraction et de l’impulsion primitives, en les transformant, pour aider notre imagination , en matières subtiles , en fluides élastiques, en substances réellement existantes, et qui, comme la lumière, la chaleur, le son et les odeurs, devraient affecter nos organes? car ces rapports avec nous sont les seuls attributs de la matière que nous puissions saisir, les seuls que l’on doive regarder comme des agents mécaniques : et ces agents eux-mêmes , ainsi que leurs effets, ne dependent-ils pas plus ou moins, et toujours, de la force primitive, dont l’origine et l’essence nous seront à jamais inconnues , parce que cette force en effet n’est pas une substance, mais une puissance qui anime la matière?

Tout ce que nous pouvons concevoir de cette puissance primitive d’attraction, et de l’impulsion ou répulsion qu’elle produit, c’est que la matière n’a jamais existé sans mouvement; car l’attraction étant essentielle à tout atome matériel , cette force a nécessairement produit du mouvement toutes les fois que les parties de la matière se sont trouvées séparées ou éloignées les unes des autres : elles ont dès lors été forcées de se mouvoir et de parcourir l’espace intermédiaire, pour s’approcher et se réunir. Le mouvement est donc aussi ancien que la matière, et l’impulsion ou répulsion est contemporaine de l’attraction; mais, agissant en sens contraire, elle tend à éloigner tout ce que l’attraction a rapproché.

Le choc, et toute violente attrition entre les corps, produit du feu en divisant et repoussant les parties de la matière : et c’est de l’impulsion primitive que cet élément a tiré son origine ; élément lequel seul est actif et sert de base et de ministre à toute force impulsive , générale et particulière , dont les effets sont toujours opposés et contraires à ceux de l’attraction universelle. Le feu se manifeste dans toutes les parties de l'univers, soit par la lumière, soit par la chaleur; il brille dans le soleil et dans les astres fixes ; il tient encore en incandescence les gros-

ses planètes ; il échauffe plus ou moins les autres planètes et les comètes; il a aussi pénétré, fondu , enflammé la matière de notre globe, lequel ayant subi l’action de ce feu primitif, est encore chaud ; et, quoique cette chaleur s’évapore et se dissipe sans cesse, elle est néanmoins très-active et subsiste en grande quantité, puisque la température de l’intérieur de la terre, à une médiocre profondeur, est déplus de dix degrés.

C’est de ce feu intérieur ou de cette chaleur propre du globe que provient le feu particulier de l’électricité. Nous avons déjà dit, dans notre Introduction à l’Histoire des Minéraux, et tout nous le persuade, que l’électricité tire son origine de cette chaleur intérieure du globe. Les émanations continuelles de cette chaleur intérieure s’élèvent perpendiculairement à chaque point de la surface de la terre : elles sont bien plus abondantes à l’équateur que dans toutes les autres parties du globe. Assez nombreuses dans les zones tempérées, elles deviennent nulles ou presque nulles aux régions polaires, qui sont couvertes par la glace ou resserrées par la gelée. Le fluide électrique, ainsi que les émanations qui le produisent, ne peuvent doncjamais être en équilibre autour du globe ; ces émanations doivent nécessairement partir de l'équateur, où elles abondent , et se porter vers les pôles, ou elles manquent.

Ces courants électriques , qui partent de l’équateur et des régions adjacentes , se compriment et se resserrent, en se dirigeant à chaque pôle terrestre, à peu près comme les méridiens se rapprochent les uns des autres : dès lors la chaleur obscure, qui émane de la terre, et forme ces courants électriques, peut devenir lumineuse en se condensant dans un moindre espace, de la même manière que la chaleur obscure de nos fourneaux devient lumineuse lorsqu’on la condense en la tenant enfermée. Et c’est là la vraie cause de ces feux qu’on regardait autrefois comme des incendies célestes et qui ne sont néanmoins que des effets électriques auxquels on a donné le nom d’aurores polaires. Elles sont plus fréquentes dans les saisons de l’automneetdel’hi ver, parceque c’est letemps où les émanations de la chaleur de la terre sont le plus complètement supprimées dans les zones froides, tandis qu’elles sont toujours presque également abondantes dans la zone torride; elles doivent donc se porter alors avec plus de rapidité de l'équateur aux pôles, et devenir lu-

mineuses par leur accumulation et leur resserrement dans un plus petit espace 4.

Mais ce n’est pas seulement dans l’atmosphère et à la surface du globe que ce fluide électrique produit de grands erfets ; il agit également et même avec beaucoup plus de force à l’intérieur du globe, et surtout dans les cavités qui se trouvent en grand nombre au-dessous des couches extérieures de la terre; il fait jaillir, dans tous ces espaces vides , des foudres plus ou moins puissantes ; et, en recherchant les diverses manières dont peuvent se former ces foudres souterraines , nous trouverons que les quartz , les jaspes , les feld-spaths , les schorls, les granits et autres matières vitreuses , sont électrisables par frottement, comme nos verres factices, dont on se sert pour produire la force électrique et pour isoler les corps auxquels on veut la communiquer.

Ces substances vitreuses doivent donc isoler les amas d’eau qui peuvent se trouver dans ces cavités, ainsi que les débris des corps organisés , les terres humides, les matières calcaires, et les divers filons métalliques. Ces amas d’eau , ces matières métalliques, calcaires, végétales et humides , sont , au contraire , les plus puissants conducteurs du fluide électrique. Lors donc qu’elles sont isolées par les matières vitreuses, elles peuvent être chargées d’un excès plus ou moins considérable de ce fluide, de même qu’en sont chargées les nuées environnées d’un air sec qui les isole.

Des courants d’eau, produits par les pluies plus ou moins abondantes , ou d’autres causes locales et accidentelles, peuvent faire communiquer des matières conductrices , isolées et chargées de fluide électrique, avec d’autres substances de même nature, également isolées, mais dans lesquelles ce fluide n’aura pas été accumulé : alors ce fluide de feu doit s’élancer du premier amas d’eau vers le second , et dès lors il produit la foudre souterraine dans l’espace qu’il parcourt. Les matières combusti-

1 M. le comte de Lacépède a publié, dans le Journal de Physique de 1778. un mémoire dans lequel il suit les mêmes vues, relatives à l’électricité, que nous avons données dans notre introduction à l’Histoire des Minéraux, et rapporte l’origine des aurores boréales à l’accumulation du feu éiectrique qui part de l’équateur, et va se ramasser au-dessus des contrées polaires. En 1779, on a lu , dans unes des séances publiques de l’Académie des Sciences , un mémoire de M. Franklin, dans lequel ce savant physicien attribue aussi la formation des aurores boréales au fluide électrique qui se porte et se condense au-dessus des glaces des deux pôles.

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les s’allument ; les explosions se multiplient; lies soulèvent et ébranlent dès portions deterre ’une grande étendue, et des blocs de rochers n très-grande masse et en bancs continus. Les ents souterrains, produits par ces grandes agirions, soufflent et se lancent dès lors, avec iolence, contre des substances conductrices de électricité, isolées par des matières vitreuses; s peuvent donc aussi électriser ces substances e la même manière que nous électrisons par le tioven de l’air fortement agité, des conducteurs solés, humides ou métalliques.

La foudre allumée par ces diverses causes , t mettant le feu aux matières combustibles enfermées dans le sein de la terre, peut proluire des volcans et d’autres incendies durables, .es matières enflammées dans leurs foyers loivent, en échauffant les schistes et les autres natières vitreuses de seconde formation , qui es contiennent et les isolent , augmenter l’affiîité de ces dernières substances avec le feu ilectrique ; elles doivent alors leur communi- [uer une partie de celui qu’elles possèdent, et, >ar conséquent, devenir électrisées en moins. 5t c’est par cette raison que lorsque ces matières bndues , et rejetées par les volcans , coulent i la surface de la terre , ou qu’elles s’élèvent en îolonnes ardentes au-dessus des cratères , elles ittirent le fluide électrique des divers corps qu’elles rencontrent , et même des nuages suspendus au-dessus ; car l’on voit alors jaillir de tous côtés des foudres aériennes , qui s’élancent vers les matières enflammées , vomies par les volcans ; et comme les eaux de la mer parviennent aussi dans les foyers des volcans, et que la flamme est comme l’eau conductrice de l’électricité 1 , elles communiquent une grande

* t H y a environ vingt ans que le nommé Aubert , faïencier à la tour d’ Aigues, étant occupé à cuire une fournée de faïence , vit avec le plus grand étonnement le feu s’éteindre dans l’instant même, et passer d'un feu de cerise à l’obscurité totale. Le four était allumé depuis plus de vingt heures, et la vitrification de l’émail des pièces était déjà avancée; il fit tous ses efforts pour rallumer le feu et achever sa cuite, mais inutilement. Il fut obligé de 1 abandonner.

« Je fus tout de suite averti de cet accident; je me transi portai à sa fabrique, où je vis ce tour, effectivement obscur, t conservant encore toute sa chaleur.

« Il y avait eu ce jonr-là, vers les trois heures après-midi , « un orage, duquel partit le coup de tonnerre qui avait pro-

• duit l’effet dont je viens de parler. L’on avait vu du dehors i la foudre; le faïencier avait entendu un coup qui n'avait i rien d’extraordinaire, sans apercevoir l’éclair ni la moindre « clarté; rien n’était dérangé dans la chambre du four, ni au « toit. Le coup de tonnerre était entré par la gueule de loup,

* faite pour laisser échapper la fumée, et placée perpendicu*

quantité de fluide électrique aux matières enflammées et électrisées en moins ; ce qui produit de nouvelles foudres, et cause d’autres secousses et des explosions qui bouleversent et entr’ ouvrent la surface de la terre.

De plus, les substances vitreuses qui forment les parois des cavités des volcans , et qui ont reçu une quantité de fluide électrique proportionnée à la chaleur qui les a pénétrées , s’en trouvent surchargées à mesure qu’elles se refroidissent; elles lancent de nouvelles foudres contre les matières enflammées , et produisent de nouvelles secousses qui se propagent à des distances plus ou moins grandes , suivant la disposition des matières conductrices. Et comme le fluide électrique peut parcourir en un instant l’espace le plus vaste , en ébranlant tout ce qui se trouve sur son passage , c’est à cette cause que l’on doit rapporter les commotions et les tremblements de terre qui se font sentir, presque dans le même instant, à de très -grandes

« lairement sur le four, avec une ouverture fie plus de dix « pieds carrés.

t Curieux de voir ce qui s'était passé dans l'intérieur du « four, j’assistai à son ouverture fieux jours après ; il n’y avait « rien de cassé ni même de dérangé ; mais l’émail appliqué sur « toutes les pièces était entièrement enfumé , et tacheté par- « tout de points blancs et jaunes , saus doute dus aux parties « métalliques qui n’avaient point eu le temps d’entrer en fu- « sion.

« 11 esta croire que la foudre avait passé à portée du feu qui « l’avait attirée et absorbée, sans qu’elle eût eu le temps ni le <i pouvoir d'éclater.

« Mais, pour connaître la force de cet effet , ü est nécessaire « d’être instruit de la forme des fours en usage dans nos pro- « vinces lesquels font une masse de feu bien plus considérable « que ceux des autres pays, parce qu’étant obligé d’y cuire « avec les fagots ou branches de pins ou de chênes verts, qui « donnent un feu extrêmement ardent, on est forcé d’écarter « le foyer du dépôt de la marchandise.

« La flamme parcourt dans ces fours plus de six toises de « longueur. Ils sont partagés en trois pièces ; le corps du four,

« relevé sur le terrain , y est construit entre fieui voûtes , le « dessous est à moitié enterré pour mieux conseivei la cha- « leur, et il c t précédé d’une voûte qui s'étend jusqu’à la porte « par laquelle on jette les fagots au nombre de trois ou quatre « à la fois. On a l’attention de laisser brûler ces fagots sans en « fournir de nouveaux, jusqu’à ce que la flamme, après avoir « circulé dans tout le corps et s'être élevée plus d’un pied « au sommet du four, soit absolument tombée.

« Le four dans lequel tomba le tonnerre est de huit pieds « de largeur en carré , sur environ dix pieds de hauteur; le « dessous du four à les mêmes dimensions , mais il est élevé « seulement de six pieds. On l'emploie à cuire des biscuits et j « 10 massicot, pour le blanc de la fournée suivante; quant à la « gorge du four, elle est aussi de six pieds de haut, mais de « largeur inégale, puisque le four n a pas quatre pieds de lar- # geur à son ouverture. Il est donc aisé fie conclure que la « force qui put, en un seul instant, anéantir une pareille masse « i"née , dut être d’une puissance étonnante » Extrait d’une lettre de M. de la Tour d' Aigues, président à mortier au parlement de Provence , écrite à M. Daubenton , garde du Cabinet du ltoi , de l’Académie des Sciences etc<

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distances ; car si l’on veut juger de la force prodigieuse des foudres qui produisent les tremblements de terre les plus étendus , que l’on compare l’espace immense et d’un très-grand nombre de lieues , que les substances conductrices occupent quelquefois dans le sein de la terre, avec les petites dimensions des nuages qui lancent la foudre des airs, dont la force suffit cependant pour renverser les édifices les plus solides.

On a vu le tonnerre renverser des blocs de rochers de plus de vingt-cinq toises cubes. Les conducteurs souterrains peuvent être au moins cinquante mille fois plus volumineux que les nuages orageux : si leur force était en proportion , la foudre qu’ils produisent pourrait donc renverser plus de douze cent mille toises cubes ; et comme la chaleur intérieure de la terre est beaucoup plusgrandequecelledel’atmosphère à la hauteur des nuages, la foudre de ces conducteurs électriques doit être augmentée dans cette proportion , et dès lors on peut dire que cette force est assez puissante pour bouleverser et même projeter plusieurs millionsdetoisescubes.

Maintenant si nous considérons le grand nom bre de volcans actuellement agissants , et le nombre infiniment plus grand des anciens vol cans éteints, nous reconnaîtrons qu’ils forment de larges bandes dans plusieurs directions qui s’étendent autour du globe, et occupent des es paces d’une très-longue étendue dans lesquels la terre a été bouleversée , et s’est souvent affaissée au-dessous , ou élevée au-dessus de son niveau. C’est surtout dans les régions de la zone torride que se sont faits les plus grands changements. On peut suivre la ruine des continents terrestres et leur abaissement sous les eaux , en parcourant les îles de la mer du Sud. On peut voir , au contraire , l’élévation des terres par l’inspection des montagnes de l’Amérique méridionale, dont quelques-unes sont encore des volcans agissants. On retrouve les mêmes volcans dans les îles de la mer Atlantique, dans celles de l’océan Indien et jusque dans les régions polaires , comme en Islande , en Europe et à la terre de Feu, à l’extrémité de l’Amérique.

