‹ Œuvres complètes de BuffonChapitre 41 sur 235 · SEL AMMONIAC · texte numérisé non relu

SEL AMMONIAC

Ce sel est ainsi nommé du mot grec ammos , qui signifie du sable, parce que les anciens ont écritqu’on le trouvait dans les sables, qui avaient aussi donné leur nom au temple de Jupiter Amman. Cette tradition néanmoins ne s’est pas pleinement confirmée; car ce n’est qu’au-dessus des volcans et des autres fournaises souterraines, que nous sommes assurés qu’il se trouve réellement du sel ammoniac, formé par la nature. C’est un composé de l’acide marin et de l’alkali volatil , et cette union ne peut se faire que par le feu ou par l’action d’une grande chaleur. On a dit que l’ardeur du soleil, dans les terrains secs des climats les plus chauds , produisait ce sel dans les endroits où la terre se trouvait arrosée de l’urine des animaux ; et cela ne parait pas impossible, puisque l’urine putréfiée donne de l’alkali volatil, et que la chaleur du soleil dans un temps de sécheresse peut équivaloir à l’action d’un feu réel ; et comme il y a, sur la surface de la terre, des contrées où le sel marin abonde, il peut s’y former du sel ammoniac par l’union de l'acide de ce sel avec l’alkali volatil de l’urine et des autres matières animales ou végétales en putréfaction ; et de même dans les lieux où il se sera rencontré d’autres sels acides, vitrioliques, nitreux, etc., il en aura résulté autant de différents sels ammoniacaux, qu’il y a de combinaisons diverses entre l’acide de ces sels et l’alkali volatil ; car quoiqu’on puisse dire aussi qu’il y a plusieurs alkalis volatils, parce qu’en effet ils diffèrent entre eux par quelques qualités qu’ils empruntent des substances dont on les tire ; cependant tous les chimistes conviennent qu’en les purgeant de ces matières étrangères , tous ces alkalis volatils se réduisent à un seul, toujours semblable à lui-même, lorsqu’il est amené à un point de pureté convenable.

DES MINÉRAUX

De tous les sels ammoniacaux, celui que la

nature nous présente en plus grande quantité, est le sel ammoniac, formé de Pacide marin et de I alkali volatil : les autres qui sont composés de ce même alkali avec l'acide vitriolique , l’acide nitreux ou avec les acides végétaux et animaux, n’existent pas sur la terre, ou ne s’y ti ornent qu’en si petite quantité qu’on peut les négliger dans l’énumération des productions de la nature. Mais de la même manière que l’alkali fixe et minéral s’est combiné en immense quantité avec l’acide marin , comme le moins éloigné de son essence , et a produit le sel commun, lalkali volatil a aussi saisi de préférence cet acide marin plus volatil , et par conséquent plus conforme à sa nature , que les deux autres acides minéraux . Il n’est donepas impossibleque Je sel ammoniac se forme dans tous les lieux où Palkali volatil etle sel marin se trouvent réunis. Les anciens relateurs ont écrit que l’urine des chameaux produit sur les sables salés de l’Arabie et de la Libye , du sel ammoniac en grande quantité. Mais les voyageurs récents n’ont ni îecherché ni vérifié un fait , qui néanmoins me paraît assez probable.

Les acides en général s’unissent moins intimement avec Palkali volatil qu’avec les alkalis f.ves ; et Pacide marin en particulier n’est qu’assez faiblement uni avec Palkali volatil dans le sel ammoniac. C’est peut-être par cette raison que tous les sels ammoniacaux ont une saveur beaucoup plus vive et plus piquante que les sels composés des mêmes acides et de Palkali fixe. Ces sels ammoniacaux sont aussi plus volatils et plus susceptibles de décomposition, parce que Palkali volatil n’est pas aussi fortement uni que Palkali fixe avec leur acide.

