‹ Œuvres complètes de BuffonChapitre 32 sur 235 · ACIDE VITRIOLIQUE ET VITRIOLS · texte numérisé non relu

ACIDE VITRIOLIQUE ET VITRIOLS

Cet acide est absolument sans odeur et sans couleur ; il ressemble à cet égard parfaitement à l’eau : néanmoins sa substance n’est pas aussi simple ni même, comme le dit Stahl, uniquement composée des seuls éléments de fa terre et de l’eau; il a été formé par l’acide aérien, il en contient une grande quantité , et sa substance est réellement composée d’air et de feu unis à la terre vitrifiable, et à une très-petite quantité d’eau qu’on lui enlève aisément par la concentration; car il perd peu à peu sa liquidité par la grande chaleur, et peut prendre une forme concrète 4, par la longue application d’un feu violent: mais dès qu’il est concentré, il attire puissamment l’humidité de l’air, et par l’addition de cette eau, il acquiert plus de volume ; il perd en même temps quelque chose de son activité sa ine : ainsi l’eau ne réside dans cet acide épuré qu’en très-petite quantité, et il n’y a de terre

4 Quelques chimistes ont donné le nom d’huile de vitriol glaciale à cet acide concentré au point d’être sous forme concrète; à mesure qu’on le concentre, il perd de sa fluidité, il file et paraît gras au toucher comme l’huile ; on l’a par cette raison nommé huile de vitriol mais très improprement; car il n'a aucun caractère spécifique des huiles, ni 1 inflammabilité. Le toucher gras de ce liquide semble provenir, comme celui du mercure, du grand rapprochement de ses parties, et c’est en effet, après le mercure, le liquide le plus dense qui nous soit connu; aussi lorsqu'il est soumis à la violente action du feu, il prend une chaleur beaucoup plus grande que l’eau et que tout autre liquide, et comme il est peu volatil et point inflammable, il a l’apparence d’un corps *olide pénétré de feu et presque en incandescence.

1 air et au feu, qui sont fortement et intimement unis à cette terre vitrifiable.

Au i este, cet acide et les autres acides minéraux ne se trouvent pas dans la nature seuls et dégagés, et on ne peut les obtenir qu’en les tirant des substances avec lesquelles ils se sont combinés, et des corps qui les contiennent. C’est en décomposant les pyrites, les vitriols, le soufre, l’alun et les bitumes qu’on obtient l’acide vitriolique 1 : toutes ces matières en sont plus

4 Ce n’est pas que la nature ne puisse faire dans ses laboratoires tout ce qui s’opère dans les nôtres; si la vapeur du soufre en combustion se trouve renfermée sous des voûtes de cavernes, l’acide sulfureux s’y condensera en acide vitriolique. M. Joseph Baldassari nous offre même à ce sujet une trèsbelle observation : ce savant a trouvé dans une grotte du territoire de Sienne , au milieu d’une masse d’incrustation déposée par les eaux thermales des bains de Saint-Philippe, « uu « véritable acide vitriolique , pur , naturellement concret, et

« sans aucun mélange de substances étrangères... Cette grotte

« est située dans une petite montagne, sur la pente d’une mon-

« tagne plus haute , qui paraît avoir été un ancien volcan .

« Le fond de cette grotte et ses parois jusqu’à la hauteur « d’environ une brasse et demie , dit M. Baldassari , sont en- « tièrement recouverts d’une belle croûte jaune de soufre en « petits cristaux, et tous les corps étrangers , transportés par « le vent ou par quelque autre cause dans le fond de cette ca- « verne, y sont enduits d’une couche de soufre plus ou moins « épaisse, suivant le temps qu’ils y ont séjourné.

« Au-dessus de cette zone de soul're , le reste des parois et « la voûte de la grotte sont tapissées d’une innombrable quan- « lité de concrétions groupées, recouvertes d’efflorescences « qui laissent sur la langue l'impression d une saveur acide , « mais d’un acide parfaitement semblable à celui qu’on re- « tire du vitriol par la distillation , et n’ont rien de ce goût

« austère et astringent des vitriols et de l’alun . Le fond de

« la grotte exhale une vapeur chaude , qui répand une forte « odeur de soufre , et s’élève à la même hauteur que la bande « soufrée, c’est-à-dire à une brasse et demie... Mais cette va- « peur ne s'élève que par le vent du midi...