La zone tempérée offre de même dans les deux hémisphères une infinité d’indices de volcans éteints; et l’on ne peut douter que ces énormes explosions, auxquelles l’électricité souterraine a la plus grande part, n’aient très-anciennement bouleversé les terres à la surface du globe , à

une assez grande profondeur, dans une étendue de plusieurs centaines de lieues en différents sens.

M. Faujas de Saint-Fond, l’un de nos plus savants naturalistes , a entrepris de donner la carte de tous les terrains volcanisés qui se voient à la surface du globe , et dont on peut suivre le cours sous les eaux de la mer, par l’inspection des îles, des écueils et autres fonds volcanisés Cet infatigable et bon observateur a parcouru tous les terrains qui offrent en Europe des indices du feu volcanique; et il a extrait des voyageurs les renseignements sur cet objet dans toutes les parties du monde : il a bien voulu me fournir des notes , en grand nombre , sur tous les volcans de l’Europe, qu’il a lui-même observés ; j’ai cru devoir en présenter ici l’extrait, qui ne pourra que confirmer tout ce que nous avons dit sur les causes et les effets de ces feux souterrains.

En prenant le volcan brûlant du mont Hécla, en Islande, pour point de départ, on peut suivre sans interruption une assez large zone entièrement volcanisée , où l’observateur ne perd jamais de vue un seul instant les laves de toute espèce. Après avoir parcouru cette île, qui n’est qu’un amas de volcans éteints, adossés contre la montagne principale , dont les flancs sont encore embrasés, supposons qu'il s’embarque à la pointe de l’île qui porte le nom de Long-Nez. R trouvera sur sa route Westerhorn , Portland et plusieurs autres îles volcaniques ; il visitera celle de Stroma, remarquable par ses grandes chaussées de basalte , et ensuite les îles de Féroé, où les laves et les basaltes se trouvent mêlés de zéolithes. Depuis Féroé il se portera sur les îles de Shetland, qui sont toutes volcanisées, et de là aux îles Orcades, lesquelles paraissent s’être élevées en entier d’une mer de feu. Les Orcades sont comme adhérentes aux îles Hébrides. C’est dans cet archipel que se trouvent celles de Saint-Kilda, Sky, Jona, Lyri, Ilikenkil; la vaste et singulière caverne basaltique de Staffa, connue sous le nom de grotte de Fingal ; Pile de Mull, qui n’est qu’un composé de basalte, pétri, pour ainsi dire, avec de la zéolithe.

De l’île de Mull , on peut aller en Écosse par celle de Kereyru , également volcanisée , et arriver à Don Staffugé ou à Dunkel, sur les laves et les basaltes que Ton peut suivre sans interruption par le duché d’Inverary, par celui de Perth, par Glasgow , jusqu’à Edimbourg. Ici

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; volcans semblent avoir trouvé des bornes i les ont empêchés d’entrer dans l’Angleterre ^prennent dite ; mais ils se sont repliés sur x-mêmes : on les suit sans interruption et sur e assez large zone qui s’étend depuis Dunbar, wper, Stirling, jusqu’au bord de la mer, vers rt-Patrick. L’Irlande est en face, et l’on »uve à une petite distance les écueils du ca- 1 Saint-Georges , qui sont aussi volcanisés ; n touche bientôt à cette immense colonnade, tinue sous le nom de Chaussée des Géants , et mant une ceinture de basalte prismatique , i rend l’abord de l’Irlande presque inacces- )le de ce côté.

En France , on peut reconnaître des volcans îints en Bretagne, entre Royan et Tréguier, les suivre dans une partie du Limousin , et Auvergne , où se sont faits de très-grands Duvements, et de fortes éruptions de volcans tuellements éteints ; car les montagnes , les 3s , les collines de basalte et de lave y sont si pprochés, si accumulés , qu’ils offrent un sysne bizarre et disparate , très-différent de la sposition et de l’arrangement de toutes les très montagnes. Le Mont-d’Or et le Puy-deime peuvent être regardés comme autant de lcans principaux qui dominaient sur tous les très.

Les villes de Clermont, de Riom, d’Issoire,

! sont bâties qu’avec des laves, et ne reposent le sur des laves. Le cours de ces terrains volnisés s’étend jusqu’au delà de l’Ailier, et on t voit des indices dans une partie du Bourbonlis et jusque dans la Bourgogne, auprès du ont-Cenis, où l’on a reconnu le pic conique de revin, formé par un faisceau de basalte, qui élève en pointe à trois cents pieds de hauteur, forme une grande borne qu’on peut regarder >mme la limite du terrain volcanisé. Ces mêes volcans d’Auvergne s’étendent, d’un côté, ir Saint-Flour et Aurillac, jusqu’en Rouergue,

; de l’autre, dans le Velay ; et en remontant ji Loire jusqu’à sa source, parmi les laves, uis arriverons au Mont-Mezin, qui est un rand volcan éteint , dont la base a plus de ouze lieues de circonférence, et dont la hauiur s’élève au-dessus de neuf cents toises. Le ivarais est attenant au Velay, et l’on y voit n très-grand nombre de cratères de volcans ceints, et des chaussées de basaltes, que l’on eut suivre dans leur largeur jusqu’à Rocheîaure , au bord du Rhône, en face de Monté-

limart : mais leur développement en longueur s’étend par Cassan, Saint-Tibéri, jusqu’à Agde, où la montagne volcanique de Saint-Loup offre des escarpements de lave d’une grande épaisseur et d’une hauteur très-considérable.

Il paraît qu’auprès d’Agde les laves s’enfoncent sous la mer; mais on ne tarde pas à les voir reparaître entre Marseille et Toulon , où l’on connaît le volcan d’Ollioule, et celui des environs de Tourves. De grands dépôts calcaires ont recouvert postérieurement plusieurs de ces volcans : mais on en voit dont les sommités paraissent sortir du milieu de ces antiques dépouilles de la mer; ceux des environs de Fréjus et d’Antibes sont de ce nombre.

Ici les Alpes maritimes ont servi de barrière aux feux souterrains de la Provence, et les ont, pour ainsi dire, empêchés de se joindre à ceux de l’Italie, par la voie la plus courte ; car, derrière ces mêmes Alpes , il se trouve des volcans qui, en ligne droite, ne sont éloignés que de trente lieues de ceux de Provence.

La zone incendiée a donc pris une autre route ; on peut même dire qu’elle a une double direction en partant d’Antibes. La première arrive , par une communication sous-marine , en Sardaigne ; elle coupe le cap Carbonara , traverse les montagnes de cette île , se replonge sous les eaux pour reparaître à Carthagène, et se joindre à la chaîne volcanisée du Portugal , jusqu’à Lisbonne , pour traverser ensuite une partie de l’Espagne, où M. Bowles a reconnu plusieurs volcans éteints. Telle est la première ligne de jonction des volcans de France.

La seconde se dirige également par la mer , et va joindre l’Italie, entre Gênes et Florence. On entre ici dans un des plus vastes domaines du feu : l’incendie a été presque universel dans toute l’Italie et la Sicile, où il existe encore deux volcans brûlants, le Vésuve et l’Etna, des terrains embrasés, tels que la Solfatara, des îles incendiées , dont une, celle de Stromboli , vomit sans relâche, et dans tous les temps, des laves , des pierres ponces , et jette des flammes qui éclairent la mer au loin.

Le Vésuve nous offre un foyer en activité, couronné, et recouvert, de toutes parts, des produits les plus remarquables du feu , et jusqu’à des villes ensevelies à dix-huit cent pieds de profondeur, sous les matières projetées par le volcan. D’un côté, la mer nous montre le s îles volcanisées d’ischia , de Procida , de Ca-

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prée, etc. ; et de l’autre , le continent nous offre la pointe de Misène, Baia, Pouzzoles, le Pausilipe, Portici , la côte de Sorente, le cap de Minerve.

Le lac Agnano, Astruni, le Monte-Nuovo, le Monte-Barbaro, la Solfatara, sont autant de cratères qui ont vomi , pendant plusieurs siècles, des monceaux immenses de matières volcaniques.

Mais une chose digne de remarque, c’est que les volcans des environs de Naples et de la terre de Labour, comme les autres volcans dont nous venons de parler, semblent toujours éviter les montagnes primitives , quartzeuses et granitiques , et c’est par cette raison qu’ils n’ont point pris leur direction parla Calabre, pour aller gagner la Sicile. Les grands courants de laves se sont frayé une route sous les eaux de la mer, et arrivent du golfe de Naples, le long de la côte de Sorente, paraissant à découvert sur le rivage, et formant des écueils de matières volcaniques, qu’on voit de distance en distance, depuis le promontoire de Minerve jusques aux îles de Lipari. Les îles de Baziluzzo, Lisca-Bianca, Liscanera, Panaria, etc. , sont sur cette ligne. Viennent ensuite l’ÎIe des Salines, celles de Lipari, Volcanello, et Volcano, autre volcan brûlant, où les feux souterrains fabriquent , en grand , de grosses masses de véritables pierres ponces. En Sicile, les Monts-Neptuniens, comme les Alpes en Provence , ont forcé les feux souterrains à suivre leur contour, et à prendre leur direction parle Val Demona. Dans cette île, l’Etna élève fièrement sa tête au-dessus de tous les volcans de l’Europe; les éjections qu’a produites ce foyer immense coupent le Val-di-Noto et arrivent à l’extrémité de la Sicile , par le cap Passaro.

Les matières volcaniques disparaissent encore ici sous les eaux de la mer ; mais les écueils de basalte qu’on voit de distance en distance sont des signaux évidents qui tracent la route de l’embrasement : on peut arriver, sans s’en écarter, jusqu’à l’Archipel , où l’on trouve Santorin et les autres volcans qu’un observateur célèbre a fait connaître dans son voyage pittoresque de la Grèce 1 .

De l’Archipel on peut suivre par la Dalmatie les volcans éteints, décrits par M. Fortis , jusqu’en Hongrie , où l’on trouve ceux qu’a fait

* M. le comte de Choiseul-Gouffier.

connaître M. de Born dans ses lettres sur la minéralogie de ce royaume. De la Hongrie, la chaîne volcanisée se prolonge toujours sans interruption par l'Allemagne , et va joindre les volcans éteints d’Hanovre, décrits par Raspe : ceux-ci se dirigent sur Cassel , ville bâtie sur un vaste plateau de basalte; les feux souterrains qui ont élevé toutes les collines volcaniques des environs de Cassed ont porté leur direction par le grand cordon des hautes montagnes volcanisées de l’Habichoual , qui vont joindre le Rhin par Andernach , où les Hollandais font leur approvisionnement de tras i pour le convertir en pouzzolane. Les bords du Rhin , depuis Andernach jusqu’au vieux Brisach , forment la continuité de la zone volcanisée qui traverse le Brisgau , et se rapproche par là de la France , du côté de Strasbourg.

D’après ce grand tableau des ravages du feu dans la partie du monde qui nous est la mieux connue , pourrait-on se persuader ou même imaginer qu’il ait pu exister d’assez grands amas de matières combustibles, pour avoir alimenté, pendant des siècles de siècles, des volcans multipliés en aussi grand nombre? Cela seul suffirait pour nous indiquer que la plupart des volcans actuellement éteints n’ont été produits que par les foudres de l’électricité souterraine. Nous venons de voir, en effet, que les Pyrénées, les Alpes , l’Apennin, les Monts-Neptuniens en Sicile, le Mont-Granby en Angleterre, et les autres montagnes primitives, quartzeuses et granitiques , ont arrêté le cours des feux souterrains, comme étant, par leur nature vitreuse, imperméables au fluide électrique, dont ils ne peuvent propager l’action, ni communiquer les foudres; et qu’au contraire tous les volcans produits par les feux ou les tonnerres souterrains ne se trouvent qu’aux environs de ces montagnes primitives , et n’ont exercé leur action que sur les schistes , les argiles , les substances calcaires et métalliques , et les autres matières de seconde formation et conductrices de l’électricité. Et comme l’eau est un des plus puissants conducteurs du fluide électrique, ces volcans ont agi avec d’autant plus de force, qu’ils se sont trouvés plus près de la mer , dont les eaux, en pénétrant dans leurs cavités, ont prodigieusement augmenté la masse des substances conductrices, et l’action de l’électricité.

* Le tras est un vrai basalte compacte ou poreux, facile a broyer, et dont les Hollandais font de la pouzzolane-

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(ÏV1

« dans toute la côte de ce golfe , composée de « rochers escarpés et calcinés , les bords de ce « même foyer, et, si j’ose le dire, les parois in- « ternes du creuset , où cette destruction s’est « opérée ; mais ce qu’il faut surtout remarquer, « c’est l’immense profondeur de cet abîme, « dont on n’a jamais pu réussir à trouver le « fond. »

Enfin nous devons encore observer , en général , que le Vésuve, l’Etna et les autres volcans, tant agissants qu’éteints , sont entourés de collines volcaniques, projetées par les feux souterrains, et qui ont dû laisser à leur place des cavb tés égales à leur volume. Ces collines, composées de laves et de matières fondues ou projetées ,

lais jetons encore un coup d’œil sur les autres lifférences remarquables qu’on peut observer (ans la continuité des terrains volcanisés.

