DE L’OR
Autant nous avons vu le fer subir de transformations et prendre d’états différents , soit par les causes naturelles, soit par les effets de notre art; autant l’or nous parait fixe, immuable et constamment le même sous notre main comme sous celle de la nature. C’est de toutes les matières du globe la plus pesante, la plus inaltérable , la plus tenace, la plus extensible; et c’est par la réunion de ces caractères; prééminents, que dans tous lestempsl’or a été! regardé comme le métal le plus parfait et le plus^ précieux : il est devenu le signe universel e'j constant de la valeur de toute autre matière pai' un consentement unanime et tacite de tous les peuples policés. Comme il peut se diviser à l’infini sans rien perdre de son essence, et même sans subir la moindre altération, il se trouve disséminé sur la surface entière du globe, mais en moléculessi ténues, quesa présence n’est pas sensible. Tou te la couche de la terre qui recouvre le globe en contient, mais c’est en si petite quan-
e Voyez ci-après l’article de la Platine.
HISTOIRE NATURELLE
tité qu’on ne l’aperçoit pas et qu’on ne peut le recueillir : il est plus apparent, quoique encore en très-petite quantité, dans les sables entraînés par les eaux et détachés de la masse des rochers qui le recèlent; on le voit quelquefois briller dans ces sables dont il est aisé de le séparer par des lotions réitérées. Cespaillettes charriées par les eaux, ainsi que toutes les autres particules de l'or qui sont disséminées sur la terre, proviennent également des mines primordiales de ce métal. Ces mines gisent dans les fentes du quartz où elles se sont établies peu de temps après la consolidation du globe; souvent l’or y est mêlé avec d’autres métaux sans en être altéré ; presque toujours il est allié d’argent , et néanmoins il conserv e sa nature dans le mélange, tandis que les autres métaux, corrompus et minéralisés, ont perdu leur première forme avant de voir le jour, et ne peuvent ensuite la reprendre que par le travail de nos mains : l’or au contraire, vrai métal de nature, a été formé tel qu’il est; il a été fondu ou sublimé par l’action du feu primitif, et s’est établi sous la forme qu’il conserve encore aujourd’hui; il n’a subi d’autre altération que celle d’une division presque infinie; car il ne se présente nulle part sous une forme minéralisée : on peut même dire que pour nainéraliser l’or, il faudrait un concours de circonstances qui ne se trouvent peut-être pas dans la nature, et qui lui feraient perdre ses qualités les plus essentielles; car il ne pourrait prendre cette forme minéralisée qu’en passant auparavant par l’état de précipité; ce qui suppose précédemment sa dissolution par la réunion des acides nitreux et marin : et ces précipités de l’or ne conservent pas les grandes propriétés de ce métal; ils ne sont plus inaltérables, et ils peuvent être dissous par les acides simples. Ce n’est donc que sous cette forme de précipité que l’or pourrait être minéralisé; et comme il faut la réunion de l’acide nitreux et de l’acide marin pour en faire la dissolution, et ensuite un alkali ou une matière métallique pour opérer le précipité, ce serait par le plus grand des hasards que ces combinaisons se trouveraient réunies dans le sein de la terre , et que ce métal pourrait être dans un état de minéralisation naturelle.
L’or ne s’est établi sur le globe que quelque temps après sa consolidation, et même après l’établissementdu fer, parce qu’il ne peut pas supporter un aussi grand degré de feu, sans se su¬
blimer ou se fondre : aussi ne s’est-il point incorporé dans la matière vitreuse; il a seulement rempli les fentes du quartz, qui toujours lui sert de gangue : l’or s’y trouve dans son état de nature , et sans autre caractère que celui d’un métal fondu; ensuite il s’est sublimé par la continuité de cette première chaleur du globe , et il s’est répandu sur la superficie de la terre en atomes impalpables et presque imperceptibles.
Les premiers dépôts ou mines primitives de cette matière précieuse ont donc dù perdre de leur masse et diminuer de quantité , tant que le globe a conservé assez de chaleur pour en opérer la sublimation , et cette perte continuelle pendant les premiers siècles de la grande chaleur du globe a peut-être contribué plus qu’aucune autre cause à la rareté de ce métal, et à sa dissémination universelle en atomes infiniment petits : je dis universelle, parce qu’il y a peu de matières à la surface de la terre qui n’en contiennent une petite quantité ; les chimistes en ont trouvé dans la terre végétale, et dans toutes les autres terres qu’ils ont mises à l’épreuve4.
Au reste, ee métal , le plus dense de tous, est en même temps celui que la nature a produit en plus petite quantité. Tout ce.qui est extrême est rare, par la raison même qu’il est extrême : l’or pour la densité , le diamant pour la dureté, le mercure pour la volatilité , étant extrêmes en qualité , sont rares en quantité. Mais , pour ne parler ici que de l’or, nous observerons d’abord que, quoique la nature paraisse nous le présenter sous différentes formes , toutes néanmoins ne diffèrent les unes des autres que par la quantité , et jamais par la qualité, parce que ni le feu, ni l’eau, ni l’air, ni même tous ces éléments combinés, n’altèrent pas son essence, et que les acides simples qui détruisent les autres métaux ne peuvent l’entamer2.
* L’or trouvé par nos chimistes récents , dans la terre végétale, est une preuve de la dissémination universelle de ce métal , et ce fait parait avoir été connu précédemment ; car Boërhaave parle d'un programme présenté aux Etats-Généraux sous ce titre : « De arte extrahendi aurum e qualibet « terra arvensi. »
2 M.Tiliet, savant physicien de l’Académie des Sciences, s’est assuré que l’acide nitreux, rectifié autant qu’il est possible, ne dissout pas un seul atome de t’or qu’on lui présente : à la vérité l'eau-forte ordinaire semble attaquer un peu les feuilles d’or par une opération forcée, en faisant bouillir, par exemple, quatre ou cinq onces de cet acide sur un demi-gros d'or pur îvduit en une l une très-mince, jusqu’à ce que toute la liqueur soit réduite au poids de quelques gros ; alors la petite quantilé d'acide qui reste, se trouve chargée de quelques particules d'or, mais le métal y est dans l’état de suspension , et non pas véritablement dissous ; puisqu’ au bout de
DES MINÉRAUX
En général, on trouve l’or dans quatre états différents, tous relatifs à sa seule divisibilité ; savoir, en poudre, en paillettes, en grains et en filets séparés ou conglomérés. Les mines primordiales de ce métal sont dans les hautes montagnes, et forment des filons dans le quartz jusqu a d assez grandes profondeurs; elles se sont établies dans les fentes perpendiculaires de cette roche quartzeuse, et l’or y est toujours allié d’une plus ou moins grande quantité d’argent: ces deux métaux y sont simplement mélangés et font masse commune; ils sont ordinairement incrustés en filets ou en lames dans la pierre vitreuse, et quelquefois ils s’y trouvent en masses et en faisceaux conglomérés. C’est à quelque distance de ces mines primordiales que se trouve l’or en petites masses, en grains, en pépites, etc.;
souvent recouvertes à l’extérieur de matières étrangères.
L’or le plus fin, c’est-à-dire le plus épuré par notre art, est, comme l’on sait, à vingt-quatre karats : mais l’on n’a jamais trouvé d’or à ce titre dans le sein de la terre , et dans plusieurs mines il n’est qu’à vingt, et même à seize et quatorze karats, en sorte qu’il contient souvent un quart, et même un tiers de mélange ; et cette matière étrangère qui se trouve ordinairement alliée avec l’or est une portion d’argent, lequel, quoique beaucoup moins dense, et par conséquent moins divisible que l’or, se réduit néanmoins en molécules très-ténues. L’argent est comme l’or, inaltérable, inaccessible aux efforts des éléments humides, dont l’action détruit tous les autres métaux ; et c’est par cette préroga-
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c est dans les ravines des montagnes, qui en tive de l’or et de l’argent qu’on les a toujours rece en es mines , qu on le îecueille en plus regardés comme des métaux parfaits, et que le grande quantité : on le trouve aussi en paillettes cuivre, le plomb, l’étain et le fer, qui sont tous et en poudre dans les sables que roulent les tor- sujets àplus ou moins d’altération par l’impres-
rents et les nvieres qui descendent de ces mêmes sion des agents extérieurs, sont des métaux immontagnes, et souvent cette poudre d’or est dis- parfaits en comparaison des deux premiers. L’or persee et disséminée sur les bords de ces ruis- se trouve donc allié d’argent, mêmedans sa mine seaux et dans les terres adjacentes*. Mais soit la plus riche et sur sa gangue quartzeuse ; ces en pou îe, en paillettes, en grains, en filets ou deux métaux presque aussi parfaits, aussi purs en masses, oi de chaque lieu est toujours delà l’un que l’autre, n’en sont que plus intimement meme essence, et ne diffère que par le degré de unis : le haut ou bas aloi de l’or natif dépend puiete . p us i est divisé, plus il est pur; en donc principalement de la petite ou grande sorte que s’il est à vingt karats dans sa mine en quantité d’argent qu’il contient. Ce n’est pas montagne, les poudies et les paillettes qui en que for ne soit aussi quelquefois mêlé de cuivre proviennent sont souvent à vingt-deux et vingt- et d’autres substances métalliques
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trois karats, parce qu’en se divisant, ce métal s’est épuré et purgé d’une partie de son alliage naturel. Au reste, ces paillettes et ces grains, qui ne sont que des débris des mines primordiales, et qui ont subi tant de mouvements , de chocs et de rencontres d’autres matières , n’en ont rien souffert qu’une plus grande division; elles ne sont jamais intérieurement altérées, quoique
quelque temps, il se précipite au fond du flacon quoique bien bouché , ou bien il surnage à la surf.ee de la liqueur avec son brillant métallique , au lieu que dans une véritable disso
mais ces
mélanges ne sont pour ainsi dire qu’extérieurs; et à l’exception de l’argent, l’or n’est point allié, mais seulement contenu et disséminé dans toutes les autres matières métalliques ou terreuses.
On serait porté à croire , vu l’afiinité apparente de l’or avec le mercure et leur forte attraction mutuelle , qu’ils devraient se trouver assez souvent amalgamés ensemble ; cependant rien n’est plus rare, et à peine y a-t-il un exemple d’une mine où l’on ait trouvé l’or pénétré de ce minéral fluide. Il me semble qu’on peut en
du «létal Cpt opei epar i eau régale , la combinaison donner la raison d’après ma théorie ; car quelüunictal est si pai faite avec les deux acides réunis, qu’il ne .. > ... 1 . ’ "
les quitte jamais de lui-même; d’après ce rapport de M. Tillet, que atlioité qu il y ait entre 1 or et le meril est aisé de concevoir que l’acide nitreux, forcé d’agir par CUl*e , il est Certain que la fixité de l’un, et la . . - — — C4 tu iroueiait | grande volatilité de l’autre , ne leur ont guère
un autre, et en détacherait par conséquent quelques particules. et dès lors on peut assurer que cet acide ne peut ni dis soudre, ni même attaquer l’or par ses propres forces.
' Wallei ius compte douze sortes d’or dans les sables; mais ces douze sortes doivent se réduire à une seule, parce qu’elles ne diffèrent les unes des autres que par la couleur, la grosseur ou la figure, et qu’au fond c’est toujours le même or.
permis de s’établir en même temps ni dans les
4 Par exemple, l’or de Guinée de Sofala, de Malaca, contient du cuivre et très-peu d’argent, et le cuivre des mines de Coquimbo au Pérou, contient, à ce qu’on dit, de l’or sans aucun mélange d’argent.
HISTOIRE NATURELLE
mêmes lieux, et que ce n'est que par des hasards postérieurs à leur établissement primitif, et par des circonstances très-particulières , qu’ils ont pu se trouver mélangés.
L’or répandu dans les sables, soit en poudre, en paillettes ou en grains plus ou moins gros, et qui provient des débris des mines primitives, loin d’avoir rien perdu de son essence, a donc encore acquis de la pureté. Les sels acides , alkalins et arsenicaux , qui rongent toutes les substances métalliques , ne peuvent entamer celle de l’or. Ainsi dès que les eaux ont commencé de détacher et d’entraîner les minerais des différents métaux, tous auront été altérés , dissous, détruits par l’action de ces sels; l’or seul a conservé son essence intacte, et il a même défendu celle de l’argent, lorsqu’il s’y est trouvé mêlé en suffisante quantité.
L’argent, quoique aussi parfait que l’or à plusieurs égards, ne se trouve pas aussi communément en poudre ou en paillettes dans les sables et les terres. D’où peut provenir cette différence à laquelle il me semble qu’on n’a pas fait assez d’attention? Pourquoi les terrains au pied des montagnes à mines sont-ils semés de poudre d’or? pourquoi les torrents qui s’en écoulent roulent-ils des paillettes et des grains de ce métal , et que l’on trouve si peu de poudre, de paillettes ou de grains d’argent dans ces mêmes sables, quoique les mines d’où découlent ces eaux contiennent souvent beaucoup plus d’argent que d’or? N’est-ce pas une preuve que l’argent a été détruit avant de pouvoir se réduire en paillettes, et que les sels de l’air, de la terre et des eaux l’ont saisi , dissous dès qu’il s’est trouvé réduit en petites parcelles , au lieu que ces mêmes sels ne pouvant attaquer l’or, sa substance est demeurée intacte lors même qu’il s’est réduit en poudre ou en atomes impalpables?