« On voit dans la masse des incrustations une grande fenle

* quia plus de trente brasses de profondeur, et dont les paie rois dans la partie basse sont recouvertes de soufre, et dans

* la haute, des mêmes efflorescences salines que celles dout « on vient de parler...

« La vapeur du fond de la grotte est une émanation de ce « que les chimistes appellent acide sulfureux volatil... L’o- « deur en est très-forte et suffocante ; aussi trouvai-je beau- « coup d’insectes morts dans cette grotte , et l’un de mes « compagnons ayant , en se baissant , plongé sa tète dans « l’atmosphère infecte , fut obligé de la relever prompte ment « pour éviter la suffocation.

« Cet acide sulfureux volatil détruisit les couleurs du papier « bleu que je jetai par terre, il devint cendré ; un morceau de « soie cramoisie fut aussi pareillement décoloré , et tout ce « que nous avions d’argent sur nous , comme boucles , etc.,

« devint noir avec quelques taches jaunes...

« Cette vapeur forme un soufre sur le fond des parois de la « grotte... Et après la formation de ce soufre, une portion de « l’acide vitriolique excédante rencontre et regagne les pa- « rois et la voûte de la grotte , c’est-à-dire les incrustations « qui y sont attachées ; l’acide s’y attache sous la forme d’ef- « llorescence, ou de filets qui sont de véritable acide vitrioli-

* que pur, concret et exempt de toute combinaison.

M. Baldassari a ob ervé depuis de semblables efflorescence»

HISTOIRE NATURELLE

ou moins imprégnées ; toutes peuvent aussi lui servir de base ; et il forme avec elles autant de différents sels, desquels on le retire toujours sous la même forme et sans altération.

On a donné le nom de vitriol à trois sels métalliques , formés par l’union de l’acide vitriolique avec le fer, le cuivre et le zinc ; mais on pourrait, sans abuser du nom, l’étendre à toutes les substances dans lesquelles la présence de l’acide vitriolique se manifeste d’une manière sensible. Le vitriol du fer est vert, celui du cuivre est bleu, et celui du zinc est blanc : tous trois se trouvent dans le sein de la terre , mais en petite quantité , et il parait que ce sont les seules matières métalliques que la nature ait combinées avec cet acide ; et quand même on serait parvenu par notre art à faire d’autres vitriols métalliques, nous ne devons pas les mettre au nombre des substances naturelles, puisqu’on n’a jamais trouvé de vitriols d’or, d’argent, de plomb, d’étain, ni d’antimoine, de bismuth, de cobalt, etc., dans aucun lieu, soit à la surface, soit à l’intérieur de la terre.

Le vitriol vert ou le vitriol ferrugineux, appelé vulgairement couperose, se présente dans toutes les mines de fer où l’eau chargée d’acide vitriolique a pu pénétrer. C’est sous les glaises ou les plâtres que gisent ordinairement ces mines de vitriol, parce que les terres argileuses et plâtreuses sont imprégnées de cet acide qui, se mêlant avec l’eau des sources souterraines, ou même, avec l’eau des pluies, descend par stillation sur la matière ferrugineuse, et se combinant avec elle forme ce vitriol vert qui se trouve, tantôt en masses assez informes, auxquelles on donne le nom de pierres atramentaires et tantôt en stalactites plus ou moins opaques , et quelquefois cristallisées. La forme de ces cristaux vitrioliques est rhomboïdale, et assez semblable à celle des cristaux du spath calcaire. C’est donc dans les mines de fer, de seconde et de troisième formation , abreuvées par les eaux qui découlent des matières argileuses et plâtreu-

sulfureuses et vitrioliques à Saint-Albino , dans le voisinage de Monte-Pulciano et aux lacs de Travale , où il a trouvé des branches d’arbres couvertes de concrétions de soufre et de vitriol. Journal de Physique ; niai 1776, page 397 et suiv.

1 Parce qu'elles servent, comme le vitriol lui-même, à computer les diverses sortes de teintures noires ou d'encres, atramentum ; c’est l'étymologie que Pline nous en donne lui -même : diluendo , dit-il , en parlant du vitriol, fit atramentum iingendiscoriis, undc atramenli sutorii nornen. Liv. XXXIV , chap. xh.

ses, qu’on rencontre ce vitriol natif, dont la lormation suppose non-seulement la décomposition de la matière ferrugineuse, mais encore le mélange de l’acide en assez grande quantité. Toute matière ferrugineuse imprégnée de cet acide donnera du vitriol : aussi le tire-t-on des pyrites martiales en les décomposant par la calcination ou par l’humidité.