L’une des premières choses qui s’offrent à nos •onsidérations , c’est cette immense continuité le basaltes et de laves, lesquels s’étendent tant i l’intérieur qu’à l’extérieur des terrains volcaîisés. Ces basaltes et ces laves , contenant une rès-grande quantité de matières ferrugineuses, ioivent être regardés comme autant de conducteurs de l’électricité ; ce sont , pour ainsi dire , les barres métalliques, c’est-à-dire des conducteurs à plusieurs centaines de lieues du fluide électrique, et qui peuvent le transmettre en un nstant de l’une à l’autre de leurs extrémités ,

;ant à l’intérieur de la terre qu’à sa surface, sont connues en Italie sous le nom de monti- L’on doit donc rapporter à cette cause les corn- colli , et elles sont si multipliées dansle royaume motions et tremblements de terre qui se font de Naples, que leurs bases se touchent en beaujentir, presque en même temps, à des distances coup d’endroits. Ainsi, le nombre des cavités

;rès-éloignées.

ou boursouflures du globe formées par le feu

Une seconde considération très-importante , primitif a dû diminuer par les affaissements s’est que tous les volcans , et surtout ceux qui successifs des cavernes , dont les eaux auront sont encore actuellement agissants, portent sur percé les voûtes, tandis que les feux souterrains les cavités dont la capacité est au moins égale ont produit d’autres cavités, dont nous pouvons ju volume deleursprojections.Le Monte-Nuovo, ; estimer la capacité par le volume des matières voisin du Vésuve, s’est élevé presque subite- projetées , et par l’élévation des montagnes volment , c’est-à-dire en deux ou trois jours dans caniques.

l’année 1538, à la hauteur de plus de mille pieds, j Je serais même tenté de croire que les monsur une circonférence de plus d’une lieue à la tagnes volcaniques des Cordillères , telles que base : et cette énorme masse sortie des entrailles , Chimboraço,Cotopaxi, Pichincha, Sanga'i, etc., de la terre, dans un terrain qui n’était qu’une dont les feux sont actuellement agissants, et plaine , a nécessairement laissé des cavités au i qui s’élèvent à plus de trois mille toises , ont été moins égales à son volume : de même , il y a j soulevées à cette énorme hauteur par la force toute raison de croire que l’Etna , dont la hau- de ces feux , puisque l’Etna nous offre un exemteur est de plus de dix-huit cents toises , et la pie d’un pareil soulèvement jusqu’à la hauteur circonférence à la base de près de cinquante : de dix-huit cents toises ; et dès lors ces monta-

tieues, ne s’est élevé que par la force des foudres : gnes volcaniques des Cordillères ne doivent

souterraines, et que, par conséquent, cette j point être regardées comme des boursouflures

très-énorme masse de matière projetée porte sur plusieurs cavités dont le vide est au moins égal au volume soulevé. On peut encore citer les îles de Santorin , qui, depuis l’année 237 avant notre ère , se sont abîmées dans la mer et élevées au-dessus de la terre à plusieurs reprises , et dont les dernières catastrophes sont arrivées en 17 07. «Tout l’espace, dit M. le comte « de Choiseul-Gouffier, actuellement rempli par « la mer , et contenu entre Santorin et Théra- « sia, aujourd’hui Aspro-Nysi , faisait partie de « la grande île , ainsi que Thérasia elle-même. « Un immense volcan s’est allumé, et a dévoré

primitives du globe, puisqu’elles ne sont composées ni de quartz , ni de granit , ni d’autres matières vitreuses qui auraient arrêté l’effet des foudres souterraines , de même qu’en Europe nous voyons les Alpes et les Pyrénées avoir arrêté et rompu tous les efforts de cette électricité. Il en doit être de même des montagnes volcaniques du Mexique et des autres parties du monde , où l’on trouve des volcans encore agissants.

A l’égard des volcans éteints, quoiqu’ils aient tous les caractères des volcans actuellement brûlants, nous remarquerons que les uns, tels que

* toutes les parties intermédiaires. Je retrouve I le Puy-de-Dôme, qui a plus de huit cents toises

HISTOIRE NATURELLE

d’élévation , le Cantal en Auvergne , qui en a près de mille, et le Mont-Mezin en Vivarais , dont la hauteur est à peu près égale à celle du Cantal , doivent avoir des cavités au-dessous de leurs bases, et que d’autres se sont en partie éboulés depuis qu’ils ont cessé d’agir ; cette différence se remarque par celle de la forme de leurs bouches ou cratères. Le Mont-Mezin, le Cantal , le col d’Aisa , la coupe de Sauzae , la Gravène de Mont-Pesat , présentent tous des cratères d'une entière conservation , tandis que d’autres n’offrent qu’une partie de leurs bouches en entonnoir qui subsiste encore , et dont le reste s’est affaissé dans des cavités souterraines.

Mais le principal et le plus grand résultat que nous puissions tirer de tous ces faits, c’est que l’action des foudres et des feux souterrains, ayant été assez violente pour élever dans nos zones tempérées des montagnes telles que l’Etna, jusqu’à dix-huit cents toises de hauteur, nous devons cesser d’être étonnés de l'élévation des montagnes volcaniques des Cordillères jusqu’à trois mille toises. Deux fortes raisons me persuadent de la vérité de cette présomption. La première , c’est que le globe étant plus élevé sous l’équateur , a dû , dès le premier temps de sa consolidation , former des boursouflures et des cavités beaucoup plus grandes dans les parties équatoriales que dans les autres zones , et que , par conséquent , les foudres souterraines auront exercé leur action avec plus de liberté et de puissance dans cette région , dont nous voyons en effet que les affaissements sous les eaux, et les élévations au-dessus de la terre sont plus grandes que partout ailleurs , parce que , indépendamment de l’étendue plus considérable des cavités , la chaleur intérieure du globe et celle du soleil ont du augmenter encore la puissance des foudres et des feux souterrains.

La seconde raison, plus décisive encore que la première, c’est que ces volcans, dans les Cordilières , nous démontrent qu’elles ne sont pas de première formation, c’est-à-dire entièrement composées de matières vitreuses , quartzeuses ou granitiques, puisque nous sommes assurés , par la continuité des terrains volcaniques, dans l’Europe entière, que jamais les foudres souterraines n’ont agi contre ces matières primitives, et qu’elles en ont partout suivi les contours sans les entamer , parce que ces matières vitreuses , n étant point conductrices de l’électricité, n’ont

pu en subir ni propager l’action. Il est donc a présumer que toutes les montagnes volcaniques soit dans les Cordilières, soit dans les autres parties du monde , ne sont pas de première formation , mais ont été projetées ou soulevées par la force des foudres et des feux souterrains tandis que les autres montagnes dans lesquelles 1 comme aux Alpes et aux Pyrénées, etc., l’on ne voit aucun indice de volcan , sont en effet les montagnes primitives, composées de matières vitreuses, qui se refusent à toute action de l’électricité.

Nous ne pouvons donc pas douter que la force de l’électricité n’ait agi en toute liberté, et n’ait fait de violentes explosions dans les cavités ou boursouflures occasionnées par l’action du feu primitif; en sorte qu’on doit présumer, avec fondement , qu’il a existé des volcans dès ces premiers temps , et que ces volcans n’ont pas eu d’autre cause que l’action des foudres souterraines. Ces premiers et plus anciens volcans n’ont été , pour ainsi dire , que des explosions momentanées , et dont le feu , n’étant pas nourri par les matières combustibles , n’a pu se mani* nifester par des effets durables ; ils se sont, pour ainsi dire, éteints après leur explosion, qui néanmoins a dû projeter toutes les matières que la foudre avait frappées et déplacées. Mais, lorsque dans la suite , les eaux , les substances métalliques et autres matières volatiles , sublimées parle feu, et reléguées dans l’atmosphere, sont tombées et se sont établies sur le globe, ces substances, toutes conductrices de l’électricité, ont pu s’accumuler dans les cavernes souterraines. Les végétaux s’étant dès lors multipliés sur les hauteurs de la terre , et les coquillages s’étant en même temps propagés, et ayant pullulé au point de former par leurs dépouilles de grands amas de matières calcaires , toutes ces matières conductrices se sont de même rassemblées dans ces cavités intérieures , et dès lors l’action des foudres électriques a dû produire des incendies durables , et d’autant plus violents , que ces volcans se sont trouvés plus voisins des mers dont les eaux, par leur conflit avec le feu, ont encore augmenté la force et la durée des explosions ; et c’est par cette raison que le pied de tous les volcans , encore actuellement agissants, se trouve voisin des mers , et qu’il n’en existe pas dans l’intérieur des continents terrestres.

On doit donc distinguer deux sortes de volcans :

.premiers, sans aliments, et uniquement proits par la force de l’électricité souterraine; les •onds, alimentés par les substances combusti- ?s. Les premiers de tous les yolcans n’ont été e des explosions momentanées dans le temps la consolidation du globe. Ces explosions peuntnous être représentées en petit, par les étinlles que lance un boulet de fer rougi à blanc, se refroidissant. Elles sont devenues plusvioîtes et plus fréquentes par la chute des eaux , ntle conflit avec le feu a dû produire de plus 'tes secousses et des ébranlements plus étenis. Ces premiers et plus anciens volcans ont issé des bouches ou cratères , autour desquels trouvent des laves , et autres matières fontes par les foudres, de la même manière que force électrique mise en jeu par nos faibles struments fond ou calcine toutes les matières v lesquelles elle est dirigée.

Il y a donc toute apparence que, dans le 110m- ■e infini des volcans éteints qui se trouvent à la irface de la terre, la plupart doivent être rapirtés aux premières époques des révolutions 1 globe après sa consolidation , pendant leslelles ils n’ont agi que par moments et par îffet subit des foudres souterraines , dont la olence a soulevé les montagnes et entr’ouvert s premières couches de la terre , avant que la iture n'eût produit assez de végétaux , de pytes et d’autres substances combustibles pour îrvir d’aliment aux volcans durables, tels ue ceux qui sont encore actuellement agismts.

Ce sont aussi ces foudres électriques souterlines qui causent la plupart des tremblements e terre. Je dis la plupart, car la chute et l’aflissement subit des cavernes intérieures du lobe produisent aussi des mouvements qui ne se )nt sentir qu'à de petites distances : ce sont plu- 5tdes trépidations que de vrais tremblements, ont les plus fréquents et les plus violents doient se rapporter aux commotions produites par es foudres électriques , puisque ces trembleoents se font souvent sentir, presqu’au même noment , à plus de cent lieues de distance et [ans tout l’espace intermédiaire. C’est le coup ïlectrique qui se propage subitement , et aussi oin que s’étendent les corps qui peuvent lui iervir de conducteurs. Les secousses occasionîées par ces tonnerres souterrains sont quelque bis assez violentes pour bouleverser les terres en es élevant ou les abaissant, et changer en même

temps la position des sources et la direction du cours des eaux.

Lorsque cette force de l’électricité agit à la surface du globe , elle ne se manifeste pas uniquement par des foudres , par des commotions et par les autres effets que nous venons d’exposer. Elle parait changer de nature, et produit de nouveaux phénomènes. En effet, elle se modifie pour donner naissance à une nouvelle force à laquelle on a donné le nom de magnétisme, mais le magnétisme, bien moins général que l’électricité , n’agit que sur les matières ferrugineuses, et ne se montre que par les effets de l’aimant et du fer, lesquels seuls peuvent fléchir et attirer une portion du courant universel et électrique, qui se porte directement et en sens contraire, de l’équateur aux deux pôles.

Telle est donc l’origine des diverses forces , tant générales que particulières, dont nous venons de parler. L’attraction , en agissant en sens contraire de sa direction, a produit l’impulsion dès l’origine de la matière. Cette impulsion a fait naître l’élément du feu qui a produit l’électricité; et nous allons voir que le magnétisme n’est qu’une modification particulière de cette électricité générale, qui se fléchit dans son cours vers les matières ferrugineuses.

Nous ne connaissons toutes ces forces que par leurs effets; les uns sont constants et généraux, les autres paraissent être variables et particuliers. La force d’attraction est universellement répandue; elle réside dans tout atome de matière et s’étend dans le système entier de l’univers , tandis que celle qui produit l’électricité agit à l’intérieur et s’étend à la surface du globe terrestre , mais n’affecte pas tous les corps de la même manière. Néanmoins cette force électrique est encore plus générale que la force magnétique , qui n’appartient à aucune autre substance qu’à l’aimant et au fer.

Ces deux forces particulières ont des propriétés communes avec celles de l’attraction universelle. Toutes trois agissent à plus ou moins de distance , et les effets du magnétisme et de l’électricité sont toujours combinés avec l’effet général de l’attraction qui appartient à toute matière , et qui , par conséquent , influe nécessairement sur l’action de ces deux forces , dont les effets comparés entre eux peuvent être semblables ou différents , variables ou constants , fugitifs ou permanents , et souvent paraître opposés ou contraires à l’action de la force univer-

HISTOIRE NATURELLE

verselle. Car quoique cette force d’attraction s’exerce sans cesse en tout et partout, elle est vaincue parcelles de l’électricité et du magnétisme, toutes les fois que ces forces agissent avec assez d’énergie pour surmonter l’effet de l’attraction , qui n’est jamais que proportionnel à la masse des corps.

Les effets de l’électricité et du magnétisme sont produits par des forces impulsives particulières, qu’on ne doit point assimiler à l’impulsion ou répulsion primitive ; celle-ci s’exerce dans l’espace vide , et îl’a d’autre cause que l’attraction qui force toute matière à se rapprocher pour se réunir. L’électricité et le magnétisme supposent, au contraire, des impulsions particulières , causées par un fluide actif, qui environne les corps électriques et magnétiques , et qui doit les affecter différemment, suivant leur différente nature.

Mais quel est ou peut être l’agent ou le moyen employé par la nature , pour déterminer et fléchir l’électricité du globe en magnétisme vers le fer, de préférence à toute autre masse minérale ou métallique? Si les conjectures, ou même de simples vues , sont permises sur un objet qui, par sa profondeur et son ancienneté contemporaine des premières révolutions de la terre, semble devoir échapper à nos regards et même à l’œil de l’imagination, nous dirons que la matière ferrugineuse , plus difficile à fondre qu’aucune autre, s’est établie sur le globe, avant toute autre substance métallique, et que dèslors elle fut frappée la première, et avec le plus de force et de durée par les flammes du feu primitif : elle dut donc en contracter la plus grande affinité avec l’élément du feu ; affinité qui se manifeste par la combustibilité du fer et par la prodigieuse quantité d’air inflammable ou feu fixe qu’il rend dans ses dissolutions; et par conséquent de toutes les matières que l’électricité du globe peut affecter, le fer, comme ayant spécialement plus d’affinité avec ce fluide de feu , et avec les forces dont il est l’âme, en ressent et marque mieux tous les mouvements , tant de direction que d’inflexion particulière , dont néanmoins les effets sont tous subordonnés à la grande action et à la direction générale du fluide électrique de l’équateur vers les pôles.