En considérant les propriétés générales et particulières de l’or, on a d’abord vu qu’il était le plus pesant, et par conséquent le plus dense des métaux1 qui sont eux-mêmes les substances les
* La densité de l'or a été bien déterminée par M. Brisson, de l'Académie des Sciences. L'eau distillée étant supposée peser 1000 livres, il a vu que l’or à 24 karats, fondu et non battu, pèse 192381 livres 12 onces 3 gros G2 grains, et que par conséquent un pied cube de cct or pur pèserait 1348 livres 1 onee6l grains; <t que ce même or à 24 karats, fondu et battu, pèse relativement à l’eau 193617 I vres 12 onces 4 gros 28 grains, en sorte que le pied cube de cet or pèserait 1333 livres 5 onces 60 grains. L’or des ducats d'Hollande approche de très-près ce degré de pureté; car la pesanteur spécifique
plus pesantes de toutes les matières terrestres. Rien ne peut altérer ou changer dans l’or cette qualité prééminente. On peut dire qu’en général la densité constitue l’essence réelle de toute matière brute , et que cette première propriété fixe en même temps nos idées sur la proportion de la quantité de l’espace à celle de la matière sous un volume donné. L’or est le terme extrême de cette proportion, toute autre sub-
de ces ducats est de 193319 livres 12 onces 4 gros 23 grains, ce qui donne 1334 livres 10 onces 1 gros 2 grains pour le poids d’un pied cube de cet or. Voyez la Table des pesanteurs spécifiques, par M. Brisson. — J’observerai que pour avoir au juste les pesanteurs spécifiques de toutes les matières, il faut non-seulement se servir d’eau distillée ; mais que pour connaître exactement le poids de cette eau. il faudrait en faire distiller une assez grande quantité, par exemple, assez pour remplir un vaisseau cubique d'un pied de capacité, peser ensuite le tout, et déduire la tare du vaisseau; cela serait plus juste que si l’on n’employait qu’un vaisseau de quelqiv s pouces cubiques de capacité : il faudrait aussi que le métal fût absolument pur, ce qui n’est peut-être pas possible, mais au moins le plus pur qu'il se pourra; je me suis beaucoup servi d’un globe d’or, raffiné avec soin , d’un pouce de diamètre, pour mes expériences sur le progrès de la chaleur dans les corps, et en le pesant daas l'eau commune, j’ai vu quil ne perdait pas — de son poids ; mais propablement cette eau était bien plus pesante que l’eau distillée- Je suis donc très-satisfait qu’un de nos habiles physiciens ait déterminée plus précisément cette densité de l’or à 24 karats, qui, comme 1 on voit, augmente de poids par la percussion ; mais était-il bien assuré que cet or fût absolument pur ? il est presque impossible d’en séparer en entier l'argent que la nature y a mêlé ; et d’ailleurs la pesanteur de l’eau, même distillée, varie avec la température de l’atmosphère, et cela laisse encore quelque incertitude sur la mesure exacte delà densité de ce métal précieux. Ayant sur cela communiqué mes doutes à M. de Morveau, il a pris la peine de s’assurer qu’un pied cube d eau distillée. pèse 71 livres 7 onces 3 gros 8 grains et de grain, l’air étant à la température de 12 degrés. L’eau , comme l'on sait , pèse plus ou moins, suivant qu'il fait plusfro'.dou plus chaud, et les différences qu’on a trouvées dans la densité des différentes matières soumises à l’épreuve de la balance hydrostatique, viennent non-seulement du poids absolu de l’eau à laquelle on les compare, mais encore de degré de chaleur actuelle de ce liquide, et c’est par cette raison qu’il faut un degré fixe, tel que la température de 12 degrés, pour que le résultat de la comparaison soit juste. Un pied cube d’eau distillé, pesant donc toujours, à la température de 12 degrés, 71 livres 7 onces 3 gros 8 ~ grains, il est certain que si l'or perd dans Peau JL de son poids, le pieds cube de ce métal pèse 1338 livres 1 once l gros 8 ll grains, et je crois cette estimation trop forte; car, comme je viens de le dire, le globe d’or trèsfin, d’un pouce de diamètre, dont je me suis servi, ne perdait pas -L de son poids dans de l’eau qui n’était pas distillée, et par conséquent, il se pourrait que dans l’eau distillée il n’eût perdu que 77 et dans ce cas (AU16 Pied cut)e d’or ne Pe* serait réellement que 1340 livres 9 onces 2 gros 23 grains ; il ine paraît donc qu’on a exag 'ré la densité de l’or, en assurant qu’il perd dans l*eau p'us de J7 de son poids, et que c’est tout au plus s il perd 77, auquel cas le pied cube pèser ait 1338 livres. Ceux qui assurent qu’il n’en pèse que 1348. et qui disent en mémo temps qu’il perd dans l’eau entre 777 et J7 de son poids, 11e se sont pas aperçus que ces deux résultats sont démentis l'un par l’autre.
DES MINÉRAUX
stance occupant plus d’espace ; il est donc la matière par excellence, c’est-à-dire la substance qui de toutes est la plus matière ; et néaiv moins ce corps si dense et si compacte, cette matière dont les parties sont si rapprochées, si serrées , contient peut-être encore plus de vide que de plein, et par conséquent nous démontre qu’il n’y a point de matière sans pores, que le contact des atomes matériels n’est jamais absolu ni complet, qu’enfin il n’existe aucune substance qui soit pleinement matérielle, et dans laquelle le vide ou l’espace ne soit interposé, et n’occupe autant et plus de place que la matière même.
Mais, dans toute matière solide, ces atomes matériels sont assez voisins pour se trouver dans la sphère de leur attraction mutuelle ; et c est en quoi consiste la ténacité de toute matièie solide ; les atomes de même nature sont ceux qui se réunissent de plus près : ainsi la ténacité dépend en partie de l’homogénéité. Cette vérité peut se démontrer par l’expérience; car tout alliage diminue ou détruit la ténacité des métaux : celle de l’or est si forte, qu’un fil de ce métal, d un dixième de pouce de diamètre, peut porter, avant de se rompre, cinq cents livres de poids , aucune autre matière métallique ou terreuse ne peut en supporter autant.
La divisibilité et la ductilité ne sont que des qualités secondaires , qui dépendent en partie de la densité et en partie de la ténacité, ou de la liaison des parties constituantes. L’or, qui sous un meme volume contient plus du double de matière que le cuivre, sera par cela seul une fois plus divisible ; et comme les parties intégi antes de 1 or sont plus voisines les unes des autres que dans toute autre substance, sa ductiiiié est aus-si la plus grande, et surpasse celle des auties métaux1 dans une proportion bien plus grande que celle delà densité ou de la ténacité, parce que la ductilité, qui est le produit de ces deux causes, n’est pas en rapport simple à l’une ou à l’autre de ces qualités, mais en rai-
4 « La ductilité do l'or est telle qu'une once de ce métal, qui « ne fait qu’un très-petit volume, peutcouvrir et dorer très- « exactement un (il d'argent long de quaire cent quarante- « quatre lieues. » Dictionnaire de chimie, article Or.. «Une « once dor, passée à la (i ière , peut s étendre en un fil de « soixante-treize lieues de longueur. » Mémoires de l'Académie dis Sciences. année 1713... Les batteurs d’or réduisent une once de ce métal en seize cents feuilles, chacune de trentesept ligues de longueur et autant de largeur, ce qui fait à peu
près cent six pieds carrés d’étendue, pour les seize cents feodles.
son composée des deux. La ductilité sera donc lelative à la densité multipliée par la ténacité \ et c’est ce qui dans l’or rend cette ductilité encoie plus gtande à proportion que dans tout autre métal.
Cependant la forte ténacité de l’or, et sa ductilité encore plus grande, ne sont pas des propriétés aussi essentielles que sa densité ; elles en dérivent et ont leur plein effet, tant que rien n’intercepte la liaison des parties constituantes, tant que l’homogénéité subsiste , et qu’aucune force ou matière étrangère ne change la position de ces mêmes parties : mais ces deux qualités qu’on croirait essentielles à l’or se perdent, dès que sa substance subit quelque dérangement dans son intérieur ; un grain d’arsenic ou d’étain, jeté sur un marc d'or en fonte , ou même leui \ apeur, suffit pour altérer toute cette quantité d’or, et le rend aussi fragile qu’il était auparavant tenace et ductile. Quelques chimistes ont prétendu qu’il perd de même sa ductilité Par les matières inflammables, par exemple lorsque étant en fusion , il est immédiatement exposé à la vapeur du charbon 1 ; mais je 11e crois pas que cette opinion soit fondée.
L or perd aussi sa ductilité par la percussion; il s’écrouit , devient cassant , sans addition ni mélange d’aucune matière ni vapeur, mais par le seul dérangement de ses parties intégrantes : ainsi ce métal, qui de tous est le plus ductile, n’en perd pas moins aisément sa ductilité; ce qui pi orne que ce n est point une propriété essentielle et constante à la matière métallique, mais seulement une qualité relative aux différents états où elle se trouve, puisqu’on peut lui ôter par l’écrouissement, et lui rendre par le recuit au feu , cette qualité ductile alternativement, et autant de fois qu’on le juge à propos. Au reste M. Brisson, de l’Académie des Sciences , a reconnu par des expériences très-bien faites , qu eu même temps que l’écrouissement diminue la ductilité des métaux, il augmente leui densité, qu ils deviennent par conséquent d’une plus grande pesanteur spécifique, et que cet excédant de densité s’évanouit par le recuit.
4 « J Ignore, m’écrit à ce sujet 31. Tillet, si l’on a fait des expériences bien décidées, pour prouver que l’or en fusion « perd sa ductilité étant exposé à la vapeur du charbon • m Us « je sais certainement qu'on est dans l’usage, pour les irlvaux « des monnaies, lorsque l’or est en fusion dans les creusets « de les couvrir de charbon afin qu’il s’y conserve unegraudè « chaleur, et souvent on hrasse 1 or dans le creuset, eu em- « ployant un charbon long et à demi embrasé , sans que la « métal perde rien de sa ductilité. »
HISTOIRE NATURELLE
j La fixité au feu, qu’on regarde encore comme une des propriétés essentielles de l’or, n’est pas aussi absolue , ni même aussi grande qu’on le croit vulgairement , d’après les expériences de Boyle et de Ivunekel ; ils ont , disent-ils , tenu pendant quelques semaines de l’or en fusion , sans aucune perte sur son poids : cependant je suis assuré, par des expériences faites dès l’année 1747, à mon miroir de réflexion , que l’or fume et se sublime en vapeurs, même avant de se fondre ; on sait d’ailleurs qu’au moment que ce métal devient rouge, et qu’il est sur le point d’entrer en fusion, il s’élève cà sa surface une petite flamme d’un vert léger ; etM. Macquer, notre savant professeur de chimie , a suivi les progrès de l’or en fonte au foyer d’un miroir réfringent , et a reconnu de même qu’il continuait de fumer et de s’exhaler en vapeur; il a démontré que cette vapeur était métallique, qu’elle saisissait et dorait l’argent ou les autres matières qu’on tenait au-dessus de cet or fumant. 11 n’est donc pas douteux que l’or ne se sublime en vapeurs métalliques, non-seulement après, mais même avant sa fonte au foyer des miroirs ardents : ainsi ce n’est pas la très-grande violence de ce feu du soleil qui produit cet effet, puisque la sublimation s’opère à un degré de chaleur assez médiocre, et avant que ce métal entre en fusion : dès lors si les expériences de Boyle et de Kunckel sont exactes, l’on sera forcé de convenir que l’effet de notre feu sur 1 or n’est pas le même que celui du feu solaire, et que s’il ne perd rien au premier, il peut perdre beaucoup, et peut-être tout au second. Mais je ne puis m’empêcher de douter de la réalité de cette différence d’effets du feu solaire et de nos feux , et je présume que ces expériences de Boyle et de Kunckel n’ont pas été suivies avec assez de précision , pour en conclure que l’or est absolument fixe au feu de nos fourneaux.
L’opacité est encore une de ces qualités qu’on donne à l’or par excellence au-dessus de toute autre matière; elle dépend, dit-on, de la grande densité de ce métal; la feuille d’or la plus mince ne laisse passer de la lumière que par les gerçures accidentelles qui s’y trouvent L Si cela était , les matières les plus denses seraient toujours les plus opaques ; mais souvent on observe le contraire, et l’on connaît des matières très-légères qui sont entièrement opaques,
4 Dictionnaire de chimie, article Or.
et des matières pesantes qui sont transparentes. D’ailleurs les feuilles de l’or battu laissent nonseulement passer de la lumière par leurs gerçures accidentelles, mais à travers leurs pores; et Boyle a, ce me semble, observé le premier, que cette lumière qui traverse l’or est bleue. Or les rayons bleus sont les plus petits atomes de la lumière solaire; ceux des rayons rouges et jaunes sont les plus gros ; et c’est peut-être par cette raison que les bleus peuvent passer à travers l’or réduit en feuilles, tandis que les autres, qui sont plus gros, ne sont point admis, ou sont tous réfléchis; et cette lumière bleue étant uniformément apparente sur toute l’étendue de la feuille, on ne peut douter qu’elle n’ait passé par ses pores et non par les gerçures. Ceci n’a rapport qu’cà l’effet; mais pour la cause, si l’opacité, qui est le contraire de la transparence, ne dépendait que de la densité , l’or serait certainement le corps le plus opaque, comme l’air est le plus transparent : mais combien n’y a-t-il pas d’exemples du contraire? le cristal déroché, si transparent, n’est-il pas plus dense que la plupart des terres ou pierres opaques? et si l’on attribue la transparence à l’homogénéité, l’or, dont les parties paraissent être homogènes , ne devrait-il pas être très-transparent? 11 me semble donc que l’opacité ne dépend ni delà densité de la matière, ni de l’homogénéité de ses parties, et que la première cause de la transparence est la disposition régulière des parties constituantes et des pores ; que quand ces mêmes parties se trouvent disposées en formes régulières, et posées de manière cà laisser entre elles des vides situés dans la même direction, alors la matière doit être transparente ; et qu’elle est au contraire nécessairement opaque dès que les pores ne sont pas situés dans des directions correspondantes.