Cette pyrite, qui n’a aucune saveur dans son état naturel, se décompose lorsqu’elle est exposée longtemps a l’humidité de l’air, en une poudre saline, acerbe et styptique; en lessivant cette poudre pyriteuse , on en retire du vitriol par l’évaporation et le refroidissement. Lorsqu’on veut en obtenir en grande quantité , on entasse ces pyrites les unes sur les autres , à deux ou trois pieds d’épaisseur, on les laisse exposées aux impressions de l’air pendant trois ou quatre ans, et jusqu’à ce qu’elles se soient réduites en poudre ; on les remue deux fois par an pour accélérer cette décomposition : on recueille l’eau de la pluie qui les lessive pendant ce temps, et on la conduit dans des chaudières où l’on place des ferrailles qui s’y dissolvent en partie par l’excès de l’acide; on fait ensuite évaporer cette

eau, et le vitriol se présente en cristaux *.

* Dans le grand nombre de fabriques de vitriol de fer, celle de Newcastle en Angleterre est remarquable par la grande pureté du vitriol qui s’y produit mous empruntons de M. Jars ja description de cette fabrique de Newcastle. « Les pyrites « martiales, dit-il, que l’on trouve très-fréquemment dans les « mines de charbon que l'on exploite aux environs de la ville « de Newcastle, joint à la propné é qu’elles ont de tomber « aisément en efflorescence, ont donné lieu à l'établissement « de plusieurs fabri pies de vitriol ou couperose.

« Telles qu’elles sont extraites des mines, elles sont vendues « à des compagnies qui les paient a raison de huit livres ster- « liug les vingt tonnes (vingt quiutaux la tonne), rendues « aux fabri pies qui, pour la commodité du transport, sont « placées au bord d’une rivière sur le penchant de la monta- « gue ; au-dessus, on a formé plusieurs emplacements pour y « recevoir la pyrite, lesquels ont à la vérité la même înclinai- « sou qûe la montagne, mais dont ou a regagné le niveau « avec des murs construits sur le devant et sur les côtés, de « même que si l’ont eût voulu y pratiquer de» réservoirs : « le sol, dont la forme estun plan incliné, est battu avec de « la bonne argile capable de retenir l'eau ; et dans les endroits « où ces plans se réunissent, il y a des canaux qui commu- « niquent à un antre principal placé le long du mur de de- « vant.

< C’est sur ce sol que l’on met et que l’on étend la pyrite « pour y être décomposée, soit par l’humidité répandue dan» « l’atmosphère, soit par l’eau des pluies qui, en filtrant à tra « vers, se charge de vitriol avant que d'arriver dans ies ca « riaux, et de ceux-ci se rend dans deux grauds réservoirs * d’où on l'élève ensuite pour la mettre dans les chau- « dières. . . .

« Ayant mis dans le fond de la chaudière de la vieille fer» i « raille que l'on arrange le long des côtés latéraux, et jamai» j « dans le milieu où le feu a trop d'action, ou la remplit avec I « de l'eau des réservoirs, et partie avec des eaux-mères, ayant

DES MINÉRAUX

On peut aussi tirer le vitriol des pyrites par le moyen du feu qui dégage sous la forme de soufre une partie de l’acide et du feu fixe qu’elles contiennent 1 ; on lessive ensuite la matière qui reste après cette extraction du soufre , et pour charger d’acide l’eau de ce résidu , on la fait passer successivement sur d’autres résidus également dessoufrés, après quoi on l’évapore dans des chaudières de plomb. La matière pyriteuse n’est pas épuisée de vitriol par cette première opération; on la reprend pour l’étendre à l’air, et au bout de dix-huit mois oudeuxans, elle fournit, par une semblable lessive, de nouveau vitriol.

U y a dans quelques endroits des terres qui sont assez mêlées de pyrites décomposées pour donner du vitriol par une seule lessive. Au reste on ne se sert que de chaudières de plomb pour la fabiication du vitriol, parce que l’acide rongerait le fer et le cuivre. Pour reconnaître si la lessive vitriolique est assez chargée , il faut se servir d’un pèse-liqueur ; dès que cet instrument indiquera que la lessive contient vingthuit onces de vitriol , on pourra la faire évaporer pour obtenir ce sel en cristaux. Il faut environ quinze jours pour opérer cette cristallisation, et 1 on a observe qu elle réussit beaucoup mieux pendant l’hiver qu’en été 2.