On trouve du sel ammoniac tout formé et sublimé au-dessus des solfatares et des volcans ; et ce tait nous fournit une nouvelle preuve de ce que j’ai dit au sujet des matières qui servent d’aliment à leurs feux; ce sont les pyrites, les terres limoneuses et végétales, les terreaux, le charbon de terre, les bitumes et toutes les substances, en un mot, qui sont composées des détriments des végétaux et des animaux, et c’est par le choc de Peau de la mer contre le feu que se font les explosions des volcans : l’incendie de ces matières animales et végétales humectées d eau marine doit donc former du sel ammoniac, qui se sublime par la violence du feu , et qui se cristallise par le refroidissement contre

les parois des solfatares et des volcans. Le savant minéralogiste Cronstedt , dit : « qu’il sert rait aisé d’assigner l’origine du sel ammoniac, « s’il était prouvé que les volcans sont produits « par des ardoises formées des végétaux dé- « composés et d’animaux putréfiés avec 17 iu- « mus; car on sait, ajoute-t-il, que les pétri fica- « cations ont des principes qui donnent un sel i (i urineux. » Mais les ardoisesne sont pas comme le dit Cronstedt, de P Humus ou Terre végétale; elles ne sont pas formées de cette terre et de végétaux décomposés ou d’animaux putréfiés, et les volcans ne sont pas produits par les ardoises ; car c’est cette même terre Humus, ce sont les détriments des végétaux et des animaux dont elle est composée, qui sont les véritables aliments des feux souterraius ; ce sont de même les charbons de terre, les bitumes, les pyrites et toutes les matières composées ou chargées de ces détriments des corps organisés qui causent leur incendie et entretiennent leur feu ; et ce sont ces mêmes matières qui contiennent des sels urineux en bien plus grande quantité que les pétrifications; enfin, c’est là la véritable origine du sel ammoniac dans les volcans : il se forme par l’union de Pacide de Peau marine à Palkali volatil des matières animales et végétales , et se sublime ensuite par l’action du feu.

Le sel ammoniac et le phosphore sont formés par ces deux mêmes principes salins : Pacide marin qui seul ne s’unit pas avec la matière du feu, la saisit dès qu’il est joint à Palkali volatil et forme le sel ammoniac ou le phosphore, suivant les circonstances de sa combinaison ; et même lorsque Pacide marin ou Pacide nitreux sont combinésavec Palkali fixe minéral, ils produisent encore le phosphore ; car le sel marin calcaire et le nitre calcaire , répandent et conservent de la lumière assez longtemps après leur calcination : ce qui semble prouver que la base de tout phosphore est Palkali, et que Pacide n’en est que l’accessoire. C’est donc aussi Palkali volatil plutôt que Pacide marin qui fait l’essence de tous les sels ammoniacaux, puisqu’ils ne diffèrent entre eux que par leurs acides , et que tous sont également formés par l’union de ce seul alkali ; enfin c’est par cette raison que tous les sels ammoniacaux sont à demi volatils.

Le sel ammoniac formé parla combinaison de Palkali volatil avec Pacide marin , se cristallise

HISTOIRE NATURELLE

lorsqu’il est pur, soit par la sublimation , soit par la simple évaporation , toutes deux néanmoins suivies du refroidissement. Comme ces cristaux conservent une partie de la volatilité de leur alkali , la chaleur du soleil suffit pour les dissiper en les volatilisant. Au reste, ce sel est blanc, presque transparent, et lorsqu’il est sublimé dans des vaisseaux clos il forme une masse assez compacte , dans laquelle on remarque les filets appliqués dans leur longueur parallèlement les uns aux autres. Il attire un peu l’humidité de l’air et devient déliquescent avec le temps. L’eau le dissout facilement , et l’on a observé qu’il produit un froid plus que glacial dans sa dissolution. Ce grand refroidissement est d’autant plus marqué, que la chaleur de l’air est plus grande et qu’on le dissout dans une eau plus chaude , et la dissolution se fait bien plus promptement dans l’eau bouillante que dans l’eau froide.

L’action du feu ne suffit pas seule pour décomposer le sel ammoniac; il se volatilise à l’air 1 ibre ou se sublime comme le soufre en vaisseaux clos, sans perdre sa forme et son essence ; mais on le décompose aisément par les acides vitriolique et nitreux, qui sont plus puissants que l’acide marin, et qui s’emparent de l’alkali volatil , que cet acide plus faible est forcé d’abandonner. On peut aussi le décomposer par les alkalis fixes et par les substances calcaires et métalliques qui s’emparent de son acide avec lequel elles ont plus d’affinité que l’alkali volatil.

La décomposition de ce sel par la craie ou par toute autre matière calcaire, offre un phénomène singulier; c’est que d’un sel ammoniac que nous supposons composé de parties égales d’acide marin et d’alkali volatil , on retire par cette décomposition beaucoup plus d’alkali volatil, au point que sur une livre de sel composée de huit onces d’acide marin et de huit onces d’alkali volatil , on retire quatorze onces de ce meme alkali : ces six onces de surplus ont certainement été fournies par la craie, laquelle, comme toutes les autres substances calcaires , contient une très-grande quantité d’air et d’eau qui se dégagent ici avec l’alkali volatil, pour en augmenter le volume et la masse : autre preuve que l’air fixe ou acide aérien peut se convertir en alkali volatil.