Et cette disposition qui fait la transparence s’oppose à la ténacité : aussi les corps transparents sont en général plus friables que les corps opaques ; et l'or, dont les parties sont fort homogènes et la ténacité très-grande, n’a pas ses parties ainsi disposées : on voit en le rompant qu’elles sont pour ainsi dire engrenées les unes dans les autres; elles présentent au microscope de petits angles prismatiques, saillants et rentrants. C’est donc de cette disposition de ses parties constituantes que l’or tient sa grande opacité , qui du reste ne parait en effet si grande que parce que sa densité permet d étendre en
DES MINÉRAUX
1111e surface immense une très-petite masse , et que la feuille d’or , quelque mince qu’elle soit , est toujours plus dense que toute autre matière. Cependant cette disposition des vides ou pores dans les corps n’est pas la seule cause qui puisse produire la transparence ; le corps transparent n’est, dans ce premier cas, qu’un crible par lequel peut passer la lumière : mais lorsque les vides sont très-petits, la lumière est quelquefois repoussée au lieu d’être admise ; il faut qu’il y ait attraction entre les parties de la matière et les atomes de la lumière pour qu’ils la pénètrent; car l’on ne doit pas considérer ici les pores comme des gerçures ou des trous, mais comme des interstices , d’autant plus petits et plus serrés que la matière est plus dense; or si les rayons de lumière n’ont point d’affinité avec le corps sur lequel ils tombent, ils seront réfléchis et ne le pénétreront pas. L’huile dont on humecte le papier pour le rendre transparent en remplit et bouche en même temps les pores : eiie ne produit donc la transparence que parce qu’elle donne au papier plus d’affinité qu’il n’en avait avec la lumière , et l’on pourrait démontrer , par plusieurs autres exemples , l’effet de cette attraction de transmission de la lumière , ou des autres fluides dans les corps solides ; et peut-être l’or , dont la feuille mince laisse passer les rayons bleus de la lumière à l’exclusion de tous les autres rayons, a-t-il plus d’affinité avec ces rayons bleus, qui dès lors sont admis, tandis que les autres sont tous repoussés.
Toutes les restrictions que nous venons de faire sur la fixité, la ductilité et l’opacité de l’or, qu’on a regardées comme des propriétés trop absolues, n’empêchent pas qu’il n’ait, au plus haut degré, toutes les qualités qui caractérisent la noble substance du plus parfait métal; car il faut encore ajouter, à sa prééminence en densité et en ténacité , celle d’une essence, indestructible et d’une durée presque éternelle. Il est inaltérable, ou du moins plus durable, plus impassible qu’aucune autre substance; il oppose une résistance invincible à l’action des éléments humides , à celle du soufre et des acides les plus puissants, et des sels les plus corrosifs : néanmoins nous avons trouvé, par notre art , nonseulement les moyens de le dissoudre, mais encore ceux de le dépouiller de la plupart de ses qualités ; et si la nature.n’en a pas fait autant, c’est que la main de l’homme , conduite par l’esprit, a souvent plus fait qu’elle : et sans sor¬
tir de notre sujet, -nous verrons.que l’or dissous, 1 or précipité, l’or fulminant, etc., ne se trouvant pas dans la nature , ce sont autant de combinaisons nouvelles, toutes résultant de notre intelligence. Ce n’est pas qu’il soit physiquement impossible qu’il y ait dans le sein de la terre de l’or dissous , précipité et minéralisé , puisque nous pouvons le dissoudre et le précipiter de sa dissolution, et puisque, dans cet état de précipité, il peut être saisi par les acides simples comme les autres métaux , et se montrer par conséquent sous une forme minéralisée; mais comme cette dissolution suppose la réunion de deux acides, et que ce précipité ne peut s’opérer que par une troisième combinaison , il n’est pas étonnant qu’on ne trouve que peu ou point d’or minéralisé dans le sein de la terré *, tandis que tous les autres métaux se présentent presque toujours sous cette forme, qu’ils reçoivent d’autant plus aisément qu’ils sont plus susceptibles d’être attaqués par les sels de la terre et par les impressions des éléments humides.
On n’a jamais trouvé de précipités d’or, ni d’or fulminant dans le sein de la terre : la raison en deviendra sensible si l’on considère en particulier chacune des combinaisons nécessaires pour produire ces précipités : d’abord on ne peut dissoudre l’or que par deux puissances réunies et combinées , l’acide nitreux avec l’acide marin, ou lesoufreavecl’alkali; et la réunion de ces deux substances actives doit être très rare dans la nature, puisque les acides et les alkalis , tels que nous les employons , sont eux-mêmes des produits de notre art, et que le soufre natif n’est aussi qu’un produit des volcans. Ces raisons sont les mêmes, et encore plus fortes pour les précipités d’or ; car il faut une troisième combinaison pour le tirer de sa dissolution, au moyen du mélange de quelque autre matière avec laquelle le dissolvant ait plus d’affinité qu’avec l’or; et ensuite, pour que ce précipité puisse acquérir la propriété fulminante, il faut encore choisir une matière entre toutes les autres qui peuvent également précipiter l’or de sa dissolution : cette matière est l’alkali volatil, sans lequel il ne peut devenir fulminant; cet alkali volatil est le seul intermède qui dégage
4 L’or est minéralisé, dit-on , dans la mine de Nagiach ; on prétend aussi que le zinopel ou sinople provient delà décomposition de l’or faite par la nature, sous la forme d’une terre ou chaux couleur de pourpre; mais je doute que ces faits soient bien constatés.
subitement l’air et cause la fulmination ; car s’il n’est point entré d’alkali volatil dans la dissolution de l’or , et qu’on le précipite avec l’alkali fixe ou toute autre matière, il ne sera pas fulminant ; enfin il faut encore lui communiquer une assez forte chaleur pour qu’il exerce cette action fulminante : or toutes ces conditions réunies ne peuvent se rencontrer dans le sein de la terre , et dès iors il est sûr qu’on n’y trouvera jamais de l’or fulminant. On sait que l’explosion de cet or fulminant est beaucoup plus violente que celle de la poudre à canon, et qu’elle pourrait produire des effets encore plus terribles, et même s’exercer d’une manière plus insidieuse, parce qu’il ne faut ni feu , ni même une étincelle, et que la chaleur seule, produite par un frottement assez léger , suffit pour causer une explosion subite et foudroyante.
On a, ce me semble, vainement tenté l’explication de ce phénomène prodigieux ; cependant en faisant attention à toutes les circonstances , et en comparant leurs rapports, il me semble qu’on peut au moins en tirer des raisons satisfaisantes et très-plausibles sur la cause de cet effet : si dans l’eau régale, dont on se sert pour la dissolution de l’or, il n’est point entré d’alkali volatil , soit sous sa forme propre, soit sous celle du sel ammoniac, de quelque manière et avec quelque intermède qu’on précipite ce métal, il ne sera ni ne deviendra fulminant, à moins qu’on ne se serve de l’alkali volatil pour cette précipitation ; lorsqu’au contraire la dissolution sera faite avec le sel ammoniac, qui toujours contient de l’alkali volatil , de quelque manière et avec quelque intermède que l’on fosse la précipitation, l’or deviendra toujours fulminant. Il est donc assez clair que cette qualité fulminante ne lui vient que de l’action ou du mélange de l’alkali volatil , et l’on ne doit pas être incertain sur ce point , puisque ce précipité fulminant pèse un quart de plus que l’or dont il est le produit ; dès lors ce quart en sus de matière étrangère qui s’est alliée avec l’or dans ce précipité n’est autre chose, du moins en grande partie, que de l’alkali volatil : mais cet alkali contient, indépendamment de son sel, une grande quantité d’air inflammable , c’est-à-dire d’air élastique mêlé de feu; dès lors il n’est pas surprenant que ce feu ou cet air inflammable contenu dans 1 alkali volatil, qui se trouve pour un quart incorporé avec l’or, ne s’enflamme en effet par la chaleur, et ne produise une explo-
NATURELLE
sion d’autant plus violente , que les molécules de l’or dans lesquelles il est engagé, sont plus massives et plus résistantes à l’action de cet élément incoercible, et dont les effets sont d’autant plus violents que les résistances sont plus grandes. C’est par cette même raison de l’air inflammable contenu dans l’or fulminant que cette qualité fulminante est détruite par le soufre mêlé avec ce précipité; car le soufre, qui n’est que la matière du feu fixée par l’acide a la plus grande affinité avec cette même matière du feu contenue dans l’alkali volatil : il doit donc lui enlever ce feu , et dès lors la cause de l’explosion est, ou diminuée ou même anéantie par ce mélange du soufre avec l’or fulminant.
Au reste, l’or fulmine, avant d’être chauffé jusqu’au rouge, dans les vaisseaux clos comme en plein air : mais, quoique cette chaleur nécessaire pour produire la fulmination ne soit pas très-grande, il est certain qu’il n’y a nulle part, dans le sein de la terre, un tel degré de chaleur, à l’exception des lieux voisins des feux souterrains, et que par conséquent il ne peut se trouver d’or fulminant que dans les volcans dont il est possible qu’il ait quelquefois augmenté les terribles effets ; mais par son explosion même cet or fulminant se trouve tout à coup anéanti; ou du moins perdu et dispersé en atomes infiniment petits 1 . Il n’est donc pas étonnant qu’on n’ait jamais trouvé d’or fulminant dans la nature, puisque, d’une part, le feu ou la chaleur le détruit en le faisant fulminer, et que, d’autre part, il ne pourrait exercer cette action fulminante dans l’intérieur de la terre, au degré de sa température actuelle. Au reste on ne doit pas oublier qu’en général les précipités d’or , lorsqu ils sont réduits, sont à la vérité toujours de 1 or; mais que dans leur état de précipité, et avant la réduction, ils ne sont pas, comme l’or même, inaltérables, indestructibles, etc. Leur
* No!a • M* Macqner, après avoir cité quelques exemples funestes des accidents arrivés par la fulmination de l'or à des chimistes peu attentifs ou trop courageux , dit qu’ayant fait fulminer, dans une grande cloche de verre, une quantité de ce précipité, assez petite pour n’en avoir rien à craindre, on a trouvé, après la détonation , sur 1rs parois de la cloche, l'or eu nature que celte détonation n'avait poiut altéré. Comme cela pourrait induire en erreur, je crois devoir observer que cette madère qui avait frappé contre les parois du vaisseau et s’y était attachée n'était pas, comme il ledit, de l or en nature, mais de l'or précipité; ce qui est fort différent, puisque celui-ci a perdu la principale propriété de sa nature, qui est d être inaltérable, indissoluble par les acides simples, et que tous les acides peuvent au contraire altérer et même dissoudre ce précipité.
DES MINÉRAUX
essence n'est donc plus la même que celle de l’or de nature : tous les acides minéraux ou végétaux », et même les simples acerbes, tels que la noix de galle 2, agissent sur ces précipités et peuvent les dissoudre, tandis que l’or en métal n’en éprouve aucune altération; les précipités de l’or ressemblent donc, à cet égard, aux métaux imparfaits , et peuvent par conséquent être altérés de même et minéralisés. Mais nous venons de prouver que les combinaisons nécessaires pour faire des précipités d’or n’ont guère pu se trouver dans la nature, et c’est sans doute par cette raison qu’il n’existe réellement que peu ou point d’or minéralisé dans le sein de la terre ; et s’il en existait, cet or minéralisé serait en effet très-différent de l'autre : on pourrait le dissoudre avec tous les acides, puisqu’ils dissolvent les précipités dont se serait formé cet or minéralisé;
U ne faut qu’une petite quantité d’acide marin, mêlé à l’acide nitreux, pour dissoudre l’or; mais la meilleure proportion est de quatre parties d’acide nitreux et une partie de sel ammoniac. Cette dissolution est d’une belle couleur jaune : et lorsque ces dissolvants sont pleinement saturés, elle devient claire et transparente; dans tout état elle teint en violet plus ou moins foncé toutes les substances animales : si on la fait évaporer, elle donne en se refroidissant des cristaux d'un beau jaune transparent; et si l’on pousse plus loin l’évaporation au moyen de la chaleur, les cristaux disparaissent, et il ne reste qu’une poudre jaune et très-fine qui n’a pas le brillant métallique.
Quoiqu’on puisse précipiter l’or dissous dans l’eau régale avec tous les autres métaux . avec les alkalis , les terres calcaires , etc. , c’est l’alkali volatil qui , de toutes les matières connues,
* * Le vinaigre n’attaque point l’or tant qu’il est en masse ;
« mais si après avoir dissous ce métal dans l’eau régale, on le « précipite par lalkali fixe, le vinaigre dissout ce précipité;
« cette dissolution par le vinaigre est de même précipitée « par 1 alkali fixe et l’alkali volatil , et le précipité formé par « cette dernière substance est fulminant. » Éléments de Chimie par ,M . de Morveau, tome III, page 18.