« soin de la tenir toujours pleine pendant l’ébullition jusqu’à « ce qu’il se (orme une pellicule. La durée d’une évaporation « varie suivautle degré de force que l’eau a acquis; trois à « quatre jours sulfisent quelquefois pour concentrer celle « d une pleine chaudière ; d’autres fois elle exige uue semaine « entière : après ce temps on transvase cette eau dans une « des caisses de cristallisation , où elle reste.plus ou moins de « temps / suivant le degré de chaleur de l’atmosphère.

« Chaque chaudière produit communément quatre tonnes « ou quatre-vingts quintaux' de vitriol , indépendamment de i celui qui est contenu dans les eaux-mères ; il se vend aux « Hollandais à raison de qnatre livres sterling la toune : si on « 1 établit à un si bas prix , ii faut observer que l'ou n’a eu , t pour ainsi dire, que les premières dépenses de l’établisse- « ment à faire , puisque cette pyrite n’a pas besoin d’être cal- « cinée , et que les seuls frais sont ceux de l évaporation , qui « sont d un mince objet dans un pays où le charbon est à très- « bas prix : d’ailleurs ce vitriol est de la meilleure qualité ,

• puisqu'il n’est composé que du fer et de l’acide vitriolique t il n’en est pas de même de celui que l’on fabrique commu-

• nément en Allemagne et en France avec des pyrites txtrai- « tes d’un filon , qui contiennent presque toujours du cuivre « ou du zinc , dont il est comme impossible de le priver en- « tièrement. surtout avec bénéfice, s Voyages métallurgiques, tome III , page 516 et suiv.

1 Voyez les procédés de cette extraction , sous l’article du

Soufre.

* Le vitriol martial d’Angleterre est en cristaux de couleur verte brune , d’un goût doux , astringent , approchant de celui du vitriol blanc. Le vitriol dans lequel il y a une surabondance de fer est d’un beau vert pur; c’est celui dont on se sert pour l’opération de l’huile de vitriol : celui d’Allemagne est

Nous avons en France quelques mines de vitriol naturel : « On en exploite, dit M. de Gen- « sanne, une au lieu de la Fonds près Saint-Ju- « lien-de-Valgogne; le travail y est conduit « avec la plus grande intelligence : le minéral y « est riche et en grande abondance, et le vi- « triol qu’on y fabrique est certainement de la « première qualité \ » Il doit se trouver de semblables mines dans tous les endroits où la terre limoneuse et ferrugineuse se trouve mêlée d’une grande quantité de pyrites décomposées 2.

11 se produit aussi du vitriol par les eaux sulfureuses qui découlent des volcans ou des solfatares : « La formation de ce vitriol, ditM. l’abhé « Mazéas , s’opère de trois façons ; la première , « par les vapeurs qui s’élèvent des solfatares et « des ruisseaux sulfureux: ces vapeurs, en retom- « bant sur les terres ferrugineuses, les recou- « vrent peu à peu d’une efflorescence de vi- « triol... La seconde se fait par la filtration des

en cristaux d’un vert bleuâtre, assez beaux, d’un goût âcre et astringent ; ils participent non-seulement du fer , mais encore d une portion de cuivre : cette espèce convient fort à l’opération de l'eau-forte.

Le vitriol vert se tire encore d’une autre matière que des pyrites : dans les mines de cuivre où l’on exploite le cuivre, le fond des galeries est toujours abreuvé d une eau provenant de la condensation des vapeurs qui régnent dans ces mines; quelquefois même il sort, par quelques ouvertures naturellement pratiquées dans le bas de ces mines , une liqueur minérale très-bleuâtre, ou légèrement verdâtre; cest le vitriolum ferreum cuprcum aquis immixtum. On adapte à l’orifice de cette issue un tuyau de bois qui conduit la liqueur dans une citerne remplie de vieille ferraille : la | partie cuivreuse en dissolution, qui donnait au mélange une couleur bleue, fait divorce et se dépose en forme d’untj boue roussàtre sur les morceaux de fer, qui ont plus d’affinité avec l’acide vitriolique que n’en a le cuivre; alors la liqueur, de bleuâtre qu’elle était, pour la plus grande partie, se change en une belle couleur verte, simple et martiale ; on la décante dans une autre citerne, dont le niveau est pratiqué à la base de la précédente : on y plonge de nouveau un morceau de 1er, lequel, s’il ne rougit pas ni ue se dissout point, fournit une preuve constante que l’eau ne participe que d’un fer pur , et qu’elle en est suffisamment chargée; alors on procède à l’évaporation et à la cristallisation : celle-ci se fait en portant la liqueur chaude, soit dans différents tonneaux de bois de chêne ou de sapin , lesquels sont garnis d'un bon nombre de branches de bois fourchues, longues de quinze pouces , et dilléremment entre-croisées , soit dans des fosses ou des auges garnies de planches, dans lesquelles ou suspend des morceaux de bois qui ressemblent à des herses, étant hérissés de plus de cinquante chevilles ou pointes; c’est ainsi qu’ea multipliant les surfaces sur lesquelles le vitriol s'altacheet se cristallise, l'on accélère la cristallisation et sa régularité. Minéralogie de Valmont de Bomare, tome I , page 503.

