‹ Œuvres complètes de Buffon, suivies de ses continuateurs: Daubenton, Lacépède, Cuvier, Duméril, Poiret, Lesson et Geoffroy-St.-Hilaire (volume 2)Chapitre 113 sur 304 · PARTIE EXPÉRIMENTALE · texte numérisé non relu

PARTIE EXPÉRIMENTALE

» liques dominaient, et qu'il n'y en avait » que très-peu de rouillées.

» N° 3 était la même chose : mais les gif » ties métalliques étaient plus volumineuses ; » elles ressemblaient à du métal fondu ñ et » qui aété jeté dans l'eau pour le diviser en » grenailles : elles sont aplaties ; elles affec- » tent toutes sortes de figures, mais arron- » dies sur les bords; à la manière des galets » qui ont été roulés et polis par les eaux.

» IN° 4, qui n’avait point été enlevé par » l'aimant , mais dont quelques parties don- , naient encore des marques de sensibilité » au magnétisme , lorsqu'on passait l’aimant » sous le papier où elles étaient étendues, » était un mélange de sable, de parties mé- » talliques et de vrai mâchefer friable sous » les doigts, qui noircissait à la mauière du » mâchefer ordinaire. Le sable semblait » être composé de petits cristaux de tops » de cornaline et de cristal de roche; j » écrasai quelques cristaux sur un tas d’a- » cier, et la poudre qui en résulta était » comme du vernis réduit en poudre. Je fis » la même chose au mâchefer, il s’écrasa » avec la plus grande facilité , et il m'offrit » uñe poudre noire ferrugineuse qui noir- » cissait le papier comme le mâchefer ordi- » naire. Là

» Les parties métalliques de ce dernier » (ne 4) me parurent plus ductiles sous le marteau que celles du n° Ler, ce qui me fit croire qu'elles contenaient moins de fer

» que les premières ; d'où il s'ensuit que la

» platine pourrait fort bien n'être qu'un mé- » lange ge et d’or fait par la nature, ou , peut-être de la main des hommes , comme » je le dirai par laguite. | -‘, Je tâcherai d'examiner, par tous les » moyens qui me seront possibles , la na- » ture de la platine , si je peux en avoir à ma » disposition en Suflisante quantité ; en at- » tendant, voici les expériences que j'ai » faites. , n

» Pour m’assurer de la présence du fer » dans lä platine par des moyens chimiques , » je pris les deux extrêmes , c'est-à-dire ne der qui était très-attirable à l'aimant ,et n° 4 qui ne l'était pas ; je les arrôsai avec de l'esprit de nitre un peu fumant, j'observai avec la loupe ce qui en résulterait; » mais je n'y aperçus aucun mouvement d’ef.

fervescence. J’y ajoutai de l’eau distillée , et il ne se fit encore aucun mouvement ; » mais les parties métalliques se décapèrent, » et elles prirent un nouveau brillant sem-

,” ner du nouvéau

» blable à celui de l'argent. J'ai laissé ce » mélange tranquille pendant cinq Goix » minutes ; et ayant encore ajouté de l'eau , » J'y laissai tomber quelques gouttes de la » liqueur alkaline saturée de le matière co- » lorante du bleu de Prusse, et sur-le-champ » le no ler me donna un très-beau bleu de » Prusse.

» Le no 4 ayant été traité de même, et, » quoiqu'il se fût refusé à l’action de l'ai- » mant et à celle de l'esprit de nitre , me » donna de même que le ne Ler du trér-heau » bleu de Prusse.

» I y a deux choses fort singulières à re- » marquer dans ces expériences : Lo il passe » pour constant parmi les chimistes , qui » ont traité de la platine , que l’eau forte ou » l'esprit de nitre n’a aucune action sur elle ; » cependant , comme on vient de le voir, il » s'en dissout assez, quoique sans efferves- » cence, pour donner du bleu de Prusse

» lorsqu'on y ajoute de la liqueur alkaline

» phlogistiquée et saturée de la matière co- » lorante , qui, comme on sait , précipite le » fer en bleu de Prusse ; :

» 29. La plati > Qui m'est pas senêible à » l’aimant, n'en contient pas moins du fer, » puisque l'esprit de nitre en & assez, » sans occasioner d’effervesceñite , pour for- » mer du bleu de Prusse.

» D'où il s'ensuit que cette substance , que » les chimistes modernes, peut-être trop » avides du merveilleux et de vouloir don- , regardent comme un hui- » tième métal pourrait bien n'être, comme » je l'ai dit, qu’un mélange d'or et de fer,

» Il reste sans doute bien des expériences » à faire pour pouvoir déterminer comment » ce mélange a pu avoir lieu , si c'est l'ou- » yrage de la nature, et comment ; ou si c'est

le produit de quelque volcan , ou simple- » ment le produit des travaux que les Espa- » gnols ont faits dans le Nouveau-Monde » pour retirer l'or des mines du Pérou : je » ferai mention par la suite de mes conjec- » tures là-dessus.

» Si l’on frotte de la platine naturelle sur » un linge blanc , elle le noircit comme pour- » rait le faire le mâchefer ordinaire; ce qui » m'a fait soupconner que ce sont les parties » de fer réduites enmâchefer qui se trouvent » dans la platine, qui donnent cette couleur, » ét qui ne sont dans cet état que pour avoir » éprouvé l’action d'un feu violent. D'ail- » leurs , ayant examiné une seconde fois de » la platine avec ma loupe , j'y aperçus dif-

nts globules de mercure coulant; ce

i me fit imaginer que la platine pourrait bien être un produit de la main des hommes , et voici comment.

» La platine, à ce qu'on m'a dit, se tire des mines les plus anciennes du Pérou, que les Espagnols ont exploitées après la conquête du Nouveau-Monde. Dans ces temps reculés, on ne connaissait guère que deux manières d'extraire For des sables qui le contenaient : Lo par l'amalgame du mercure ; 2° par le départ à sec :

on triturait le sable aurifère avec du mercure , et lorsqu'on jugeait qu'il s'était chargé de la plus grande partie de l'or, on rejetait le sable qu’on nommait crasse, comme inutile et de nulle valeur.

» Le départ à sec se faisait avec aussi peu d'intelligence. Pour y vaquer, on commençait par minéraliser les métaux aurifères par le moyen du soufre , qui n'a point d’action sur l'or , dont la pesanteur spécifique est plus grande que celle des autres métaux ; mais pour faciliter sa précipitation , on ajoute du fer en limaille qui s'empare du soufre surabondant, méthode qu'on suit encore aujourd'hui (1). La force du feu vitrifie une partie du fer, l'autre se combine vec une petite portion d'or et même d'argent qui se mêle avec les scories, d'où on ne peut le retirer que par plusieurs fontes , et sans être bien instruit des intermèdes convenables que les docimasistes emploient. La £himie, qui s'est perfectionnée de nos jours, donne à la vérité les moyens de retirer cet or et cet argent en plus re partie : mais, dans le temps où les Espagnols exploitaient les mines du Pérou , is ignoraient sans doute l'art de traiter les mines avec le plus grand profit; et d'ailleurs , ils avaient de si grandes richesses à leur disposition ; qu'ils négligeaient vraisemblablement les moyens qui leur auraient coûté de la peine, des soins et du temps. Ainsi il y a apparence qu'ils se contentaient d’une première fonte, etjetaient les scories comme inutiles, ainsi que le sable qui avait passé par le mercure; peut-être même ne faisaient-ils qu'un tas de ces deux mélanges, qu'ils regardaient comme de nulle valeur.

EN NN n7

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