Car il est certain que s'il n’y avait point de fer sur la terre, il n’y aurait ni aimant ni magnétisme, et que la force électrique n’en existerait ni ne subsisterait pas moins, avec sa direc¬

tion constante et générale de l’équateur aux pôles ; et il est tout aussi certain que le cours de ce fluide se fait en deux sens opposés , c’est-àdire de l’équateur aux deux pôles terrestres, en se resserrant et s’inclinant, comme les méridiens se resserrent et s’inclinent sur le globe; et l’on voit seulement que la direction magnétique , quoique soumise à cette grande loi, reçoit des inflexions dépendantes de la position des grandes masses de matières ferrugineuses , et de leur gisement dans les différents continents. En comparant les effets de l’action d’une petite masse d’aimant avec ceux que produit la masse entière du globe terrestre , il paraît que ce globe possède , en grand , toutes les propriétés dont les aimants ne jouissent qu’en petit. Cependant la masse du globe entier n’est pas , comme les petites masses de l’aimant, composée de matières ferrugineuses ; mais on peut dire que sa surface entière est mêlée d’une grande quantité de fer magnétique , puisque toutes les mines primitives sont attirables à l’aimant , et que de même les basaltes, les laves et toutes les mines secondaires revivifiées par le feu et par les coups de la foudre souterraine sont également magnétiques. C’est cette continuité de matière ferrugineuse magnétique , sur la surface de la terre , qui a produit le magnétisme général du globe , dont les effets sont semblables à ceux du magnétisme particulier d’une pierre d’aimant. Et c’est de l’électricité générale du globe que provient l’électricité particulière ou magnétisme de l’aimant. D’ailleurs la force magnétique n’ayant d’action que sur la matière ferrugineuse, ce serait méconnaître la simplicité des lois de la nature que de la charger d’un petit procédé solitaire, et d’une force isolée qui ne s’exercerait que sur le fer. Il me paraît doue démontré que le magnétisme, qu’on regardait comme une force particulière et isolée, dépend de l’électricité dont il n’est qu'une modification occasionnée par le rapport unique de son action avec la nature du fer.

Et même, quoique le magnétisme n’appartienne qu’à la matière ferrugineuse, on ne doit pas le regarder comme une des propriétés essentielles de cette matière; car ce n’est qu’une simple qualité accidentelle que le fer acquiert ou qu’il perd , sans aucun changement et sans augmentation ni déperdition de sa substance. Toute matière ferrugineuse qui aura subi l’action du feu prendra du magnétisme par le frottement,

DES MINÉRAUX

ir la percussion, par tout choc , toute action olente de la part des autres corps : encore est-il pas nécessaire d’avoir recours à une force itérieure pour donner au fer cette vertu maîétique ; car il la prend aussi de lui-même , ms être ni frappé, ni mu, ni frotté : il la prend ms l’état du plus parfait repos, lorsqu’il reste mstamment dans une certaine situation , exjsé à l’action du magnétisme général ; car dès irs il devient aimant en assez peu de temps, ette force magnétique peut donc agir sur le r , sans être aidée d’aucune autre force mo- •ice; et, dans tous les cas, elle s’en saisit sans 3 étendre le volume , et sans en augmenter ii diminuer la masse.

Nous avons parlé de l’aimant , comme des utres matières ferrugineuses, dans notre Hisnre des Minéraux, à l’article du fer; mais nous ous sommes réservé d’examiner de plus près e minéral magnétique qui, quoique aussi brut u’aucun autre, semble tenir à la nature active t sensible des êtres organisés : l’attraction, la épulsion de l’aimant, sa direction vers les pôles u monde , son action sur les corps animés , et i faculté qu’il a de communiquer toutes ses ropriétés sans en perdre aucune, sans que ses jrces s’épuisent, et même sans qu’elles subisent le moindre affaiblissement, toutes ces quaités réunies ou séparées paraissent être autant e vertus magiques, et sont au moins desattrimts uniques , des singularités de nature d’auant plus étonnantes qu’elles semblent être sans xemple, et que, n’ayant été jusqu’ici que mal onnues et peu comparées, on a vainement tenté l’en deviner les causes.

Les philosophes anciens, plus sages, quoique noins instruits que les modernes, n’ont pas eu a vaine prétention de vouloir expliquer, par des causes mécaniques , tous les effets de la nature, ît lorsqu’ils ont dit que l’aimant avait des affections d’amour et de haine , ils indiquaient seulement, par ces expressions, que la cause de ses affections de l’aimant devait avoir quelque rapport avec la cause qui produit de semblables affections dans les êtres sensibles. Et peut-être se trompaient-ils moins que les physiciens récents, qui ont voulu rapporter les phénomènes magnétiques aux lois de notre mécanique grossière. Aussi tous leurs efforts, tous leurs raisonnements appuyés sur des suppositions précaires, n’ont abouti qu’à démontrer l’erreur de leurs vues dans le principe, et l’insuffisance de

leurs moyens d’explication. Mais pour mieux connaître la nature du magnétisme et sa dépendance de l’électricité, comparons les principaux effets de ces deux forces, en présentant d’abord tous les faits semblables ou analogues , et sans dissimuler ceux qui paraissent différents ou contraires.

L’action du magnétisme et celle de l’électricité sont également variables , tantôt en plus, tantôt en moins ; et leurs variations particulières dépendent en grande partie de l’état de l’atmosphère. Les phénomènes électriques que nous pouvons produire augmentent , en effet , ou diminuent de force, et même sont quelquefois totalement supprimés, suivantqu’il y a plus ou moins d’humidité dans l’air , que le fluide électrique s’est plus ou moins répandu dans l’atmosphère, et que les nuages orageux y sont plus ou moins accumulés. De même les barres de fer , que l’on veut aimanter par la seule exposition aux impressions du magnétisme général, acquièrent plus ou moins promptement la vertu magnétique , suivant que le fluide électrique est plus ou moins abondant dans l’atmosphère ; et les aiguilles des boussoles éprouvent des variations, tant périodiques qu’irrégulières , qui ne paraissent dépendre que du plus ou moins de force de l’électricité de l’air.

L’aimant primordial n’est qu’une matière ferrugineuse , qui , ayant d’abord subi l’action du feu primitif, s’est ensuite aimantée par l’impression du magnétisme du globe ; et en général, la force magnétique n’agit que sur le fer ou sur les matières qui en contiennent : de même la force électrique ne se produit que dans certaines matières, telles que l’ambre, les résines , les verres et les autres substances qu’on appelle électriques par elles-mêmes , quoiqu’elle puisse se communiquer à tous les corps.

Les aimants ou fers aimantés s’attirent mutuellement dans un sens, et se repoussent réciproquement dans le sens opposé ; cette répulsion et cette attraction sont plus sensibles, lorsqu’on approche l’un de l’autre leurs pôles de même nom ou de différent nom. Les verres, les résines et les autres corps électriques par euxmêmes ont aussi, dans plusieurs circonstances, des parties polaires , des portions électrisées en plus et d’autres en moins , dans lesquelles l’attraction et la répulsion se manifestent par des effets constants et bien distincts.

Les forces électrique et magnétique s’exer-

M6 HISTOIRE NATURELLE

cent également en sens opposé et en sens direct:

et leur réaction est égale à leur action.

On peut, en armant les aimants d’un fer qui les embrasse , diriger ou accumuler sur un ou plusieurs points la force magnétique ; on peut de même , par le moyen des verres et des résines, ainsi qu’en isolant les substances conductrices de l’électricité, diriger et condenser la force électrique ; et ces deux forces électrique et magnétique peuvent être également dispersées , changées ou supprimées à volonté. La force de l’électricité et celle du magnétisme peuvent de même se communiquer aux matières que l’on approche des corps dans lesquels on a excité ces forces.

Souvent , pendant l’orage , l’électricité des nuées a troublé la direction de l’aiguille de la boussole ; et même l’action de la foudre aérienne a influé quelquefois sur le magnétisme au point de détruire et de changer tout à coup d’un pôle a l’autre la direction de l’aimant.

Une forte étincelle électrique , et l’action du tonnerre, paraissent également donner la vertu magnétique aux corps ferrugineux, et la vertu électrique aux substances que la nature a rendues propres à recevoir immédiatement l’électricité, telles que les verres et les résines. M. le chevalier de Rozières, capitaine au corps royal du génie , est parvenu à aimanter des barres d’acier, en tirant des étincelles par le bout opposé à celui qui recevait l’électricité , sans employer les commotions plus ou moins fortes des grandes batteries électriques , et même sans en tirer des étincelles, et seulement en les électrisant pendant plusieurs heures de suite L Des bâtons de soufre ou de résine qu’on laisse tomber, à plusieurs reprises , sur un corps dur, acquièrent la vertu électrique, de même que des barres de fer qu’on laisse tomber plusieurs fois de suite , d’une certaine hauteur , prennent du magnétisme par l’effetdeleurs chutes réitérées2.

On peut imprimer la vertu magnétique à une barre de fer, de telle sorte qu’elle présente une suite de pôles alternativement opposés. On peut également électriser une lame ou un tube de verre, de manière qu’on y remarque une suite de pôles alternativement opposés 3.

* Cette dernière manière n*a été trouvée que nouvellement par M. le chevalier de Rozières, qui nous en a fait part par sa lettre du 30 avril 1787.

* Mémoire de M. Liphardt, Journal de Physique, juin 1787. Voyez, à ce sujet, les expériences de M. Épinus, dans la

Lorsqu’une barre de fer s’aimante par sa seule proximité avec l’aimant , l’extrémité de cette barre qui en est la plus voisine , acquiert un pôle opposé à celui que l’aimant lui présente. De meme une barre de fer isolée peut recevoir deux électricités opposées par le voisinage d'un corps électrisé ; le bout qui est le plus proche de ce corps jouit, comme dans l’aimant, d’une force opposée à celle dont il subit l’action.

Les matières ferrugineuses réduites en rouille en ocre , et toutes les dissolutions du fer par l’acide aérien, ou par les autres acides, ne peuvent recevoir la vertu magnétique ; et de même ces matières ferrugineuses ne peuvent, dans cet état de dissolution , acquérir la vertu électrique.

Si l’on suspend une lame de verre garnie à ses deux bouts de petites plaques de métal, dont l’une sera électrisée en plus , l’autre en moins, et si cette lame ainsi préparée , peut se mouvoir librement, lorsqu’on en approchera un corps électrique, qui jouit aussi des deux électricités, la lame de verre présentera les mêmes phénomènes qu’une aiguille aimantée présente auprès d'un aimant L

Les fortes étincelles électriques revivifient les chaux de fer , et leur rendent la propriété d’être attirées par l’aimant 2 . Les foudres souterraines et aériennes revivifient de même , à 1 intérieur et à la surface de la terre, une prodigieuse quantité de matières ferrugineuses , réduites en chaux par les éléments humides.

La plupart des schorls, et particulièrement la tourmaline, présentent des phénomènes électriques qui ont la plus grande analogie avec ceux de l’aimant 3. Lorsque ces matières ont été chauffées ou frottées, elles ont , pour ainsi dire , des parties polaires , dont les unes sont électrisées en plus, et les autres en moins , et qui attirent ou repoussent les corps électrisés.

Les aurores polaires , qui , comme nous l’avons dit, ne sont que des lumières électriques, influent plus qu’aucune autre affection de l’atmosphère sur les variations de l’aiguille aiman-

dissertation que ce physicien a publiée, à la tête de son ouvrage, sur le magnétisme, et celles de M. le comte de Lacépède, dans son Essai sur l'Électricité, tome I.

* Voyez la dissertation prononcée par M. Épinus, à Pétersbourg, au mois de septembre «758.

2 Voyez, sur ce sujet, un Mémoire de M. le comte deMilly. lu à l’Académie des Sciences, et celui que M. de Vansmaruio vient de publier.

* Voyez la dissertation de M. Épinus, dans les Mémoires de l'Académie de Berlin, année 1756.

DES MINÉRAUX

ée. Les observations de MM. Yanswinden et le Cassini ne permettent plus de douter de ce ait 4.

Les personnes dont les nerfs sont délicats, et ur lesquelles l’électricité agit d’une manière si narquée , reçoivent aussi du magnétisme des mpressions assez sensibles; car l’aimant peut, •n certaines circonstances, suspendre et calmer es irritations nerveuses, et apaiser les douleurs ligués. L’action de l’aimant qui , dans ce cas, ■st calmante et même engourdissante, semble irrêter le cours et fixer pour un temps le mouvement trop rapide ou déréglé des torrents de ;e fluide électrique qui, quand il est sans frein, m se trouve sans mesure dans le corps animal, »n irrite les organes, et l’agite par des mouvements convulsifs.

Il existe des animaux dans lesquels, indépendamment de l’électricité vitalequi appartient t tout être vivant, la nature a établi un organe particulier d’électricité, et pour ainsi dire , un sens électrique et magnétique. La torpille 2,

4 Voyez l'ouvrage de M. Vanswinden , intitulé : de V Ànalolie de i Électricité et du Magnétisme, dans lequel cet excelent observateur a prouvé que les variations extraordinaires les aiguilles aimantées, les perturbations dans leurs variations liurnes, et même quelques changements assez constants dans eurs déclinaisons, ne sont jamais plus grands que dans le ;emps où paraissentles aurores boréales ; M. le comtede Cassini, le l’Académie des Sciences, a observé avec une aiguille aiman- :ée, suivant la méthode de M. Coulomb, que la variation diurne n’était ordinairement que de quelques minutes , et que les aurores boréales influaient plus qu’aucune autre cause sur jette variation. « Le 23 septembre 1781, la direction était,’ i dit-il, le matin sur 26 minutes de la division du micromètre ;

* à deux heures après-midi , elle parvint à 1 degré. Ce grand i mouvement annonçait quelque cho*e d'extraordinaire, l’ai- « guille ensuite rétrograda vers l’est , non-seulement de tout « le degré où elle était parvenue , mais encore de 13 minutes i en deçà, où elle fut observée à neuf heures du soir. C’est f alors qu'on s’aperçut d'une aurore boréale, dont l’effet sur « l’aiguille avait été par conséquent de 37 minutes. Le 25, une « autre aurore boré le ne produisit qu’une variation totale de « 55 minutes.il faut, à la vérité, défalquer l’effet ordinaire « de la variation diurne, qui est d’environ 14 minutes. Il a « paru que l’effet des aurores b «réales précédait souvent de « plusieurs heures l’apparition de ces aurores , et se prolon- « geait aussi longtemps après. Le 12 mai 1783 , deux aiguilles « d’acier fondu . très-fortement aimantées , rétrogradèrent de « 14 minutes plus que de coutume , et l’on remarqua un bant deau d’aurore boréale , véritable cause de cet effet , qui n’a-

* vait pas eu lieu les jours précédent s, et qui n’eut plus lieu le « lendemain.... Parmi les causes perturbatrices de la varia- « lion diurne, les aurores boréales sont sans doute les plus « fortes; leur effet dérange absolument la direction des ai-

* gnilles aimantées qu’elles agissent en tout sens, et d’une

* quantité plus ou moins grande , selon la force et l’étendue i du phénomène.... » Extrait du Mémoire de M. le comte de Cassini , adressé aux auteurs du Journal de Physique.

