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GRENAT

Quoique la pesanteur spécifique du Grenat excède celle du diamant , et soit h peu près la même que celle du rubis et de la topaze d’Orient 3, on ne doit cependant pas le mettre au

4 La pesanteur spécifique de la topaze orientale est de 40106, tandis que celle de la topaze de Saxe n’est que de 33640.

2 Cette pierre se trouve, entre autres endroits, dans le Voigtland sur le Scbneckcnberg près de la colline de Danneberg à deux milles d'Averbach où on la voit en assez grande abondance dans les crevasses d'un roc fort dur , et elle s’y trouve mêlée avec une espèce de marne jaune et avec du cristal de montagne. Quant à sa texture intérieure , elle est compacte , mais foliée.... Sa ligure est prismatique à quatre angles inégaux ; elle est dure et a beaucoup d’éclat. Margraff , Journal de physique, Supplément au mois d’août! 782 . page tOletsuiv.

5 Pesanteur spécifique du grenat, 41888 , du grenat syrien

HISTOIRE NATURELLE

rang de ccs pierres précieuses; s’il leur ressemble par la densité , il en diffère par la dureté, par l’éclat et par d’autres propriétés encore plus essentielles. D’ailleurs l’origine, la formation et la composition des grenats sont très-différentes de celles des vraies pierres précieuses : la substance de celles-ci est homogène et pure; elles n’ont qu’une simple réfraction , au lieu que la substance du grenat est impure, composée de parties métalliques et vitreuses, dont le mélange se manifeste par la double réfraction et par une densité plus grande que celle des cristaux et même des diamants. Le grenat n’est réellement qu’une pierre vitreuse mêlée de métal ' ; c’est du schorl et du fer, sa couleur rouge et sa fusibilité le démontrent ; il faut, à la vérité, un feu violent pour le fondre. M. Pott est le premier qui l’ait fondu sans intermède et sans addition : il se réduit en un émail brun et noirâtre.

Le grenat a d’ail leurs beaucoup de propriétés communes avec les schorls de seconde formation : il ressemble par sa composition aux émeraudes et saphirs du Brésil 2; il est, comme le schorl , fusible sans addition ; le grenat et la plupart des schorls de seconde formation sont mêlés de fer, et tous les grenats en contiennent une plus grande quantité que les schorls; plusieurs même agissent sur l’aiguille aimantée : ce fer contenu dans les grenats est donc, dans son état métallique, comme le sable ferrugineux qui a conservé son magnétisme, et l’on ne peut douter que leur grande pesanteur ne provienne et ne dépende de la quantité considérable de fer qui est entré dans la composition de leur substance. Les différentes nuances de leur couleur plus ou moins rouge, et de leur opacité plus ou moins grande , en dépendent aussi ; car leur transparence est d’autant plus grande , qu’ils contiennent moins de fer, et que les particules de ce métal sont plus atténuées : le grenat syrien, qui est le plus transparent de tous, est en même temps le moins pesant, et néanmoins

•40000, du rubis d’Orient, 42838, delà topaze d'Orient, 40106. Voyez. les Tables de M. Brisson.

4 Ccriains chimistes ont pensé que la couleur rouge du grenat venait de l’or et de l'étain , parce que l'on contrefait les rubis et les grenats au moyen d’un précipité d’or par l'étain ; mais on a démontré depuis que les grenats ne contiennent que du fer et point du tout d’or ni d'étain. Voyez le Dictionnaire de Chimie de M. Macquer, article Mines , page 630.

3 La plupart des cristallisations du grenat semblent prouver que scs molécules sont rhomboïdales , de même que celles des schorls et des [lierres précieuses du Brésil. Lettres de M Demeste, tome 1 . page 394.

la quantité de fer qu’il contient est encore assez grande pour qu’il agisse sur l’aiguille aimantée.