2 La dissolution d’or est précipitée avec le temps par l infusion de noix de galle ; il se forme insensiblement des nuages de couleur pourpre, qui se répandent dans toute la liqueur : l’or ne se dépose au fond du vase qu’en très-petite quantité, il se ramasse presque entièrement à la surface de la liqueur, où il parait avec son éclat métallique. M. Monnet (Dissolution des Métaux, page 127) assure que l’or précipité par l’extrait acerbe est soluble par l'acide nitreux, et que cette dissolution est très-stable, de couleur bleuâtre, et qu’elle n’est p?.s précipitée par l alkali fixe.
est la plus propre à cet effet; il réduit l’or plus promptement que les alkalis fixes ou les métaux : ceux-ci changent la couleur du précipité* par exemple, l’étain lui donne la belle couleur pourpre qu’on emploie sur nos porcelaines.
L’or pur a peu d’éclat, et sa couleur jaune est assez mate : le mélange de l’argent le blanchit , celui du cuivre le rougit; le fer lui communique sa couleur; une partie d’acier fondue avec cinq parties d’or pur lui donne la couleur du fer poli. Les bijoutiers se servent avec avantage de ces mélanges pour les ouvrages où ils ont besoin d’or de différentes couleurs. L’on connaît en chimie» des procédés par lesquels on peut donner aux précipités de l’or les plus belles couleurs, pourpre, rouge, verte, etc. : ces couleurs sont fixes et peuvent s’employer dans les émaux ; le borax blanchit l’or plus que tout autre mélange, et le niti e lui rend la couleur jaune que le borax avait fait disparaître.
Quoique l’or soit le plus compacte et le plus tenace des métaux , il n est néanmoins que peu élastique et peu sonore : il est très-flexible et plus mou que l’argent , le cuivre et le fer, qui de tous est le plus dur; il n’y a que le plomb et l’étain qui aient plus de mollesse que l’or, et qui soient moins élastiques ; mais quelque flexible qu il soit , on a beaucoup de peine à le rompre. Les voyageurs disent que l’or de Malaca , qu’on croit venir de Madagascar, et qui est presque tout blanc , se fond aussi promptement que du plomb. On assure aussi qu’on trouve dans les sables de quelques rivières de ces contrées des grains d’or que l’on peut couper au couteau , et que même cet or est si mou , qu’il
4 « Les précipités que l'on obtient lorsqu’on décompose la « dissolution de l’or dans l’eau régale, au moyen de l’argent,
« du cuivre . du fer et des régules de cobalt et de zinc, sont « des molécules d'or revivifiées par la voie humide; au lieu « que si on emploie l’étain, le plomb, l’antimoine, le bismuth « et 1 arsenic, les résultats de ces opérations sont des chaux « d or, susceptibles de se vitrifier au moyen des substances « vitreuses qu on y ajoute et qui en reçoivent une couleur « pourpre... Les précipités que l’on obtient par l’intermède « du plomb sont d’un gris noirâtre; celui de l'étain est « pourpre... Lorsqu'on fait fulminer de l’or sur de l’étain,
« du plomb, de l'antimoine, du bismuth et de l'arsenic, on « obtient une chaux pourpre analogue au précipité de Cas- « sius ; au lieu que l’or en fulminant sur l’argent, le cuivre « le fer, le cobalt et le zinc, se revivifie et s'incruste sur ces « régules métalliques. » Lettres du docteur Demeste, t.ir, pages 4o9 et 461 . — L’or est aussi calciné et réduit en chaux pourpre par une forte décharge électrique... Mais la même décharge revivifie l’or en chaux, comme elle réduit la chaux de plomb. Éléments de Chimie, par M. de Morveau, tome II page 83.
HISTOIRE NATURELLE
peut recevoir aisément l’empreinte d’un cachet1; il se fond à peu près comme du plomb, et l’on prétend que cet or est le plus pur de tous : ce qu’il y a de certain , c’est que plus ce métal est pur et moins il est dur; il n’a dans cet état de pureté, ni odeur ni saveur sensible, même après avoir été fortement frotté ou chauffé. Malgré sa mollesse, il est cependant susceptible d’un assez grand degré de dureté par l’éciouissement, c’est-à-dire par la percussion souvent réitérée du marteau , ou par la compression successive et forcée de la filière ; il perd même alors une grande partie de sa ductilité et devient assez cassant. Tous les métaux acquièrent de même un excès de dureté par l’écrouissement ; mais on peut toujours détruire cet effet en les faisant recuire au feu , et l’or, qui est le plus doux , le plus ductile de tous , ne laisse pas de perdre cette ductilité par une forte et longue percussion ; il devient non-seulement plus dur, plus élastique, plus sonore, mais même il se gerce sur ses bords lorsqu’on lui fait subir une extension forcée sous les rouleaux du laminoir : néanmoins il perd par le recuit ce fort éerouissement plus aisément qu’aucun autre métal ; il ne faut pour cela que le chauffer, pas même jusqu’au rouge, au lieu que le cuivre et le fer doivent être pénétrés de feu pour perdre leur éerouissement.
Après avoir exposé les principales propriétés de l’or, nous devons indiquer aussi les moyens dont on se sert pour le séparer des autres métaux, ou des matières hétérogènes avec lesquelles il se trouve souvent mêlé. Dans les travaux en grand , on ne se sert que du plomb qui , par la fusion , sépare de l’or toutes ces matières étrangères en les scorifiant ; on emploie aussi le mercure qui , par amalgame , en fait pour ainsi dire l’extrait en s’y attachant de préférence. Dans les travaux chimiques, on fait plus
* Quelques chimistes ont assuré qu'on peut donner par l'art cette mollesse à l’or que quelquefois il tient de la navire ; Bêcher, dans le second supplément à sa Physique souterraine, indique un procédé par lequel il prétend qu on peut donner à l'or la mollesse du plomb, et ce procédé consiste à jeter un grand nombre de fors le même or fondu dans une liqueur composée d’esprit de sel ammoniac et d’esprit-de-vin rectifié. Je doute de ce résultat du procédé de Bêcher, et il serait bon de le vérifier en répéiant l’expérience. . . Brandt dit avoir obtenu un or Inanc et fragile par une longue digestion avec le mercure; il ajoute que dans cet état, il n’est plus possible de séparer entièrement le mercure de l’or, ni par la calcination la plus forte avec le soufre, ni par la fonte répétée plusieurs fois au feu le plus violent. Lettres du docteur Demeste, t. II, page 4a8.
souvent usage des acides. « Pour séparer l’or de « toute autre matière métallique, on le traite, « dit mon savant ami , M. de Morveau , soit « avec des sels qui attaquent les métaux imparte faits à l’aide d’une chaleur violente , et qui « s’approprient même l’argent qui pourrait lui « être allié , tels que le vitriol , le nitre et le sel « marin; soit par le soufre, ou par l’antimoine, « qui en contient abondamment ; soit enfin par « la coupellation, qui consiste à mêler l’or avec « le double de son poids environ de plomb, qui, « en se vitrifiant, entraîne avec lui et scorifie « tous les autres métaux imparfaits; de sorte « que le bouton de fin reste seul sur la coupelle, « qui absorbe dans ses pores la litharge de « plomb et les autres matières qu’elle a sco- « rifiées L » La coupellation laisse donc l’or encore allié d’argent ; mais on peut les séparer parlemoyen des acides qui n’attaquent quel’un ou l’autre de ces métaux; et comme l’or ne se laisse dissoudre par aucun acide simple, ni par le soufre, et que tous peuvent dissoudre l’argent, on a, comme l’on voit, plusieurs moyens pour faire la séparation ou le départ de ces deux métaux. O11 emploie ordinairement l’acide nitreux; il faut qu’il soit pur, mais non pas trop fort ou concentré : c’est de tous les acides celui qui dissout l’argent avec plus d’énergie, et sans aide de la chaleur , ou tout au plus avec une petite chaleur pour commencer la dissolution.
En général, pour que toute dissolution s’opère, il faut non-seulement qu’il y ait une grande affinité entre le dissolvant et la matière à dissou* dre, mais encore que l’une de ces deux matières soit fluide pour pouvoir pénétrer l’autre, en remplir tous les pores, et détruire par la force d’affinité celle de la cohérence des parties de la matière solide. Le mercure, par sa fluidité et par sa très-grande affinité avec l’or , doit être regardé comme l’un de ses dissolvants ; car il le pénètre et semble le diviser dans toutes ses parties : cependant ce n’est qu’une union, une espèce d’alliage et non pas une dissolution ; et l’on a eu raison de donner à cet alliage le nom d 'amalgame, parce que l’amalgame se détruit par la seule évaporation du mercure , et que d’ailleurs tous les vrais alliages ne peuvent se faire que par le feu, tandis que l’amalgame peut se faire à froid, et qu’il ne produit qu’une union particulière , qui est moins intime que celle des
4 Éléments de Chimie, article de l’Or.
DES MINÉRAUX
alliages naturels ou faits par la fusion : et en effet, cet amalgame 11e prend jamais d’autre solidité que celle d’un pâte assez molle, toujours participant de la fluidité du mercure, avec quelque métal qu’011 puisse l’unir ou le mêler. Cependant 1 amalgame se fait encore mieux à chaud qu’à froid : le mercure, quoique du nombre des liquides , n’a pas la propriété de mouiller les matières terreuses, ni même les chaux métalliques; il ne contracte d’union qu’avec les métaux qui sont sous leur forme de métal; une assez petite quantité de mercure suffit pour les rendre friables, en sorte qu’011 peut, dans cet état, les réduire en poudre par une simple trituration , et avec une plus grande quantité de mercure 011 en fait une pâte , mais qui n’a ni cohérence ni ductilité : c’est de cette manière trèssimple qu’on peut amalgamer l’or qui, de tous les métaux , a la plus grande affinité avec le mercure; elle est si puissante qu’on la prendrait pour une esnèce de magnétisme. L’or blanchit d' s qu’il est touché par le mercure , pour peu meme qu’il en reçoive les émanations ; mais dans les métaux qui 11e s’unissent avec lui que difficilement, il faut pour le succès de l’amalgame employer le secours du feu , en réduisant d’abord le métal en poudre très- fine, en faisant ensuite chauffer le mercure à peu près au point où il commence a se volatiliser : on fait en même temps, et séparément, rougir la poudre du mét.d, et tout de suite on la triture avec le mercure chaud. C’est de cette manière qu’on l’amalgame avec le cuivre ; mais l’on ne connaît aucun moyen de lui faire contracter union avec le fer.
Le vrai dissolvant de l’or est, comme nous l’avons dit, l’eau régale composée de deux acides , le nitreux et le marin ; et comme s’il fallait toujours deux puissances réunies pour dompter ce métal , on peut encore le dissoudre par le foie de soufre, qui est un composé de soufre et d’alkali fixe. Cependant cette dernière dissolution a besoin d’être aidée , et ne se fait que par le moyen du feu. On met l’or en poudre trèsfine ou en feuilles brisées dans un creuset , avec du foie de soufre ; on les fait fondre ensemble , et l’or disparait dans le produit de cette fusion : mais en faisant dissoudre dans l’eau ce même produit, l’or y reste en parfaite dissolution, et il est aisé de le tirer par précipitation.
Les alliages de l’or avec l’argent et le cuivre sont fort en usage pour les monnaies et pour les
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ouvrages d’orfèvrerie; on peut de même l’allier avec tous les autres métaux : mais tout alliage lui fait perdre plus ou moins de sa ductilité 1 ; et la plus petite quantité d’étain, ou même la seule vapeur de ce métal, suffisent pour le rendre aigre et cassant : l’argent est celui de tous qui diminue le moins sa très-grande ductilité.
L’or naturel et natif est presque toujours allié d’argent en plus ou moins grande proportion : cet alliage lui donne de la fermeté et pâlit sa couleur; mais le mélange du cuivre l’exalte, le rend d’un jaune plus rouge, et donne à l’or un assez grand degré de dureté : c’est par cette dernière raison que , quoique cet alliage du cuivre avec l’or en diminue la densité au delà des proportions du mélange , il est néanmoins fort en usage pour les monnaies qui ne doivent ni se plier, ni s’effacer, ni s’étendre, et qui auraient tous ces inconvénients si elles étaient fabriquées d’or pur.
Suivant M. Geller, l’alliage de 1’ or avec le plomb devient spécifiquement plus pesant, et il y a pénétration entre ces deux métaux ; tandis que le contraire arrive dans l’alliage de l'or et de 1 ’étain, dont la pesanteur spécifique est moindre : l’alliage de l’or avec le fer devient aussi spécifiquement plus léger ; il n’y a donc nulle pénétration entre ces deux métaux , mais une simple union de leurs parties, qui augmente le volume de la masse au lieu de le diminuer, comme le fait la pénétration. Cependant ces deux métaux, dont les parties constituantes ne paraissent pas se réunir d’assez près dans la fusion, ne laissent pas d’avoir ensemble une grande affinité; car l’or se trouve souvent, dans la nature, mêlé avec le fer, et de plus il facilite au feu la fusion de ce métal. Nos habiles artistes devraient donc mettre à profit cette propriété de l’or, et le préférer au cuivre pour souder les petits ouvrages d’acier qui demandent le plus grand soin et la plus grande solidité; et ce qui semble prouver encore la grande affinité de l’or avec le fer, c’est que quand ces deux métaux se trouvent alliés, on ne peut les séparer en entier par le moyen du plomb, et il en est de même de l’argent allié au fer : on est obligé d’y ajouter du bismuth pour achever de les purifier 2.