3 La torpille ressemble , par sa forme , à la raie. « C’est un t poisson des plus singuliers , et qui produit sur le corps hu- « main d'étranges effets. Pour peu qu’on le touche , ou si par

l’anguille électrique de Surinam, le trembleur du Niger ', semblent réunir et concentrer dans une même faculté la force de l’électricité et celle du magnétisme. Ces poissons, électriques et magnétiques, engourdissent les corps vivants qui les touchent ; et, suivant M. Schilling et quelques autres observateurs, ils perdent cette propriété lorsqu’on les touche eux-mêmes avec l’aimant. Il leur ôte la faculté d’engourdir, et on leur rend cette vertu en les touchant avec du fer, auquel se transporte le magnétisme qu’ils avaient reçu de l’aimant. Ces mêmes poissons électriques et magnétiques agissent sur l’aimant, et font varier l’aiguille de la boussole 2. mais ce qui prouve évidemment la présence de l’électricité dans ces animaux , c’est qu’on voit paraître des étincelles électriques dans les intervalles que laissent les conducteurs métalliques avec lesquels on les touche. M. Walscli a fait cette expérience devant la société royale de Londres, sur l’anguille de Surinam, dont la force électrique paraît être plus grande que celle de la torpille, dans laquelle cette action est peut-être trop faible pour produire des étincelles 3. Et ce qui démontre encore que la commotion produite par ces poissons n’est point un effet mécanique , comme l’ont pensé quelques physiciens, mais un phénomène électrique, c’est

« hasard on vient à marcher dessus , on se sent saisi d'un en- « gourdissement par tout le corps , mais surtout dans la par- < tie qui a touché immédiatement la torpille. On remarque le « même effet quand on touche ce poisson avec quelque chose « que l’on tient à la main. J’ai moi-même ressenti un assez « grand engourdissement dans le bras droit , pour avoir apa puyé , pendant quelque temps . ma canne sur le corps de cc « poisson , et je ne doute pas que l'effet n’en eût été plus vio- « lent, si l’animal n’avait été près d'expirer. Car il produit cet « effet à mesure qu’il est plus vigoureux , et il cesse de le pro- « duire dès qu’il est mort ; on peut en manger sans inconvé - « nient. J'ajouterai encore que l’engourdissement ne passe « pas aussi vite que certains naturalistes le disent. Le mien a diminua insensiblement , et le lendemain j’en sentis encore « quelques restes.... » Voyage autour du monde , par George Anson.... Amsierdam, 1748 , page 211.

Dans l’ancienne médecine , on s’est servi de la torpille pour engourdir et calmer : Galien compare sa vertu à celle de l’opium, pour calmer et assoupir les douleurs.

4 II est bon d’observer que les espèces de poissons électriques diffèrent trop les unes des autres pour qu’on puisse rapporter leurs phénomènes à la conformité de leur organisation. On ne peut d ne les attribuer qu’aux effets de l’électricité. Voyez un très-bon Mémoire de M. Broussonet , de l’Académie des Sciences, sur le trembleur et les autres poissons électriques , dans le Journal de Physique du mois d’août 1785.

3 Voyez l’ouvrage que M. Schilling a publié sur cette action de l’aimant, appliquée aux poissons électriques.

* Lettre de M. Walsch à M. Le Roi, de l’Académie des Sciences, dont ce dernier a publié l’extrait dans le Journal de Physique , année 1776.

HISTOIRE NATURELLE

qu’elle se propage au travers des fluides, et se communique, par le moyen de l’eau, à plusieurs personnes à la fois.

Or , ces étincelles et cette commotion plus ou moins violentes que font éprouver ces poissons sont vraiment des effets de l’électricité, que l’on ne peut attribuer en aucune manière au simple magnétisme, puisque aucun aimant, tant naturel qu’artificiel , n’a fait éprouver de secousses sensibles, ni produit aucune étincelle. D’un autre côté, les commotions que donnent les torpilles, l’anguille électrique de Surinam et letrembleur du Niger, étant très-fortes, lorsque ces poissons sont dans l’eau des mers ou des grands fleuves, on peut d’autant moins les considérer comme un phénomène purement électrique, que les effets de l’électricité s’affaiblissent avec l’humidité de l’air qui la dissipe, et ne peuvent jamais être excités lorsqu’on mouille les machines qui la produisent. Les vases de verre électrisés , que l’on a appelés bonteilles de Leyde , et par le moyen desquels on reçoit les secousses les plus fortes, se déchargent et perdent leur vertu dès le moment qu’ils sont entièrement plongés dans l’eau : cette eau, en faisant communiquer ensemble les deux surfaces intérieure et extérieure , rétablit l’équilibre dont la rupture est la seule cause du mouvement, et par conséquent de la force du fluide électrique. Si l’on remarque donc des effets électriques dans les torpilles , l’on doit supposer, d’après les modifications de ces effets, que l’électricité n’y existe pas seule, et qu’elle y est réunie avec le magnétisme, de manière à y subir une combinaison qui augmente, diminue ou altère sa puissance; et il paraît que ces deux forces électrique et magnétique, qui , lorsqu’elles sont séparées l’une de l’autre, sont plus ou moins actives ou presque nulles, suivant l’état de l’atmosphère, le sont également lorsqu’elles sont combinées dans ces poissons ; mais peutêtre aussi la diversité des saisons, ainsi que les différents états de ces animaux, influent-ils sur l’action de leurs forces électrique et magnétique. Plusieurs personnes ont en effet manié des torpilles sans en recevoir aucune secousse. M. le comte de Lacépède étant à la Rochelle, en octobre 1777 , voulut éprouver la vertu de quelques torpilles , que MM. de l’Académie de la Rochelle avaient fait pêcher; elles étaient bien vivantes, et paraissaient très-vigoureuses : cependant , de quelque manière qu’on les tou¬

chât, soit immédiatement avec la main, soi avec des barreaux de fer ou d’autres matières et sur quelque partie de leur corps qu’on portâ l’attouchement dans l’eau ou hors de l’eau, au cun des assistants à l’expérience ne ressentit h moindre commotion. Il paraît doncque cespois sons ne sont pas électriques dans tous les temps et que cette propriété , qui n’est pas constante dépend des circonstances, et peut-être de la sai son ou du temps auxquels ces animaux doiveni répandre leurs œufs et leur frai ; et nous ne pouvons rien dire de la cause de ces alternatives d’action et d’inaction, faute d’observations assez suivies sur ces poissons singuliers h

Cette combinaison des deux forces électrique et magnétique , que la nature paraît avoii faites dans quelques êtres vivants, doit faire espérer que nous pourrons les réunir par l’art, et peut-être en tirer des secours efficaces dans certaines maladies et particulièrement dans les affections nerveuses.

Les -deux forces électriques et magnétiques ont en effet été employées séparément avec succès, pour la guérison ou le soulagement de plusieurs maux douloureux. Quelques physiciens2, particulièrement M. Mauduit, de la Société royale de Médecine, ont guéri des maladies par le moyen de l’électricité 3, et M. l’abbé le Noble qui s’occupe avec succès, depuis longtemps, des effets du magnétisme sur le corps humain , el qui est parvenu à construire des aimants artificiels beaucoup plus forts que tous ceux qui étaient déjà connus , a employé très-heureusement l’application de ces mêmes aimants pour

1 On ne s’expose pas impunément, dit M. de Humboldt, aux premières commotions d’un gymnote très-grand et fortement irrité. Si par hasard on reçoit un coup avant que le poisson soit blessé ou fatigué , la douleur et l'engourdissement sont si violents qu’il est impossible de prononcer sur la nature du sentiment qn'on éprouve. Je ne me souviens pas d’avoir jamais reçu par la décharge d'une grande bouteille de Leyde une commotion plus effrayante que celle que j’ai ressentie en plaçant imprudemment les deux pieds sur un gymnote qu'on venait de retirér de l'eau. Je fus affecté le reste du jour d une vive douleur dans les genoux et jusque dans toutes les jointures.

Du reste on n’a jamais vu la plus petite étincelle sortir de cet animal.

On a constaté récemment que lorsqu'on plonge dans l’organe électrique du gymnote les extrémités du fil multiplicateur , l’aiguille est déviée d’une quantité considérable.

Lorsqu'une personne touche une torpille, il faut que le contact soit immédiat pour qu'elle éprouve une commotion. Tous les effets que produit la pile, la torpille les produit.(E.)

3 On peut voir à ce sujet l’ouvrage de M. l’abbé de Bertholon , intitulé : de l Electricité du corps humain.

8 Voyez les Mémoires de la Société royale de Médecine , ainsi que les divers rapports et avis puMiés par cette compagnie.

DES MINÉRAUX

5 soulagement de plusieurs maux. Nous croyons evoir placer , dans la note ci-après , un extrait u rapport fait par MM. les commissaires de la ociété royale de Médecine , au sujet des traaux utiles de ce physicien , qui les continue veczèle et d’une manière d’autant plus louable u'il les consacre gratuitement au soulagement les malheureux 1 .

< Dans un compte rendu à la Société royale de Médecine , urleseft'ets de l’aimant, etau sujet des travaux de M. le Noble, es commissaires s’expriment en ces termes: « Les affections

nerveuses nous ont paru céder et se dissiper d’une manière constante pendant l’usage de l’aimant, et au contraire, les affections humorales n’ont éprouvé aucun changement par la plus forte et la plus longue application de l’aimant. Dans toutes les affections nerveuses , quelle que fût la nature des accidents dont elles étaient accompagnées, soit qu’elles con- ( sistassent en des affections purement douloureuses, soit i quelles parussent plus particulièrement spasmodiques et convulsives; quel que fût aussi leur siège et leur caractère,

« de quelque manière enfin que nous eussions employé 1 aii mant, soit en armure habituelle et constante, soit par la méi thode des simples applications, toutes ces alfections ont subi « des changements plus ou moins marqués , quoique presque i toujours le soulagement n’ait guère été qu'une simple pali dation de maladie. Ces affections nous ont paru céder et « s’affaiblir d’une manière plus ou moins marquée pendant le « traitement. Plusieurs malades que le soulagement dont ils « jouissaient depuis quelque temps avait engagés à quitter » leurs garnitures, ayant vu se renouveler ensuite leurs ac- « cidents , qu’une nouvelle application de 1 aimant a toujours « suffi pour faire disparaître , nous sommes restés convaincus t que c’était à I mage des aimants qu’on devait attribuer le « soulagement obtenu.... Nous nous sommes scrupuleuse- « ment abstenus d'employer aucun autre remède pendant le

< traitement. De tous les secours qu’on peut désirer de voir « joindre à l’usage de l'aimant, c'est de l'électricité surtout « dont il semble qu'on ait lieu de plus attendre.... « Le ma- « gnétisme intéresse le bmn public ; il nous paraît devoir méri- « ter toute l’attention de la Société. Qu’on nous permette , à

* ce sujet, une réflexion. De tous les objets sur lesquels 1 en- « thousiasme peut s’exciter, et dont le charlatanisme peut,

* par cette raison , abuser avec plus de confiance , le magné-

* tisme paraît être celui qui offre à 1 avidité le plus de facilité et « le plusderessources. L'histoire seule de cet art suffirait pour « en convaincre , quand des essais qui le multiplient sous nos

< yeux n'autoriseraient pas cette présomption. C est surtout « sur de pareils objets, devenus pour le public un sujet de cu- « riosité, qu’il est à désirer que les compagnies savantes por- « tent toute leur attention , pour arracher à l’erreur une con- « fiance qu’elle ne manquerait pas de gagner, si Tonne dissi- « pait aux yeux des gens crédules les prestiges du charlata- « nisme , par des essais faits avec exactitude et impartialité.

« De pareils projets, pour être remplis d une manière utile,

« ont besoin de l’appui du gouvernement; mais où les secours « peuvent-ils mieux être appliqués qu aux objets qui touchent « aux progrès des sciences et au bien de l'humanité?

« En désirant que le gouvernement autorise la Société à an- « noncer, sous ses auspices, un traitement gratuit et public pour « le magnétisme, nous croyons encore utile que la Compagnie * invite ceux de ses associés et correspondants , à qui ces sortes « d'essais peuvent être agréables, à concourir avec elle au suc- « cès de ses l’echerches. La Société sait, par l exemple de 1 é- « lectricité, combien elle peut retirer d avantages de cette « réunion de travaux. Le magnétisme offre encore plus de ta- « cilités pour répéter ou multiplier les essais que 1 on jugerait « nécessaires. Mais, pour rendre ce concours de recherches « plus fructueux , on sent qu'il est nécessaire qu il soit dirigé

Nous avons cru devoir y placer aussi quelques détails , relatifs aux divers succès que M. l’abbé le Noble a obtenus depuis la publica-

« sur un plan uniforme. Le rapport que nous soumettons ici « k l’examen de la Compagnie remplirait cette vue , et nous « lui proposons de le faire imprimer et distribuer, par la voie « de sa correspondance ordinaire.