' Histoire Naturelle du Languedoc, tome I, page 176,

3 Avant de quitter Gazalla (eu Espagne), je fus voir une mine de vitriol qui est à une demi-lieee, dans le rocher d’une montagne appelée les Châtaigniers... La pierre estpynteuie ! et ferrugineuse, et l'on y voit des fleurs et des taches proj fondes de jaune verdâtre , et une sorte de farine. Bowles .

| Histoire naturelle d’EspagDe.

HISTOIRE NATURELLE

a vapeurs à travers les terres : ces sortes de mi- « nés fournissent beaucoup plus de vitriol que les « premières ; elles se trouvent communément « sur le penchant des montagnes qui contien- « nent des mines de fer, et qui ont des sources « d’eaux sulfureuses. La troisième manière est « lorsquela terre ferrugineuse contient beaucoup « de soufre : on s’aperçoit, dès qu’il a plu, d’une « chaleur sur la surface de la terre causée par « une fermentation intestine. . . Il se forme du vi- « triol en plus ou moins grande quantité dans < ces terres * . »

Le vitriol bleu , dont la base est le cuivre, se forme comme le vitriol de fer ; on ne le trouve que dans les mines secondaires où le cuivre est déjà décomposé, et dont les terres sont abreuvées d’une eau chargée d’acide vitriolique. Ce vitriol cuivreux se présente aussi en masses ou en stalactites, mais rarement cristallisées, et les cristaux sont plus souvent dodécaèdres qu’hexaèdres ou rhomboïdaux. On peut tirer ce vitriol des pyrites cuivreuses et des autres minerais de ce métal qui sont presque tous dans l’état pyriteux 2.

On peut aussi employer des débris ou rognures de cuivre avec l’alun pour faire ce vitriol.

« Mémoires sur les Solfatares des environs de Rome, t. V des Mémoires des Savants étrangers, page 319.

3 On ne peut tirer le vitriol bleu cpie de la véritable mine de cuivre ou de la matte crue qui en provient ; plus la mine de-cuivre est pure, plus elle contient de cuivre, plus le vitriol est d’un beau bleu ; cependant il y a moins de bénéfice à convertir le cuivre en vitriol que de le convertir en métal , attendu qu’on ne le tire pas tout d’une mine par la lessive , et qu’il en coûterait beaucoup trop pour retirer ce reste de cuivre par la fonte.

Lorsqu'on veut faire du vitriol bleu d'une mine de cuivre , il faut la griller ou griller sa matte... On met cette mine toute chaude dans des cuves qu’on ne remplit qu’à moitié; ou bien si on l’a laissée refroidir après le grillage, il faut que l’eau qu’on verse dessus soit bouillante, ce qui est encore mieux , surtout dans les endroits où, comme à Goslar, il y a dans l’atelier un chaudière exprès pour faire chauffer l'eau : la lessive du vitriol bleu se fait comme celle du vitriol vert; et si pendant vingt-quatre heures elle ne s'enrichit pas assez et ne contient pas au moins dix onces de vitriol , on peut la laisser séjourner pendant quarante-huit heures, ou bien verser cette lessive sur d’autre mine calcinée, afin d’en faire une lessive double : après que la lessive a séjourné le temps nécessaire sur la mine, on la transporte dans d'autres cuves, pour qu'elle puisse s’y clarifier ; ensuite on tire la mine qui a été lessivée et on la grille de nouveau, ou pour la fondre, ou pour en faire un seconde lessive.