Les grenats ont tant de rapports avec les schorls, qu’ils paraissent avoir été produits ensemble et dans les mêmes lieux ; car on y trouve également des masses de schorl parsemées de grenats, et des masses de grenat parsemées de schorl 1 : leur origine et leur formation paraissent être contemporaines et analogues; ils se trouvent dans les fentes des rochers graniteux , schisteux , micacés et ferrugineux, en sorte que le grenat pourrait être mis au nombre des vrais schorls, s’il ne contenait pas une plus grande quantité de fer qui augmente sa densité de plus d’un sixième; car la pesanteur spécifique du schorl vert , le plus pesant de tous les schorls, n’est que de 34529, tandis que celle du grenat syrien, le moins pesant et le plus pur des grenats, est de 40000. Les grenats les plus opaques contiennent jusqu’à vingt-cinq et trente livres de fer par quintal , et les plus transparents en contiennent huit ou dix , c’està-dire toujours plus que les schorls les plus opaques et les plus pesants : cependant il y a des grenats qui ne sont que très-peu ou point sensibles à l’action de l’aimant ; ce qui prouve que le fer dont ils sont mélangés était réduit en rouille et avait perdu son magnétisme lorsqu’il est entré dans leur composition.

Ainsi le fer donne non-seulement la couleur, mais la pesanteur aux grenats ; on pourrait donc les regarder comme des stalactites de ce'métal, et nous ne les rapportons ici à celles du schorl qu’à cause des autres propriétés qui leur sont communes, et des circonstances de leur formation qui semblent être les mêmes. La forme, des grenats varie presque autant que celle des schorls de seconde formation ; leur substance vitreuse est toujours mêlée d’une certaine quantité de particules ferrugineuses, et les uns et les autres sont attirables à l’aimant, lorsque ces particules de fer sont dans leur état de magnétisme.

Les grenats , comme les schorls de seconde formation , se présentent quelquefois en assez gros groupes, mais plus souvent en cristaux isolés et logés dans les fentes et cavités des ro-

4 On voit entre Faistri tz et Cornowitz , des morceaux détachés de schorl vert spathique , qui renferment de grands grenats rouges; quelques-uns de ces morceaux de schorl sont écailleux et d’un tissu micacé. Lettres sur la Minéralogie, par M. Ferbcr, etc., traduites par M. le baron de Diélr.ch , pages 9 et 10.

nus MENEE AUX.

chers vitreux, dans les schistes micacés et dans ïes autres concrétions du quartz, du feld-spath et du mica; et comme ils sont disséminés en grand nombre dans les premières couches de la terre, on les retrouve dans les iaveset dans les déjections volcaniques. La chaleur de la lave en fusion change leur couleur de rouge en blanc , mais n’est pas assez forte pour les fondre ; ils y conservent leur forme et perdent seulement avec leur couleur une grande partie de leur poids 1 : ils sont aussi bien plus réfractaires au feu. La grande chaleur qu’ils éprouvent lorsqu’ils sont saisis par la lave en fusion suffit pour brûler le fer qu’ils contenaient , et réduire par conséquent leur densité à celle des autres matières vitreuses : car on ne peut douter que le fond de la substance du grenat ne soit vitreux; il étincelle sous le briquet, il résiste aux acides , il a la cassure vitreuse, il est aussi dur que le cristal , et s'il n’était pas chargé de fer, il aurait toutes les qualités de nos verres primitifs.

Si le fer n’entrait qu'en vapeurs dans les grenats pour leur donner la couleur, leur pesanteur spécifique n’en serait que très-peu ou point augmentée : le fer y réside donc en parties massives , et c’est de ce mélange que provient leur grande densité. En les exposant à un feu violent et longtemps soutenu, le fer se brûle et se dissipe, la couleur rouge disparaît, et lorsqu’on leur fait subir une plus longue et plus violente action du feu, ils se fondent et se convertissent en une sprte d’émail2.