« La Société, pour se livrer elle-même à ses travaux, de- « vant s’attacher un physicien exercé dans la préparation des « aimants, et versé dans tous les genres de connaissances re- « latives à leur administration , nous pensons que le choix de « la Compagnie doit tomber sur M. l’abbé le Noble. Plusieurs « raisons nous paraissent devoir lui mériter la préférence. On « doit le regarder comme un des premiers physiciens qui, de- « puis le renouvellement des expériences de l’aimant, se soient « occupés de cet objet. En 1763 , c’est-à-dire deux ans à peu « près avant M. Klarich , quel’on regarde comme le principal « rénovateur de ces essais , et dont les observations ont fait « attribuer à l’Angleterre la gloire de cette découverte , les « aimants de M. l’abbé le Noble pour les dents paraissent avoir « été connus dans la capitale , et recherchés des physiciens. Au « mois de juin 1766, dans le même temps que M. d’Arquier « qu’on regarde comme le premier qui ait répété en France « les essais de M. Klarich , dans les maux de dents, M. l’abbé « le Noble publia , en ce genre , plusieurs observations. Deux « ans avant que le père Hell , à Vienne, fît adopter générale- « ment la méthode des armures magnétiques , il avait an- « noncé plusieurs espèces de plaques aimantées , préparées « pour être portées habituellement sur différentes parties du « corps. Depuis ces différentes époques, M. l’abbé le Noble « n'a cessé de s'occuper de l'usage de 1 aimant dans plusieurs « espèces d’affections nerveuses. Les résultats qu’il avait ob- « tenus de ces essais sont consignés dans un Mémoire qu’il « lut, au mois de septembre 1777, dans une des séances de la « Société. Enfin, pour compléter l’histoire de ses travaux , on « doit y joindre les différents essais auxquels ont donné lieu « nos propres observations , et dont nous reconnaissons qu’il « doit , s’il en résulte quelque utilité , partager avec nous le « mérite. A ce sujet nous devons rendre compte à la Compa- « gnie du zèle avec lequel M . l’abbé le Noble s’est porté à nous « seconder dans nos recherches. Quoique la durée de ces es- « sais, et sa résidence ordinaire en province, aient exigé de « lui de fréquents voyages et de longs séjours à Paris ; quoique « la multiplicité des malades qui ont eu recours à l’aimant, le « peu d’aisance du plus grand nombre, la durée du long trai- « tement pendant lequel les armures ont dû être souvent re- « nouvelées , aient été autant de charges , d’incommodités et « de sujets de dépense pour M. l’abbé le Noble , nous devons * annoncer qu’il n’a épargné ni soins, ni peines, ni sacrifices, « pour concourir, autant qu’il était en lui, au succès de nos « épreuves et au soulagement des malheureux. M. 1 abbé le « Noble se montre encore animé des mêmes dispositions, et « prêt à les mettre en œuvre, si les circonstances répondaient « à ses désirs. Mais , attaché par la nature de ses devoirs à bi « place qu’il remplit en province . il ne pourrait concourir « d’une manière utile aux expériences que nous proposons, « s’il n’était fixé à Paris. C’est au gouvernement seul qu'il ap- « partient de lever cet obstacle , et nous pensons que la Com- « pagnie doit renouveler en sa faveur les mêmes instan es « qu’elle a déjà faites, en 1778, pour lui obtenir une résidence r fixe dans la capitale.

« Des raisons particulières et personnelles à M. le Noble « nous paraissent devoir lui mériter cette faveur du gouver- « nement; c'est surtout en employant de forts aimants, por- « tés au plus haut degré de force, et préparés de manière à « former une machine semblable à celle de 1 électiicité, qu on « doit attendre de nouveaux avantages du magnétisme. M.

« l’abbé le Noble possède en ce genre des procédés très-supé- « rieurs à tons ceux qui nous ont été connus, et employés jus- « qu’ici par les physiciens. Nous apportons en preuve de cc

HISTOIRE NATURELLE

tiou du rapport de MM. de la Société royale, et qu’il nous a communiqués lui-même.

« que nous avançons ici un certificat de l’Académie royale des « Sciences, à laquelle M. l'abbé le Noble a présenté des ai- * niants capables de soutenir des poids de plus de deux cents « livres, et qui lui ont mérité les éloges et l’approbation de « celte Compagnie. C’est avec des aimants de ce genre qu'on « a lieu de se flatter d’obtenir du magnétisme des effets ex- « traordinaires et inconnus. »

M. l'abbé le Noble nous a communiqué les détails suivants, relatifs aux diverses applications qu’il a faites de l’aimant dans les maladies, depuis la publication du rapport de la Société royale de Médecine.

En 1786, le 24 mai, à cinq heures du soir, une plaque d’aimant envoyée par M. l’abbé le Noble fut appliquée sur l’estomac à une malade , âgée de cinquante-un ans , et qui , depuis l’âge de vingt-deux , éprouvait de temps en temps des attaques de nerfs plus ou moins fréquentes, qui étaient venues à la suite d’une suppression, et étaient accompagnées de convulsions très- fortes, et d’autres symptômes effrayants. Ces attaques avaient disparu quelquefois près d’un an; elles avaient été au'si suspendues par différents remèdes. Pendant les divers intervalles qui avaient séparé le temps où les attaques étaient plus ou moins fréquentes, la personne qui les avait éprouvées avait joui d’une bonne santé ; mais , depuis quinze mois, elle était retombée dans son premier état. Sur la fin même les accidents arrivaient plus de dix ou douze fois par jour, et quelquefois duraient plusieurs minutes Depuis dixhuit mois les évacuations périodiques étaient dérangées et n avaient lieu que de deux mois en deux mois.

L’effet de l’aimant fut très-prompt : la malade n’eut plus de convulsions , quoique , dans la matinée et dans l'après-dînée , elle en eût éprouvé plus de vingt fois. Le 16 juin, Us convulsions n’étaient point encore revenues , la malade se portait mieux ; elle sentait ses forces et son appétit augmenter de jour en jour; elle dormait un peu mieux pendant la nuit, et s occupait continuellement , pendant le jour, des travaux pénibles de la campagne , sans en être incommodée; elle sentait cependant toujours un petit tiraillement dans l’intérieur du front. Elle rendait quelquefois des vents comme auparavant; sa respiration était un peu gênée lorsqu’ils s'échappaient, mais n’avait jamais été suspendue depuis l’application de l’aimant, ainsi que cela arrivait très-souvent auparavant.

Ces faits ont été attestés par le curé du lieu, et il est à croire que le bien-être s’est soutenu , puisque la malade n’a point demandé de nouveaux secours.

Une dame qui souffrait beaucoup des nerfs , presque dans tout le corps, et dont la santé était si dérangée , qu elle n’osait point tenter les remèdes intérieurs, s’est trouvée soulagée par le moyen d’un collier d’aimants , et l’application d’un aimant sur le creux de l’estomac, ainsi qu'elle l’a écrit elle-même à M, l’abbé le Noble.

Une malade souffrait , depuis six mois , des maux de nerfs qui lui donnaient des maux de gorge et d’estomac, au point que tr< s-souvent l’œsophage se fermait presque entièrement, et la mettait dans une impossibilité presque absolue d’avaler même les liquides pendant à peu près la moitié de la journée: une fièvre épidémique s était jointe aux accidents nerveux. On lui appliqua un collier et une ceinture d aimants, suivant la méthode de M. l’abbé le Noble. Huit ou dix heures après, la malade se trouva comme guérie . et se porta passablement bien pendant trois mois, au bout desquels le médecin qui l'avait traitée certifia à M. l'abbé le Noble la maladie et la guérison. Ce même médecin pensait que les nerfs de celte dame avaient été agacés par une humeur.

Une jeune demohelle ayant eu , pendant plus de trois ans, des attaques d épilepsie , qui avaient commencé à l epoque où les évacuations ont lieu, et ayant fait inutilement plusieurs remèdes conseillés par un membre de la Société royale de Médecine, eut recours aux aimants de M. l’abbé le Noble , d’après

Les premiers physiciens, qui ont voulu re. chercher les rapports analogues des forces ma-

l’avis du même médecin; les attaques cessèrent bientôt, et dix mois après leur cessation, sa mère écrivit au médecin qui lui avait conseillé les aimants de M. l’abbé le Noble, pour lui annoncer la guérison de sa fille.

Une dame souffrait , depuis plus de huit ans , des maux de nerfs qui avaient été souvent accompagnés d’accidents graves et fâcheux , de lassitudes, d’insomnies, de douleurs vives, de convulsions, d’évanouissements, et surtout d'un accablement général et d’une grande tristesse. Les aimants de M. l'abbé le Noble l’ont guérie , et elle l’a attesté elle-même , un mois ou environ après, à M. l’abbé le Noble; sa guérison s’était toujours soutenue.

Une dame, qui était malade d’une épilepsie survenue à la suite d’une frayeur qu'elle avait eue dans un temps critique, a certifié qùe , depuis quatre ans qu’elle porte des aimants de M le Noble, elle a toujours été soulagée; que si divers événements lui ont donné quelquefois des crises, elles ont été passagères et bien moins violentes que celles qu’elle avait éprouvées, et qu’elle jouit habituellement d’un bien-être très-marqué.

Trois femmes et un homme ont été guéris, par l’application de l’aimant , de maux de nerfs , accompagnés de convulsions fortes , etc. Trois ans se sont écoulés depuis la guérison d une de ces femmes , et elle se porte encore très-bien.

M. Picot, médecin de la maison du roi de Sardaigne, a certifié à M. 1 abbé le Noble qu'il s’était servi de ses aimants avec le plus grand succès , pour procurer à une femme très-délicate et d’une très-grande sensibilité des évacuations périodiques, dérangées ou supprimées , en partie, depuis plus de deux ans. Le même médecin atteste avoir été guéri lui-même d’une migraine qui avait résisté, pendant plus de huit ans, à tous les secours de l art. Il demande en conséquence à M. le Noble qu il établisse un dépôt de ses aimants dans la ville de Turin.

Depuis plus de dix-huit mois, une dame ne pouvait prendre la plus légère nourriture, sans que son estomac lût extrêmement fatigué. Elle ressentait des douleurs presque continuelles, tantôt dans le côté droit, tantôt entre les deux épaules, et souvent dans la poitrine; elle éprouvait tous les soirs , sur la fin de sa digestion, un étouffement subit, une tension générale , une inquiétude qui la forçaient à cesser toute occupation, à marcher, à aller à l’air,* quelque froid qu'il fit, et à relâcher tous les cordons de son habit. Quinze jours après avoir employé les aimants de M. l'abbé le Noble, elle fut entièrement guérie; et aucune douleur ni aucun accident n étaient revenus six semaines après qu’elle eut commencé à les porter, ainsi qu’elle l'attesta elle-même à M. l’abbé le Noble.

Une dame a certifié elle même quelle avait souffert, pendant six jours , des douleurs très-vives , occasionnées par un rhumatisme au bras gauene, dont elle avait entièrement perdu l'usage; qu’elle avait employé sans succès les remèdes ordinaires; qu’elle avait eu recours aux plaques aimantées de M. l’abbé le Noble , et que quatre jours après elle avait été entièrement guérie.

Un homme très-digne de foi a aussi certifié à M. l’abbé le Noble qu’il avait été guéri , par l'application de ses aimants, d’un rhumalhisme très-douloureux, dont il souffrait depuis plusieurs années, et dont le siège était au bas de l'épine du dos. Près d un an après, cet homme portait toujours sur le bas du dos la plaque aimantée; les doul-urs avaient disparu; et il ne sentait plus que quelquefois un peu d’engourdissement lorsqu’il avait été sédentaire pendant trop longtemps; mais 11 dissipait cet engourdissement en faisant quelques pas dans sa chambre.

Un homme malade d'une paralysie incomplète, souffrant dans toutes les parties du corps, et ayant tenté inutilement tous les remèdes connus , fut adressé dans le mois de septembre 1785, à M. l'abbé le Noble , par un membre de la So-

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nétique et électrique, essayèrent de rapporter électricité, qu’on venait en quelque sorte de écouvrir, au mégnétisme, dont on connaissait epuis longtemps les grands phénomènes Des bysiciens récents ont avec plus de fondement ttribué ce même magnétisme à l’électricité uils connaissaient mieux; mais ni les uns ni es autres n’ont fait assez d’attention aux diüéences de l’action de ces deux forces , dont nous enons d’exposer les relations analogues, et qui îéanmoins diffèrent par plusieurs rapports , et lotamment par les directions particulières que es forces suivent , ou qu’elles prennent d’ellesuèmes. Car la direction du magnétisme se cornune avec le gisement des continents , et se déermine par la position particulière des mines le fer et d’aimant , des chaînes de laves , de jasaltes, et de toutes les matières ferrugineuses jui ont subi l’action du feu; et c’est par cette ’aison que la force magnétique a autant de dif- ‘érentes directions qu’il y a de pôles magnétiques sur le globe , au lieu que la direction de 'électricité ne varie point , et se porte constamnent de l’équateur aux deux pôles terrestres. Les glaces , qui recouvrent les régions polaires

;iété de Médecine : on lui appliqua les aimants , et , au mois ie janvier 1786, il s’est très-bien porté.

Une dame qui souffrait, depuis vingt ans, des douleurs rhumatismales qui l’empêchaient de dormir et de marcher, était presque entièrement guérie au mois de février 1787.

Le nommé Boissel, garçon menuisier, âgéde cinquante ans, a eu recours à M. l’abbé le Noble , le 9 novembre 1786. Il y avait dix mois qu’il éprouvait de grandes douleurs dans les deux bras ; le gauche était trés-enflé et enflammé : il lui était impossible de 1 étendre , et la douleur se communiquait à la poitrine, a l’estomac et aux côtés, et même jusqu aux jambes, dont il ne pouvait faire usage qu’à l’aide d’une béquille ; on était obligé de le porter dans son lit, où il ressentait encore les mêmes douleurs ; il avait été trois mois à l’Hôtel Dieu, et il y en avait deux qu’il en était sorti sans y avoir éprouvé le plus léger soulagement. Mais, apr ès l’application des aimants de M l’abbé le Noble , le 9 novembre, les mouvements dans les jambes , ainsi que dans les bras, sont devenus libres ; le 19 dudit mois, il se promenait dans sa chambre, et voyant la facilité avec laquelle il marchait, U crut qu’il pourrait sortir sans aucun risque.

Eu effet, il a été, ce jour-là, à quelque distance de son domicile, et le lendemain 20, il est venu de la rue Neuve Saint- Martin, où il demeure, à la rue Saint-Thomas du Louvre. Les douleurs étaient encore vives dans les jambes , quoique les mouvements fussent libres ; mais elles se sont dissipées par degrés, et ontcessé le lofévrier. Il s’estétabli sous légalisants, à la cheville des pieds et sous les jarretières, des espèces de petits cautères qui rendaient une humeur épaisse et gluante. Les jambes , qui étaient considérablement enflées, sont maintenant, au mois de mars 1787, dans l’état naturel ; il marche

très-bien, et jouit d’une bonne santé.

< Le père Bérault , jésuite, auteur d'une Dissertation couronnée par l’Académie de Bordeaux, a soupçonné le premier que les forces magnétiques et électriques pouvaient être identiques.

des deux hémisphères du globe , doivent déterminer puissamment le fluide électrique vers ces régions polaires où il manque , et vers lesquelles il doit se porter , pour obéir aux lois générales de l’équilibre des fluides , au lieu que la glace n’influe pas sur le magnétisme, qui ne reçoit d’inflexions que par son rapport particulier avec les masses de l’aimant et du fer.