Indépendamment de l’acide aérien il entre encore de la matière inflammable dans l’alkali volatil , et par conséquent dans la composition

du sel ammoniac ; il fait par cette raison fuser le nitre lorsqu'on les chauffe ensemble : il rehausse la couleur de l’or si on le projette sur la fonte de ce métal ; il sert aussi , et par la même cause, à fixer l’étamage sur le cuivre et sur le fer. On fait donc un assez grand usage de ce sel ; et comme la nature n’en fournit qu’en trèspetite quantité, on aurait dû chercher les moyens d’en fabriquer par l’art : mais jusqu’ici on s’est contenté de s’en procurer par le commerce. On le tire des Indes orientales, et surtout de l’Égypte 1 , où l’on en fait tous les ans plusieurs centaines de quintaux. C’est des déjections des animaux et des hommes que l’on extrait ce sel en Égypte2. On sait que, faute de bois, on y ramasse soigneusement les excréments de tous les animaux : on les mêle avec un peu de paille hachée pour leur donner du corps et les faire sécher au soleil ; ils deviennent combustibles par ce dessèchement , et l’on ne se sert guère d’autres matières pour faire du feu. On recueille avec encore plus de soin la suie que leur combustion produit abondamment; cette suie contient l’alkali volatil et l’acide marin , tous deux nécessaires à la formation du sel ammoniac : aussi ne faut- il que la renfermer dans des vaisseaux de verre qu’on en remplit aux trois quarts et qu’on chauffe graduellement au point de faire sublimer l’alkali volatil ; il enlève avec lui une

* On fait du sel ammoniac dans plusieurs lieux de l’Égypte, et surtout à Damanhour, qui est un villagesituédansle Delta, avec de la suie animale que l’on met dans des ballons de verre avec du sel marin, dissous dans l’urine de chameaux ou d’autres bêtes de somme. Sicard , dans les nouveaux Voyages des Missionnaires dans le Levant, tome II. — Le sel ammoniac se tire simplement de la suie provenue de la iiente de toutes sortes de quadrupèdes : les plantes les plus ordinaires dont ces animaux se nourrissent en Égypte sont la criste-marine, salicornia ; l’arroche ou patte-d’oie, chenopodium ; le kali de Naples, mesembry anthemum, toutes [liantes qui sont trèschargées de sel marin. On emploie aussi avec succès les excréments humains , qui passent pour fournir une grande quantité de sel ammoniac. ... On regarde même comme la meilleure la suie provenant des excréments humains Vingt-

six livres de bonne suie traitée et bien chauffée dans de gros rnatras de verre, donnent environ six livres de sel ammoniac: ce sel s’attache peu à peu , et forme une masse en forme de gâteau, à la partie supérieure du rnatras, que l’on brise pour eu détacher cette masse, qui est convexe par-dessus et plate par-dessous : elle est noirâtre à l’extérieur et blanchâtre à l’intérieur. C’est dans cet état que l’on envoie d’Égypte lesel ammoniac dans toute l’Europe et l’Asie, et on en exporte d’Égypte chaque année environ huit cent cinquante quintaux. Voyez les Mémoires de l’Académie de Suède, année 1751.

2 On pourrait faire, en France comme en Égypte, du sel ammoniac ; car dans plusieurs de nos provinces qui sont dégarnies de bois , telles que certaines parties de la Bretagne, du Dauphiné , du Limosin. de la Champagne , etc., les pauvres gens ne brident que des excréments d’animaux.

DES MINÉRAUX

portion de l’acide marin, et iis forment ensem- I et que même il se présente quelquefois en mas ble au haut du vaisseau une masse eansiaé,.*. I ses j0intes à du soufre ou à d’autres matières

volcaniques.

ble au haut du vaisseau une masse considéra ble de sel ammoniac. Vingt-six livres de cette suie animale donnent , dit-on, six livres de sel ammoniac. Ce qu'il y a de sûr, c’est que l’Égypte en fournit l’Europe et l’Asie. Néanmoins

on fabrique aussi du sel ammoniac dans quel- I “T ** U" SC1 qU1 nous vientd

dues endroits des Inrlps nripntnipc • mnic ii I 11 01 !g]ne et même la fabrication ne nous

borax.