4 L’or s’unit à la platine , et c'est la crainte de le voir falsifier par ce mélange, qui a décidé le gouvernement d'Espagne à faire fermer les mines de platine. Éléments de Chimie, par M. Morvcau, tome I, page 263.
2 M. Poërner, cité dans le Dictionnaire de Chimie , article de l'Affinage.
HISTOIRE NATURELLE
L’alliage de l’or avec le zinc produit un composé dont la masse est spécifiquement plus pesante que la somme des pesanteurs spécifiques de ces deux matières composantes; il y a donc pénétration dans le mélange de ce métal avec ce demi-métal, puisque le volume en devient plus petit : on a observé la même chose dans l’alliage de l’or et du bismuth. Au reste, on a fait un nombre prodigieux d’essais du mélange de l’or avec toutes les autres matières métalliques, que je ne pourrais rapporter ici sans tomber dans une trop grande prolixité.
Les chimistes ont recherché avec soin les affinités de ce métal , tant avec les substances naturelles qu’avec celles qui ne sont que le produit de nos arts, et il s’est trouvé que ces affinités étaient dans l’ordre suivant : 1° l’eau régale , 2° le foie de soufre , 3° le mercure , 4° l’éther, 5° l’argent, 6° le fer, 7° le plomb. L’or a aussi beaucoup d’affinité avec les substances huileuses, volatiles et atténuées, telles que les huiles essentielles des plantes aromatiques, l’esprit-de-vin et surtout 1 éther ’ ; il en a aussi avec des bitumes liquides, tels que le naphte et le pétrole : d’où l’on peut conclure qu’en général c’est avec les matières qui contiennent le plus de principes inflammables et volatils que l’or a le plus d’affinité; et dès lors on n’est pas en droit de regarder comme une chimère absurde l’idée que l’or rendu potable peut pioduire quelque effet dans les corps organisés, qui, de tous les êtres, sont ceux dont la substance contient la plus grande quantité de matière inflammable et volatile, et que, par conséquent, l’or extrêmement divisé puisse y produire de bons ou de mauvais effets, suivant les circonstances et les différents états où se trou-
* L’éther a, de même que toutes les matières huileuses trèstenues et très-volatiles, la propriété d’enlever l'or de sa dissolution dans l’eau légale; et comme l’éther est plus subtil qu’aucune de ces matières, il produit aussi beaucoup mieux cet effet ; il suffit de verser de l’éther sur une dissolution d or, de mêler les deux liqueurs eu secouant la fiole : aussitôt que le mélange est en repos , l’éther se débarrasse de l’eau régale et la surnage; alors l'eau régale dépouillée dor devient blanche, taudis que l'éllier se colore en jaune, de cette manière on fait très-promptement une teinture d or ou potable, mais peu de temps après i or se sépare de 1 éther, u prend son brillant métallique et. paraît cristallisé à la sui fucr . Éléments de Chimie, par M. de Morveau , tome III , pages 31G et 317. — Les huiles essentielles, mêlées et agitées avec une dissolution d’or par l’eau régale, enlèvent ce métal et s en emparent; mais l’or nage seulement dans ce fluide, d où il se précipite en grande partie ; il n’y est point dans un état de dissolution parfaite , et conserve toujours une certaine quantité d'acide régalin. Idem, page 356.
vent ces mêmes corps organisés. Il me semble donc qu’on peut se tromper en prononçant affirmativement sur la nullité des effets de l’or pris intérieurement comme remède dans certaines maladies, parce que le médecin ni personne ne peut connaître tous lesrapportsquece métal trèsatténué peut avoir avec le feu qui nous anime.
Il en est de même de cette fameuse recherche appelée le grand œuvre , qu’on doit rejeter en bonne morale, mais qu’en saine physique l’on ne peut pas traiter d’impossible. On fait bien de dégoûter ceux qui voudraient se livrer à ce travail pénible et ruineux, qui, même fut-il suivi du succès, ne serait utile en rien à la société : mais pourquoi prononcer d’une manière décidée que la transmutation des métaux soit absolument impossible, puisque nous ne pouvons douter que toutes les matières terrestres , et même les éléments, ne soient tous convertibles ; qu indépendamment de cette vue spéculative, nous connaissons plusieurs alliages dans lesquels la matière des métaux se pénètre et augmente de densité? l’essence de l’or consiste dans la prééminence de cette qualité, et toute matière qui, par le mélange, obtiendrait le même degré de densité, ne serait-elle pas de l’or? Ces métaux mélangés , que l’alliage rend spécifiquement plus pesants par leur pénétration réciproque , ne semblent-ils pas nous indiquer qu’il doit y avoir d’autres combinaisons où cette pénétration étant encore plus intime, la densité deviendrait plus grande?
On ne connaissait ci-devant rien déplus dense que le mercure après l’or; mais on a récemment découvert la platine : ce minéral nous présente l’une de ces combinaisons où la densité se trouve prodigieusement augmentée, et plus que moyenne entre celle du mercure et celle de l’or. Mais nous n’avons aucun exemple qui puisse nous mettre en droit de prononcer qu’il y ait dans la nature des substances plus denses que l’or, ni des moyens d’en former par notre art: notre plus grand chef-d:œuvre serait en eflct d’augmenter la densité de la matière, au point de lui donner la pesanteur de ce métal ; peutêtre ce chef-d’œuvre n’est-il pas impossible , et peut-être même y est-on parvenu ; car dans le grand nombre des faits exagérés ou faux qui nous ont été transmis au sujet du grand œuvre , il y en a quelques-uns 1 dont il me parait assez difficile de douter : mais cela ne nous em-
< Voyez entre autres le fait de transmutation du fer en or.
DES MINÉRAUX
pêche pas de mépriser, et même de condamner tous ceux qui, par cupidité, se livrent à cette recherche , souvent même sans avoir les connaissances nécessaires pour se conduire dans leurs travaux; car il faut avouer qu’on ne peut rien tirer des livres d’alchimie ; ni la Table hermétique, ni la Tourbe des philosophes, ni Philalèthe et quelques autres que j’ai pris la peine de lire 1 , et même d’étudier, ne m’ont présenté que des obscurités, des procédés inintelligibles ou je n’ai rien aperçu , et dont je n’ai pu rien conclure, sinon que tous ces chercheurs de pierre philosophale ont regardé le mercure comme la base commune des métaux , et surtout de l’or et de l’argent. Bêcher, avec sa Terre mercurielle , ne s’éloigne pas beaucoup de cette opinion ; il prétend même avoir trouvé le moyen de fixer cette base commune des métaux. Mais s’il est vrai que le mercure ne se fixe en effet que par un froid extrême, il n’y a guère d’apparence que le feu des fourneaux de tous ces chimistes ait produit le même effet : cependant on aurait tort de nier absolument la possibilité de ce changement d’état dans le mercure, puisque, malgré la fluidité qui lui parait être essentielle, il est dans le cinabre sous une forme solide, et que nous ne savons pas si sa substance ou sa vapeur, mêlée avec quelque autre matière que le soufre, ne prendrait pas une forme encore plus solide, plus concrète et plus dense. Le projet de la transmutation des métaux et celui de la fixation du mercure doivent donc être rejetés , non comme des idées chimériques ni des absurdités, mais comme des entreprises téméraires , dont le succès est plus que douteux. Nous sommes encore si loin de connaître tous les effets des puissances de la nature, que nous ne devons pas les juger exclusivement par celles qui nous sont connues , d'autant que toutes les combinaisons possibles ne sont pas à beaucoup près épuisées, et qu'il nous reste sans doute plus de chose à découvrir que nous n’en connaissons.
En attendant que nous puissions pénétrer plus profondément dans le sein de cette nature inépuisable bornons-nous à la contemoler et à la
cité par Moclel dans ses récréations chimiques , traduites eu français par M. Parmentier.
* Nota. Je puis même dire que j'ai vu un bon nombre de ces messieurs adeptes, dont quelques-uns sont venus de fort loin pour me consulter, disaipnt-ils . et me faire part de leurs travaux; mais tous ont été bientôt dégoûtés de ma conversation par mon peu d’enthousiasme.
décrire par les faces qu’elle nous présenté : chaque sujet, même le plus simple, ne laisse pas d’offrir un si grand nombre de rapports, que l’ensemble en est encore très-difficile à saisir. Ce que nous avons dit jusqu’ici sur l’or n’est pas à beaucoup près tout ce qu’on pourrait en dire* ne négligeons, s’il est possible, aucune observation, aucun fait remarquable sur ses mines sur la manière de les travailler et sur les lieux où on les trouve. L’or, dans ses mines primitives, est ordinairement en filets , en rameaux , en feuilles, et quelquefois cristallisé en très-petits grains de forme octaèdre. Cette cristallisation , ainsi que toutes ces ramifications, n’ont pas été pi oduites par 1 intermède de l’eau, mais par l’action du feu primitif qui tenait encore ce métal en fusion : il a pris toutes ces formes dans les fentes du quartz, quelque temps après sa consolidation. Souvent ce quartz est blanc, et quelquefois il est teint d’un jaune couleur de corne.' ce qui a fait dire a quelques minéralogistes 1 qu’on trouvait l or dans la pierre de corne comme dans le quartz : mais la vraie pierre de corne étant d’un formation postérieure à celle du quartz, l’or qui pourrait s’y trouver ne serait lui-même que de seconde formation : l’or primordial, fondu ou sublimé parle feu primitif, s’est logé dans les fentes que le quartz, déjà decrepite par les agents extérieurs, lui offrait de toutes parts, et communément il s’y trouve allié d’argent 2, parce qu’il ne faut qu’à peu près le même degré de chaleur pour fondre et sublimer ces deux métaux. Ainsi l’or et l’argent ont occupé en même temps les fentes perpendiculaires de la roche quartzeuse et ils y ont en commun formé les mines primordiales de ces métaux : toutes les mines secondaires en ont successivement tiré leur origine, quand les eaux sont venues dans la suite attaquer ces mines primitives , et en détacher les grains et les parcelles qu’elles ont entraînés et
1 t L'or vierge se trouve non-seulement dans du quartz « ou de la pierre de corne, mais encore dans des p erres de « veines tendres comme, par exemple, dans une terre ferru- « gineuse coagulée , et dans une terre de silex ou de limon * blanche et tendre; il y en a beaucoup d’exemples dans la « Hongrie et dans la Transylvanie ; on a même reconnu que « l’or vierge se montre dans ces veines sous toutes sortes de « figures, quelquefois sous la forme de fil allongé; on en « trouve aussi qui traverse de grandes pierres. » Instructions sur l’art des mines, par M Delius. tome l, page 101.
2 En Hongrie, on rencontre assez souvent des mines d’argent qui contiennent une portion d’or si considérable , (pie par rapport J l’argent qu’on en lire elle monte jusqu’à un quart. M. de Justi , cité dans le Journal étranger; mois de septembre, année 1736, page 43.
HISTOIRE NATURELLE
déposés dans le lit des rivières et dans les terres adjacentes; et ces débris métalliques, rapprochés et rassemblés , ont quelquefois formé des agrégats , qu’on reconnaît être des ouvrages de l’eau , soit par leur structure , soit par leur position dans les terres et les sables.
11 n’y a donc point de mines dont l’or soit absolument pur; il est toujours allié d’argent; mais cet alliage varie en différentes proportions, suivant les différentes mines 1 ; et dans la plupart il y a beaucoup plus d’argent que d’or; car comme la quantité de l’argent s’est trouvée surpasser de beaucoup celle de l’or, les alliages naturels , résultant de leur mélange , sont presque tous composés d’une bien plus grande quantité d’argent que d’or.
Ce métal mixte de première formation est , comme nous l’avons dit , engagé dans un roc quartzeux auquel il est étroitement uni ; pour l’en tirer, il faut donc commencer par broyer la pierre, en laver la poudre pour en séparer les parties moins pesantes que celles du métal , et achever cette séparation par le moyen du mercure, qui , s’amalgamant avec les particules métalliques, laisse à part le restant de la matière pierreuse; on enlève ensuite le mercure en donnant à cette masse amalgamée un degré de chaleur suffisant pour le volatiliser, après quoi il ne reste plus que la portion métallique composée d’or et d’argent “ : on sépare enfin ces deux
4 Pline parle (l'un or des Gaules qui ne contenait qu’un trente-sixième d’argent : en admettant le fait, cet or serait le plus pur qu'on eût jamais trouvé : « umni auro inest ar- « genluin , vario pondéré; alibi dena, alibi noua , alibi oc- « tava parte in uno tantum Galliæ métallo , quod vocant al- « bieratense tricesima sexta portio invenitur, etideo cæteris « præest. » Lib. XXXIll, eh. xxi.
3 L’or se trouve rarement seu 1 dans une naine ; il est presque toujours caché dans l’argent qui l’accompagne ; et pour le tirer de sa mine, il faut la traiter d’abord comme une mine d'argent... Ce précieux métal est souvent si divisé dans les mines, qu’à peine peut-on s’assurer par les essais ordinaires qu'elles tiennent de l’or... et souvent il faut attendre que la mine ait été fondue en grand , pour essayer par le départ l’argent qui en provient. Les mines de Ramineisbei g près de Goslar, dans le tlartz, peuvent servir ici d exemple ; elles tiennent de l'or, mais en si petite quantité que le grain ne peut se trouver par l’essai, puisque le marc d’argent de ces mines ne donne que trois quarts de grain d or , et il faut fondre ordinairement trente-cinq quintaux de ces mines , pour avoir un marc d’argent ; ainsi , pour trouver dans l’essai seulenu nt un quart de grain d’or, il faudrait essayer dix quintaux deux tiers de mine. Les essais de ces soi tes de mines se font aisément dans les lieux où il y a des fonderies établies ; mais quand on n’a pas la commodité de fondre ces minesen grand, il faut chercher quelque moyen de connaître leur produit par l’essai...