De plus , il n’y a de rapports semblables et bien marqués qu’entre les aimants et les corps électriques par eux-mêmes ; et l'on ne connaît point de substances sur lesquelles le magnétisme produise des effets pareils à ceux que l’électricité produit sur les substances qui ne peuvent être électrisées que par communication. D’ailleurs le magnétisme, ne se communique pas de la même manière que l’électricité dans beaucoup de circonstances , puisque la communication du magnétisme ne diminue pas la force des aimants , tandis que la communication de l’électricité détruit la vertu des corps qui la produisent.

On peut donc dire que tous les effets magnétiques ont leurs analogues dans les phénomènes de l’électricité: mais on doit convenir en même temps que tous les phénomènes électriques n’ont pas de même tous leurs analogues dans les effets magnétiques. Ainsi , nous ne pouvons plus douter que la force particulière du magnétisme ne dépende de la force générale de l’électricité , et que tous les effets de l’aimant ne soient des modifications de cette force électrique h Et ne pouvons-nous pas considérer l’aimant comme un corps perpétuellement électrique, quoiqu’il ne possède l’électricité que d’une maniéré particulière, à laquelle on a donné le nom de magnétisme? La nature des matières ferrugineuses, per son affinité avec la substance du feu , est assez puissante pour fléchir la direction du cours de l’électricité générale, et même pour en ralentir le mouvement , en le déterminant vers la surface de l’aimant. La lenteur de l’action magnétique, en comparaison de la viol ente rapidité des chocs électriques , nous représente en effet

* Notre opinion est confirmée par les preuves répandues dans une dissertation deM. Epinus, lueà 1 Académie < le Saiut- Pétei sbourg ; ce physicien y a fait voir que les effets de 1 électricité et du magnétisme, non-seulement ont du rapport dans quelques points , mais qu’ils sont encore semblables dans un très-grand nombre de circonstances des plus essentielles; en sorte* , dit-il , qu’il n’est presque pas à douter que la nature n’emploie à peu près les mêmes moyens pour produire 1 une et l’autre force.

HISTOIRE NATURELLE

un fluide qui, tout actif qu’il est, semble néanmoins être ralenti, suspendu et, pour ainsi dire, assoupi dans son cours.

Ainsi , je le répète , les principaux effets du magnétisme se rapprochent, par une analogie marquée, de ceux de l’électricité, et le grand rapport de ladirection générale et commune des forces électrique et magnétique de l’équateur aux deux pôles les réunit encore déplus près, et semble même les identifier \

Si la vertu magnétique était une force résidante dans le fer ou dans l’aimant, et qui leur fut inhérente et propre , on ne pourrait la trouver ou la prendre que dans l’aimant même, ou dans le fer actuellement aimanté ; et il ne serait pas possible de l’exciter ou de la produire par un autre moyen : mais la percussion, le frottement et même la seule exposition aux impressions de l’atmosphère suffisent pour donner au fer cette vertu magnétique; preuve évidente qu’elle dépend d’une force extérieure qui s’applique, ou plutôt flotte à sa surface et se renouvelle sans cesse.

En considérant les phénomènes de la direction de l’aimant, on voit que les forces qui produisent et maintiennent cette direction se portent généralement de l’équateur aux pôles terrestres , avec des variations dont les unes ne sont qu’alternatives d’un jour à l’autre , et s’opèrent par des oscillations momentanées et passagères, produites par les variations de l’état de l’air, soit par lachaleurou le froid, soit par les vents, les orages, les aurores boréales; les autres sont des variations en déclinaison et en inclinaison, dont les causes, quoique également accidentelles , sont plus constantes, et dont les

* M- le comte de Tressan a pensé, comme nous, que le magnétisme n’était qu’une modification de l'électricité. Voyej son ouvrage, qui a pour titre: Essai sur le Fluide électrique, considéré comme agent universel ; mais notre théorie n en diffère pas moins de son opinion. L'hypothèse de et physicien est ingénieuse, suppose beaucoup de connaissances et de recherches ; il présente des expériences intéressantes de bonnes vues et des vérités importantes , mais cependant on ne peut admettre sa théorie. Elle consiste principalement à expliquer le mécanisme de l’univers . et tons les effets de l’attraction par le moyen du fluide électrique. Mais l’action impulsive d’aucun fluide ne peut exister que parle moyen de l’élasticité ; et l’élasticité n'est elle-même qu’un effet de l'attraction , ainsi que nous l’avons ci-devant démontré. On ne fera donc que reculer laques ion au lieu de la résoudre toutes les fois qu'on voudra expliquer l’attraction par l’impulsion , dont les phénomènes sont tous dépendants de la gravitation universelle. On peut consulter, à ce sujet, l’article intitulé de A Itractwn du premier volume de la Physique générale et particulière de M. le comte de Lacépède.

effets ne s’opèrent qu’en beaucoup plus dt temps ; et tous ces effets sont subordonnés i la cause générale qui détermine la direetior de la force électrique de l’équateur vers let pôles.

En examinant attentivement les inflexionque la direction générale de l’électricité et du magnétisme éprouve de toutes ces causes particulières, on reconnaît, d’après les observationrécentes et anciennes , que les grandes variations du magnétisme ont une marche progressive du nord à l’est ou à l’ouest, dans certaines périodes de temps , et que la force magnétique a, dans sa direction , différents points de tendance ou de détermination, que l’on doit regarder comme autant de pôles magnétiques vers lesquels, selon le plus ou moins de proximité, se fléchit la direction de la force générale, qui tend de l’équateur aux deux pôles du globe.

Ce mouvement en déclinaison ne s’opère que lentement ; et cette déclinaison paraissant être assez constante pendant quelques années, on peut regarder les observations faites depuis douze à quinze ans, comme autant de déterminations assez justes de la position des lieux où elles ont été faites : je joins ici les Tables de ces observations, et j’en ai rédigé les principaux résultats en cartes magnétiques , qui pourront être très-utiles à la navigation, si la déclinaison n’a que peu ou point changé depuis douze à quinze ans; ces Tables donneront connaissance aux navigateurs de tous les points où cette déclinaison a été récemment observée, et par conséquent de tous les lieux relatifs à ces observations.

On doit réunir aux phénomènes de la déclinaison de l’aimant ceux de son inclinaison; ils nous démontrent que la force magnétique prend, à mesure que l’on approche des pôles , une tendance de plus en plus approchante de la perpendiculaire h la surface du globe, et cette inclinaison , quoiqu’un peu modifiée par la proximité des pôles magnétiques qui déterminent la déclinaison, nous paraîtra cependant beaucoup moins irrégulière dans sa marche progressive vers les pôles terrestres , et plus constante que la déclinaison dans les mêmes lieux, en différents temps.

Pour se former une idée nette de cette inclinaison de l’aimant, il faut se représenter la figure de la terre, renflée sous l’équateur, et abaissée sous les pôles, ce qui fait une courbure

DES MINERAUX

ont les degrés ne sont point tous égaux, comme ?ux d’une sphère parfaite. Il faut en même *mps concevoir que le mouvement qui tend de équateur aux pôles doit suivre cette courbure, t que par conséquent cette direction n’est pas implement horizontale, mais toujours inclinée e plus en plus, en partant de l’équateur pour rriver aux pôles.

Cette inclinaison de l’aimant, ou de l’aiguille imantée, démontre donc évidemment que la )rce qui produit ce mouvement suit la courbure e la surface du globe, de l’équateur dont elle .art, jusqu’aux pôles où elle arrive ; si l’incliiaison de l’aiguille n’était pas dérangée par action des pôles magnétiques, elle serait donc oujours très-petite ou nulle dans les régions oisines de l’équateur, et très-grande ou comilète , c’est-à-dire de quatre-vingt-dix degrés [ans les parties polaires.

En recherchant quel peut être le nombre des tôles magnétiques actuellement existants sur le ;lobe , nous trouverons qu'il doit y en avoir [eux dans chaque hémisphère ; et , de fait , les ibservations des navigateurs prouvent qu’il y a ur la surface du globe trois espaces plus ou noms étendus, trois bandes plus ou moins larges, dans lesquelles l’aiguille aimantée se dirige rers le nord sans décliner d’aucun côté. Or, me bande sans déclinaison ne peut exister que laus deux circonstances : la première , lorsque îette bande suit la direction du pôle magnétique mpôle terrestre; la seconde, lorsque cette bande ;e trouve à une distance de deux ou de plusieus )ôles magnétiques, telle que les forces de ces )ôles se compensent et se détruisent mutuel lenent. Car, dans ces deux cas , le courant magnétique ne peut que suivre le courant général lu fluide électrique et se diriger vers le pôle terrestre, et l’aiguille aimantée ne déclinera dès lors d’aucun côté. D’après cette considération, on pourra voir aisément , en jetant les yeux sur un globe terrestre , qu’un pôle magnétique ne peut produire dans un hémisphère que deux bandes sans déclinaison, séparées l’une de l’autre par la moitié de la circonférence du globe. S’il y a deux pôles magnétiques , l’on pourra observer quatre bandes sans déclinaison, chaque pôle pouvant en produire deux par son action particulière: mais alors ces quatre bandes ne seront pas placées sur la même ligne que les pôles magnétiques et le pôle de la terre ; elles seront aux endroits où les puissances des deux

pôles-magnétiques seront combinées avec leurs distances, de manière à se détruire. Ainsi, une et deux bandes sans déclinaison ne supposent qu’un seul pôle magnétique ; trois et quatre bandes sans déclinaison en supposent deux ; et s’il se trouvait sur le globe cinq ou six bandes sans déclinaison, elles indiqueraient trois pôles magnétiques dans chaque hémisphère. Mais , jusqu’à ce jour, l’on n’a reconnu que trois bandes sans déclinaison , lesquelles s’étendent toutes trois dans les deux hémisphères : nous sommes par conséquent fondés à n’admettre aujourd’hui que deux pôles magnétiques dans l’hémisphère boréal, et deux autres dans l’hémisphère austral ; et si l’on connaissait exactement la position et le nombre de ces pôles magnétiques , on pourrait bientôt parvenir à se guider sur les mers sans erreur.

On a tort de dire que les hommes donnent trop à la vaine curiosité ; c’est aux besoins , à la nécessité, que les sciences et les arts doivent leur naissance et leurs progrès. Pourquoi trouvons-nous les observations magnétiques si multipliées sur les mers , et en si petit nombre sur les continents? c’est que ces observations ne sont pas nécessaires pour voyager sur terre , mais que les navigateurs ne peuvent s’en passer. Néanmoins il serait très-utile de les multiplier sur terre ; ce qui d’ailleurs serait plus facile que sur mer. Sans ce travail , auquel on doit inviter les physiciens de tous pays , on ne pourra jamais former une théorie complète sur les grandes variations de l’aiguille aimantée, ni par conséquent établir une pratique certaine et précise sur l’usage que les marins peuvent faire de leurs différentes boussoles. Cependant , en s’occupant à compléter les tables des observations, on pourra faire des cartes magnétiques , plus étendues que celles que nous publions aujourd’hui, et qui indiqueraient aux navigateurs leur situation plus précisément qu’on ne l’a fait jusqu’ici par aucune autre méthode.

Les effets du magnétisme se manifestent ou du moins peuvent se reconnaître dans toutes les parties du globe, et partout où l’on veut les exciter ou les produire. La force électrique toujours présente semble n’attendre pour agir et pour produire la vertu magnétique, que d’y être déterminée par la combinaison des moyens de l’art, ou par les combinaisons plus grandes de la nature ; et malgré ces variations , le magnétisme est encore assujetti à la loi générale qui

HISTOIRE NATURELLE

porte et dirige la marche du fluide électrique vers les pôles de la terre.

Si les forces magnétiques et électriques étaient simples , comme celle de la gravitation , elles ne produiraient aucun mouvement composé; la direction en serait toujours droite , sans déclinaison ni inclinaison , et tous les effets en seraient aussi constants qu’ils sont variables.

L’attraction , la répulsion de l’aimant , son mouvement, tant en déclinaison qu'en inclinaison, démontrent donc que l’effet de cette force magnétique est un mouvement composé , une impulsion différemment dirigée ; et cette force magnétique agissant, tantôt en plus , tantôt en moins, comme la force électrique, et se dirigeant de même de l’équateur aux deux pôles , pouvons-nous douter que le magnétisme ne soit une modification, une affection particulière de l’électricité, sans laquelle il n’existerait pas?

Les effets de cette force magnétique , étant moins généraux que ceux de l’électricité , peuvent montrer plus aisément la direction de cette force électrique. Cette direction vers les pôles nous estdémontrée en effet par celle de l’aiguille aimantée, qui s’incline de plus en plus, et en sens contraire, vers les pôles terrestres. Et ce qui prouve encore que le magnétisme n’est qu’un effet de cette force électrique qui s’étend de l’équateur aux pôles , c’est que des barres de fer ou d’acier, placées dans la direction de ce grand courant, acquièrent, avec le temps, une vertu magnétique plus ou moins sensible, qu’elles n’obtiennent qu’avec peine, et qu’elles 11e reçoiventmème en aucune manière, lorsqu’elles sont situées dans un plan trop éloigné de la direction, tant en déclinaison qu’en inclinaison , du grand courant électrique. Ce courant général , qui part de l’équateur pour se rendre aux pôles, est souvent troublé par des courants particuliers dépendants de causes locales et accidentelles. Lorsque , par exemple , le fluide électrique a été accumulé par diverses circonstances, dans certaines portions de l’intérieur du globe , il se porte avec plus ou moins de violence , de ces parties où il abonde, vers les endroits où il manque. Il produit ainsi des foudres souterraines, des commotions plus ou moins fortes , des tremblements de terre plus ou moins étendus.