Le borax est un sel qui nous vient de l’Asie

dont IWicrinp pé mômn lo •

ques endroits des Indes orientales: mais il ne cn & meme Ja fabrication ne nous

nous en arrive que rarement et en petite quan- ° faS. ]en connaes- 11 paraît néanmoins que ... , ~ ^ 4 1 ce se est fnrmp mi /hi r™ir.o /n - ,

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tité. On le distingueaisément de celui d’Égypte- I f SC fSt fTmé 0U du moins ébailché par la nail est en forme de pain de sucre et l’autre est Ule’ e que es anciens Arabes qui lui ont donné en masse aplatie : leur surface est également soni\om savaient le facturer, et en faisaient un

en masse aplatie : leur surface est également , raient i ejacturer, et enfaisaient un noircie de l’huile fuligineuse de la suie et il Sranq usage5 mais ils ne nous ont rien transfaut les laver pour les rendre blancs an d’pW* miS e Ce qu’1,s Pouvaient savoir sur sa forma-

faut les laver pour les rendre blancs au dehors T T pouvaient sav01r sur sa formacomme ils le sont au dedans ,! dans e se*n de ^a terre? et sur la manière

en

La saveur de ce sel est piquante et salée, et I 6 raire et de le PréParer5 les voyageurs i même temps froide et amère: son odeur pé- m°, ernes^ous apprennentseulementquecesel étrante est urineuse, et il y a toute raison de T !°l^G a°S ^uel(IliesProvinces de la Perse1,

nétranteesturineuse, et il y a toute raison de L. , T , ^ queiquespr°vmces de ,a Perse %

croire qu’il peut eneffetse former dans leslieux f , ar ane mendl0nale et dans quelques ù l’alkali volatil de l’urine putréfiée se corn- m orientaIes3- La meilleur.

. r relation P«t ppIIp mil o AhA «..Ui* '

bine avec l’acide du sel marin. Ses cristaux

relation est celle qui a été publiée par l’un

sont en filets arrangés en forme de barbes de I î® "v ,pK'S 'a^°™ux et fvants naturalistes ,

plumes, à peu près comme ceux de l’alun; a m0ut ,de Bomare > Par laquelle il pa-

île «Rn.fn ^ . 1-. , I rait que ce sel se trouve dans des terres gras-

ils sont pliants et flexibles, au lieu que ceux de l’alun sont raides et cassants. Au reste on peut tirer du sel ammoniac de toutes les matières qui contiennent du sel marin et de l’alkali volatil. Il y a même des plantes comme la moutarde, les choux, etc., qui fournissent du sel ammo niac , parce qu’elles sont imprégnées de ces deux sels

On recueille le sel ammoniac qui se sublime par l’action des feux souterrains, et même l’on aide à sa formation en amoncelant des pierres

4 Le borax est un sel minéral qui naît aux Indes orientales en Perse , en Transylvanie ; après qu’il a été tiré de la terre ’ on le raffine peu à peu comme les autres sels , et il se condense en beaux morceaux blancs , nets , durs , transparents secs; il se garde facilement sans s’humecter; il a d’abord un goût un peu amer, après quoi il devient douceâtre. On s’en sert pour souder quelques métaux , et principalement l’or ce qui 1 a fait appeler chrysocolla -, il est aussi quelquefois employé dans la médecine, comme un remède incisif et apéritif Collection académique , partie française , tome II , page 28 ’ 2 Le borax , dont les orfèvres se servent pour purifier l’oet l’argent se trouve dans la montagne de la province de pUrbet, sous le Razia Biberom, vers la grande Tartarie i e borax vient de la rivière de Jankenckav, laquelle, en sortant

sur les ouvertures et fentes par OÙ s’exhalent de la montagne , entre dans la rivière de Mazeroovjaquede les fumées OU vapeurs enflammées : elles lais- traverse toute la proviuce , et produit cette drogue qui croit «ont cnr - au fond de 1 eau comme le corail. tes Guzarates l’anneH*nb

«^Pierres une espèce de suie blanche j

et salée, de laquelle on tire du sel marin et du ton qu’ils remplissent d’huile pour le mieux conserverfvôya-

’ " • ■ ges de Mandeslo, suited Olearius; Paris, 1 fi56, tome II. page 250.