4 La pesanteur spécifique du grenat vulcanisé n’est que de 24684; au lieu que celle du grenat ordinaire est de 41888. Voyez la Table de^M. Brisson. — Rien de plus commun que les grenats à vingt- quatre faces dans les laves et autres produits volcaniques de l’Italie. Tantôt ils s’y trouvent plus décolorés par l’action de l’acide marin , et quelquefois comme à demi vitrifiés; tantôt ils sont encore plus décomposes et à l’état d’argile blanche ou de terre non effervescente avec l’acide nitreux; mais, dans l’un ou l’autre cas, ils conservent leur forme granatique, et quoique les grenats semblent avoir souffert un retrait ou une légère dépression qui rend l’arête des bords plus saillante, leur forme trapézoïdale, loin d’en être aî-térée, n’en devient que plus sensible. Lettres du docteur Demeste au docteur Bernard, tome I, page 393 et suiv.

2 Ce n’est, en effet, qu’à un feu libre et très-violent ou trèslongtemps soutenu, que le grenat perd sa couleur; car on peut éinailler sur cette pierre sans qu’elle se décolore et sans qu’elle perde son poli ; et je me suis assuré qu’il fallait un feu violent pour diminuer la densité du grenat et brûler le fer qu'il contient. J’ai prié SI. de Fourcroy, l’un de nos plus habiles chimistes, d’en faire l'expérience. Il a exposé, dans une coupelle pesant trois gros vingt-cinq grains, douze grains de grenat en poudre. Après trois heures d’un feu très-fort, pendant lequel on n’a aperçu ni vapeur, ni flamme, ni décrépitation, ni fusion sensibles dans la matière le grenat a commence à se ramollir et à se boursoufler légèrement. Le feu

Quoique les lapidaires distinguent les grenats en orientaux et occidentaux , il n’en est pas moins vrai que dans tous pays ils sont de même nature, et que cette distinction ne porte que sur la différence d’éclat et de dureté. Les grenats les plus purs et les plus transparents, lorsqu’ils sont polis, sont plus brillants et plus durs , et ont par conséquent plus d’éclat et de jeu que les autres, et ce sont ceux que les lapidaires appellent grenats orientaux : mais il s’en trouve de pareils dans les régions de l’Occident comme dans celles de l’Orient ; les grenats de Bohême en particulier sont même souvent plus purs, plus transparents et moins défectueux que ceux qu’on apporte des Indes orientales. Il faut néanmoins en excepter le grenat dont le rouge est teint de violet, qui nous vient de l’Orient, et se trouve particulièrement à Surian, dans le royaume de Pégu , et auquel on a donné le nom de grenat syrien * ; mais ces grenats, les plus transparents et les plus purs , ne le sont cependant pas plus que le cristal, et ils ont, de même que toutes les autres pierres vitreuse», une double réfraction.

Quoique dans tous les grenats le fond de la couleur soit rouge , il s’en trouve, comme l’on voit, d’un rouge pourpré ; d’autres sont mêlés de jaune et ressemblent aux hyacinthes : ils viennent aussi des Indes orientales2. Ces grenats teints de violet ou de jaune sont les plus estimés, parce qu’ils sont bien plus rares que les autres, dont le rouge plus clair ou plus foncé est la seule couleur. Les grenats d’Espagne sont

ayant été continué pendant huit heures en tout, le grenat n’a pas éprouvé une fusion plus forte, et il est resté constamment dans 1 état de ramollissement déjà indiqué. L’appareil refroidi a présenté une matière rougeâtre, agglutinée, adhérente à la coupelle.

4 II paraît que le mot syrien vient de Surian, ville capilale du royaume de Pégu. Les Italiens ont donné à ces grenats le nom de rubini di rocca, et cette dénomination n’est pas mal appliquée, parce que les grenats se trouvent, en effet, dans les roches vitreuses, tandis que les rubis tirent leur origine de la terre limoneuse, et se trouvent isolés dans les terres et les sables.

2 Le grenat syrien est d’un rouge plus ou moins pourpré, ou chargé de violet, et celte couleur n'est jamais claire. 11 y en a de presque violets, mais ils sont rares et n’ont guère cette couleur que lorsque la pierre a un certain volume.