Les eaux-mères qui-restent après la cristallisation du vitriol se remettent dans la chaudière avec de la lessive neuve, comme dans la fabrication du vitriol vert ; on verse dans une cuve à rafraîchir les lessives cuites, et après qu'elles y ont déposé leur limon, on la transvase dans des cuves à cristalliser, et l'on y suspend des roseaux ou des échalas de bois , après lesquels le vitriol se cristallise. Traité de la Fonte des mines de Schlutter, tome II , pages 638 et 639.

On commence par jeter sur ces morceaux de cuivre du soufre pulvérisé; on les met ensemble dans un four, et on les plonge ensuite dans une eau où Ton a fait dissoudre de l’alun : l’acide de l’alun ronge et détruit les morceaux de cuivre ; on transvase cette eau dans des baquets de plomb lorsqu’elle est suffisamment chargée, et en la faisant évaporer on obtient le vitriol qui se forme en beaux cristaux bleus ' . C’est de cette apparence cristalline ou vitreuse que le nom même de vitriol est dérivé 2.

Le vitriol de zinc est blanc et se trouve aussi en masses et en stalactites dans les minières de pierre calaminaire ou dans les blendes ; il ne se présente que très-rarement en cristaux à facettes : sa cristallisation la plus ordinaire dans le sein de -la terre est en filets soyeux et blancs 3.

On peut ajouter à ces trois vitriols métalliques, qui tous trois se trouvent dans l’intérieur de la terre, une substance grasse à laquelle on a donné le nom de beurre fossile, et qui suinte des schistes alumineux : c’est une vraie stalactite vitriolique ferrugineuse , qui contient plus

* Pline a parfaitement connu cette formation des cristaux du vitriol , et même il en décrit le procédé mécanique avec autant d’élégance que de clarté : Fit in Hispaniœ puteis

dit-il , id genus aquce habentibus . Decoquitur . et in

piscinas ligneas funditur. Imnwbilibas super lias transtris dépendent restes, quibus adhœrescens limus , vitreis acinis imaginent quamdam uvæ reddit. Color cœruleus per quant spectabili nitere , vitru mque creditur. Histoire Naturelle ; liv. XXXIV , chap. xu.

2 Les Grecs , qui apparemment connaissaient mieux le vitriol de cuivre que celui de fer, avaient donué à ce sel un nom qui désignait son affinité avec ce premier métal ; c’est la remarque de Pline : Grceci cognationem œris nomine fecerunt . appelantes chalcanthumi. liv. XXXIV, chap xii.

2 La base du vitriol blanc est le ziue ; ou l’a souvent nommé vitriol de Goslar d , parce qu'on le tire des mines de plomb et d'argent de Rammelsberg, près de Goslard ; on leur fait subir un premier grillage par lequel on retire du soufre , et pour obteuir le vitriol blanc on fait les mêmes opérations que pour le vitriol vert. Ce vitriol blanc se fabrique toujours en été; il faut que la lessive soit chargée de quinze ou dix-sept onces de vitriol avant de la mettre dans des cuves où elle doit déposer son limon jaune ; car s’il en restait dans la lessive lorsqu'on la verse dans la chaudière pour la faire bouillir , le vitriol , au lieu d’être blanc , se cristalliserait rougeâtre. . . . L’ébullition de la lessive du vitriol blanc doit être continuée plus longtemps que celle du vitriol vert . Lorsque la les¬

sive est suffisamment évaporée , on la transvase dans la cuve à rafraîchir , et de là dans des cuviers de cristallisation où l’on arrange des lattes et des roseaux ; elle y reste quinze jours après quoi on retire le vitriol blanc pour le mettre dans la caisse à égoutter, puis on le calcine et on l'enferme dans des barils. Traité de la Fonte des mines de Schlutter , tome H . page 639. Nota. Wallerius. suivant la remarque de M. Val- 1 mont de Bomare ( Minéralogie , tome I. , page 307 ) , observe j que le vitriol de zinc, indépendamment de cedemi-métal, parait contenir aussi du fer. du cuivre, et même du plomb: cela peut être en le considérant dans un état d’impureté et de mélange , mais il n’en e-t pas moins vrai que !e zinc est sa base.

DES MINÉRAUX

d’acide qu’aucun des autres vitriols métalliques; et par cette raison M. le baron de Dietrich a cru pouvoir avancer que ce beurre fossile n’est que de l’acide vitriolique concret \ Mais si l’on fait attention que cet acide ne prend une forme concrète qu’après une très-forte concentration et par la continuité d’un feu violent , et qu’au contraire ce beurre vitriolique se forme, comme les autres stalactites, par l'intermède de l'eau, il me semble qu’on ne doit pas hésiter à le rapporter aux vitriols que la nature produit par la voie humide.