3 II n y a point d autres précautions à prendre dans l'achat

sel ammoniac : quelquefois aussi cette suie est purement ammoniacale; et Cela arrive lorsque I dy borax qui se fait dans laVovince de G^rrate^uede^oï

Pnniâo 1 .1 . , 1 . , s’il fisf hifin blanc af hian «

1 ' ~ iJiuvmue un sjuzaraie, que d

! acide marin dégagé de sa base s’est combiné s’d est bien blanc et bien transparent , de même que 1

avec l’alkali volatil des substances animales et I S”‘e des Voï,,6es de Tavcrnieri Roam’ ,713’ to

végétales, qui, sous la forme de bitume, de charbon de terre, etc., servent d’aliment au feu des volcans. Le Vésuve, l’Etna et toutes les solfatares en produisent , et l’on en trouve aussi sur les vieux volcans éteints , ou qui brûlent tranquillement et sans explosion. On cite le pays des Calmouks en Tartarie , et le territoire d’Orenbourg en Sibérie, comme très-abondants en sel ammoniac : on assure que dans ces lieux il a formé d’épaisses incrustations sur les rochers,

le sab , - , tomeV,

page 184.

4 ün nous a écrit , en 1754 , d’Ispahan , dit M. de Bomare . que le borax brun , tel qu'on l’envoie en Europe , se retirait d une terre sablonneuse ou d’une pierre tendre . grisâtre grasse, que l’on trouve seulement en Perse et dans' l’empire du grand Mogol , à Golconde et à Visapour , proche des torrents et au bas des montagnes, d'où il découle une eau mousseuse , laiteuse , un peu âcre et lixivielle. Ces pierres sont de différentes grosseurs; on les expose à l’air, afin qu’elles subissent une sorte d’efflorescence , jusqu’à cc qu'elles paraissent rouges à leur superficie , quelquefois verdâtres, obscures et brunâtres ; c’est là ce qu’on appelle matrice de borax , borax gras , brut, et pierre de borax. Tantôt ce sel se retire d’une eau épaisse, que l’on trouve dans des Ls es très -.rotondes près d’uue mine de cuivre de Perse : cette liqueur a

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ses et dans des pierres tendres , arrosées ou peut-être formées du dépôt des eaux qui découlent des montagnes à mines métalliques; ce qui semble indiquer que ce sel est en dissolution dans ces eaux , et que la terre grasse ou la pierre tendre ont été pénétrées de cette eau saline et minérale. On appelle tinkal ou borax brut la matière qu’on extrait de ces terres et pierres par la lessive et l’évaporation ; et c’est sous cette forme et sous ce nom qu’on l’apporte en Europe, où l’on achève de le purifier.

Dans leur état de pureté, les cristaux du borax ressemblent à ceux de l’alun ; ils contiennent cependant moins d’eau, et en exigent une plus grande quantité pour se dissoudre, et même ils ne se dissolvent bien que dans l’eau chaude. Au feu, ce sel se gonfle moins que l’alun; mais il s’y liquéfie et s’y calcine de même : enfin il se convertit en une sorte de verre salin, qu’on préfère au borax même dans plusieurs usages, parce qu’étant dépouillé de toute humidité il n’est point sujet à se boursoufler. Ce verre de borax n’est ni dur ni dense, et il participe moins des qualités du verre que de celles du sel ; il se décompose à l’air, y devient farineux ; il se dissout dans l’eau , et donne , par l’évaporation , des cristaux, tous semblables à ceux du borax. Ainsi ce sel, en se vitrifiant, loin de se dénaturer, ne fait que s’épurer davantage et acquérir

l’œil verdâtre, et la saveur d’un sel fade. On a soin de ramasser non-seulement cette liqueur , mais encore la matière comme gélatineuse qui la contient : on fait une espèce de lessive , tant de l’eau que de la terre graisseuse et des pierres , dont nous venons de faire mention , jusqu’à ce qu’elles soient tout à fait insipides ; on mélange ensuite toutes les dissolutions chargées de borax ; on les fait évaporer à consistance requise ; puis on procède à la cristallisation , en versant la liqueur à demi refroidie dans des fosses enduites de glaise ou d’argile blanchâtre , et recouvertes d'un chapeau enduit de la même matière. On laisse ainsi la liqueur se cristalliser ; et au bout de trois mois environ , on trouve une couche de cristaux diffus .opaques, terreux, verdâtres et visqueux, d’un goût nauséabond , qui flottent dans une partie de la liqueur qui n'a point totalement cristallisé; on les expose quelque temps à l'air, afin qu’ils sèchent un peu ; c'est ce qu’on appelle borax gras de la première purification.