Quoique le grenat syrien soit assez commun, on en rencontre difficilement de fort gros, purs et parfaits ; en général, la couleur en est rarement franche et décidée; elle est trèssourde et enfumée.

C'est le grenat syrien, lorsqu'il est vif et bien pourpré, que les fripons et les ignorants font quelquefois passer pour améthyste orientale, ce qui fait croire à des gen* peu instruits que celle dernière n'est pas si rare qu’on le dit. Note communiquée par M. Hoppé.

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communément d'un rouge semblable à celui des pépins de la grenade bien mûrs , et c’est peutêtre de cette ressemblance de couleur qu’on a tiré le nom de grenat. Ceux de Bohême sont d’un rouge plus intense4, et il y en a aussi de verdâtres2, de bruns et de noirâtres : ces derniers sont les plus opaques et les plus pesants , parce qu’ils contiennent plus de fer que les autres.

La pierre à laquelle les anciens ont donné le nom de carbunculus , et que nous avons traduit par le mot escarboucle,e st vraisemblablement un grenat d’un beau rouge et d’une belle transparence ; car cette pierre brille d’un feu très-vif, lorsqu’on l’expose aux rayons du soleil3 ; elle conserve même assez de temps la lumière dont elle s’imbibe, pour briller ensuite dans l’obscurité et.luire encore pendant la nuit4. Cependant le diamant et les autres pierres pré-

< f,c grenat de Bolième (appelé vermeil en France) est d'un rouge ponceau foncé, mais pur et velouté. Fa grande intensité de sa couleur ne permet pas de le tailler à facettes dessus et dessous, comme les autres pierres, car il paraîtrait presque noir; mais on le cabochonne en dessus et on le chève en dessous; cette opération l’amincit assez pour qu on pui-se jouit de sa riche et superbe couleur, et lui donne un jeu grand et la ge qui enchante l’œil d'un amateur.

Ùn grenat de Bohême parfait, d’une certaine grandeur, est une chose extraordinairement rare, rien de plus commun en

très-petit volume.

I,es défauts ordinaires des grenats de Bohême sont d être remplis de points noirs et de petites bulles d'air, connue une composition; ces petites bulles d’air se rencontrent encore dans d'autres grenats, surtout dans ceux où il entre du

jaune. . ^ .

Ce que l’on appelle grenat de Boheme, en France, est une

pierre très-différente de celle dont on vient de parler; elle est plus claire et d’un rouge vinaigre ou lie de vin légèrement bleuâtre, et très-rarement agréable. Note communiquée par M. Hoppé.

2 Le grenat varie par sa couleur; quelquefois il est du plus be u rouge tirant sur le pourpre : c’est le vrai grenat; d autres fois il est d’un rouge jaunâtre et tire sur l’hyacinthe ; ceux de Bohême sont d'un rouge très-foncé, ün en trouve en Saxe et dans le Tyrol, qui sont verdâtres, peu ou point transparents, souvent même entièrement opaques. Leur gangue ordinaiie est le quartz ou le feld-spath, et surtout le mica; j’en ai vu d'une grosseur extraordinaire, d'un rouge foncé, qui étaient

ainsi recouverts de mica. Idem.

3 L'escarboucle garamantine des anciens est le véritable g enat des modernes. L’expérience fait voir que cette pierre a plus l’apparence d'un charbon ardent au soleil que le rubis ou toute autre pierre précieuse de couleur rouge. Noyez llill, mr Théophraste, page 61.

4 je ne sais cependant si l’on doit accorder une entière confiance à ce que je vais rapporter ici. « Dans une des salles du « palais du roi de la Chine, il y a une infinité de pierreries « sans prix, et un siège ou trône précieux ou le roi s'assied « en majesté. 11 est fait d'un beau marbre dans lequel il y a « tant d'escarboucles et d’autres pierreries des plus rares, ou- « vragées et enchâssées, que durant la plus obscure nuit elles « éclairent autant la salle que s’il y avait un grand nombre de « chandelles allumées. » Recueil des Voyages qui ont servi à l'établissement de la Compagnie des Indes ; Amsterdam, 1702,

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