Après ces vitriols à base métallique , on doit placer les vitriols à base terreuse qui, pris généralement , peuvent se réduire à deux : le premier est l’alun dont la terre est argileuse ou vitreuse; et le second est le gypse que les chimistes ont appelé sélénite , et dont la base est une terre calcaire. Toutes les argiles sont imprégnées d’acide vitriolique, et les terres qu’on appelle alumineuses ne diffèrent des argiles communes qu’en ce qu’elles contiennent une plus

* M. le baron de Dietrich dit (note 34) que ce minéral est décrit par M. Pallas, sous le nom de kamenoja maslo ; en allemand, stein butter s, c’est-à-dire beurre fossile : « Ce a n’est, dit M. de Dietrich, autre chose qu’un acide vitriolique « chargé de quelques parties ferrugineuses et de beaucoup de « matières terreuses et grasses... On en tire d’un schiste alua mineux fort dur et brun à Willischten, sur la rive droite de a l’Aï : il suinte des fentes des rochers et des grottes formées a dans ces schistes, sous la forme d’une matière grasse d’un a blanc jaunâtre, qui se durcit un peu en la faisant sécher, a Lorsqu’on examine avec attention les endroits les plus pro- » près de ces grottes, on le découvre sous la forme d’aiguilles a fines ; c’est, selon toute apparence, de l’acide vitriolique cona cret natif, comme celui qui a été découvert par le docteur a Balthasar, en Toscane : dès que le temps est humide, cette a matière suinte avec bien plus d’abondance hors des rochers.

« Il y a un schiste argileux vitriolique surla rivière deTornsk, a près de la ville de ce nom, dont on extrait du vitriol impur a jaune, qu’on vend mal à propos à Tomsk pour du beurre a fossile. C’est à Kranosjark qu’on trouve le véritable beurre a fossile en grande abondance et à bon marché ; on l’y apa porte des bords du fleuve Jeneseï et de ceux du fleuve Mana, a où on le trouve dans les crevasses et cavités d’un schiste « alumineux noir, à la surface duquel il est attaché sous la a forme d’une cloute épaisse et raboteuse ; il y en a aussi en a aiguilles; il est en général très blanc, léger ; et lorsqu’on « le brûle à la flamme, qui le liquéfie facilement, et qu’on le a fait bouillir, il s’en élève des vapeurs vitrioliques rouges, et a le résidu est une terre légère très-blanche et savonneuse. On a trouxe la même matière dans un schiste alumineux brun,

« sur ie rivage de Chilok, près du village de Parkina ; le peuple « se sert de cette matière en guise de remède pour arrêter les a diarrhées et dysentet ies, les pertes des femmes en couches, a les fleurs blanches et autres écoulements impurs: on le donne a pour vomitif aux enfants, afin de les débarrasser des glaires « qu’ils ont sur la poitrine; enfin on s’en sert encore , en cas a de nécessité, au lieu de vitriol pour teindre le cuir en noir ;

« et l’on prétend que les forgerons en font usage pour faire » l’acier : ce dernier fait aurait mérité d’être constaté. » Voyage de M. Pallas, tome 11, pages 88, 626, 697; et tome III, page 258.

grande quantité de cet acide : l’alun y est toujours en particules éparses , et c’est très-rarement qu’il se présente en filets cristallisés ; on le tiie aisément de toutes les terres et pierres argileuses en les faisant calciner et ensuite lessiver à l’eau.

Le gypse, qu’on peut regarder comme un vitriol calcaire , se présente en stalactites et en grands morceaux cristallisés dans toutes lescarrières de plâtre .

Mais lorsque la quantité de terre contenue dans l’argile et dans le plâtre est très-grande en comparaison de celle de l’acide , il perd en quelque sorte sa propriété la plus distinctive; il n’est plus corrosif, il n’est pas même sapide : car l’argile et le plâtre n’affectent pas plus nos organes que toute autre matière; et sous ce point de vue , on doit rejeter du nombre des substances salines ces deux matières, quoiqu’elles contiennent de l’acide.