On dissout de nouveau ce sel dans une quantité suffisante d’eau; puis l’on donne quelques jours à la dissolution, pour que les particules les plus hétérogènes s'en séparent et se précipitent ; ensuite on la décante ; on l'évapore et on la met à cristalliser dans une autre fosse que la première, mais également enduite d’argile grasse : après l’espace de deux mois , on trouve des cristaux plus purs, plus réguliers que les précédents; ils sontdemi blancs, verdâtres, grisâtres , un peu transparents; cependant toujours couverts d’une substance grasse, dont on les dépouille facilement en Hollande. C'est en cet état qu’on apporte en Europe ces cristaux de la seconde purification , auxquels l’on donne improprement le nom de borax brut , ou borax de la première fonte. Minéralogie deM. de bomare , tome I, pages 3U et 345.

des propriétés plus actives ; car ce verre de bu rax est le plus puissant de tous les fondants ; et lorsqu’on le mêle avec des terres de quelque qualité qu’elles soient, il les convertit toutes en verres solides et plus ou moins transparents, suivant la nature de ces terres.

Tout ceci paraît déjà nous indiquer que le borax contient une grande quantité d’alkali ; et cela se prouve encore par l’effet des acides sur ce sel ; ils s’emparent de son alkali , et forment des sels tout semblables à ceux qu’ils produisent en se combinant avec l’alkali minéral ou marin ; et non-seulement on peut enlever au borax son alkali , par les acides vitriolique, nitreux et marin, mais aussi par les acides végétaux1. Ainsi la présence de l’alkali fixe dans le borax est parfaitement démontrée ; mais ce n’est cependant pas cet alkali seul qui constitue son essence saline ; car après en avoir séparé , par les acides , cet alkali , il reste un sel qui n’est lui-même ni acide ni alkali , et qu’on ne sait comment définir. M. Homberg, de l’Académie des Sciences , est le premier qui en ait parlé; il l’a nommé sel sédatif , et ce nom n’a rapport qu’à quelques propriétés calmantes que cet habile chimiste a cru lui reconnaître ; mais on ignore encore quel est le principe salin de ce sel singulier ; et comme sur les choses incertaines il est permis de faire des conjectures, et que j’ai ci-devant réduit tous les sels simples à trois sortes, savoir, les acides, les alkalis et les arsenicaux, il me semble qu’on peut soupçonner avec fondement que le sel sédatif a l’arsenic pour principe salin.

D’abord il paraît certain que ce sel existe tout formé dans le borax , et qu’il y est uni avec l’alkali , dont les acides ne font que le dégager, puisqu’en le combinantde nouveau avec l’alkali, on en refait du borax. 2° Le sel sédatif n’est point un acide, et cependant il semble suppléer l’acide dans le borax , puisqu’il y est uni avec l’alkali : or, il n’y a dans la nature que l’arsenic qui puisse faire fonction d’acide avec les substances alkalines. 3° On obtient le sel sédatif du borax par sublimation ; il s’élève et s’attache au haut des vaisseaux clos en filets déliés ou en lames minces, légères et brillantes; etc’est sous cette forme qu’on conserve ce sel. On peut aussi le retirer du borax par la simple cristallisation; il paraît être aussi pur que celui qu’on

' Voyez sur ce sujet les travaux de MM. Lërnery , Geoffroy et Baron , dans les Mémoires de l’Académie des Sciences.

DES MINÉRAUX. 259

obtient par la sublimation: car il est é^alempnf i 'a * ,

brillant et aussi beau : il est seulement p us ne vitrifi h ? ! TT'" 1 "S fusib,e’ P sauf Mim„ ... . , p|us pe- vitrifiable et plus vitnfiant que le borax, et

peut s'empêcher d’td • ‘T’Y—' ’ et ““ “6 cePendaot il est privé de son alkali, qui, comme

obtenu nar suW^ il ^ ™ Sei Von Sait’ est ,e sel Ie PIus fondaiit et le plus né-

guer suffît Dour^mni"' : UÜ8r°S’ ditM-Mac- cessaire à la vitrification; dès lors ce sel sé-

4° C’est tou ion rs mr i ** ^ ^iand bocab datif contient donc une matière qui , sans être

retire le sel sêd itif d e,m°yen °S acides qu’ou alkalineî a néanmoins la même propriété vitri-

tion ou par cristal liüi vil^! sublima" fiante- Or je demande quelle peut être cette

chimiste ' de i»a. i 100 \ 1 * ^ai01h habile matière si ce n’est de l’arsenic, qui seul a ces

prouvé ou ’il ne se ^ ciences’ a bien propriétés, et qui même peut fondre et vitrifier

l’imaginer nar h rm^.PaS’ commeon pourrait plusieurs substances que les alkalis ne peuvent i imaginer, par la combinaison actuelle de l’ai- vitrifier?