Si les mines qui contiennent de l’or sont chagées de pyrites et de quelque fluor extrêmement dur à piler, il faut les
métaux, autant qu’il est possible, par les opérations du départ , qui cependant ne laissent jamais l’or parfaitement pur1, comme s’il était impossible à notre art de séparer en entier ce que la nature a réuni ; car de quelque manière que l'on procède à cette séparation de for et de l’argent qui, dans la nature , ne font le plus souvent qu’une masse commune , ils restent toujours mêlés d’une petite portion du métal qu’on tâche d’en séparer 2 , de sorte que ni l’or ni l’argent ne sont jamais dans un état de pureté absolue.
Cette opération du départ , ou séparation de l’or et de l’argent, suppose d’abord que la masse d’alliage ait été purifiée par le plomb, et qu’elle ne contienne aucune autre matière métallique,
griller; et ensuite les piler et les laver. On ne prend que huit quintaux de plomb pour un quintal de mine aisée à fondre; au lieu qu’il eu faut seize quand elles sont rebelles à la fonte; on les scorifie, puis on coupelle le plomb comme à l’ordinaire. Les scories de ces essais doivent avoir la fluidité de l’eau; pour peu qu’elles filent on n’a pas leur véritable produit en argent et en or.
Lorsqu’on a coupelé le plomb, enrichi de cette scorification, on pèse le grain d’argent qu’jl a laissé sur la coupelle, et qui est comp- sé d’or et d'argent, (jue l’on départ par le moyen de l’eau-forte; mais avant de soumettre le bouton au départ, on le réduit en lamines que l’on fait rougir au feu pour les recuire, afin que l’eau-forte les attaque plus aisé* ment... Dans ces sortes de départs où il s’agit d’avoir la petite portion d’or que contient chaque bouton de coupelle, on emploie l’eau-forte pure.... Aussitôt que la première eau-forle a cessé de dissoudre, on la verse et on en remet de l’autre, qui achève de dissoudre l’argent qui pourrait encore se trouver avec l’or.
S’il y a beaucoup d’or dans l’argent, c’est-à-dire la moitié, l’eau-fo|rte meme en ébullition ne l’attaque pas; elle ne dissout que les parties de l’argent qui se trouvent à la surface des lamines, qu’il faut alors refondre avec deux fois leur poids d'argent pur, ou d’argent de départ purifié de tout cuivre. .. Ou aplatit le nouveau boulon en lamine que l’on fait recuire, pour être ensuite soumise à l’opération du départ, qui alors se fait bien. . . Lorsqu’on a rassemblé tout l’or provenant du départ, on le fait rougir au feu dans un creuset, pour achever de le débarrasser entièrement de l’acide du dissolvant , et pour lui faire prendre la couleur d’un vrai or... Ensuite on le la'sse refroidir pour le peser et connaîire le produit de la mine qu’on a essayée. Traité de la Fonte des mines de Schlutter, traduit par M. Ilellot, tome I, page 177 et suiv.
4 Nota. Je crois cependant qu’il n’est pas impossible de séparer absolument l’or et l’argent l’un de l'autre, en multipliant les opérations et les moyens, et qu'au moins on arriverait à une approximation si grande, qu'on pourrait regarder comme nulle la poriion presque infiniment petite de celui qui resterait contenu da.s l'autre.
2 M. Cramer, dans sa Docimasie , assure que si Je départ se fait par l’eau-forte , il reste toujours une petite poriion d'argent unie à l'or, et de même que quand on fait le départ par l'eau régale, il reste toujours une p tite portion d'or unie à l’argent, et il estime celte proportion depuis un deux-centième jusqu’à un cent-cinquantième. Dictionnaire de Chimie, article Départ. — NotaM.'lilU t observe qu’il est très-vrai qu’on n’oblient pas d l'or parfaitement pur par la \o c du départ, mais que cependant il est possible de parvenir à ce but par la dissolution de l’or lin dans l’eau régale, ou par des céuien» tâtions réitérées.
Di iS MINÉRAUX.
sinon de l or et de l’argent. On peut y procéder de tiois manières différentes, en se servant des substances qui, soit à chaud, soit à froid, n’attaquent pas l’or, et peuvent néanmoins dissoudre l’argent. 1° L’acide nitreux n’attaque pas i 01 et dissout l’argent; l’or reste donc seul après la dissolution de l’argent. 2° L’acide marin a *, comme l’acide nitreux, la vertu de dissoudre
1 argent sans attaquer l’or, et par conséquent la puissance de les séparer; mais le départ par l’acide nitreux est plus complet et bien plus facile : il se fait par la voie humide et à l’aide d’une très-petite chaleur; au lieu que le départ par l’acide marin, qu’on appelle départ concentré , ne peut se faire que par une suite de procédés I assez difficiles. 3°Le soufre a aussi la même propriété de dissoudre l’argent sans toucher à l’or, mais ce n’est qu’à l’aide de la fusion , c’est-à- | dire d’une chaleur violente; et comme le soufre est très inflammable, et qu’il se brûle et se volatilise en grande partie, en se mêlant au métal fondu , on préfère l’antimoine pour faire cette espèce de départ sec, parce que le soufre étant uni dans l’antimoine aux parties régulines de ce demi-métal, il résiste plus à l’action du feu, et pénètre le métal en fusion dans lequel il scorifie l’argent et laisse 1 or au-dessous . De ces trois agents l’acide nitreux est celui qu’on doit préférer2;
* « On peut purifier l’or , c’est-à-dire en séparer l’argent « qu il contient par l'acide marin , au moyen d’une cémenta- « tion; il faut d abord qu’il soit réduit en lames minces; on « stratifie ces lames avec un cément fait de quatre parties de « briques pilées et tamisées, d’une partie de colcothar et d’uue « partie de sel marin , le tout réduit en pâte ferme avec un « peu d eau : pendant cette opération, où il est très-important « que la chaleur ne soit pas assez forte pour fondre l’or, l'acide « du colcothar et de 1 argile dégage celui du sel marin ; et ce « dernier, à ranon de sa concentration et de l’état de vapeur « où il se trouve, attaque l'argent, et à la faveur de ladila- « tation que le feu occasionne, va chercher ce métal jusque « dans des alliages où Corserait en assez grande quantité
* pom le défendre de 1 action de 1 eau-forte. » Éléments de chimie, par M. de Morveau , tome II, page 218.
2 MM. Brandt, Schœffer, Dergmann et d'autres, ayant avancé que l’acide nitreux, quoique très-pur, pouvait dissoudre une certaine quantité d’or , et cet effet paraissant devoir influer sur la sûreté de l’importante opération du départ, les chimistes de notre Académie des Sciences ont été chargés de faire des expériences à ce sujet, et ces expériences ont prouvé que l'acide nitreux n’attaque point ou très-peu l’or; puisque après en avoir séparé l’argent qui y était allié, et dont on connaissait la proportion , on a toujours retrouvé juste la même quantité d'or. « Cependant ils ajoutent , dans « le rapport de leurs épreuves, qu’il ne faut pas conclure que,
* dans aucun cas, l'acide nitreux ne puisse faire éprouver à « 1 or quelque très-faible déchet. L’acide nitreux le plus pur « se charge de quelques particules d'or; mais nous pouvons « assurer que les circonstances nécessaires à la production
* de cet effet sont absolument étrangères au départ d'essai; |
| la manipulation des deux autres étant plus difficile et la purification plus incomplète que par le premier.
On doit observer que pour faire par l’acide nitreux le départ avec succès, il ne faut pas que la quantité d or contenue dans l’argent soit de plus de deux cinquièmes; car alors cet acide ne pourrait dissoudre les parties d’argent, qui, dans ce cas, seraient défendues et trop couvertes par ! celles de l’or pour être attaquées et saisies. S’il se trouve donc plus de deux cinquièmes d’or dans la masse dont on veut faire le départ, on est obligé de la faire fondre, et d’y ajouter autant d’argent qu’il en faut pour qu’il n’y ait en effet que deux cinquièmes d’or dans cette nouvelle masse : ainsi l’on s’assurera d’abord de cette proportion, et il me semble que cela serait facile par la balance hydrostatique, et que ce moyen serait bien plus sûr que la pierre de touche et les aiguilles alliées d’or et d’argent à différentes doses , dont se servent les essayeurs pour reconnaître cette quantité dans la masse de ces métaux alliés. On a donc eu raison de proscrire cette pratique dans les monnaies de France 1 ; car ce n’est au vrai qu’un tâtonnement dont il ne peut résulter qu’une estimation incertaine; tandis que, par la différente pesanteur spécifique de ces deux métaux, on aurait un résultat précis de la proportion de la quantité de chacun dans la masse alliée dont on veut faire le départ. Quoi qu’il en soit, lorsqu’on s’est à peu près assuré de cette proportion , et que l’or n’y est que pour un quart ou au-dessous, on doit employer de l’eau forte. ou acide nitreux bien pur, c’est-à-dire exempt de tout autre acide, et surtout du vitriolique et du marin ; on verse cette eau-forte sur le métal réduit en grenailles ou en lames très-minces : il en faut un tiers de plus qu’il n’y a d’argent dans l’alliage. On aide la dissolution par un peu de chaleur, et on la rend complète en renouvelant deux ou trois fois l’eau-forte , qu’on fait même bouil-
« que dans ce dernier, lorsqu’on le pratique suivant les règles « et l’usage reçu , il ne peut jamais y avoir le moindre déchet « sur l'or. » Rapport sur l'opération du départ, dans le Journal de Physique; février 1781, pagé 142.
H M. Tiilet m'écrit à ce sujet, qu’on ne fait point usage des touchaux pour le travail des monnaies de France ; le titre des espèces n’y est constaté que par l’opération de l’essai ou du départ; les orfèvres emploient, il est vrai , le touchau dans leur maison commune ; mais ce n’est que pour les menus ouvrages eu si petit volume, qu’ils offrent à peine la matière de l'essai eu règle , et qui sont incapables de supporter le * poinçon de marque.
HISTOIRE NATURELLE
lir avant de la séparer de l’or qui reste seul au fond du vaisseau, et qui n’a besoin que d’être bien lavé dans l’eau chaude pour achever de se nettoyer des petites parties de la dissolution d’argent attachées à sa surface ; et lorsqu’on a obtenu l’or, on retire ensuite l’argent de la dissolution, soit en le faisant précipiter, soit en distillant l’eau-forte pour la faire servir une seconde fois.
Toute masse dont on veut faire le départ par cette voie ne doit donc contenir que deux cinquièmes d’or au plus sur trois cinquièmes d’argent; et dans cet état, la couleur de ces deux métaux alliés est presque aussi blanche que l’argent pur, et loin qu’une plus grande quantité de ce dernier métal nuisît à l’effet du départ, il est au contraire d’autant plus aisé à faire, que la proportion de l'argent à l’or est plus grande. Ce n’est que quand il y a environ moitié d’or dans l’alliage qu’on s’en aperçoit à sa couleur, qui commence à prendre un œil de jaune faible.
Pour reconnaître au juste l’aloi ou le titre de l’or, il faut donc faire deux opérations : d’abord le purger, au moyen du plomb, de tout mélange étranger, à l’exception de l’argent qui lui reste uni, parce que le plomb ne les attaque ni l’un ni l’autre, et ensuite, il faut faire le départ par le moyen de l’eau-forte. Ces opérations de l’essai et du départ, quoique bien connues des chimistes, des monnayeurs et des orfèvres, ne laissent pas d’avoir leurs difficultés par la grande précision qu’elles exigent, tant pour le régime du feu que pour le travail des matières , d’autant que, par le travail le mieux conduit, on ne peut arriver à la séparation entière de ces métaux; car il restera toujours une petite portion d’argent dans l’or le plus raffiné , comme une portion de plomb dans l’argent le plus épuré L
A Pour faire l’essai de l’argent , on choisit deux coupelles égales de grandeur et de poids; l’usage est de prendre des coupelles qui pèsent autant que le plomb qu’on emploie dans l’essaie, parce qu’on a observé que ce sont celles qui peuvent boire toute la litharge qui se forme pendant l’opération : on les place l’une à côté de l’autre , sous la mouffle, dans un fourneau d'essai ; on allume le fourneau , on fait rougir les coupelles , et on les tient rouges pendant une bonne demiheure avant d’y rien mettre...
Quand les coupelles sont rouges à blanc , on met dans chacune d’elles la quantité de plomb qu'on a déterminée , et qui doit être plus ou moins grande , suivant que l'argent a plus ou moins d’alliage; on augmente le feu en ouvrant les portes du cendrier jusqu'à ce que le plomb soit rouge , fumant et agité d'un mouvement de circulation, et que sa surface soit nette et bien découverte.