Nous devons par la même raison ne pas compter au nombre des vitriols ou substances vraiment salines toutes les matières où l’acide en petite quantité se trouve non-seulement mêlé avec l’une ou l’autre terre argileuse ou calcaire, mais avec toutes deux, comme dans les marnes et dans quelques autres terres et pierres mélangées de parties vitreuses, calcaires, limoneuses et métalliques : ces sels à double base forment un second ordre de matières salines , auxquelles on peut donner le nom d’hépar. Mais toute matière simple, mixte ou composée de plusieurs substances différentes , dans laquelle l’acide est engagé ou saturé, de manière à n’être pas senti ni reconnu par la saveur , ne doit ni ne peut être comptée parmi les sels sans abuser du nom ; car alors presque toutes les matières du globe seraient des sete , puisque presque toutes contiennent une certaine quantité d’acide aérien. Nous devons ici fixer nos idées par notre sensation : toutes les matières insipides ne sont pas des sels ; toutes celles au contraire dont la saveur offense, irrite ou flatte le sens du goût, seront des sels, de quelque nature que soit leur base , et en quelque nombre ou quantité qu’elles puissent être mélangées. Cette propriété est générale , essentielle et même la seule qui puisse caractériser les substances salines et les séparer de toutes les autres matières. Je dis le seul caractère distinctif des sels ; car , l’autre propriété par laquelle on a voulu les distinguer, c’est-à-dire la solubilité

HISTOIRE NATURELLE

dans l’eau, ne leur appartient pas exclusivement ni généralement, puisque les gommes et même les terres se dissolvent également dans toutes liqueurs aqueuses , et que d’ailleurs on connaît des sels que l’eau ne dissout point % tels que le soufre qui est vraiment salin, puisqu’il contient l’acide vitriolique en grande quantité.

Suivons donc l’ordre des matières dans lesquelles la saveur saline est sensible ; et ne considérant d’abord que les composés de l’acide vitriolique, nous aurons dans les minéraux les vitriols de fer, de cuivre et de zinc auxquels on doit ajouter l’alun, parce que tous sont nonseulement sapides , mais même corrosifs.

L’acide vitriolique, qui par lui même est fixe, devient volatil en s’unissant à la matière du feu libre sur laquelle il a une action très-marquée, puisqu’il la saisit pour former le soufre, et qu’il devient volatil avec lui dans sa combustion. Cet acide sulfureux volatil ne diffère de l’acide vitriolique fixe que par son union avec la vapeur sulfureuse dont il répand l’odeur ; et le mélange de cette vapeur à l’acide vitriolique , au lieu d’augmenter sa force, la diminue beaucoup; car cet acide devenu volatil et sulfureux a beaucoup moins de puissance pour dissoudre; son affinité avec les autres substances est plus faible; tous les autres acides peuvent le décomposer, et de lui-même il se décompose par la seule évaporation. La fixité n’est donc point une qualité essentielle à l’acide vitriolique ; il peut se convertir en acide aérien, puisqu’il devient volatil et se laisse emporter en vapeurs sulfureuses.

L’acide sulfureux fait seulement plus d’effet que l’acide vitriolique sur les couleurs tirées des végétaux et des animaux; il les altère, et même les fait disparaître avec le temps , au lieu que l’acide vitriolique fait reparaître quelques-unes de ces mêmes couleurs , et en particulier celle des roses. L’acide sulfureux les détruit toutes ; et c’est d’après cet effet qu’on l’emploie pour donner aux étoffes la plus grande blancheur et le plus beau lustre.

L’acide sulfureux me paraît être l’une des nuances que la nature a mises entre l’acide vitriolique et l’acide nitreux ; car toutes les propriétés de cet acide sulfureux le rapprochent évidemment de l’acide nitreux, et tous deux ne sont au fond que le même acide aérien qui ,

4 Lettres de M. Desmesle, tome I, page 44,

ayant passé par l’état d’acide vitriolique, est devenu volatil dans l’acide sulfureux, et a subi encore plus d’altération avant d’être devenu acide nitreux par la putréfaction des corps organisés. Ce qui fait la principale différence de l’acide sulfureux et de l’acide nitreux, c'est que le premier est beaucoup plus chargé d’eau que le second , et que, par conséquent , il n’est pas aussi fortement uni avec la matière du feu.

Après les vitriols métalliques , nous devons considérer les sels que l’acide vitriolique a formés avec les matières terreuses, et particulièrement avec la terre argileuse qui sert de base à l’alun; nous verrons que cette terre est la même que celle du quartz , et nous en tirerons une nouvelle démonstration de la conversion réelle du verre primitif en argile.

Page 1