tirer du borax °? Sf Seit P°U1 ^ re" seI se dissout dans l’esprit-de-vin: il donne

point un acide pnn?S1 ^ B ?St m tainemeüt a sa flamme une belle couleur verte ; ce qui semgardé ce sel comm^’- ^ ChlmiStes ont re“ ble Prouver encore qu’il est imprégné de quelapas été possible dp Tl'6’ paiCe qu d 116 Ieur ques cléments métalliques, et particulièrement à toutes les épreuves 6 ,e^0mposei 5 d a résisté de ceux du cuivre. Il est vrai qu’en supposant a conservlT scm^essen ^ 1 *U tCûter’ et ü Ce sel <Wé d’arsenic et de cuivre , il faut

sel est non-senlem m a teratlOÛ‘ 6° Ce encore admettre dans sa composition une terre des substances ter™ 6 P US Puis®ant fondant vitrescible, capable de saturer l’arsenic et d’en-

Ainsi minimie le „i i Tf . ' de saveur) et ses effets, au lieu d’être funestes

et qu’il Ie soit én pffpt , ' Paraisse slmPle comme ceux de l’arsenic et du cuivre, ne sont

néanmoins composé de P T ^ ® b°‘'aX’ *' ®St que doux et même salutaires. Mais ne trouvelines et métalliques li Tr SUbstanCes sa' t'on Pas la même différence d'effets entre le notre art ne Dent |P*\é lntl.me“.ent umes ’ 1ue sublimé corrosif et le mercure doux? Un autre ces substances neuve ./'T®' ’ 1 T PlesumecIue tait qui va encore à l’appui de ma conjecture, enivre auauel T„ si p® ' “ et du c’eat ^ <* borax fait pâlir la couleur de l’or; ei fortement qu’on i tn'andl • adbèle si l’on sait que l’arsenic le pâlit ou blanchit de

Ceci n’est ou’une conicet ‘‘ SeParei’- méme : mais °“ ne sait pas, et il faudrait l’es-

coLe d’une narle h '6’ mS0Up*0D> “ais W si ® jetant à plusieurs reprises une dans des terres oldes ‘T''® qUe §rande lIuantité de borax SU1' l’or en fusion, il

métalliques et particulière ° T Pa'tleS ne ,e rendl'ait Pas cassant comme fait l’arsenic.

tre part le sel sérlat-f „ w • sa > et d au' douter que le borax et le sel sédatif ne contins-

qu’if a' plusieursUriêt iTu a'kali’ ®‘ Sent de |,al'senic' Aa ''este, il faudrait faire de de l’arsenic- et uu’enl *'“Seml’h,blt;s a celles préférence cet essai sur le sel sédatif qui est dé-

dans la nâtu’re le^ S ^ Vallr T p S‘mpleS balTassé d’alkali> <i'd a comme le borax la

i’ai cru que ma S ^ as ezTndS Pr0P1'iété,de “ E“fln’ Peut com'

»ur la hisse,- , d parer au bol'ax le nitrefixé par l'arsenic, qui

lins à tol TriilT e:'rTm:ttant néaD- devie,lt par ce méIa“§e -

'arrêt irrévocable de v P?rt'culierement a dant, et qu’on peut employer au lieu de borax

mira ou la confirmera THTl 1.11 P°Ur °Pfrer la \d''ifieation. Tous ces rapports

-ruira ou la confirmera. Je puis, en attendant, ‘iter un fait qui paraît bien constaté. M. Calet, l’un de nos savants chimistes, de l’Académe des Sciences, a tiré du borax un culot de uivre par des dissolutions et des filtrations réit'rees ; et ce seul fait sufiit pour démontrer que e cuivre est une des substances dont le borax bt compose ; mais il sera peut-être plus difficile y reconnaître l’arsenic.

me semblent indiquer que l’arsenic fait partie du borax, mais qu’il adhère si fortement à la base métallique de ce sel , qu’on ne peut l’en séparer.

Au reste , il n’est pas certain qu’on ne puisse tirer le sel sédatif que du seul borax, puisque M. Hoëffer assure que les eaux du lac Clierchiago, dans le territoire de Sienne en Italie, en fournissent une quantité assez considérable;

et cependant il ne dit pas que ces mêmes eaux fournissent du borax 4 .