Il se forme alors , non-seulement dans l’intérieur, mais même à la surface des terrains remués par ces secousses, un courant électrique qui suit la même direction que la commotion

souterraine, et cette force accidentelle se mauifeste par la vertu magnétique que reçoivent des barres de fer ou d’acier, placées dans le même sens que ce courant passager et local. L’action de cette force particulière peut être non-seulement égale , mais même supérieure à celle de l'électricité générale qui va de l’équateur aux pôles. Si l’on place en effet des barres de fer , les unes dans le sens du courant général de l’équateur aux pôles, et les autres dans la direction du courant particulier, dépendant de l’accumulation du fluide électrique dans l’intérieur du globe, et qui produit le tremblement de terre, ce dernier courant , dont l’effet est cependant instantané et ne doit guère durer plus loiictemps que les foudres souterraines qui les produisent, donne la vertu magnétique aux barres qui se trouvent dans sa direction, quelque angle qu’elles fassent avec le méridien magnétique, tandis que des barres entièrement semblables, et situées depuis un très - long temps dans le sens de ce méridien, ne présentent aucun signe de la plus faible aimantation1. Ce dernier fait,

4 Ces faits ont été mis hors de doute par des expériences qui ont été f ûtes par M. de Kozière, capitaine au Corps royal du Génie. « J’ai placé, dit cet habile physicien, le 4 juillet 1781, « dans mon cabinet, deux barres d'acier brut, telles que les « reçoivent les marchands couteliers pour leur travail, cha- « cune de deux pieds de longueur, de dix lignes de largeur et « de trois lignes d’épaisseur, sur des cordons de soie, suspen- « dus de manière qu’elles fussent horizontales et éloignées de « six pieds de tous les corps environnants, l’une dans la direc- « tion de l est à l’ouest, et l’autre dans le méridien magnétique;

« m’étant assuré, avant d’isoler ces barres, comme à l’ordi- « naire, qu’elles n’avaient aucune vertu magnétique, et désr- « rant savoir s’il serait possible, avec le temps et les procédés « simples que je viens de désigner, de la leur faire acquérir,

« j’ai, pour cet effet, répété, chaque jour, les expériences né- « cessaires pour m’eu assurer, sans en avoir rien découvert de « nouveau, que le 15 octobre 1784. jour remarquable, dans le- « quel je fus singulièrement étonné en réitérant les expérien- « ces que j’avais faites précédemment, et même ledit jour, en- « tre huit et neuf heures du matin, de voir la barre placée « dans la direction de l’est à l’ouest, attirer très-sensiblement « par ses deux bouts la même limaille de fer que j’avais de- « puis longtemps employée tans succès ; voulant alors m’as- « surer plus particulièrement de ce phénomène, j’essayai de « lui présenter de fines aiguilles d’acier, que j’avais vérifiées « n’avoir aucune des propriétés de l’aimant ; elles furent,

« ainsi que la limaille, attirées visiblement ; je répétai la chose « plusieurs fois de suite, en changeant les aiguilles; malgré « cela, j’obtins constamment le même résultat, et je parvins « enfin à en faire porter de très-légères par le bout de la barre « tourné du côté de l’ouest ; le bout opposé me parut un peu « moins fort; mais la différence était si petite, qu’il fallait ap- « porter la plus grande attention pour s’en apercevoir. De- « puis cette épnque, cette barre a constamment conservé la « vertu magnétique, qu’elle possède encore aujourd’hui, 6 oca tobre 1786, au même degré d’intensité; ce dont je juge par « le poids qu’elle soutient, etc., etc « Il est nécessaire de faire observer que le bout de la barre « tourné vers l’ouest formait et forme encore aujourd’hui 1(3

DES MINÉRAUX

ui est important , démontre le rapport imméiat du magnétisme et de l’électricité, et prouve n même temps que le fluide électrique est noneulement la cause de la plupart des tremblements de terre , mais qu’il produit aussi l’aimantation de toutes les matières ferrugineuses ur lesquelles il exerce son action.

Rassemblant donc tous les rapports entre les hénomènes , toutes les convenances entre les rincipaux effets du magnétisme et de l’électriité, il me semble qu’on ne peut pas se refuser croire qu’ils sont produits par une seule et même cause, et je suis persuadé que si on rééchit sur la théorie que je viens d’exposer, on n reconnaîtra clairement l'identité. Simplifier îs causes , et généraliser les effets , doit être le ut du physicien ; et c’est aussi tout ce que peut 3 génie aidé de l’expérience , et guidé par les bservations.

Or, nous sommes aujourd’hui bien assurés ue le globe terrestre a une chaleur qui lui est ropre , et qui s’exhale incessamment par des manations perpendiculaires à sa surface; nous ivonsque ces émanations sont constantes, trèsbondantes dans les régions voisines de l’équa-

pôle boréal, et celui opposé le pôle austral, ce qui est parfaitement démontré par les pointes qu’ils attirent des aiguilles de mes boussoles. Mais ce qu’il est surtout essentiel de faire remarquer, c’est que la barre placée dans la direction du méridien magnétique, est absolument dans le même état que le premier jour où elle a été mise en expérience, c'est-à-dire quelle n’a pas donné jusqu’à présent le plus léger signe qu’elle fût devenue magnétique ; ces deux barres n’ont point été déplacées depuis le premier jour qu’elles ont été mises en expérience.

« Le 15 octobre 1784, à midi et quelques minutes, j’étais occupé à écrire dans mon cabinet, situé au deuxième étage, ayant deux fenêtres du côté de l’ouest, qui étaient ouvertes, ainsi qu’une porte placée à l’est; ce qui formait dans mon cabinet un courant d’air. Le vent était nord, et l'air presque calme; le baromètre à vingt-sept pouces quatre lignes et demie ; le thermomètre à dix degrés au-dessus du terme de la congélation, le ciel serein, lorsque j’entendis un bruit sourd, assez semblable à celui d’une voiture fortement chargée, roulant sur le pavé; au même instant, le plancher supérieur de mon cabinet et celui de ma chambre craquèrent avec violence, et je me sentis balancer deux ou trois fois sur ma chaise assez rudement. Je puis certifier, par la manière dont j’étais placé, et d’après le mouvement d’oscillation que j’ai éprouvé, que les secousses de ce tremblement de terre ont duré environ trois à quatre secondes, et qu’elles suivaient la direction de l'est à l’ouest; ce qui d’ailleurs m’a été confirmé par deux autres faits qui se sont passés sous mes yeux. Il est bon d'observer que les derniers jours qui ont procédé celui du tremblement de terre, ont été beaux, le vent étant au nord ; qu le lendemain dudit jour, il y eut un brouillard très-considérable, qui fut le dernier de l’automne; il dura plusieurs heures de la matinée, après quoi le temps redevint serein, et continua ainsi pendant plusieurs jours. » Extrait d’une lettre de M. de Rozière à M. le omte de Buffon, du U décembre 1786.

teur, et presque nulles dans les climats froids. Ne doivent-elles pas dès lors se porter de l’équateur aux deux pôles par des courants opposés? et comme l’hémisphère austral est plus refroidi que le boréal , qu'il présente à sa surface une plus grande étendue de plages glacées, et qu’il est exposé pendant quelques jours de moins à l’action du soleil 4 , les émanations de la chaleur, qui forment les courants électriques et magnétiques , doivent s’y porter en plus grande quantité que dans l'hémisphère boréal. Les pôles magnétiques boréaux du globe sont dès lors moins puissants que les pôles magnétiques austraux. C’est l’opposé de ce qu’on observe dans les aimants , tant naturels qu’artificiels , dont le pôle boréal est plus fort que le pôle austral , ainsi que nous le prouverons dans les articles suivants ; et comme c’est un effet constant du magnétisme , que les pôles semblables se repoussent , et que les pôles différents s’attirent , il n’est point surprenant que , dans quelque hémisphère qu’on transporte l’aiguille aimantée , son pôle nord se dirige vers le pôle boréal du globe, dont il diffère par la quantité de sa force , quoiqu’il porte le même nom , et qu’également son pôle sud se tourne toujours vers le pôle austral de la terre , dont la force diffère aussi , par sa quantité , de celle du pôle austral de l’aiguille aimantée. L’on verra donc aisément comment, par une suite de l'inégalité des deux courants électriques, l’aiguille aimantée , qui marque les déclinaisons , se tourne toujours vers le pôle nord du globe, dans quelque hémisphère qu’elle soit placée, tandis qu’au contraire , l’aiguille qui marque l’inclinaison de l’aimant, s’incline vers le nord dans l'hémisphère boréal , et vers le pôle sud dans l’hémisphère austral , pour obéir à la force générale, qui va de l’équateur aux deux pôles terrestres, en suivant la courbure du globe , de même que les particules de limaille de fer, répandues sur un aimant, s’inclinent vers l’un ou l’autre des deux pôles de cet aimant, suivant qu’elles en sont plus voisines, ou que l’un des pôles a plus de supériorité sur l’autre. Ces phénomènes , dont l’explication a toujours paru difficile, sont de nouvelles preuves de notre théorie , et montrent sa liaison avec de grands faits de l’histoire du globe.

Voilà donc les deux phénomènes de la direc-

4 Voyez les Époques de la Nature.

tion des pôles, et de l’inclinaison à l’horizon, ramenés àuneeause simple, dont les effets seraient toujours les mêmes , si tous les êtres organisés et toutes les matières brutes recevaient également les influences de cette force. Mais , dans les êtres vivants , la quantité de l’électricité qu’ils possèdent, ou qu’ils peuvent recevoir, est relative à leur organisation ; et il s’en trouve qui, comme la torpille, non-seulement la reçoivent, mais semblent l’attirer, au point de former une sphère particulière d’électricité combinée avec la vertu magnétique ; comme aussi , dans les matières brutes, le fer se fait une sphère particulière d’électricité, à laquelle on a donné le nom de magnétisme ; et s’il existait des corps aussi électriques que la torpille , et en assez grande quantité pour former de grandes masses aussi considérables que celles des mines de fer en différents endroits du globe, n’est-ii pas plus que probable que le cours de l’électricité générale se fléchirait vers ces masses électriques, comme elle se fléchit vers les grandes masses ferrugineuses qui sont à la surface du globe , et qu’elles produiraient les inflexions de cette force électrique ou magnétique, en la déterminant à se porter vers ces sphères particulières d’attraction, comme vers autant de pôles électriques plus ou moins éloignés des pôles terrestres, selon le gisement des continents et la situation de ces masses électriques ?

Et , comme la situation des pôles magnétiques peut changer, et change réellement , tant par les travaux de l’homme , lesquels peuvent enfouir ou découvrir les matières ferrugineuses, que par les grands mouvements de la nature dans les tremblements de terre , et dans la production des basaltes et des laves, qui tous sont magnétiques , on ne doit pas être si fort émerveillé du mouvement de l’aiguille aimantée vers l’ouest , ou vers l’est ; car sa direction doit varier et changer, selon qu’il se forme de nouvelles chaînes de basaltes et de laves , et qu’il se découvre de nouvelles mines, dont l’action favorise ou contrarie celle des mines plus anciennes.

Par exemple , la déclinaison de l’aiguille, à Paris, était, en 1580, de onze degrés à l’est. Le * pôle magnétique, c’est-à-dire les masses ferrugineuses et magnétiques qui le formaient, étaient donc situées dans le nord de l’Europe , et peutêtre en Sibérie : mais comme depuis cette année 1 580 l’on a commencé à défricher quelques terrains dans l’Amérique septentrionale, et qu’on

Naturelle

I a découvert et travaillé des mines de fer en Ca nada, et dans plusieurs autres parties de eett région de l’Amérique, l’aiguille s’est peu à pei portée vers l’ouest, par l’attraction de ces miue; nouvelles, plus puissante que celle des ancieu nés ; et ce mouvement progressif de l’aiguiili pourrait devenir rétrograde , s’il se découvrai dans le nord de l’Europe et de l’Asie d’autre! grandes masses ferrugineuses , qui , par lcui exposition à l’air, et leur aimantation, devien draient bientôt des pôles magnétiques aussi , e peut-être plus puissants que celui qui détermin< aujourd’hui la déclinaison de l’aiguille vers 1( nord de l’Amérique, et dont l’existence est prou vée par les observations.

Parmi ces causes tout accidentelles , qu doivent faire changer la direction de l’aimant, l’on doit compter, comme l’une des plus puis santés , l’éruption des volcans, et les torrents d< laves et de basaltes, dont la substance est toujours mêlée de beaucoup de fer. Ces laves el ces basaltes occupent souvent de très-grandes étendues à la surface de la terre , et doivent pai conséquent influer sur la direction de l’aimant; en sorte qu’un volcan , qui par ses éjections produit souvent de longues chaînes de collines composées de laves et de basaltes, forme , poui ainsi dire, de nouvelles mines de fer, dont l’action doit seconder ou contrarier l’effet des autres mines sur la direction de l’aimant.

Nous pouvons même assurer que ces basaltes peuvent former, non seulement de nouvelles mines de fer, mais aussi de véritables masses d’aimant ; car leurs colonnes ont souvent des pôles bien décidés d attraction et de répulsion. Par exemple, les colonnades de basalte des bords de la Volane, près de Val en Vivarais, ainsi que celles de la montagne de Chenavari , près de Rochemaure, qui ont plus de douze pieds de hauteur, présentent plusieurs colonnes douées de cette vertu magnétique , laquelle peut leur avoir été communiquée par les foudres électriques , ou par le magnétisme général du globe 1 .

Il en est de même des tremblements de terre, et des bouleversements que produisent leurs mouvements subits et désastreux : ce sont les foudres de l’électricité souterraine, dont les coups frappent et soulèvent par secousses de grandes portions de terre , et dès lors toute la

4 Note communiquée par M. Faujas de Saint-Fond.

DES MINÉRAUX

natière ferrugineuse qui se trouve dans cette rande étendue devient magnétique par l’acion de cette foudre électrique ; ce qui produit j ncore de nouvelles mines attirables à l'aimant, ! [ans les lieux où il n’existait auparavant que du j er en rouille , en ocre , et qui , dans cet état , l’était point magnétique.

Les grands inceudies des forêts produisent mssi une quantité considérable de matière ferugineuse et magnétique. La plus grande partie les terres du Nouveau-Monde étaient non-seuement couvertes , mais encore encombrées de lois morts ou vivants, auxquels on a mis le feu >our donner du jour , et rendre la terre suscepible de culture. Et c’est surtout dans l’Améri- [ue septentrionale que l’on a brûlé , et que l’on jrule encore ces immenses forêts dans une raste étendue ; et cette cause particulière peut ivoir influé sur la déclinaison vers l’ouest , de ’aimant en Europe.

On ne doit donc regarder la déclinaison de ’aimant que comme un effet purement accidenel , et le magnétisme comme un produit parti- ;ulier de l’électricité du globe. Nous allons îxposer en détail tous les faits qui ont rapport mx phénomènes de l’aimant , et l’on verra ju’aucun ne démentira la vérité de cette asser- ;ion.

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