On met alors dans chaque coupelle, l'argent réduit en peti¬
tes lames, afin qu'il se fonde plus promptement en soutenant
Nous ne pouvons nous dispenser de parler des différents emplois de l’or dans les arts, et de l’usage ou plutôt de l’abus qu’on en fait par un vain luxe, pour faire briller nos vêtements, nos
toujours, et même en augmentant le feu jusqu'à ce que l'argent soit bien fondu et mêlé avec le plomb... L'on voit autour du métal un petit cercle de litharge qui s’imbibe continuellement dans la coupelle , et à la fin de l’essai le bouton de fin n’étant plus couvert d’aucune litharge , paraît brillant et reste seul sur la coupelle; et si l’opération a été bien conduite, les deux essais doivent donner le bouton de fin dans le même temps’à peu près : au moment que ce bouton se fixe , on voit sur sa surface des couleurs d’iris, qui font des ondulations et se croisent avec beaucoup de rapidité... Il faut avoir grande attention à l’administration du feu pour que la chaleur ne soit ni trop violente ni trop faible; dans le premier cas, le plomb se scorific trop vite et n’a.pas le temps d'emporter toutes les impuretés de l’argent ; dans le second cas , et ce qui est encore
pis, il n’entre pas assez daus la coupelle . mais la chaleur
doit toujours aller en augmentant jusqu’à la fin de l’opération... Quand elle est achevée, on laisse encore les coupelles au même degré de chaleur, pendant quelques moments, pour donner le temps aux dernières portions de litharge de s'imbiber, après quoi on les laisse refroidir doucement, surtout si le bouton de fin est gros, pour lui donner le temps de se consolider jusqu'au centre, sans qu’il crève d’aucun côté, ce qui arriverait s’il se refroidissait trop vite ; enfin il faut le détacher de la coupelle avant qu'elle ne soit trop refroidie , parce qu’alors il se détache plus facilement.
On pèsera ensuite exactement les deux boutons de fin , et si leur poids est le même , l’essai aura été bien fait, et l’on connaîtra au juste le titre de la masse de l’argent dans laquelle on a pris les morceaux pour les essayer; le titre sera indiqué par la quantité que l’argent aura perdue par la coupelle. Dictionnaire de chimie , article Essais.
Nota. J’observerai ici. avec M. Tillet, qu’on a tort de négliger la petite quantité d'argent que la litharge entraîne toujours dans la coupelle ; car cette quantité négligée donne lieu à des rapports constamment faux de la quantité juste d’argent que contiennent instrinsèquement les lingots dont les essayeurs établissent le titre ; ce point assez délicat de Docitnasie a été traité dans plusieurs Mémoires insérés dans ceux de l'Académie des Sciences, et notamment dans un Mémoire de M. Tillet , qui se trouve dans le volume de l’année 1769 : on y voit clairement de quelle conséquence il pourrait être qu’on ne négligeât pas la petite quantité de fin que la coupelle absorbe.
Comme il n’y a presque point de plomb qui ne contienne de l’argent, et que cet argent a dû se mêler dans le bouton de fin, il faut, avaut de faire l'essai à la coupelle par le plomb , s’assurer de la quantité d'argent que ce plomb contient; et pour cela on passe à la coupelle une certaine quantité de plomb tout seul, et l’on voit ce qu’il fournit d'argent... Le plomb de Willach en Corinthie, qui ne contient point d'argent , est recherché pour faire les essais...
Lorsqu'on veut faire l’essai d’un lingot d’or , on en coupe vingt-quatre grains qu’on pèse exactement à la petite balauce d’essai : on pèse d'un autre côté soixante-douze grains d argent fin ; on passe ces deux métaux ensemble à la coupelle , en employant à peu près dix fois plus de plomb qu’il n’y a d'or ; on conduit cette coupellation comme celle pour l'essai de l’argent, si ce u’est qu’on chauffe un peu plus vivement sur la fin, lorsque l’essai est prêt à faire son éclair : l'or se trouve après cela débarrassé de tout autre alliage que de l’argent.
Ensuite on apla it le bouton de fin sur le tas d’acier, et le faisant recuire à mesure qu’il s’écouif , de. peur qu’il ne fende, on le réduit parce moyen en une petite lame qu on roule ensuite en forme de cornet, puis on en fait le départ par l’eau-forte.
DES MINÉRAUX
meubles et nos appartements , en donnant la couleur de l’or à tout ce qui n’en est pas, et l’air de l’opulence aux matières les plus pauvres; et cette ostentation se montre sous mille formes différentes . Ce qu’on appelle Or de couleur n’en a que l’apparence; ce n’est qu’un simple vernis qui ne contient point d’or, et avec lequel on peut néanmoins donner à l’argent et au cuivre la couleur jaune et brillante de ce précieux métal, l es garnitures en cuivre de nos meubles, les bras, les feux de cheminée, etc., sont peints de ce vernis couleur d’or, ainsi que les cuirs qu’on appelle dorés, et qui ne sont réellement qu’étamés et peints ensuite avec ce vernis doré. A la vérité cette fausse dorure diffère beaucoup de la vraie, et il est très-aisé de les distinguer; mais on fait avec le cuivre, réduit en feuilles minces , une autre espèce de dorure qui peut en imposer lorsqu’on la peint avec ce même vernis couleur d’or. La vraie dorure est celle où l’on emploie de l’or : il faut pour cela qu’il soit réduit en feuilles très-minces ou en poudre fort fine; et pour dorer tout métal il suffit d’en bien nettoyer la surface, de le faire chauffer, et d’y appliquer exactement ces feuilles ou cette poudre d’or, par la pression et le frottement doux d’une pierre hématite , qui le brillante et le fait adhérer. Quelque simple que soit cette manière de dorer, il y en a une autre peut-être encore plus facile; c’est d’étendre sur le métal qu’on veut dorer un amalgame d’or et de mercure, de le chauffer ensuite assez pour faire exhaler en vapeurs le mercure qui laisse l’or sur le métal, qu’il ne s’agit plus que de frotter avec le brunissoir pour le rendre brillant : il y a encore d’autres manières de dorer. Mais c’est peut-être déjà trop en Histoire naturelle, que de donner les principales pratiques de nos arts.
Mais nous laisserions imparfaite cette histoire de l’or, si nous ne rapportions pas ici tous les renseignements que nous avons recueillis sur les différents lieux où se trouve ce métal. II est, comme nous l’avons dit, universellement ré-
La diminution qui se trouve sur le poids de l’or après le départ lait connaître la quantité d alliage que cet or contient...
On peut aussi purifier 1 or par l'antimoine, qui emporte en même temps les métaux imparfaits et l’argent dont il est mêlé ; mais cette purification de l’or n’est pas assez parfaite pour pouvoir servir à la juste détermination du titre de l'or, et il vaut mieux employer la coupellation par le plomb, pour séparer d’abord l’or de tous les métaux imparfaits, et ensuite le départ pour le séparer de l’argent. Dictionnaire de chimie article lissais.
pandit , mais en atomes infiniment petits, et il n’v a que quelques endroits particuliers où il se pi ésente en particules sensibles et en masses assez palpables pour être recueillies. En parcourant dans cette vue les quatre parties du monde, on verra qu’il n’y a que peu de mines d’or proprementditesdans les régionsdu nord, quoiqu’il y ait plusieurs mines d’argent qui presque toujours est allié d’une petite quantité d’or. Il se trouve aussi très-peu de vraies mines d’or dans les climats tempérés; il y en a seulement quelques-unes où l’on a rencontré de petits morceaux de ce métal massif : mais dans presque toutes 1 oi n est qu en petite quantité dans l’argent avec lequel il est toujours mêlé. Les mines d’or les plus riches sont dans les pays les plus chauds etpai ticulièrement dans ceux où les hommes ne se sont pas anciennement établis en société policée, comme en Afrique et en Amérique ; car il est très-probable que l’or est le premier métal dont on se soit servi ; plus remarquable par son poids qu’aucun autre, et plus fusible que le cuivre et le fer, il aura bientôt été reconnu , fondu, tiavaillé. On peut citer pour preuve les I ci un iens et les Mexicains , dont les vases et les instruments étaient d’or, et qui n’en avaient que peu de cuivre et point du tout de fer, quoique ces métaux soient abondants dans leur pays : leurs arts n’étaient pour ainsi dire qu’ébauchés, parce qu’eux-mêmes étaient des hommes nouveaux , et qui n étaientqu’à demi policés depuis cinq ou six siècles. Ainsi dans les premiers temps de la civilisation de l’espèce humaine, l’or, qui de tous les métaux s’est présenté le premier à la surface de la terre ou à de petites profondeurs, a été recueilli , employé et travaillé, en sorte que dans les pays peuplés et civilisés plus anciennement que les autres, c’est-à-dire dans les régions septentrionales et tempérées , il n’est resté pour !a postérité que le petit excédant de ce qui n’a pas été consommé; au lieu que dans ces contrées méridionales de l’Afrique et de l’Amérique, qui n’ont été peuplées que les dernières , et où les hommes n’ont jamais été policés , la quantité de ce métal s’est trouvée tout entière et telle, pour aiusi dire, que la nature l’avait produite et confiée à la terre encore vierge. L’homme n’en avait pas encore déchiré les entrailles' ; son sein était à peine effleuré lors*
4 Itcgnaverat in Colclus Saleucis nactus, plurimum argeuti auriciue lib. XXXV.
. qui terram virgjpcam eruLsse dieitnr. loin.,
que les conquérants du Nouveau-Monde en ont forcé les habitants à la fouiller dans toutes ses parties par des travaux immenses : les Espagnols et IesPortugais ont, en moins d’un siècle , plus tiré d’or du Mexique et du Brésil , que les naturels du pays n’en avaient recueilli depuis le premier temps de leur population. La Chine , dira-t-on , semble nous offrir un exemple contraire ; ce pays, très-anciennement policé, est encore abondant en mines d’or qu’on dit être assez riches : mais ne dit-on pas en même temps, avec plus de vérité, que la plus grande partie de l’or qui circule à la Chine vient des pays étrangers? Plusieurs empereurs chinois assez sages, assez humains pour épargner la sueur et ménager la vie de leurs sujets, ont défendu l’extraction des mines dans toute l’étendue de leur domination 1 : ces défenses ont subsisté longtemps et n’ont été qu’assez rarement interrompues. 11 se pourrait donc en effet qu’il y eut encore à la Chine des mines intactes et riches , comme dans les contrées heureuses où les hommes n’ont pas été forcés de les touiller : car les travaux des mines, dans le Nouveau-Monde, ont tait périr en moins de deux ou trois siècles plusieurs millions d’hommes2; et cette plaie énorme faite à l’humanité, loin de nous avoir procuré des richesses réelles, n’a servi qu’a nous surcharger d un poids aussi lourd qu’inutile. Le prix des denrées étant toujours proportionnel à la quantité du métal qui n’en est que le signe , l’augmentation de cette quantité est plutôt un mal qu’un bien; vingt fois moins d’or et d’argent rendraient le commerce vingt fois plus léger, puisque tout signe en grosse masse, toute représentation en grand volume, est plus pénible à transporter, coûte plus à manier, et circule moins aisément qu’une petite quantité qui représenterait, également et aussi bien la valeur de toute chose. Avant la découverte du Nouveau-Monde il y avait réellement vingt fois moins d’or et d’argent en Europe, mais les denrées coûtaient vingt fois moins. Qu'avons-nous donc acquis avec ces millions de métal? la charge de leur poids.
Et cette surcharge de quantité deviendrait en-
4 Les anciens Romains avaient eu la mèmesagesse. « Metal- « loruiu omnium fertilitate nullis cedit terris Italia, sed in- « terdictum id vetere consulto patrum , Italiæ parci jubeu* « tnnn. » clin., Hist. Nat., lib. III, cap. xxiv.
' °yez *e livre de Las Casas , sur la destruction des Indiens.
core plus grande, et peut-être immense, si la cupidité ne s’opposait pas à elle-même des obstacles, et n’était arrêtée par des bornes qu’elle ne peut franchir. Quelque ardente qu’ait été dans tous les temps la soif de l’or, on n’a pas toujours eu les mêmes moyens de l’étancher; ces moyens ont même diminué d’autant plus qu’on s’en est plus servi : par exemple , en supposant, comme nous le faisons ici, qu’avant la conquête du Mexique et du Pérou il n’y eût en Europe que la vingtième partie de l’or et de l’argent qui s’y trouve aujourd’hui, il est certain que le profit de l’extraction de ces mines étrangères, dans les premières années pendant lesquelles on a doublé cette première quantité, a été plus grand que le profit d’un pareil nombre d’années pendant lesquelles on l’a triplé, et encore bien plus grand que celui des années subséquentes. Le bénéfice réel a donc diminué en même proportion que le nombre des années s’est augmenté , en supposant égalité de produit dans chacune ; et si l’on trouvait actuellement une mine assez riche pour en tirer autant d’or qu’il y en avait en Europe avant la découverte du Nouveau-Monde, le profit de cette mine ne serait aujourd’hui que d’un vingtième , tandis qu’aiors il aurait été du double. Ainsi plus on a fouillé ces mines riches, et plus on s’est appauvri : richesse toujours fictive, et pauvreté réelle dans le premier comme dans le dernier temps ; masses d’or et d’argent, signes lourds , monnaies pesantes , dont loin de l’augmenter on devrait diminuer la quantité, en fermant ces mines comme autant de gouffres funestes à l’humanité , d'autant qu’aujourd’hui leur produit suffit à peine pour la subsistance des malheureux qu’on y emploie ou condamne: mais jamais les nations ne se confédéreront pour un bien général à faire au genre humain ; et rien ici ne peut nous consoler, sinon l’espérance très-fondée que dans quelques siècles , et peut-être plus tôt , on sera forcé d’abandonner ces affreux travaux , que l’or même , devenu trop commun , ne pourra plus payer.