On apporte de Turquie, de Perse, du continent des Indes et même de Pile de Ceylan, du tinkal ou borax brut de deux sortes : l’un est mou et rougeâtre, et l’autre est ferme et gris ou ■verdâtre ; on leur enlève ces couleurs et l’onctuosité dont ils sont encore imprégnés en les purifiant. Autrefois les Vénitiens étaient, et actuellement les Hollandais sont les seuls qui aient le secret de ce petit art, et les seuls aussi qui fassent le commerce de ce sel ; cependant on assure que les Anglais en tirent de plusieurs endroits des Indes, et qu’ils en achètent des Hollandais à Ceylan.

Le borax bien purifié doit être fort blanc et | très-léger. On le falsifie souvent en le mêlant d’alun : il porte alors une saveur styptique sur la langue; et volume pour volume, il est bien j moins léger que le borax pur, qui n’a d’ailleurs presque point de saveur, et dont les cristaux sont plus transparents que ceux de l’alun. On distingue donc, à ces deux caractères sensibles, le borax pur du borax mélangé.

La plus grande et la plus utile propriété du borax est de faciliter, plus qu’aucun autre sel, la fusion des métaux; il en rassemble aussi les parties métalliques, et les débarrasse des substances hétérogènes qui s’y trouvent mêlées, en les réduisant en scories qui nagent au-dessus du métal fondu; il le défend aussi de l’action de l’air et du feu, parce qu’il forme lui-même un verre qui sert de bain au métal, avec lequel il ne se confond ni ne se mêle ; et comme il en accélère et facilite la fusion , il diminue par conséquent la consommation des combustibles et le temps nécessaire à la fonte , car il ne faut qu’un feu modéré pour qu’il exerce sou action fondante. On s’en sert donc avec tout avantage pour souder les métaux, dont on peut par son moyen réunir les pièces les plus délicates sans les déformer; il a éminemment cette utile propriété de réunir et de souder ensemble tous les métaux durs et difficiles à fondre.

Quoique, à mon avis, le borax contienne de l’arsenic , il est néanmoins autant ami des métaux que l’arsenic se montre leur ennemi ; le borax les rend liants et fusibles, et ne leur communique aucune des qualités de l’arsenic» qui, lorsqu’il est seul et nu, les aigrit et les cor-

4 Voyez le Mémoire de 51- Ilôëffer, directeur de pharmacie du grand-duc de Toscane , imprimé à Florence en 1778.

rode ; et d’ailleurs l’action du borax est subordonnée à l’art, au lieu que l’arsenic agit par sa propre activité, et se trouve répandu et produit par la nature dans presque tout le règne minéral ; et à cet égard l’arsenic, comme sel, devait trouver ici sa place.

Nous avons dit que des trois grandes combinaisons salines de l’acide primitif ou aérien, la première s’est faite avec la terre vitreuse, et nous est représentée par l’acide vitriolique ; la seconde s’est opérée avec la terre calcaire , et a produit l’acide marin; et la troisième, avec la substance métallique, a formé l’arsenic. L’excès de causticité qui le caractérise, et ses autres propriétés, semblent en effet tenir à la masse et à la densité de la base que nous lui assignons : mais l’arsenic est un Protée qui non-seulement se montre sous la forme de sel, mais se produit aussi sous celle d’un régule métallique; et c’est à cause de cette propriété qu’on lui a donné le nom et le rang de demi métal. Ainsi nous re-. mettons à en traiter à la suite des demi métaux , dont il paraît être le dernier , quoique par des traits presque aussi fortement marqués il s’unisse et s’assimile aux sels.

Nous terminerons donc ici cette histoire naturelle des sels , peut-être déjà trop longue. Mais j’ai dû parler de toutes les matières salines que produit la nature, et je n’ai pu le faire sans entrer dans quelque discussion sur les principes salins, et sans exposer avec un peu de détail les différents effets des acides et des alkalis amenés par notre art à leur plus grand degré de pureté. J’ai tâché d’exposer leurs propriétés essentielles, et je crois qu’on en aura des idées nettes si l’on veut me lire sans préjugés. J’aurais encore plus excédé les bornes que je me suis prescrites, si je me fusse livré à comparer avec les sels produits par la nature tous ceux que la chimie a su former par ses combinaisons : les sels sont après le feu les plus grands instruments de ce bel art, qui commence à devenir une science par sa réunion avec la physique.

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