En attendant, nous sommes obligés de suivre le torrent, et je manquerais à mon objet si je ne faisais pas ici mention de tous les lieux qui nous fournissent , ou peuvent nous fournir ce métal , lequel ne deviendra vil que quand les hommes s’ennobliront par des vues de sagesse dont nous sommes encore bien éloignés. On continuera donc à chercher l’or partout où il pourra se trouver, sans faire attention que si la recher-
DES MINERAUX
ehecoûteàpeu près autant que tout autre travail, il n’y a nulle raison d’y employer des hommes qui, par la culture de la terre , se procureraient une subsistance aussi sûre, et augmenteraient en même temps la richesse réelle, le vrai bien de toute société, par l’abondance des denrées , tandis que celle du métal ne peut y produire que le mal de la disette et d’un surcroît de cherté.
Nous avons en France plusieurs rivières ou ruisseaux qui charrient de l’or en paillettes, que l’on recueille dans leurs sables ; et il s’en trouve aussi en paillettes et en poudre dans les terres voisines de leurs bords. Les chercheurs de cet or, qu’on appelle Arp ailleurs, gagneraient autant et plus à tout autre métier ; car à peine la récolte de ces paillettes d’or va-t-elle à vingtcinq ou trente sous par jour. Cette même recherche , ou plutôt cet emploi du temps était , comme nous venons de le dire, vingt fois plus profitable du temps des Romains ' , puisque l’arpailleur pouvait alors gagner vingt fois sa subsistance : mais à mesure que la quantité du métal s est augmentée , et surtout depuis la conquête du Nouveau-Monde, le même travail des arpailleurs a moins produit, et produira toujours de moins en moins ; en sorte que ce petit métier, déjà tombé , tombera tout à fait pour peu que cette quantité de métal augmente encore. L’or d’Amérique a donc enterré l’or de France, en diminuant vingt fois sa valeur ; il a fait le même tort a l’Espagne, dont les intérêts bien entendus auraient exigé qu’on n’eut tiré des mines de l’Amérique qu’autant d’or qu’il en fallait pour fournir les colonies , et en maintenir la valeur numéraire en Europe toujours sur le même pied à peu près. J ules-César cite l’Espagne et la
‘Plinedit au’on tirait, tous les ans, des Pyrénées et des provinces voisines vingt mille livres pesant d'or, sans compter l’argent, le cuivre, etc. 11 dit ailleurs que Servius Tullius, roi des Romains fut lepremier qui fit de la monnaie d’or, et qu’avant lui on l’échangeait tout brut. — Strabon rapporte que dans le temps d'Auguste et de Tibère les Romains tiraient des Pyrénées une si grande quantité d’or et d’argent, que ces métaux devinrent infiniment plus communs qu’avant la conquête des Gaules par Jules-César. Mais ce n’était pas seulement des mines des Pyrénées que les Romains tiraient cette grande quantité d'or et d’argent; car Suétone reproche à César d’a- ' °*r saccagé les villes de la Gaule pour avoir leurs richesses, tellement qu’ayant pris de l’or en abondance, il le vendit eu Italie, à trois mille petits sesterces lalivre, ce qui, selonBudée, ne fait monter le marc qu’a soixante-deux livres dix sous de notre monnaie. — Tacite donne une idée de l'abondance de l’or et de I argent dans les Gaules, par ce qu’il fait dire à l’empereur Claude, séant dans le sénat: « Ne vaut-il pas mieux,
* dit ce prince, que les Gaulois nous apportent leurs richesses'
« que de les en laisser jouir séparés de nous? # Ilellot, Mémoires sur 1 exploitation des mines de Baygory.
partie méridionale des Gaules 1 comme trèsabondantes, en or ; elles l’étaient en effet, et le seraient encore , si nous n’avions pas nousmêmes changé cette abondance en disette , et diminué la valeur de notre propre bien en recevant celui de l’étranger. L’augmentation de toute quantité ou denrée nécessaire aux besoins, ou utile au service de l’homme, est certainement un bien ; mais l’augmentation du métal qui n’en est que le signe ne peut pas être un bien , et ne fait que du mal , puisqu’elle réduit à rien la valeur de ce même métal dans toutes les terres et chez tous les peuples qui s’en sont laissé surcharger par des importations étrangères.
Autant il serait nécessaire de donner de l’encouragement à la recherche et aux travaux des mines des matières combustibles et des autres minéraux si utiles aux arts et au bien de la société, autant il serait sage de faire fermer toutes celles d’or et d’argent, et de laisser consommer peu à peu ces masses trop énormes sous lesquelles sont écrasées nos caisses , sans que nous en soyons plus riches ni plus heureux.
Au reste, tout ce que nous venons de dire ne doit dégrader l’or qu’aux yeux de l’homme sage, et ne lui ôte pas le haut rang qu’il tient dans la nature ; il est le plus parfait des métaux , la première substance entre toutes les substances terrestres, et il mérite à tous égards l’attention du philosophe naturaliste : c’est dans cette vue que nous recueillerons ici les faits relatifs à la recherche de ce métal , et que nous ferons l’énumération des différents lieux où il se trouve.
En France, le Rhin , le Rhône, l’Arve 2, le Doubs , la Cèze , le Gardon , l’Ariège , la Garonne, le Salat3, charrient des paillettes et des
* Les anciens ont écrit que l’Espagne, sur toutes les autres provinces du inonde connu, était la plus abondante en or et en argent, et particulièrement le Portugal, la Galice et les Asturies. Pline dit qu’on apportait tous les ans, d’Espagne à Rome, plus de vingt mille livres d’or, et aujourd’hui les Espagnols tirent ces deux métaux d’Amérique. Histoire des Indes, par Acosta; Paris, 1600, page 136.
2 Voyage de Misson, tome III, page 73.
3 Les rivières de France qui charrient de l’or sont : 1° le Rhin; on trouve des paillettes d'or dans les sables de ce fleuve, depuis Strasbourg jusqu’à Philisbourg; elles sont plus rares
entre Strasbourg et Brissac, où le Rhin est plus rapide .
L’endroit de ce fleuve où il en dépose davantage est entre les Fort-Louis et Guermesheim; mais tout cela se réduit à une assez petite quantité, puisque sur deux lieues d’étendue que le magistrat de Strasbourg donne à ferme pour en tirer les paillettes d’or, on ne lui en porte que quatre ou cinq onct s par an, ce qui vient de ce que les arpailleurs sont en trop petit nombre, encore plus que de la disette d’or, car on en pourrait tirer une bien plus grande quantité ; on paie les arpailleurs à raison de trente à quarante sous par jour;
HISTOIRE NATURELLE
grains d’or qu’on trouve dans leurs sables, surtout aux angles rentrants de ces rivières. Ces paillettes ont souvent leurs bords arrondis ou repliés; et c’est par là qu’on les distingue encore plus aisément que par le poids, des paillettes de mica, qui quelquefois sont de la même couleur, et ont même plus de brillant que celles d’or. On trouve aussi d’assez gros grains d’or dans les rigoles formées par les eaux pluviales , dans les terrains montagneux de Fériés et de Bénagues. On a vu de ces grains, dit M. Guettard, qui pesaient une demi-once : ces grains et paillettes d’or sont accompagnés d’un sable ferrugineux. Il ajoute que dès qu’on s’éloigne de ces montagnes , seulement de cinq ou six lieues , on ne trouve plus de grains d’or, mais seulement des paillettes très-minces. Cet académicien fait encore mention de l’or en paillettes qu’on a trouvé en Languedoc et dans le pays de FoixL M de
2® Le Rhône roule, dans le pays de Gex, assez de paillettes d'or pour occuper pendant l’hiver quelques paysans, à qui les journées valent à peu près depuis douze jusqu’à vingt sous. Ils s'attachent principalement à lever les grosses pierres; ils enlèvent le sable qui les environne, et c'est de ce sable qu’ils tirent les paillettes : on ne trouve ces paillettes que depuis l’embouchure de la rivière d’Arve dans le Rhône, jusqu’à cinq lieues au-dessous ;
3° Le Doubs ; mais les paillettes d'or y sont assez rares ;
4° La petite rivière de Cèze,qui tire son origine d’auprès de Ville-Fort dans les Cévennes : dans plusieurs lieues de son cours, on trouve partout à peu près également des paillettes, communément beaucoup plus grandes que celles du Rhône et du Rhin;
o° La rivière du Gardon qui, comme celle de Cèze vient des montagnes des Cévennes, entraîne aussi des paillettes d’or, à peu près de même grandeur et en aussi grand nombre ;
6® L’Ariége, dont le nom indique assez qu’elle charrie de l'or; on en trouve en effet des paillettes dans le pays de Foix; mais c’est aux environs de Pamiers qu’elle en fournit le plus; elle en roule aussi dans le territoire de l’évêché de Mirepoix;
7° On fait tous les ans dans la Garonne, à quelques lieues de Toulouse, une petite récolte de paillettes d’or; mais il y a lieu de croire qu’elle en tire la plus grande partie de l'Ariége, car ce n’est guère qu’au-dessous du confluent de cette dernière rivière qu’on les cherche: l’Ariége elle-même paraît tirer ses paillettes de deux ruisseaux supérieurs, savoir, celui de Ferriet et celui de Bénagues ;
8° Le Salat dont la source, comme celle de l’Ariége, est dans les Pyrénées, roule des paillettes d’or que les habitants de Saint-Girons ramassent pendant l’hiver. Mémoires de l’Académie des Sciences, année 1778, page 69 etsuiv.
On sait par des anecdotes certaines, que la monnaie de Toulouse recevait ordinairement, chaque année, deux cents marcs de cet or recueilli des rivières de l’Ariége, de la Garonne et du Salat : on en a porté dans le bureau de Pamiers, depuis 1730 jusqu’en 1760, environ quatre-vingts marcs, quoique ce bureau n’ait tout au plus que deux lieues d’arrondissement. Idem, année 1761, page 197.
4 M. Pailhès a trouvé dans le Languedoc et dans le pays
de Foix quantité de terres aurifères . Il dit que lorsqu'on
creuse dans la haute ou basse ville de Pamiers, pour des puits et des fondements, on tire des terres remplies de paillettes d’or.,, Les plus grandes paillettes sont de trois à quatre
Gensaime dit aussi qu’il y en a dans plusieurs rivières des diocèses d’Uzès et de Montpellier * : ccs grains et paillettes d’or, qui se trouvent dans les rivières et terres adjacentes, viennent comme je l’ai dit, des mines renfermées dans les montagnes voisines; maison 11e connaît actuellement qu’un très-petit nombre de ces mines en montagnes 2. Il y en a une dans les Vosges près deSteingraben, où l’on a trouvé des feuilles d’or vierge d’un haut titre, dans un spath fort blanc 3 ; une autre à Saint-Marcel-lès-Jussey en Franche-Comté , que Téboulement de terres n’a pas permis de suivre. Les Romains ont travaillé des mines d’or à la montagne d’Orel en Dauphiné; et l’on connaît encore aujourd’hui une mine d’argent tenant or, à l’Ermitage, au-dessus de Tain , et dans la montagne du Pontel en Dauphiné. On en a aussi reconnu à Banjouxen Provence; à Londat, à Rivière et à la montagne d’Argentière , dans le comté de Foix ; dans le Bigorre, en Limosin, en Auvergne, et même en Normandie et dans l’Ile-de-France 4. Toutes ces mines et plusieurs autres, étaient autrefois
lignes de longueur, et toujours plus longues que larges, il y en a de si petites qu’elles sont imperceptibles : quelques-unes ont les angles aigus, mais la plupart les ont arrondis. Il y en a même qui sont repliées : il y a aussi des grains de différentes grosseurs... Il y a des cailloux qui sont presque couverts et entourés par une lame d'or ; ils sont tous de la nature du quartz, mais ils sont de différentes couleurs... Il y a trois espèces de cescailloux , les premiers sont ferrugineux, rougeâtres , et extrêmement durs ; les seconds sont aussi ferrugineux et colorés de roussàtre et de noir ; les troisièmes sont blanchâtres, et fournissent les plus gros grains d’or. Four eu tirer les paillettes, ou pile ces cailloux dans un mortier de fer, et on les réduit en poudre. M. Guettard, Mémoires de l’Académie des Sciences, année t76t,page t98etsuiv.
4 Dans le diocèse de Montpellier, on cherche des paillettes d’or le long de la rivière de l’Hérault : j'en ai vu une qui pesait près d'un gros; elle était fort mince, mais large, et les arpailleurs m’assurèrent qu’il y avait peu de temps qu'ils en avaient trouvé une qui pesaitau delà d’une demi-once... Ces paillettes se trouvaient entre deux bancs de roche qui traversent la rivière, et ils ne pouvaient en avoir que lorsque les eaux étaient basses. Histoire naturelle du Languedoc , par M. de Gensanne, tome I, page 193.
2 Le pays des Tarbelliens, que quelques-uns disent être le territoire de Tarbes, d’autres celui de Dax, produisait autrefois de l’or, suivant le témoignage de Strabon : » Aquitaniæ « solum, quod estad liltusOceani, majore sui parte arenosum « est et tenue... lbi est etiam sinus isthmum efticiens.qui per* « tinet ad sinum Gallicum in Narbonensi orâ , idemque cmn « illo sinu hic sinus nomen habet : Tabelli hune sinum tc- « rient, apud quos optima sunt auri metalla ; in fossis cnirn « non allé actis inveniuntur auri laminæ manum implentes, « aliquando exiguâ indigentes repurgatione; reliquium ra- « meiita et glebæsunt, ipsae quoque non multum operis desi- « derantes. » Strab. lib. IV.
5 Mémoires sur l'exploitation des Mines, par M. de Gensanne, dans ceux des savants étrangers, tome IV, page 141.
4 Ilellot, Traité delà fonte des Mines de Schlutter, tome U page I jus ju'à 68.